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Mai 2003
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Conseil Municipal
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42 - Vœu n° 17 déposé par le groupe U.M.P. relatif au devoir de témoignage et de mémoire à l'égard des jeunes générations lors de cérémonies de commémorations

Débat/ Conseil municipal/ Mai 2003


M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Nous examinons maintenant en 9e Commission le voeu n° 17 qui ne se rattache à aucun projet de délibération.
Ce voeu a été déposé par le groupe U.M.P. et est relatif au devoir de témoignage et de mémoire lors des cérémonies de commémorations.
Je donne la parole à Roxane DECORTE.
Mme Roxane DECORTE. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, ce voeu, je le pensais, et le voulais consensuel. Aussi quel n'a pas été mon étonnement, lors du long débat que nous avons eu en Commission. Il ne s'agit nullement d'ignorer les initiatives qui existent dans certains arrondissements parisiens, loin s'en faut, comme dans le 11e, le 13e, le 16e, mais pas dans le 18e, mais d'exprimer la volonté que Paris donne une impulsion forte et aille plus loin sur la question essentielle, celle du devoir de témoignage et de mémoire à l'égard des jeunes générations.
Les élus se réunissent traditionnellement devant les monuments aux morts le 11 novembre, le 19 mars, le 29 avril, le 8 mai, le 18 juin, le 25 août, pour que ces dates importantes de l'histoire contemporaine de la France ne tombent pas dans l'oubli. Leur devoir est de témoigner mais aussi de transmettre cette mémoire collective aux jeunes générations, en espérant qu'elles en tirent leçons, qu'elles combattent l'intolérance, qu'elles apprennent à être vigilantes, à défendre les valeurs démocratiques et la paix, qu'elles préservent enfin leur avenir.
Roxane DECORTE et les membres du groupe U.M.P. regrettent l'absence des plus jeunes aux commémorations dans les mairies alors que les textes du Ministère de la Jeunesse, de l'Education Nationale, et de la recherche la permettent et l'encouragent vivement.
Aussi, sur ma proposition, et celle des membres du groupe U.M.P., le Conseil de Paris émet le voeu que la Ville, en liaison étroite avec l'Académie de Paris et les associations du monde combattant prenne l'initiative d'assurer la participation la plus large possible des écoliers et des collégiens aux cérémonies de commémorations, avec en particulier le dépôt symbolique d'une gerbe par les jeunes générations, la rencontre directe avec des anciens combattants, des déportés, des résistants et l'établissement d'un lien tangible entre les générations lors de ces manifestations.
Je vous remercie de votre attention.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - La parole est à Mme CHRISTIENNE.
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - Madame la Conseillère, votre voeu comporte deux volets :
- le premier relatif à la participation des jeunes générations aux commémorations dont vous énumérez les dates ;
- le deuxième faisant état de textes officiels du Ministère de l'Education nationale, laisse supposer une inertie de la Mairie s'agissant de la mise en ?uvre de ces textes.
Je ne peux que m'étonner de la méconnaissance manifeste dont témoigne ce voeu, s'agissant du rôle joué par l'Académie et la Municipalité et les liens existant entre les jeunes et les associations du monde combattant. Un énorme travail avec les élèves en matière de mémoire et de civisme est, en effet, accompli et notre approche réfléchie des cérémonies commémoratives va bien au-delà de celles que vous évoquez.
Vous souhaitez une participation des jeunes aux commémorations ? Quelques exemples concrets - que je pourrais multiplier à l'envie - vous permettront peut-être de prendre conscience de la réalité. Mais il est vrai que seules les relations suivies avec le milieu scolaire permettent de constater l'intérêt des jeunes et l'importance et la diversité de leur engagement dans ce travail de mémoire. Seuls les journaux du monde combattant en font état et, à l'évidence, certains élus du groupe U.M.P. ne semblent pas les lire avec l'attention qu'ils méritent.
Il n'y a pas une semaine, le 20 mai dernier, lors d'une cérémonie organisée en hommage aux étudiants résistants, où je représentais le Maire de Paris, des élèves du collège Voltaire (11e), et du collège Alvisert (5e) ont chanté, ensemble, le Chant des Partisans et deux couplets de la Marseillaise, en présence d'une classe de mathématiques supérieures du collège Stanislas.
