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Novembre 2018
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- Dénomination rue des Cheminots (18e).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint, président. - Nous allons examiner le projet de délibération DU 223 relatif à la Dénomination rue des Cheminots (18e).

La parole est à Didier LE RESTE.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Monsieur le Maire.

Sans surprise, j'éprouve un sentiment de fierté à la lecture de ce projet de délibération. Il paraît même étonnant qu'aucune voie à Paris ne porte à ce jour cette dénomination. Quand on pense, entre autres, à la grève insurrectionnelle des cheminots du 10 août 1944, à l'appel du colonel Rol-Tanguy qui a été décisive dans la libération de Paris, au point qu'elle est commémorée officiellement avec les honneurs chaque année le 10 août à l'Arc de Triomphe.

Au travers de ce projet de délibération, je vois un hommage rendu à celles et ceux qui font battre le c?ur du rail au quotidien, celles et ceux qui, "dans l?immobilité et le temps suspendu du voyage en train, j'ai tout éprouvé : la douleur, le deuil, l'amour fou, la fierté, la révolte. Les hommes et les femmes du rail nous relient les uns aux autres, comme la littérature". Ainsi, s'exprimait, entre autres, Annie ERNAUX dans un recueil de 36 écrivains lors de la grande grève de l'automne 1995.

Avec la dénomination de cette rue, ce n'est pas trop de nostalgie dont il est question, mais bien d'un lieu où l'on pense, en y passant, à celles et ceux qui nous transportent sept jours sur sept, à celles et ceux qui se mobilisent pour défendre et améliorer le service public ferroviaire, au moment où celui-ci est mis à mal par les politiques libérales, nationales et européennes, où les logiques comptables de rentabilité financière prennent le pas sur l'intérêt général, sur les missions de service public.

Dans ce contexte libéral forcené, les usagers sont devenus des clients, les trains des produits, les cheminots des collaborateurs, les syndicats des partenaires sociaux. Le grand résistant Raymond Aubrac était d'une criante lucidité quand il s'adressait à des cheminots à Avignon en ces termes : "Si je vous comprends bien, la S.N.C.F. a été, au cours de son histoire, les veines qui irriguaient la France, mais aujourd'hui, les politiques libérales en tronçonnent les membres et le sang se retire".

On est, bien sûr, loin de "La Bête humaine" et des conditions de travail parfois inhumaines du début du XXe siècle. Les métiers des cheminots ont énormément changé. Beaucoup ont été supprimés et d'autres, nouveaux, sont venus compléter ce mythique corps de conducteurs de train, de contrôleurs ou de chefs de gare qui appartiennent au patrimoine littéraire ou cinématographique.

Les cheminots constituent un collectif humain vivant qui ont accompagné, porté toutes les innovations technologiques qu?a connu le rail.

Rappelons, pour l'histoire, que le train à grande vitesse en service commercial a été lancé sur les rails pour la première fois au monde à Paris, à la gare de Lyon, le 27 septembre 1981 où j?ai eu le privilège d?être aux premières loges en ma qualité de contrôleur et de syndicaliste de la C.G.T.

Les cheminots dans leur diversité sont attachés à leur entreprise et surtout au service des usagers, au service de l?intérêt général plaçant au c?ur l?égalité d?accès de traitement, le droit aux transports pour tous. Si certains croient que la dernière réforme du système ferroviaire combattue légitimement a réglé définitivement la conception progressiste que je viens d?évoquer, ils vont en être pour leurs frais.

La rue des Cheminots constituera donc la trace de l?Histoire mais aussi la fierté du présent.

Vous l?avez compris : cheminot un jour, cheminot toujours !

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint, président. - Je vous remercie.

La parole est à M. Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN. - Chers collègues, ce Conseil montre que nous avons encore des progrès à faire : 7 v?ux sont déposés, dont 5 portent sur des personnalités et, sur ces 5 personnalités, on compte 4 hommes. Le sixième v?u porte sur un couple ; le septième, sur une plaque pour les animaux.

Il y a 6 projets de délibération sur ce sujet : 4 portent sur des personnalités, dont 3 hommes et 1 femme seulement ; les 2 autres portent sur la rue des Messageries-de-l?Est et la rue des Cheminots.

Ce n?est plus seulement ma volonté ou mon désir, chère Catherine VIEU-CHARIER, c?est celui du Conseil de Paris. Un v?u déposé par mon groupe a été adopté par le Conseil de Paris ; c?est donc une volonté générale que de diminuer les v?ux relatifs aux personnalités, que d?équilibrer dans le sens des femmes et dans le sens des noms à caractère environnementaux, que ce soit l?Histoire, les animaux ou la topographie. Nous sommes donc pris les mains dans le sac. De ce point de vue, ce n?est pas un bon Conseil. Il faudra, j?espère, rectifier la chose.

Maintenant, sur la rue des Cheminots, nous voterons d?autant plus ce projet de délibération que c?est moi qui ai suggéré ce nom au sein de la Commission de dénomination de la mairie du 18e et je dois dire que cette proposition a suscité tout de suite une adhésion générale et unanime. Je m?en réjouis.

Je vais donc dire rapidement le sens que j?y mets ; ce sera bref.

C?est le passé : nous avons construit cette rue sur l?ancienne gare Chapelle-International où entrait le fret.

C?est le présent et je ne pourrai pas le dire mieux que Didier LE RESTE. Je n?ai pas un mot à retirer de ce qu?il a dit.

Et, comme écologiste, c?est l?avenir - en tout cas, je l?espère.

