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Septembre 2018
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2018 DAC 389 - Attribution de la dénomination Jardin de l’hôtel Lamoignon - Mark Ashton, au jardin de l’hôtel Lamoignon (4e).

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous allons d'abord traiter les projets de délibération correspondant à la délégation d'Hélène BIDARD, avec le projet de délibération DAC 389. Vous l'avez déjà annoncé, Madame la Présidente, attribution de la dénomination "Jardin de l'hôtel Lamoignon - Mark Ashton", au jardin de l'hôtel Lamoignon dans le 4e arrondissement.

La parole est à M. Hervé BÉGUÉ.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, il y a 37 ans, la presse se faisait l'écho d'une nouvelle maladie : le Sida.

Au début, les atermoiements scientifiques et journalistiques cantonnaient cette maladie aux 3 H : homosexuels, héroïnomanes et Haïtiens. On a vu depuis que cette maladie allait durablement bouleverser le monde. Les approches sur la santé et sur la société allaient se voir chamboulées.

D'abord, le rapport du malade à la maladie et au corps médical, la nécessité de revoir les lois de protection sociale, et on peut même dire qu'il aura fallu ce fléau pour que les revendications des droits des personnes LGBTQI+ soient plus et mieux entendus.

Le Sida a été, comme la tuberculose et la syphilis au XIXe siècle, une maladie qui a aussi interrogé les arts et la création.

Mark Ashton est fils de ce monde, un monde qui en quelques années, du moins dans de très nombreux pays, a dû changer son regard sur les homosexuels.

Mark Ashton avait su lier son combat pour les droits des homosexuels avec le droit des mineurs. Ce qui unissait ces deux combats, c'était la haine de Margaret Thatcher, celle qui méprisait les ouvriers et écrasait leurs manifestations dans le sang, celle qui laissa mourir Boby Sands, et celle qui édictait une loi interdisant de présenter l'homosexualité sous un jour favorable. Alors, oui, Paris peut être fière d'avoir un jardin au nom de Mark Ashton. A notre demande, un jardin dans le Marais devant l'hôtel Lamoignon, qui abrite la bibliothèque historique de la Ville de Paris. Parce que Paris a été et reste une des villes de France les plus touchées par le V.I.H., parce que nous sommes engagés pour être ville sans Sida, parce que nous voulons que notre ville rende hommage à des personnalités françaises et étrangères qui se sont engagées dans des combats pour le droit et la justice, parce que nous voulons que des personnalités LGBTQI+ sortent ainsi de l'ombre, ils sont notre mémoire d'une époque pas si lointaine où l'ostracisme rejetait dans la nuit celles et ceux qui voulaient vivre leur sexualité autrement. Des actes homophobes existent encore dans notre Capitale, il ne faut pas baisser les bras, il faut au contraire affirmer avec fierté notre solidarité à celles et ceux dont les combats ont fait avancer et font encore avancer la société. Après Londres, Paris sera la deuxième ville à consacrer la mémoire de ce militant communiste. Alors soyons en fiers, "pride" comme on dit en anglais, et qui est le nom du film inspiré par sa courte mais merveilleuse vie. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Hervé BÉGUÉ.

La parole est maintenant à Mme Hélène BIDARD.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Mesdames et Messieurs, chers collègues, cher Hervé BÉGUÉ, ce projet de délibération fait suite à un v?u adopté le 28 mai dernier au Conseil du 4e arrondissement, puis par notre Conseil en marge de la communication que nous avions intitulée "Paris, capitale de toutes les fiertés", présentée par la Maire de Paris le 4 juin dernier, afin qu?un hommage par plaque, nom de rue, de lieux publics ou autres puisse être rendu à Mark Ashton, que beaucoup ont connu grâce au film "Pride".

Aujourd'hui, il s'agit donc d'adjoindre ce nom au jardin de l'hôtel Lamoignon, écrin de verdure situé en plein c?ur du Marais.

Mark Christian Ashton, né en Grande-Bretagne le 19 mai 1960, a formé avec son ami Mike Jackson, le groupe de soutien "Lesbians and Gays Support the Miners, LGSM" après que les deux hommes eurent recueilli les dons pour les mineurs en grève lors de la marche "Lesbian and Gay Pride" de 1984 à Londres.

C'est ce contexte et les conséquences dramatiques de la politique thatchérienne qui vont créer l'opportunité d'un rapprochement entre les mineurs en grève et les personnes homosexuelles militant pour leurs droits.

Une rencontre, une convergence politique devrait-on dire, due à ces mesures d'austérité du début des années 1980.

J'en profite pour répéter que cette expérience historique de convergence permet de tordre le cou aux préjugés qui trop souvent dressent l'image d'une classe sociale ouvrière prétendument LGBTphobe. Mark Ashton et ses camarades ont remporté des batailles politiques fondamentales, car grâce à lui, les droits des personnes LGBT, plus précisément des hommes homosexuels, ont fait leur entrée dans les statuts des syndicats de mineurs en Angleterre.

Et par la suite, ces mêmes syndicats ont défilé lors de la "Gay Pride" londonienne en reconnaissance du soutien apporté par les LGSM. Par ailleurs, le groupe LGSM se rencontrait et collectait les fonds dans de nombreux endroits mais surtout dans la librairie gay "The Word". On peut y voir un bel écho avec le 4e arrondissement où se trouve la librairie LGBT, "Les mots à la bouche".

Autant dire que ce projet de délibération que nous portons aujourd'hui pour une modification de dénomination du jardin de l'hôtel Lamoignon prend toute sa profondeur et sa pertinence dans le territoire du 4e arrondissement.

Enfin, cette reconnaissance attribuée à cette personne si emblématique s'inscrit également dans le cadre de la politique "Vers Paris sans Sida", du nom de l'association chargée de coordonner les efforts de la lutte contre le V.I.H. de la Capitale. Mark Ashton est en effet mort du Sida à 27 ans, en 1987.

Ce projet de délibération va pleinement dans le sens des objectifs fixés dans notre politique municipale et transversale intitulée "Paris est fière", qui a valu une communication de la Maire de Paris en juin, car finalement cet hommage rendu à la figure de Mark Ashton fait partie des réponses symboliques de la Ville de Paris aux phénomènes d'exclusion, de rejet, de sectarisme, qui n'ont pas leur place dans Paris, qu'il s'agisse de faits isolés mettant en cause des individus, de discriminations plus systémiques, ou de mises en cause des politiques de la Ville de Paris, de leurs élus, de leur administration, avec des propos condamnables et honteux.

Bref, chers collègues, si vous manifestez le désir de mieux comprendre l'?uvre politique militante de Mark Ashton, je ne peux que vous encourager à regarder le film "Pride" et à voter ce projet de délibération à l'unanimité.

Je vous en remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Madame la Maire.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 389.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAC 389).

V?u déposé par le g