Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Novembre 2018
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

Vœu déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif au soutien à Domenico LUCANO, Maire de Riace (Italie). Vœu déposé par les groupes Communiste - Front de Gauche et "Génération.s" relatif au soutien à Domenico LUCANO, Maire de Riace (Italie). Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Je vous propose une discussion conjointe sur les v?ux référencés nos 89, 90 et 90 bis puisqu'ils ont le même objet : un soutien au maire de Riace en Italie.

M. Jacques BOUTAULT, vous avez la parole, deux minutes maximum, sur le v?u n° 89.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Merci, Monsieur le Maire.

En 2014, un bateau de réfugiés kurdes s'échoue sur les côtes de Calabre, au large de Riace. Le maire et ses administrés leur portent secours. Puis les intègrent au village. Un village, Riace, qui perdait des habitants et vivait dans un véritable marasme économique.

Depuis, cet accueil s'est perpétué pour accueillir jusqu'à 800 réfugiés de tous les pays, dont l'Afrique, ce qui a valu au maire de Riace, Domenico LUCANO, d?être destitué de ses fonctions de maire et interdit de présence dans son village au prétexte d?aide à l?immigration clandestine.

A l?initiative d?Antoinette GUHL, je me suis rendu notamment avec Esther BENBASSA, Clémentine AUTAIN et Sophie TAILLÉ-POLIAN, à Riace pour rencontrer le maire et voir sur place de quoi il en était. Nous avons constaté que la mise à l?écart du maire avait entraîné une catastrophe pour ce village qui revivait, créait de l?artisanat et qui permettaient aux migrants de vivre dignement. Ils ont été contraints de déménager. Ils vivent toujours en Calabre mais dans un centre d?accueil pour migrants alors qu?ils étaient parfaitement intégrés à ce village.

Il nous paraissait donc essentiel de mettre un coup de projecteur sur cette action et de condamner l?action du ministre de l?Intérieur italien, M. SALVINI, qui a destitué le maire et mis à mal cette intégration réussie des personnes migrantes qui, du coup, ne peut plus se perpétuer.

Ainsi, nous demandons à la Ville de Paris d?apporter son soutien à l?ancien maire de Riace, Domenico LUCANO, et de condamner fermement sa destitution par le ministre de l?Intérieur italien. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Jacques BOUTAULT.

La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET, pour présenter le v?u n° 90 qui a le même objet.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Le v?u que nous proposons avec nos collègues de "Génération.s" est un v?u d?hommage à un homme, maire d?une commune en Calabre, Riace, réélu trois fois par ses administrés, qui a accueilli 200 réfugiés dans une commune de 800 habitants. Il a travaillé avec ses réfugiés à développer du commerce, de l?artisanat dans une petite ville qui perdait des habitants. Son exemple, en Italie, a influencé des élus de communes plus importantes comme Naples ou Palerme, tant et si bien que l?on parle partout dans le monde de l?expérience de Riace.

Reconnu par la presse mondiale et une université allemande, "Mimmo" LUCANO a été, dès son élection, la cible de Matteo SALVINI, ministre de l?Intérieur venu des rangs de l?extrême-droite. On reproche à ce maire d?avoir aidé à la création d?une coopérative pour le ramassage des ordures. Oser reprocher cela à un maire quand on sait que la plupart des communes du sud de l?Italie sont victimes d?ententes mafieuses des entreprises de ramassage des ordures?

En fait, le Gouvernement italien reproche à ce maire de faire de l?intégration qui marche. Il s?appuie sur les compétences des nouveaux habitants de son village pour le faire revivre. Il est de fait l?anti-SALVINI. Soutenu par des associations, des syndicats, des formations politiques européennes, LUCANO est devenu le symbole de l?Europe que nous voulons construire, celle de la fraternité et pas celle du rejet.

