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2018 DAE 209 - Subvention d'investissement (250.000 euros) et convention avec "Scintillo" pour l'accélérateur de projets culturels "F.A.R." (11e).

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

Mme Afaf GABELOTAUD, adjointe, présidente. - Je vous propose d'examiner le projet de délibération DAE 209 : subvention d'investissement de 250.000 euros et convention avec "Scintillo" pour l'accélérateur de projets culturels "F.A.R." dans le 11e arrondissement.

La parole est à M. Philippe DUCLOUX.

M. Philippe DUCLOUX. - Merci, Madame la Maire.

Merci, mes chers collègues, et bravo à celles et ceux qui sont présents à 9 heures !

J'ai souhaité intervenir très rapidement sur ce projet de délibération concernant une subvention d'investissement de 250.000 euros et une convention avec la S.A.S. "Scintillo", dont le siège social est situé dans mon arrondissement, le 11e arrondissement, et plus exactement au 67, rue de la Roquette, afin de valoriser et souligner l'intérêt de leur projet d'accélérateur de projets culturels.

"Scintillo", créée en 2010, anime un écosystème d'une quinzaine d'entreprises opérant dans de nombreux champs d'action culturels et créatifs : musique, art, cinéma, presse, événement, communication.

Elle mutualise les moyens, les talents au service de la création culturelle. Ses équipes possèdent un savoir-faire spécifique pour les projets culturels à caractère innovant, tant dans le domaine économique que dans celui des usages et de la gestion.

En 2012, "Scintillo" a créé "Créatis", le premier incubateur de projets innovants dans les champs de la culture et des industries créatives.

Implantée à la Gaîté lyrique, boulevard de Sébastopol, cet incubateur a reçu le label "Paris Innovation", et jusqu'en 2017, "Créatis" a accompagné 130 jeunes pousses qui ont réalisé 22 millions d'euros de chiffre d'affaires cumulé, levé 8 millions de capitaux et généré 350 emplois.

En parallèle, "Scintillo" a été intégrée au sein du groupe "S.O.S." que tout le monde connaît dans cet hémicycle, qui ?uvre dans le champ de l'économie sociale et solidaire, développant ainsi l'expertise du groupe en matière d'innovation culturelle.

En 2017, "Créatis" a redessiné ses axes de travail en quatre grandes thématiques, avec des partenariats nouveaux et du "hors les murs" : "le Made in France", "Créatis Patrimoine", "Créatis Média", "Créatis V.R.", donc la réalité virtuelle.

L'évolution de "Créatis" s'est encore accélérée ces derniers mois. En effet, les responsables de cette structure ont souhaité accroître l'impact de l'incubateur accélérateur, et consolider son écosystème.

Pour cela, "Scintillo" a lancé, cet été, un tout nouvel équipement situé dans une rue que nous connaissons bien et que nous aimons beaucoup, la rue de la Fontaine-au-Roi, qui nous rappelle évidemment de tristes souvenirs avec les attentats du 13 novembre, mais c'est un quartier qui bouge, qui revit, où il y a énormément d'incubateurs, de "start-up", de sociétés qui font qu'aujourd'hui, c'est un quartier qui est vraiment tourné vers l'avenir et vers l'innovation.

"F.A.R.", dont il s'agit, dont l'ambition est d'être le plus grand accélérateur de projets culturels de France, est une véritable vitrine internationale des industries culturelles et créatives parisiennes. A terme, "F.A.R." sera intégré au réseau "B.AN.G.", fédérant des établissements équivalents dans d'autres villes françaises.

Je m'arrêterai là pour ne pas être trop long et je demanderai, soit à Frédéric HOCQUARD soit à Jean-Louis MISSIKA, qui co-rapportent tous les deux ce projet de délibération, de nous donner plus de détails concernant ce projet très innovant, très innovateur, consistant à créer une communauté de créateurs dans de nombreux champs culturels et créatifs.

Il siégera, comme je le disais, dans cet immeuble situé au 15, rue de la Fontaine-au-Roi et il devra, il me semble, créer des relations de complémentarité avec les activités très diverses qui se développent, comme je le disais tout à l'heure, dans ce quartier à la fois populaire, vivant, jeune, dynamique, tourné vers l'avenir qu'est le quartier de la Fontaine-au-Roi dans mon arrondissement, dans le 11e arrondissement.

