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VIII - Question d'actualité posée par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants à Mme la Maire de Paris relative à l'amélioration de la condition des femmes.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole au Groupe Parisiens Progressistes, Constructifs et Indépendants pour la question d'actualité suivante. Madame HAREL, vous avez la parole.

Mme Marie-Laure HAREL. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, votre premier adjoint vient de claquer la porte en ayant des mots durs sur votre politique et votre manière de gouverner. En retour, comme souvent lorsque vous êtes attaquée, vos équipes diffusent une petite musique qui consiste à dire que vous êtes victime d'un "Hidalgo bashing" cruel et injuste, notamment parce que vous êtes une femme.

Une chose est sûre. Les Parisiens, en tout cas, ne vous en veulent pas d'être une femme. Sinon, ils ne vous auraient pas élue. En revanche, ils vous en veulent de la saleté, des embouteillages, de la pollution, de vos prises de décisions parfois brutales, de leur avoir confisqué Vélib?, Autolib?. Mais non, ils ne vous en veulent pas d'être une femme.

Ce que veut mon groupe aujourd'hui, ce n'est pas s'attarder sur votre condition de femme politique, mais sur la condition de toutes les femmes à Paris.

Vous qui déplorez souvent dans les médias être victime de misogynie, pas plus tard qu'au mois d'août dans le "JDD", vous avez indiqué avoir été la cible de propos sexistes tout au long de votre carrière, vous avez forcément dû faire de la cause des femmes une priorité absolue de votre mandature, sauf qu?on ne s'en est pas beaucoup aperçu depuis 4 ans.

On a vu des lumières sur la Tour Eiffel quand c'est la journée de la femme. La mise en place d'un observatoire des violences faites aux femmes, qui brasse des données très difficiles à trouver d'ailleurs. Des guides en papier intitulés "genre et espace public". Tout cela, c'est au mieux de la réflexion, de la sensibilisation, mais ce n'est pas de la vraie action.

Quand on clique sur le site Internet de la Ville de Paris et qu'on va sur l'onglet "Paris engagée pour l'égalité femmes hommes", tout ce que l'on trouve, c'est une communication qui date de 2015, ce sont des chiffres sur les violences faites aux femmes qui n'ont pas été remis à jour depuis 2014, et on lit dans le paragraphe intitulé "Actions conduites par la Ville" quelques mesures un peu floues sans détail et sans objectif du type : "suivi des mains courantes".

On peut aussi parler du budget que la Ville, pourtant si généreuse à l'égard des associations, consacre à celles qui s'occupent des violences faites aux femmes. Nous avons voté au mois de mai une augmentation certes, mais seulement 265.000 euros au total, pour toutes les associations qui s'occupent des femmes victimes de violences.

Je voudrais rappeler que ce matin, nous venons d'accorder 200.000 euros à l'association Dédale, qui transforme des places de parking en espaces de méditation et de détente, qui met des chaises longues entre 2 pots d'échappement, on lui a donné 200.000 euros, mais on donne 265.000 euros à la cause primordiale qui est celle de la lutte contre les violences faites aux femmes.

Terminons par la réalité des chiffres, la Une du JDD a fait du bruit dimanche dernier, elle nous rappelle qu'une femme meurt tous les trois jours en France sous les coups de son conjoint. 600.000 femmes en France sont victimes de violences sexuelles tous les ans. 100 % des utilisatrices de transports en communs disent avoir déjà été importunées au cours de leur trajet, et on l'a entendu ce matin sur Europe 1,52 % des femmes déclarent aujourd'hui éviter de sortir dès la fin de la journée toutes seules.

Les femmes gagnent aussi 35 % de moins que les hommes, trois quarts des postes de la haute fonction publique, et Paris n'échappe pas à la règle, sont occupés par des hommes.

Madame la Maire, d'abord qu'en est-il de ces statistiques à Paris, où en est-on des violences et injustices, et vous qui affirmez avoir personnellement souffert de votre condition de femme, qu'avez-vous accompli de majeur en tant que Maire dans l'intérêt de toutes les femmes, qu'est-ce qui s'est amélioré depuis 4 ans ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame HAREL.

La parole est à Mme Hélène BIDARD pour vous répondre.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Chers collègues, Madame Marie-Laure HAREL, vous nous interrogez, je cite, sur "l'amélioration de la condition des femmes", peut-être en référence à Françoise Giroud, première secrétaire d'Etat à la condition féminine de 1974 à 1976, sous la présidence de Valéry GISCARD d'ESTAING.

La réduction des inégalités entre les femmes et les hommes est une question qui nous mobilise particulièrement depuis le début du mandat, ou encore avant depuis 2001 avec Anne HIDALGO.

Nous avons choisi de mettre en ?uvre une politique de l'égalité intégrée à l'ensemble des actions municipales en partenariat avec différentes institutions, structures de recherche et acteurs associatifs dans le but d'irriguer l'ensemble des champs de la vie publique et sociale.

En complément, nous développons des dispositifs spécifiques pour prévenir les violences faites aux femmes, vous l'avez mentionné. En 2014, conformément à nos engagements de campagne, nous avons installé un observatoire des violences faites aux femmes, afin de recueillir des données pertinentes sur les faits de violence, animer des réseaux d'acteurs engagés en ce domaine, sensibiliser le plus grand nombre afin de réduire la grande indifférence sociale face aux violences de genre.