Je n?ai pas proposé la rue des Automobilistes ou la rue des Motards. J?ai proposé la rue des Cheminots parce que nous souhaitons que le train se développe?

Pas le train des riches, si vous voyez ce que je veux dire ! Le train que tout le monde, ou à peu près, pourra prendre à un tarif abordable et qui irriguera tous les territoires et pas simplement comme l?a fait le T.G.V?

M. Dominique TIBERI. - Le Ouigo !

M. Pascal JULIEN. - Vous nous l?aviez vendu, dans le temps, en disant : "Vous verrez, c?est génial ! Avec cela, la rentabilité va être assurée. Tout ira bien, Madame la Marquise". Là encore, je regrette que les écologistes aient eu raison. J?aurais préféré qu?ils aient eu tort. Quand ils ont dit qu?ils avaient des doutes, cela s?est vérifié. La rue des Cheminots, c?est le patrimoine passé, c?est le présent actif et, comme écologiste, c?est le futur.

Voilà pourquoi je voterai ce projet de délibération en vous appelant, une fois de plus?

Il en va de notre responsabilité individuelle et collective, parce que "nous ne pouvons obliger personne", comme m?avait expliqué Catherine VIEU-CHARIER. J?avais modifié mon v?u à l?époque. Si chacun continue à pousser son "mec", son ancien communiste, son ancien franc-maçon, nous n?y arriverons jamais !

Ayons un peu d?imagination !

Je ne vous cache pas que j?ai fait une autre proposition que je vous dévoile : la rue de la Concertation. Dans le quartier Chapelle-International, cela s?y prêterait parce que la Ville a engagé?

Je suis aussi de ceux qui critiquent cette concertation en disant qu?elle commence parfois un peu tard et qu?elle ne va pas aussi loin que ce que je voudrais. Néanmoins, elle existe ! Et, excusez-moi, la preuve en est que, pour un chantier à Paris, nous n?avons pas besoin de construire une forteresse de 2,5 mètres en béton comme place Jean-Jaurès à Marseille. Quand nous faisons un chantier, il a lieu après une concertation telle qu?il y a un relatif consensus. C?est une valeur ! Même si nous pouvons la critiquer, c?est une valeur à laquelle nous tendons tous : prouvons-le en l?appelant rue de la Concertation !

Je m?arrête là pour les exemples. Les "écolos" ne manquent pas d?imagination ; essayez d?en avoir aussi. Merci.

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint, président. - Merci pour votre intervention. La parole est à Catherine VIEU-CHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Bien, alors comme il y a beaucoup de choses et que c?est assez touffu, je vais essayer d?être claire et de recentrer le débat.

D?abord, je tiens à dire à cette Assemblée que, depuis que je suis présidente de la Commission d?attribution des noms, j?ai vraiment favorisé énormément les noms de femmes et j?ai d?ailleurs rendu à la 2e Commission un rapport sur toutes les dénominations féminines qui avaient été faites. Je me propose de l?envoyer à chaque conseiller de Paris afin que tout le monde soit bien au courant?

Je vous assure franchement que les efforts ont été considérables. En même temps, comme dirait notre Président de la République, des hommes ne déméritent pas. Nous ne dirons pas - je le dis et je l?affirme clairement - que nous ne rendrons pas hommage à tel ou tel parce qu?il est un homme. Cela dit, nous avons fait un gros effort. Je demanderai donc à mon cabinet d?envoyer à chaque conseiller de Paris les travaux que nous avons faits depuis 2014.

Je voudrais répondre aussi à Didier LE RESTE en lui disant qu?il a fait une très belle intervention qui me va droit au c?ur. Les cheminots, c?est une longue histoire avec Paris.

Paris a, en son sein, beaucoup de gares, ce qui veut dire que tout le réseau ferroviaire avait été construit de façon quasiment jacobine et que Paris, en son sein, détenait le centre, le c?ur vital de tous les cheminots.

Je voudrais dire aussi que les cheminots? Parlant des gares, nous n?avons pas réussi - et le groupe Communiste avait essayé de le faire à l?époque - à sauver la gare Montparnasse qui a malheureusement été rasée et nous avons bien failli perdre aussi la gare d?Orsay qui, heureusement, à cause de pressions, a été transformée en musée. Je tiens à le dire ici. Il y a les gares ; il y avait aussi la petite ceinture. Paris avait à la fois, en son c?ur, les gares et, comme une espèce de joli jupon, elle avait la petite ceinture qui était magnifique puisqu?elle apportait justement toutes les denrées et marchandises à Paris sans pollution, ce qui était tout de même non négligeable. Les cheminots, comme tu l?as dit Didier, sont les héros de la fonction publique mais ils ont été aussi des héros magnifiques pendant la Seconde Guerre mondiale. Le nombre de plaques, le long de la petite ceinture, qui marquent l?engagement et le sacrifice des camarades cheminots pour bouter l?ennemi hors de Paris est assez considérable. Là aussi, je tiens à le souligner. D?ailleurs, en France, ils ont aussi été exemplaires. Tu as parlé de la bataille du rail et tu as eu raison de le faire. Paris se devait de consacrer un hommage aux cheminots, qu?on ne pourra jamais comparer aux automobilistes. Les cheminots n?ont rien à voir. Ils forment un corps qui défend une conception tout à fait originale du transport. Je dois dire que c?est une modernité totale. Tous ceux qui pensent qu?ils appartiennent au passé ont bien tort. Les cheminots, c?est moderne, c?est héroïque, c?est vraiment très beau et très poétique aussi. Vive la rue des Cheminots !

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 223.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2018, DU 223).