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Novembre 2018
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2018 DAC 74 - Convention tripartite de mécénat avec la Fondation du Patrimoine et l’association Théâtre Musical de Paris pour le financement des travaux du Théâtre du Châtelet (1er).

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DAC 74 relatif au théâtre musical de Paris.

La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, vous connaissez mon désaccord très régulièrement répété sur le mécénat en général. Parce que, qui dit mécénat dit loi Aillagon, et dit en fait que lorsqu'une entreprise devient mécène, elle a un cadeau d'exonérations fiscales et donc, c'est le contribuable, in fine, à raison de 66 %, qui contribue. Déjà, c'est un problème.

J'estime par ailleurs que nous devons assumer des politiques culturelles qui ne dépendent pas du bon vouloir du prince financier dans sa volonté, dans sa largesse, de choisir quel équipement culturel il veut bien aider dans la préservation du patrimoine. Pour moi c'est le degré zéro de politique publique.

Cela n'implique pas que la Ville de Paris, cela implique l'Etat, l'ensemble de nos logiques politiques. C'est par l'impôt que nous pouvons mettre à contribution l'ensemble des opérateurs, l'ensemble de l'économie, dans une logique de redistribution, et pas au bon vouloir de M. le prince.

Là, il s'agit de quel prince ? Il s'agit de Total. Excusez-moi, mais il y a une énorme contradiction. On ne peut pas s'engager dans le Plan Climat et montrer que l'on est une ville qui participe au C40 et qui a conscience des conclusions du rapport du GIEC, qui a conscience qu'il faut sortir de la dépendance des énergies carbonées, et tout d'un coup faire dépendre de nos politiques publiques de préservation du patrimoine, le bon vouloir du prince, qui est le plus gros pollueur.

Je reprends des éléments qui figurent par ailleurs dans le v?u n° 102 du groupe Ecologiste de Paris, qu'hélas l'Exécutif a rejeté au nom de "on ne stigmatise pas une entreprise".

Si, on doit stigmatiser Total, à un moment donné, il faut assumer. Les émissions de gaz à effet de serre de ce groupe industriel, qui figure au 19e rang des plus grands pollueurs du monde, représentent à elles seules plus des deux tiers de l'ensemble des émissions de la France. Rien que cela nous amène à réfléchir.

Non seulement vous rejetez les démarches qui, à l'instar de la ville de New York, essaient en France avec plusieurs collectivités, de dénoncer auprès de Total l'absence dans son plan de vigilance de références au risque climatique et d'actions adaptées pour le réduire, vous rejetez cette volonté d'inviter la firme à s'inscrire dans une trajectoire conforme à l'accord de Paris et au récent rapport du GIEC, avec une excuse qui, pour moi, n?en est pas une : on ne stigmatise pas une entreprise. Si ! Nous assumons nos responsabilités et nous regardons qui est responsable !

Mais, en plus, vous allez par cette convention, en faisant dépendre les travaux du théâtre du Châtelet, vous avez valorisé l?entreprise Total ! "On ne stigmatise pas une entreprise" ; vous allez valoriser Total. Il faut savoir que l?ampleur des travaux du théâtre du Châtelet est conséquente. Au lieu de mettre un rapport de force avec l?Etat pour avoir plus de dotations ou de faire d?autres choix, vous allez, certes, demander un soutien de 250.000 euros, soit 70 % des dépenses, à Total. En échange de quoi ? Total va avoir l?exclusivité de la visibilité sur le mécénat de l?opération : la Fondation Total sera indiquée sur une plaque qui sera apposée sur l?opération d?un grand foyer. Voilà la logique politique dans laquelle vous êtes ! Total va pouvoir communiquer sur le fait que c?est Total qui sauve la culture à Paris. Nous allons permettre à Total de se faire de la publicité, de pouvoir vanter son intervention dans la défense de l?intérêt général, alors que Total est un énorme pollueur et oui, que Total devrait être montré du doigt !

Cela montre bien tout le "greenwashing" de la politique parisienne, qui ne veut jamais s?attaquer aux causes du dérèglement climatique auquel nous sommes confrontés. Nous prenons de nombreuses mesures qui vont dans le bon sens mais, sur le c?ur du problème, nous sommes pires que silencieux puisque nous participons du problème, puisque nous participons à la publicité en faveur de l?entreprise Total.

Vous le comprendrez, je voterai contre ce projet de délibération et je demande à toutes et tous les collègues de voter contre. Je demande à l?Exécutif de le retirer de l?ordre du jour et d?avoir un sursaut de conscience et de cohérence politique.

On ne peut pas faire voter et assumer de voter une chose pareille ! Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Pour vous répondre, la parole est à Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Bon?

Ce n?est pas la question la plus sympathique qui soit mais je vais répondre. Comme je suis heureux que la séance soit présidée par la plus écologiste des Ecologistes parmi nous qu?est Célia BLAUEL, je vais évidemment tenter de répondre avec le moins de langue de bois possible et le plus d?arguments pour convaincre et retourner les arguments de Mme SIMONNET, si je le puis. Sur la question des bâches, M. JULLIARD avait très bien et très clairement répondu au mois de février à la fois sur la légalité - l?autorisation sur des immeubles classés monuments historiques par le Code du patrimoine - et la nécessité de ce dispositif avec une recette de 2,7 millions d?euros qui viennent s?ajouter au financement public prévu. Je vous rappelle que ce sont d?abord des financements publics.

Sur le mécénat, ce projet de délibération concerne la convention tripartite signée avec la Fondation du patrimoine, le théâtre du Châtelet et les financements des travaux du Châtelet. A ma connaissance, l?entreprise que vous signalez a des activités en France, a un siège social en France, a des salariés en France et ne fait pas l?objet, en tout cas dans le cadre qui est le nôtre, qui est celui d?obtenir de l?argent pour la culture et le patrimoine, d?une quelconque procédure qui nous empêcherait de pouvoir accepter cet engagement. Il ne s?agit évidemment pas de minimiser, chère Célia BLAUEL et chère Danielle SIMONNET, le rôle des industries fossiles dans le réchauffement climatique - j?avais d?ailleurs prévu pour vous dire la vérité de porter un gilet de sauvetage orange dans cette séance pour que nous nous engagions contre le dérèglement climatique - mais de ne pas créer de fausses oppositions entre notre politique culturelle et la défense de notre environnement. Notre ambition et notre mobilisation est conséquente et hautement affichée. Je comprends le point de vue, qui est un point de vue radical, mais si nous arrivons à faire évoluer la société que vous avez mentionnée vers de meilleures pratiques, je pense que, modestement, la Ville de Paris y aura contribué. Si nous rêvons d?un monde idéal, je sais qu?il n?existe pas. En attendant, nous avons besoin de cette contribution et nous veillerons bien sûr, dans le cadre de nos accords, des protocoles et des règles, à ce qu?aucune dérogation et aucune erreur ne soient commises. Le temps politique sur les énergies fossiles est très bien engagé et je vous encourage à porter demain, non pas un gilet jaune, mais un gilet orange de sauvetage pour la planète.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur GIRARD.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 74.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2018, DAC 74).