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Septembre 2018
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2018 DEVE 136 - Mise à disposition de la toiture de l’hôtel Chapelle International (18e) pour un projet privé d’agriculture urbaine. Convention d’occupation du domaine privé de la Ville de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DEVE 136 relatif à la mise à disposition de la toiture de l?hôtel Chapelle International pour un projet d'agriculture urbaine.

La parole est successivement à Danièle PREMEL, Danielle SIMONNET et Pascal JULIEN.

Madame PREMEL ?

Mme Danièle PREMEL. - Merci, Madame la Maire.

Le projet de délibération nous propose de nous prononcer sur la mise à disposition de la toiture de l'hôtel Chapelle International pour un projet privé d'agriculture urbaine. Encore un peu de patience pour croquer la première pomme, retrouver le goût de la tomate, Cultivate Chapelle nous donne rendez-vous fin 2019.

Mais à l'occasion de ce vote, ce qui est important, c'est de se questionner et de réfléchir non pas sur la capacité technique et du savoir-faire de Cultivate Chapelle, mais sur le volet social et solidaire du projet et sur son impact sur le quartier de la Chapelle. Cultivate Chapelle se présente à travers des objectifs ambitieux en produisant jusqu'à 50 tonnes de fruits et légumes par an en vue de leur commercialisation. Les fruits et légumes seront vendus aux Parisiens chez "Franprix" avec le label "Made in Paris", avec un prix de vente qui est prévu plus élevé. Cela pose quand même une question, quand on est sur un quartier comme celui de la Chapelle, dont les revenus des habitants sont bien loin des arrondissements centraux.

Par ailleurs, la ferme réservera une partie de sa production au restaurant qui sera installé sur le site, un hôtel logistique, bâtiment accueillant à la fois des entreprises, des commerces et des logements sous le même toit. Si l'accès et des visites de la ferme seront possibles, un aspect doit être pris en compte, celui d'un partenariat local avec les initiatives et les actions qui se réalisent ou émergent, proches de la ferme de Cultivate Chapelle.

Pour cela, je pense à la Caverne, ferme d'agriculture biologique située à Paris dans un parking désaffecté du 18e arrondissement, tout près de Chapelle International, et qui propose un modèle d'agriculture urbaine qui se veut à la fois productif, éthique et pérenne. Bien que de statut privé, la Caverne, en s'insérant dans le quartier, a eu le souci de dynamiser tout un écosystème, notamment en créant localement de nouveaux métiers qui ont du sens, en créant des emplois locaux et en participant à des projets sociaux et économiques du quartier.

Je pense aussi à la Bonne Tambouille, qui tous les deuxièmes samedis matin du mois, anime la place Mac-Orlan avec des associations du quartier dont Alinéa, association d'économie sociale et solidaire, qui vend des aliments de l'agriculture raisonnée provenant des circuits courts.

Je pense aussi au projet de la Charrette des quatre saisons solidaire, qui bientôt va vendre des produits de l?agriculture raisonnée sur l?espace public et animer des lieux pour favoriser la rencontre entre les populations éloignées culturellement et proposer des produits sains issus des circuits courts à des prix accessibles aux populations des quartiers populaires.

Cultivate Chapelle arrive dans un quartier où des expériences relevant des mêmes soucis existent, et nous espérons qu'au-delà de "Franprix" et des restaurants, un rapprochement s'opérera avec les forces positives locales afin que ce projet de la plus grande ferme urbaine en toiture soit un facteur de développement du territoire et pas simplement un lieu où l'on produit des légumes et des fruits bio mais dans un seul but lucratif. L'avenir nous le dira. Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Mme Danielle SIMONNET, pour cinq minutes.

Mme Danielle SIMONNET. - Eh oui, et quand on veut que l'avenir nous dise des choses positives auxquelles on s'attend, c'est mieux quand on l'écrit dans les projets de délibération et qu'on le planifie. Et c?est là que j?ai justement un souci avec ce projet de délibération.

On est face à un beau projet, comme cela a été dit par ma collègue auparavant. On est sur un terrain de 7.000 mètres carrés, qui va devenir finalement l'une des plus grandes fermes urbaines d?Europe, paraît-il, en termes d?agriculture urbaine, puisque l?agriculture urbaine sur l?ensemble de la toiture de ce grand bâtiment prévu pour la logistique "Sogaris" dans Paris va permettre, par le projet lauréat "Cultivate", de réaliser un grand écosystème, disent-ils, sur leur site d?agriculture urbaine, un des plus grands d?Europe. Bien. On va donc avoir une production d?environ 45.000 kilos de salades et d?aromates par an, 500.000 produits finis qui vont ensuite être distribués. Mais distribués où ? Là est la première question.

Je me souviens très bien qu?en mars 2018, je vous avais présenté un v?u sur ce projet pour déplorer justement que l?on découvrait dans une délibération que cette agriculture urbaine, cette ferme urbaine allait distribuer ses produits notamment via "Franprix". Or, j?avais exprimé un v?u qu?il serait quand même mieux de penser l?alternative du début à la fin, et que cette agriculture urbaine passe plutôt par les A.M.A.P., les marchés, les halles alimentaires, les cantines de la Ville, les restaurants de quartiers, les autres structures associatives, et que l?on s?émancipe justement de la grande distribution. Prenons conscience du rôle déterminant de la grande distribution dans sa part de responsabilité dans le modèle productiviste agricole, totalement anti-écologique.