Les enfants sont, je vous l'assure, de façon régulière, présents lors des ravivages de flamme à l'Arc de Triomphe, toujours accompagnés de représentants de l'Académie et d'élus. Ils furent ainsi plus de 4.000 à participer à ces cérémonies en 2002.
Pour ne parler que de ceux de mon arrondissement, le 14e, j'ai pu assister, lors d'un ravivage de la flamme organisé par le Souvenir Français, à la prestation d'un choeur de 300 élèves de cours moyens de première année du 14e arrondissement, entonnant la Marseillaise en présence des IDEN des secteurs scolaires et des professeurs qui les avaient accompagnés.
Les élèves avaient, le matin même, à la Mairie, assisté à une projection de documentaires sur les débarquements de Provence et de Normandie, à l'issue de laquelle ils avaient pu interroger des anciens combattants de la 2e D.B., de la Première Armée, des Forces Françaises Libres, ainsi que des résistants et des déportés. Leurs interventions avaient été préparées avec le concours des instituteurs de l'arrondissement.
Le 19 mars, les élèves du lycée Buffon, dans le 15e, ont réalisé, avec l'aide de la F.N.A.C.A. et le soutien financier de la Ville un recueil de témoignages d'appelés du contingent ayant servi en Algérie et ont déposé une gerbe à l'Arc de Triomphe.
Le 11 novembre : vous semblez douter que le 11 novembre, et la grande guerre intéressent encore les scolaires. J'ai pourtant reçu, à l'hôtel de ville, plusieurs classes de 1ère de Paris et de banlieues dites difficiles.
Non contents de poser de nombreuses questions, ils se sont spontanément levés pour ovationner longuement le général Bourgeois (âgé de 105 ans et vétéran des deux guerres mondiales) auquel je venais de remettre la médaille du bimillénaire au nom du Maire de Paris.
Sans doute le 11 novembre est-il l'une des dates où l'on voit le moins de jeunes devant les monuments aux morts mais je peux vous assurer que, dans les lycées, les élèves avec les représentants des associations d'anciens élèves déposent régulièrement des gerbes devant les plaques portant le nom de leurs camarades tombés lors des deux guerres mondiales, mais aussi des guerres d'Indochine et d'Algérie (lorsque des plaques concernant ces conflits ont été apposées). Il est vrai que ces cérémonies ont souvent lieu à une date anticipée en raison des vacances scolaires.
18 juin - Les commémorations du 18 juin ne laissaient jusqu'ici guère de place aux jeunes. C'est pourquoi la nouvelle Municipalité parisienne a souhaité les associer à la cérémonie organisée au Mont Valérien. Un jeune collégien parisien, lauréat du concours de la Résistance et de la déportation porte donc, depuis l'année dernière, le coussin sur lequel repose la Médaille de l'Ordre de la Libération, aux côtés des représentants des différentes armes.
Quant aux autres lauréats parisiens, ils sont, comme par le passé, reçus et félicités par le Maire de Paris, qui leur remet à cette occasion une plaquette désormais imprimée par la Ville.
25 août : Organisées en pleine période estivale, les commémorations de la Libération de Paris ne se prêtent guère à la participation des scolaires. C'est pourquoi nous avons souhaité que des places soient désormais réservées aux jeunes n'ayant pas la chance de partir en vacances, sur le parvis de l'Hôtel-de-Ville. 25 d'entre eux ont, l'année dernière, assisté aux cérémonies en compagnie de leurs professeurs et il en sera désormais ainsi chaque année.
Le 27 avril, dans le 14e arrondissement à l'occasion de la journée de la déportation, un collégien a lu un texte en hommage aux déportés en présence des députés Serge BLISKO et Yves COCHET et des élus de la majorité municipale. Les élus de l'opposition absents ne l'ont pas entendu.
J'avais convié les conseillers à participer à la visite du camp de concentration d'Auschwitz aux côtés d'une association d'anciens déportés qui y conduit chaque année des groupes d'élèves. Aucun conseiller de l'opposition municipale n'a jugé bon d'y participer. C'est donc en leur absence, mais en présence de représentants du parti socialiste et du groupe "Les Verts" que j'ai déposé la gerbe du Maire de Paris au pied du mur des fusillés avec deux élèves du lycée Voltaire. J'avais, l'année précédente, procédé à un autre dépôt de gerbe, en présence d'élèves de Saint-Michel de Picpus.