Je vous remercie.

(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, cher Philippe DUCLOUX.

La parole, mais elle n'est pas là, était à Mme SIMONNET.

La parole est maintenant à Mme PRIMET pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Madame la Maire, mes chers collègues, je commencerai par une question : à quel champ lexical appartiennent les expressions : incubateur de projet innovant, incubateur accélérateur, nouveau média, "start-up", designer, solution de financement, accélérateur de projets, consolider son écosystème.

Réponse : au champ lexical de l'entreprise.

Ces expressions sont pourtant toutes issues du projet de délibération DAE 209 qui vise à accorder une subvention à "Scintillo" pour un accélérateur de projets culturels nommé "F.A.R.".

L'usage de ce langage d'entreprise pour habiller des projets culturels nous semble inapproprié, et on aurait aimé que ce soit démenti par le reste du projet de délibération ou par les éléments annexés pour nous permettre de la voter.

Or il n'en est rien. "Scintillo" est une S.A.S., nous sommes donc bien du côté du secteur marchand.

Nous n'avions pas de bilan financier, pas d'informations sur la gouvernance, pas de rapport d'activité dans le projet de délibération, pour nous permettre d'évaluer la nature des projets soutenus par "Scintillo". Les éléments fournis au dernier moment n'ont pas suffi à nous rassurer.

Le site de l'entreprise n'est guère plus convaincant. On y trouve diverses informations. Quelques projets sont mis en avant dans la page d'actualité, projets dont il est difficile de trouver la cohérence d'ensemble.

L'un d'entre eux a attiré notre attention. Il concerne l'Hôtel de la Marine, et "Scintillo" se dit fière d'avoir participé à ce beau projet, sans aucun autre détail. Au vu de l'actualité récente et du v?u que nous déposons en ce qui concerne l'Hôtel de la Marine, nous restons sceptiques. C'est bien maigre pour nous convaincre de verser 250.000 euros à cette entreprise "culturelle".

250.000 euros, c'est beaucoup dans l'absolu. 250.000 euros, c'est beaucoup trop quand il s'agit d'argent public versé au secteur privé, rubis sur l'ongle, sans la preuve que cet argent sera utilisé pour des projets qui bénéficieront à la population.

Le projet de délibération indique que "Créatis", incubateur de projets innovants, créée par "Scintillo" en 2012, a réussi à lever 8 millions de capitaux et que les jeunes pousses incubées ont généré 22 millions d'euros de chiffre d'affaires.

C'est très impressionnant, mais cet affichage nous laisse penser que "Scintillo" est peut-être capable de trouver les financements nécessaires à l'agrandissement de ses activités sans recourir à l'argent public.

Comme nos collègues du 11e arrondissement, nous voterons contre ce projet de délibération. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Je suis désolée, je n'ai pas eu le temps de retrouver mes notes, mais de mémoire, la culture n'est pas une marchandise. Quand on a de l'argent public à donner à la culture, on l'investit?

M. Jérôme DUBUS. - Il n'y a pas besoin de notes.

Mme Danielle SIMONNET. - C'est sûr que M. l'ancien président du M.E.D.E.F., toujours spécialiste pour défendre l'ultra libéralisme, mais par contre toujours prêt à ce que l'argent public alimente le libéralisme? Vous gardez vos contradictions, moi, j'ai mes convictions?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - J'ai été gentille de vous donner la parole alors que vous n'étiez pas là quand vous deviez la prendre. S'il vous plait, allez aux faits, car j'aurais très bien pu ne pas vous donner la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Pourquoi vous auriez pu ne pas me donner la parole ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Parce que vous n'étiez pas là quand votre tour de parole est arrivé.

Mme Danielle SIMONNET. - Nous sommes au projet de délibération. Je suis ici en séance.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Vous étiez inscrite avant, Madame.

Mme Danielle SIMONNET. - Bien, Madame la Maire. Vous aimez ce rôle, mais il agace énormément. J'ai 5 minutes, mais si cela vous ennuie je peux rester sur les 5 minutes. Un peu de respect !

250.000 euros, combien d'associations de culture, d'appropriation sociale de la culture dans les quartiers ont des difficultés, surtout depuis la suppression des contrats aidés ? Combien de théâtres ont mis la clef sous la porte depuis le début de cette mandature et depuis 2001 ? Vous ne croyez pas qu'il y a mieux à faire que de mettre tout cet argent dans un incubateur à culture ?