On m?avait répondu à l?époque : "écoutez, Madame SIMONNET, on va passer par tout ça, mais on produit tellement qu?on sera aussi in fine obligés de passer par "Franprix". Mais prioritairement, on passera par le modèle, entre guillemets, alternatif de l?économie sociale et solidaire de la distribution. Résultat : allez sur le site Internet du lauréat de l?appel à projets de la Chapelle International, et vous verrez que ce sont les magasins "Franprix" qui sont affichés. Nulle part vous ne voyez les A.M.A.P., les associations de quartier et tout cela, donc on tombe dans le panneau ! C?est vraiment le discours du "en même temps" : on fait de l?agriculture urbaine et en même temps, on continue dans le même modèle de la grande distribution distributive.

Deuxième chose : je regrette qu?à travers l?ensemble des projets qu?il y a sur ce site, on ait tourné le dos au fait de créer un vrai poumon vert en quartier rouge, c?est-à-dire un troisième bois, parce que c?est ça, le beau projet, qui aurait été de créer un vrai troisième bois dans ce quartier très populaire, où à la limite de Paris et de sa banlieue, on aurait pu justement revenir sur cette ultra-densification de la ville qui n?est pas agréable à vivre, et mettre beaucoup de respiration. Hélas, l?espace vert sera réduit.

Troisième chose : défendre l?agriculture urbaine, c?est bien ; sauver les terres agricoles autour de notre ville, c?est encore mieux. Alors, je reviendrai, comme je reviendrai à chaque fois que je le pourrai dans cette Assemblée, sur le silence complet de l?Exécutif parisien, de la majorité parisienne, sur le projet d?EuropaCity. Notre Conseil de Paris devrait prendre position de manière très claire contre le projet d?EuropaCity, ce grand centre commercial géant, complètement aberrant, avec sa nouvelle version de l?hyper-consumérisme par le biais de loisirs totalement absurdes, énergivores, et qui va finalement bousiller près de 670 hectares de terre agricole.

Il y a notamment 280 hectares où l?on pourrait vraiment faire autre chose : du maraîchage au lieu du bétonnage, comme le dit Alice LE ROY dans une excellente tribune parue cet été dans "Le Monde", qui dénonce bien toute cette logique aberrante. Je vous le dis : il y a un projet alternatif extrêmement intéressant qui s?appelle Carma - c?est le groupement de Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine agricole - et qui invite vraiment la Métropole du Grand Paris, la société du Grand Paris, à penser un projet totalement alternatif, qui vise à développer du maraîchage, de l?élevage, de l?agroforesterie, des centres de formation et de recherche, pour permettre justement de préserver ces terres agricoles contre l?artificialisation des terres et ce projet ultra-polluant qui, par ailleurs, va totalement à l?encontre du petit commerce de la région, qui va pousser au développement des transports de manière complètement aberrante.

Je conclus donc : je trouve que défendre l?agriculture urbaine, c?est bien, mais pensons-la de manière globale dans une alternative au système actuel de la grande distribution, et surtout, défendons l?agriculture en région francilienne.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à M. Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN. - L?idée de destiner ce toit de la halle de frêt à l?agriculture urbaine n?allait vraiment pas de soi, le 10 octobre 2012, lorsqu?elle fut proposée pour la première fois par moi-même lors d?une réunion publique organisée par une association partenaire de la mairie. J?ai reçu, je dois dire, un accueil dubitatif, parce que ce n?était pas du tout connu. Il fallait aller aux États-Unis pour voir les premières expériences. En 2012, c?était il n?y a pas si longtemps que cela. Un accueil favorable, mais dubitatif.

Finalement, j?ai milité au sein du comité de suivi Chapelle, et puis, j?ai déposé un v?u avec mon groupe en décembre 2012, au Conseil d?arrondissement, qui a été adopté à l?unanimité. Le maire du 18e m?a toujours soutenu et le projet a abouti, mais je dois dire, pas simplement. Et je vais vous dire pourquoi : j?adore les services de l?Hôtel de Ville et ce n?est pas une critique que je vais formuler, mais il y a une culture, il y a des habitudes, et je me souviens de réunions à l?Hôtel de Ville, à l?époque, où les services étaient quand même très timides pour aller vers un tel projet. Vous n?imaginez pas le nombre d?arguments que l?on m?opposait. On allait jusqu?à me dire : "mais est-ce que vous croyez que ce sera consommable, parce que c?est de l?air pollué ?" Alors, je leur disais : "c?est sympa de poser la question pour les produits de l?agriculture urbaine, mais pourquoi ne les posez-vous pas pour les fruits et légumes qui sont vendus à "Franprix", justement, en général, ou chez Leclerc, et qui sont issus de l?agriculture chimique ?"

