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Septembre 2018
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Conseil Municipal
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2018 SG 46 - Convention de mise à disposition du mur extérieur du garage de la DPE sis au 35 rue du Port à Aubervilliers (93) pour une fresque commémorative réalisée par la Seine Saint Denis.

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons maintenant au projet de délibération SG 46 relatif à une convention de mise à disposition du mur extérieur du garage de la DPE sis au 35, rue du Port à Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, pour une fresque commémorative réalisée par la Seine-Saint-Denis.

La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues.

Je profite de ce projet de délibération pour le moins technique puisqu'il s'agit de la mise à disposition d'un mur pignon d'un bâtiment communal pour que le département de la Seine-Saint-Denis et la ville d'Aubervilliers réalisent une fresque en mémoire des Algériens tués par la police française en cette terrible nuit d'octobre 1961. Cet exemple est l'un des nombreux qui marquent la difficulté pour un pays comme la France de regarder son histoire. Combien aura-t-il fallu de temps pour que l'on reconnaisse enfin que cette manifestation pacifique et désarmée d'Algériens qui ne revendiquaient que l'indépendance de leur pays, a bel et bien été un massacre organisé par les forces de l'ordre et couvert, voire pensé, par le préfet de police Maurice Papon et le ministre de l'Intérieur Roger Frey ?

Enfin, en 2012, le Président HOLLANDE reconnaissait la responsabilité des autorités françaises. Ce n'est pas, comme certains le pensent à droite, parce que nous sommes dans une culture de l'excuse. C'est parce que nous pensons qu'un peuple qui ne connaît pas son histoire ne peut pas préparer son avenir. Parce que nous pensons que les enfants de France, d'où que viennent leurs parents, ont le droit de connaître les belles pages de notre histoire comme les pages sombres.

Vous me permettrez, puisqu'il est question d'un projet de délibération ayant trait à la commémoration d'un épisode de la guerre d'Algérie, d'associer un homme à cet hommage aux victimes algériennes de 1961. Cet homme, c?est Maurice Audin, dont le président de la République a enfin reconnu la responsabilité de l'armée et des autorités françaises dans son assassinat. C'est le travail de sa femme, Josette, de ses enfants, de ses amis, au premier rang desquels notre camarade Pierre MANSAT, mais aussi des députés Sébastien JUMEL et VILLANI qui ont pesé de tout leur poids pour que la justice morale soit rendue. Le journal "L'Humanité" et les communistes se sont réjouis qu'enfin la France reconnaisse sa responsabilité dans ce crime d'Etat. Beaucoup de pages de cette sale guerre restent encore occultées et méconnues.

Paris a, depuis des années, devancé les différents gouvernements dans cette action d?une meilleure connaissance de notre histoire. Cela vaut, bien sûr, pour Maurice Audin, dont une place dans le 5e arrondissement porte son nom et bientôt un cénotaphe au Père-Lachaise, à l'initiative de Catherine VIEU-CHARIER, où sa famille et ses amis pourront se recueillir en attendant qu'un témoin ou les archives dévoilent enfin le lieu du martyre de Maurice Audin. C'est le cas aussi du 17 octobre 1961 qui a sa plaque commémorative sur le pont Saint-Michel, où nous nous rassemblons tous les ans.

C'est tout à l'honneur de Paris de contribuer à ce que la Seine-Saint-Denis et Aubervilliers, qui ont perdu nombre de leurs enfants algériens au cours des années 1954 et 1962, puissent commémorer cet événement avec une fresque artistique. Il ne faut pas oublier que c'est un écrivain d'Aubervilliers, Didier DAENINCKX, qui, par son roman "Nuit noire", a fait connaître à un large public les événements d'octobre 1961, alors que les historiens n'avaient pas encore accès aux archives. Le romancier a pu avoir ce rôle d'éclaireur.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Raphaëlle PRIMET.

Je donne la parole à Mao PENINOU pour vous répondre.

M. Mao PENINOU, adjoint. - Merci, Raphaëlle PRIMET, de votre intervention. Vous l'avez dit, cette Municipalité et cet Exécutif sont très attachés à cette histoire et à la mise en lumière de cette histoire et du massacre du 17 octobre 1961. Bertrand DELANOË avait pris des gestes extrêmement forts, et nous avons continué régulièrement à restaurer la plaque sur le pont.

C'est pourquoi je suis en effet assez fier. J'ai donné un accord immédiat à la demande de la mairie d'Aubervilliers de pouvoir utiliser le mur de notre garage pour une fresque commémorative du 17 octobre 1961.

J'ajouterai que mon histoire familiale me rend aussi particulièrement sensible à cette question, et à la mise en lumière de notre histoire et de notre mémoire commune avec les Algériens, et de notre mémoire commune sur ce que fut la guerre d'Algérie.

J'en profite comme vous pour saluer le geste très récent du Président Emmanuel MACRON. Peut-être aura-t-il fallu attendre qu'un Président soit né après la guerre d'Algérie pour qu'enfin, il puisse avoir un regard distancié, objectif, ouvert sur l'Histoire. On pourra regretter en tout cas que ses prédécesseurs, eux, ne l'aient pas fait.

C'est donc évidemment avec de l'émotion, mais aussi la volonté d'une vraie construction d'une mémoire au niveau de la métropole francilienne, de la métropole parisienne, que je vous appellerai, comme Raphaëlle PRIMET, à voter ce projet de délibération qui est technique mais très symbolique.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Maire, pour ce projet de délibération SG 46 technique mais symbolique, pour reprendre vos propos. Je demande l'assentiment de l'Assemblée.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération SG 46.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, SG 46).