Vous vous gargarisez d'un discours libéral sur la culture en oubliant l'essentiel : il faut aider les artistes à créer. Il faut aider les lieux de démonstration de toute la diversité des langages culturels et permettre les rencontres et débats pour permettre l'appropriation sociale de la culture.

On n'a pas besoin d'incubateur pour cela, on a besoin de lieux, de moyens financiers, et d'implication citoyenne. Alors, faites donc cela et arrêtez avec ces projets de délibération libéraux.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Pour répondre, la parole est à M. Jean-Louis MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Madame SIMONNET, vous êtes meilleure sans notes qu'avec notes ! Mais c'est normal, c'est le "stand up", à force d'en faire, vous arrivez à improviser aussi bien. En même temps, c'est un peu quand même la même chose, mais en mieux.

Mme Danielle SIMONNET. - C'est gratuit !

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - En plus, c'est gratuit, vous avez parfaitement raison.

Parlons un tout petit peu de ce groupe "Scintillo", car il ne vient pas de nulle part. Je voudrais vous rappeler les uns les autres que lorsque nous avons créé la nouvelle Gaieté lyrique, Bertrand DELANOË a accepté, sur ma proposition, que les derniers étages de la Gaîté lyrique soient consacrés à l'accélération de projets culturels innovants. C'était en 2010, et vraiment une idée à l'époque assez nouvelle, assez révolutionnaire, c'était créatif, c'était le premier accélérateur dédié à l'entrepreneuriat et à l'innovation dans les champs de la culture et les industries créatives.

Je voudrais préciser aux orateurs qui disent que la culture n'est pas une marchandise, je partage tout à fait ce point de vue : la culture n'est pas une marchandise, mais il y a des entrepreneurs culturels et ce sont des modèles économiques extrêmement fragiles. Des modèles très souvent subventionnés par de l'argent public, à juste titre, et ce qu'il y a de vraiment intéressant, c'est que nous avons réussi aussi bien avec "Créatis" à la Gaîté lyrique qu'avec l'incubateur du Centquatre au Centquatre, à donner à Paris une place tout à fait exceptionnelle dans ce domaine de l'accompagnement des entrepreneurs culturels, aussi bien avec la Gaîté lyrique "Créatis" que le "104factory".

"Scintillo", la structure qui gérait "Créatis", a rejoint le groupe SES, une entreprise sociale à gouvernance associative, et a structuré une branche culture dans ce groupe. Ce ne sont pas des structures à but lucratif. C'est curieux ce mélange avec la structure juridique de la société, une SAS, ce n'est pas nécessairement une structure qui a vocation à gagner de l'argent. Nous sommes face à des structures qui ont vocation à accompagner des entrepreneurs culturels, de la création culturelle, et je peux vous dire que s'il y a un domaine où il est difficile de gagner de l'argent, c'est bien celui-là.

Donc, cette gouvernance associative, cette gouvernance de type économie sociale et solidaire fait qu'aujourd'hui nous ne pouvons pas dire que "Scintillo" soit un acteur privé au sens où vous l'entendez en général. Il n'y a pas que des "start-up" stricto sensu parmi ses bénéficiaires. Il y a aussi des associations, des coopératives. Je voudrais donner un exemple que nous connaissons bien ici au Conseil de Paris, celui de la Fabrique de la danse, qui porte un projet extrêmement intéressant dans le 20e arrondissement et est logé par cette structure dans le 11e arrondissement.

Je voudrais préciser qu'il s'agit d'une subvention d'investissement pour les aider à transformer le bâtiment. Il n'y a pas de subvention de fonctionnement, et d'ailleurs c'est tout à leur honneur, il me semble que cet incubateur mérite notre soutien, c'est un incubateur qui intervient dans un secteur où nous voulons avoir un vrai rôle.

C'est un incubateur de projets culturels et donc, il est tout à fait cohérent que la Ville renouvelle son soutien à "Scintillo", puisque nous l'avons déjà fait en 2010 et 2011 pour "Créatis", et je pense qu'au c?ur du 11e arrondissement, pour ceux qui ont visité cette structure, on voit bien ce que cela apporte à cet arrondissement de Paris et à Paris.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est moi qui vous remercie, Jean-Louis MISSIKA.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 209.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAE 209).