Le temps me manque pour continuer à énumérer ainsi les manifestations auxquelles les jeunes Parisiens sont associés. Reste que, contrairement à ce que laisse supposer votre voeu, la Ville de Paris est très impliquée dans les actions qui se déroulent régulièrement et qui créent des liens entre jeunesse et monde combattant.
Et je tiens à souligner les fortes disparités existant entre l'engagement des arrondissements à cet égard. Certains sont très actifs et d'autres moins.
Ainsi, dans le 10e arrondissement, les élèves des cours préparatoires défilent-ils devant le Monument aux Morts pour déposer chacun une fleur. En revanche, dans un autre arrondissement, dirigé par l'opposition municipale, les présidents d'association se plaignent de ne quasiment jamais voir leur maire aux cérémonies. Or comment espérer mobiliser les jeunes si le Maire lui-même ne donne pas l'exemple ?
Au-delà des cérémonies commémoratives, des anciens du monde combattant se rendent régulièrement dans les établissements scolaires pour témoigner et répondre aux questions des élèves et nous les y incitons, notamment par l'intermédiaire de subventions versées aux associations qui les organisent.
En ce qui concerne le deuxième volet de votre v?u, vous faites état de textes officiels du ministère de l'Education nationale.
Le travail avec l'Académie est, certes, en relation avec les directives ministérielles. Je ne dois pas à mes anciennes fonctions d'être destinataire des lettres circulaires contenant les recommandations des IDEN aux chefs d'établissement... Elles sont très largement diffusées.
Dans une circulaire, Mme MAIRE, IDEN de l'Académie de Paris, a, le 6 février 2001...
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Laissez-la respirer, elle va suffoquer !
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - ... fait connaître les souhaits exprimés par Jean-Pierre MASSERET lors d'une réunion du Haut Conseil de la Mémoire Combattante, soulignant que, je cite : "Dans le cadre de l'enseignement de l'histoire, de l'éducation à la citoyenneté et du devoir de mémoire, il est bon que les enfants, futurs citoyens, entendent parler à l'école de l'armée (et) de la patrie".
L'Académie donne aux élus des arrondissements ayant délégation pour les affaires scolaires - mais cela concerne aussi ceux ayant la charge de la mémoire et le monde combattant - la liste des personnes, ressources, lieux, structures et partenaires potentiels et l'Office national des anciens combattants dispose "d'assistants-mémoire" susceptibles d'aider les jeunes et leurs enseignants. Aux élus d'en faire bon usage et de multiplier les initiatives dans leur arrondissement...
Le musée Jean Moulin - Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris leur en donne les moyens : il s'est doté d'un service éducatif qui aide les élèves réalisant des travaux pédagogiques à exploiter les documents de son fonds bibliographique. Sa directrice, Christine LEVISSE-TOUZE, avec laquelle je travaille en étroite collaboration...
M. Claude GOASGUEN. - Bravo !
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - ... et en parfaite confiance, organise par ailleurs des conférences à l'intention des scolaires et des anciens combattants qu'elle réunit. Assistant récemment à l'une d'entre elles, organisée à l'occasion de la Journée de la Femme, en présence d'Anne HIDALGO - qui avait l'année dernière, demandé l'organisation d'une exposition sur la résistante exemplaire que fut Bertie Albrecht - j'ai remarqué la présence de nombreux jeunes mais pas celle de représentants de l'opposition...
Dois-je également vous rappeler que la Ville de Paris...
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Elle a un petit carnet.
Mme Odette CHRISTIENNE, adjoint. - Je prends rarement la parole, je la prends !
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Bravo !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Vous avez raison. Continuez, Madame CHRISTIENNE.