Nous organisons, tous les 25 novembre et durant quatre semaines, des initiatives avec l'ensemble des mairies de gauche et une grande partie de celles d'arrondissements de droite, ainsi qu?avec beaucoup d'associations.

Cette année, prenant la mesure de la vague de libération de la parole, mais surtout de l'écoute de la parole des femmes, nous avons décidé d'augmenter, vous l'avez dit, de 23 % les subventions aux associations qui accompagnent et orientent les femmes victimes de violences et d'amplifier nos actions en partenariat avec les institutions impliquées dans la lutte contre les violences faites aux femmes : la Préfecture, la Préfecture de police, mais également la justice et je veux saluer particulièrement M. le Procureur François MOLINS et ses équipes qui sont toujours à nos côtés, tous les 25 novembre, même si nous regrettons fortement l'absence d'engagement de l'Etat à la hauteur d'une grande cause nationale du quinquennat, puisque cette grande cause nationale n'est pas financée, voire même en baisse comme c'est le cas sur les hébergements d'urgence ou la question de la prostitution et des femmes victimes de la prostitution. Nous en avons parlé ce matin.

Afin de construire une véritable culture de l'égalité, la Ville de Paris a fait le choix de soutenir les actions de sensibilisation visant à promouvoir cette égalité en luttant contre les stéréotypes sexistes et les discriminations. Nous avons par exemple renforcé un dispositif de sensibilisation des collégiennes et collégiens à l'égalité fille-garçon. Ce dispositif d'appel à projets "collèges pour l'égalité" est doté depuis 2017 de 200.000 euros par an. Nous avons également travaillé sur la question des femmes et de leur place dans l'espace public, pour combattre ces violences et le harcèlement dit de rue, plutôt le harcèlement dans l'espace public, dans les transports, qui est une ancestrale assignation des femmes à l'espace privé. Nous avons initié dès 2015, vous l'avez dit, une démarche autour du genre et de l'espace public, une démarche très originale avec l'organisation de réunions de travail avec les professionnels de l'urbanisme et de l'architecture de la Ville de Paris, publié un guide que vous semblez minorer mais qui est le premier guide méthodologique en France sur le genre et l'espace public, modifié le plan piéton, mais aussi les projets des 7 places, qui intégrait le genre dans son appel à projets comme un critère obligatoire et éliminatoire, là aussi une première en France. Enfin, organisé de nombreuses marches exploratoires dont des marches de jeunes filles, et avec le Conseil Parisien de la Jeunesse, chère Pauline VÉRON, lancé une grande campagne spécifique contre le harcèlement de rue. La quatrième journée de formation interprofessionnelle de l'observatoire contre les violences faites aux femmes sera cette année le 22 novembre au Carreau du Temple et aura pour thème la question des violences faites aux jeunes femmes particulièrement, et d'ailleurs Marie LAGUERRE témoignera sur l'agression qu'elle a subie cet été mais aussi sur la suite, comment se passe la plainte, l'accueil aux U.M.J., bref, le parcours d'une victime d'agression dans l'espace public. Je ne reviens pas sur les questions d'insertion professionnelle ni sur la lutte contre le phénomène prostitutionnel, qui sont aussi des axes à part entière de travail pour le service égalité et intégration de la Ville de Paris, mais je tiens à remercier l'ensemble des adjointes et adjoints à la maire de Paris mobilisés ensemble dans chacune de leurs délégations, pour ce soutien à cette politique publique, pleinement intégrée, voulue par la Maire de Paris.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Madame HAREL, vous avez la parole.

Mme Marie-Laure HAREL. - Madame la Maire, je sais que vous avez souvent l'habitude de ne pas répondre vous-même, voire jamais aux questions d'actualité, mais sur une telle question, vous qui faites aussi souvent état de votre condition de femme à titre personnel dans vos interviews, je trouve triste et regrettable que vous ne preniez pas la parole quand il s'agit de parler des parisiennes en général et de ce que vous faites pour elles.

La réponse de votre adjointe est consternante de vide. Consternante, c'est-à-dire que vous venez de lire un texte où effectivement vous auriez pu dire "point, virgule, à la ligne", on voit bien que vous n'êtes pas concernée par le sujet, vous n'avez pas?

Vous n'avez pas cité une seule amélioration concrète depuis 4 ans, vous n'avez pas cité un chiffre, vous n'êtes même pas au courant de la situation à Paris. Vous n'avez pas été capable d'énoncer une seule action d'ampleur accomplie en faveur de l'égalité hommes/femmes.

Ceci est vraiment triste et d'autant plus injuste que vous parlez si souvent, Madame la Maire, de la situation des femmes et il y a au moins une chose sur laquelle nous pouvons nous mettre d'accord, c'est que visiblement vous n'y connaissez pas grand-chose et cela ne vous intéresse pas. Dans l'intérêt des Parisiens, pour manifester un semblant d'intérêt, mettez au moins le site Internet à jour car les violences faites aux femmes existent et empirent depuis 2014.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.