Nous demandons que la Ville de Paris manifeste sous les formes les plus appropriées sa solidarité et son soutien au maire de Riace. Le v?u de l?Exécutif y répond en partie, même s?il ne va pas aussi loin que nous l?aurions souhaité. Mais s?il était blanchi, comme nous l?espérons toutes et tous, dans les différents procès qui lui sont intentés, alors la Ville de Paris pourra lui remettre un jour la plus haute distinction de notre Ville au nom des valeurs qu?il défend et qui sont celles de Paris et de sa majorité actuelle. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Raphaëlle PRIMET. Je me tourne vers Patrick KLUGMAN.

M. Patrick KLUGMAN, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Nous avons raison de nous alerter de la situation de notre collègue, Domenico LUCANO, maire de Riace. Je ferai deux observations au sujet des v?ux qui ont été excellemment présentés par nos collègues.

D?abord, sur le contexte politique, je ne peux pas croire un instant que des poursuites auraient été engagées contre M. LUCANO si l?Italie n?avait pas connu le tournant politique désastreux qu?elle a pris ces derniers mois avec cette alliance funeste que nous voyons à l??uvre actuellement de l?autre côté de notre frontière.

Le deuxième commentaire que je voudrais faire est qu?il y a quelques mois, nous votions la création d?un observatoire des maires en danger. La situation de notre collègue de Riace nous rappelle à sa brûlante urgence et nécessité et nous continuons d?avancer sur ce sujet.

Le maire de Riace est un maire qui a intégré des populations qui venaient de loin, qui les a fait travailler, qui a montré que c?était possible, que cela fonctionnait et que cela créait même un écosystème vertueux. Voilà finalement son crime, même si ce n?est évidemment pas de cela dont il est formellement poursuivi et ce dont il a à répondre. C?est pour cela qu?il a besoin du soutien de ces collègues d?autres collectivités à travers le monde. Une délégation d?élus, où figuraient Jacques BOUTAULT et Antoinette GUHL, s?est rendue auprès de lui. En tant qu?élus parisiens, nous ne pouvons qu?en être heureux.

Nous nous sommes mis d?accord, je l?espère, sur un v?u de l?Exécutif aux termes duquel je vous propose que la Maire de Paris invite le maire de Riace en témoignage de notre soutien ; qu?elle écrive à l?ambassade de la République italienne pour lui faire part de la préoccupation de notre Conseil vis-à-vis du traitement subi par M. LUCANO ; et que la Maire de Paris s?adresse à ses collègues maires italiens à travers le réseau des villes italiennes pour réaffirmer la nécessaire protection des élus locaux et témoigner de notre solidarité.

Voilà ce que je vous propose d?adopter, mes chers collègues, en solidarité avec M. LUCANO, maire de Riace.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Patrick KLUGMAN.

Jacques BOUTAULT, acceptez-vous de retirer votre v?u n° 89 ?

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Oui, j?accepte.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci.

Raphaëlle PRIMET retire également son v?u n° 90. Il ne reste donc plus que le v?u n° 90 bis de l?Exécutif. Danielle SIMONNET, vous souhaitiez donner une explication de vote.

Mme Danielle SIMONNET. - Je soutiendrai le v?u de l?Exécutif et je salue la démarche des deux v?ux précédemment présentés.

En 1998, tout commence quand un navire kurde s?échoue sur la plage et quand Domenico LUCANO crée cette association "Città Futura". Un travail extraordinaire se fait dans ce village avec l?ensemble des habitants pour accueillir et installer dans des logements vides des réfugiés.

Oui, Domenico LUCANO est un exemple et, en aucun cas, une personne à poursuivre et à criminaliser. Il est inacceptable qu?il se voie ainsi destitué et interdit dans son propre village. Je salue la délégation des élus écologistes, insoumis et de "Génération.s" qui ont honoré la République française et ses principes en allant exprimer là-bas leur soutien et leur solidarité avec Domenico LUCANO. Il ne faut pas laisser l?Italie basculer ainsi dans la réaction sans rien dire et il ne faut pas laisser la France se déshonorer par des politiques qui vont à l?encontre du respect du droit d?asile comme c?est le cas aujourd?hui. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de v?u déposé par l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

Le projet de v?u est adopté. (2018, V. 561).