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - ... la Ville de Paris a distribué dans les établissements scolaires parisiens des plaquettes sur la Résistance et sur la rafle du Vel d'Hiv et la résistance juive, réalisées par d'anciens résistants. Diffusés individuellement aux élèves de 3e et de terminale, ces documents pédagogiques comprenant des textes et des témoignages inédits nous ont valu les remerciements de nombreux professeurs - qui ont apprécié ces supports pédagogiques - et de dizaines d'anciens combattants, déportés et présidents d'association. D'autres documents sont d'ailleurs en préparation, par exemple sur les fusillés de la cascade du bois de Boulogne, auxquels un hommage est traditionnellement rendu le 17 août, pendant les congés scolaires.
La Municipalité parisienne encourage et soutient les initiatives prises par les arrondissements en matière de mémoire et de commémoration...
M. Claude GOASGUEN. - Votez pour alors !
Mme Odette CHRISTIENNE, adjoint. - ... mais, respectueuse de la démocratie de proximité, elle n'entend rien leur imposer. Que diraient donc les élus du groupe U.M.P. si nous tentions de leur imposer des initiatives depuis l'Hôtel-de-Ville ?
M. Claude GOASGUEN. - Oh ça !
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Des dizaines !
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - L'envoi, le 19 mars dernier, à l'initiative du Maire de Paris, de gerbes à déposer devant les monuments aux morts de chaque arrondissement n'a-t-il pas provoqué de vives réactions de certains élus de l'opposition...
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Absolument !
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - ... au motif que le 19 mars n'était pas une date de cérémonie officielle ?
En conclusion, force est de constater que les jeunes générations sont intéressées par l'histoire, actives, demandeuses d'initiatives dans ce domaine et que nous n'avons pas attendu le v?u de l'U.M.P. pour en entreprendre.
Dans un domaine connexe, qu'il me soit permis de souligner qu'il serait envisageable que chaque arrondissement se dote d'un correspondant défense. Lors d'un entretien avec le général LE GOFF (Gouvernement Militaire de Paris), ce dernier a constaté que c'était un arrondissement dirigé par la majorité municipale...
M. Claude GOASGUEN. - Le 14e.
Mme Odette CHRISTIENNE, adjointe. - ... qui avait, jusqu'ici, fait preuve du plus d'initiatives dans le domaine des échanges avec l'armée. Or, connaître cette dernière, son fonctionnement, son rôle dans les opérations extérieures, est plus que jamais indispensable depuis la professionnalisation des armées, qui a malheureusement distendu l'indispensable lien unissant l'armée à la nation.
Merci.
(Vifs applaudissements sur tous les bancs de l'Assemblée).
M. Claude GOASGUEN. - Bravo !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Compte tenu de cette réponse très argumentée j'imagine, Madame DECORTE, que vous retirez votre v?u, puisqu'il est satisfait depuis que Mme CHRISTIENNE fait un travail remarquable.
M. Claude GOASGUEN. - Est-ce qu'elle peut recommencer ?
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Elle n'a pas dit comment il fallait voter.
Mme Roxane DECORTE. - Non mais j'ai eu droit à 40 minutes de débat en Commission et j'ai dit en préalable à ce v?u que je pensais le vouloir consensuel mais apparemment c'est un crime de lèse-majesté quand on est une jeune élue, de déposer un v?u dans la Commission de Mme CHRISTIENNE.
M. Claude GOASGUEN. - Absolument.
Mme Roxane DECORTE. - Il ne s'agissait nullement...
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Donc vous maintenez votre v?u ?
Mme Roxane DECORTE. - J'ai eu droit à un marathon verbal, je peux avoir droit à 30 secondes de parole quand même.
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Le règlement ne l'autorise pas mais allez-y.
Mme Roxane DECORTE. - Il ne s'agit nullement de remettre en question votre travail, comme je l'ai dit au préalable, ni de remettre en cause des initiatives si elles existent dans certains arrondissements. Mais d'exprimer la volonté que Paris sur ce plan aille plus loin sur cette question essentielle. Apparemment pour vous cette question n'est pas suffisamment essentielle.
M. David ASSOULINE, adjoint. - Quelle mauvaise foi !
M. Christophe CARESCHE, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, le v?u avec un avis défavorable de l'Exécutif.
Qui est pour ?
Qui est contre ?
Abstentions ?
Le v?u est repoussé.
M. Claude GOASGUEN. - Ah bravo !
M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Bravo !