Et petit à petit, les choses se sont faites. Voilà pourquoi voter ce projet de délibération, pour moi, aujourd?hui, est une grande joie, et pour mon groupe, parce que nous avons, je le dis sans fausse modestie, été précurseurs dans ce domaine, et c?est une bonne chose. Je peux vous dire que par exemple, sur le permis de construire, cela s?est joué à quelques jours près de déposer un permis de construire avec une portance suffisante pour recevoir un toit ad hoc pour l?agriculture urbaine. Une fois dit cela, le projet évolue, et aujourd?hui, l?agriculture urbaine, d?ailleurs, depuis 2014, est devenue un projet que l?on retrouve dans tous les programmes électoraux. J?étais très content de voir d?ailleurs qu?en 2014, mes adversaires et concurrents reprenaient tous évidemment ce projet sur Chapelle International. C?est donc très bien.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - S?il vous plaît, M. JULIEN a cinq minutes, comme tous les orateurs, donc je vous remercie de l?écouter.

Il fallait vous inscrire, Monsieur DUBUS. On écoute M. JULIEN. Poursuivez.

M. Pascal JULIEN. - M. DUBUS est jaloux, parce que ce n?est pas lui qui a eu l?idée de l?agriculture urbaine. Je comprends sa jalousie et je ne lui en veux pas. Je vous pardonne, Monsieur DUBUS. Vous êtes un homme tellement sympathique, chaleureux et humain.

Et donc, je termine : je partage, une fois que j?ai dit cela : l?agriculture urbaine ne nourrira pas Paris. Ce n?est pas pour nourrir Paris que l?on fait l?agriculture urbaine. Nous avons un pied dans l?utopie, mais un pied dans le réalisme. En revanche, cela entretient à tous les? Je ne vais pas les énumérer, vous les connaissez, tous les avantages environnementaux, sociaux, etc. Et je diverge un petit peu par rapport à ce qu?a dit Mme SIMONNET : il y aura différents modèles d?agriculture urbaine. Il y aura différentes expériences. Néanmoins, je regrette l?affaire "Franprix" moi aussi. D?ailleurs, j?ai l?impression que "Franprix" est devenu un partenaire de la Ville dans tellement de domaines ! C?est avec La Poste, "Franprix", enfin, "Franprix", c?est la mairie bis. C?est un petit peu inquiétant et je suggère à la Maire de Paris de freiner un petit peu son engouement pour "Franprix".

C?est vrai que je préférerais aussi qu?il y ait des circuits alternatifs. Cela dit, il y a 20 ans ; c?est une convention signée pour 20 ans. C?est très long, 20 ans. On peut espérer qu?il y aura des évolutions dans ce projet. Je ne désespère donc pas que le point de départ du modèle qui est proposé puisse évoluer sous la pression des élus que nous sommes. Merci.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à Mme Pénélope KOMITÈS.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe. - Merci beaucoup de vos interventions sur ce beau projet d?agriculture urbaine, qui est effectivement le toit le plus important que nous allons sortir pendant cette mandature.

Je voudrais rassurer Mme PREMEL, ce sont des projets qui sont tous portés avec la même ambition, des objectifs environnementaux, des objectifs sociaux, et "La Caverne", comme "Cultivate", travaille de la même manière et fait des liens.

Ce projet, bien évidemment, vous l'avez dit, il n'y aura pas de pommes, mais un certain nombre de fruits, de légumes, qui seront produits sur les sites, vendus chez "Franprix", qui est un des investisseurs de la société, ce n'est pas un partenariat, et vendus aussi dans les autres supermarchés du quartier, et dans les halles alimentaires, sur les marchés, pourquoi pas, comme le fait "La Caverne", mais ce qui n'était pas prévu au début, sur le marché où je suis allée un matin.

C'est vraiment un projet qui a été construit, ouvert sur le quartier, et qui incluait notamment tout un focus sur l'accès à l'allée des jardins sur le toit pour les habitants, notamment du 18e arrondissement, qui sera gratuit, accessible à tous, et aussi aux personnes en situation de handicap.

Mme SIMONNET et M. JULIEN l'ont bien dit, notre objectif n'est pas de nourrir Paris. Nous avons des objectifs environnementaux, sociaux et économiques, puisque c'est de la création d'emplois. Comme "La Caverne" a employé des jeunes qui étaient dans le quartier, ils feront de même.

Nous nous attachons en permanence à faire le lien avec les agriculteurs franciliens pour protéger la ceinture verte, d'ailleurs je vous présenterai bientôt un projet de convention avec les agriculteurs franciliens puisqu'ils forment, ils aident les Parisculteurs et tous ceux qui s'installent sur les toits parisiens, notamment en leur dispensant de la formation.

Également, pour ce projet il y a eu un jury dans lequel siégeaient un représentant du maire du 18e arrondissement et des associations représentatives des conseils de quartier du 18e arrondissement, et c'est vraiment à l'unanimité pour la qualité de ce projet que celui-ci a été choisi.

Je vais suivre vos recommandations, mais "Cultivate" s'inscrit vraiment dans cette démarche.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci, Madame la Maire.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 136.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DEVE 136). Je vous remercie.