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Novembre 2018
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II - Question d'actualité posée par le groupe UDI-MODEM à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative aux manifestations des "Gilets Jaunes".

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question n° 2 posée par le groupe UDI-MODEM.

Monsieur Eric AZIÈRE, vous avez la parole.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, à l?heure où je vous parle, il règne dans notre pays un climat social inédit. Le mouvement de colère, dit des "gilets jaunes", monte partout en France et échappe - c?est son originalité pour l?instant - à toute intermédiation syndicale ou politique. A ce jour, on ne sait pas bien à quoi va ressembler la journée de blocage prévue le samedi 17 novembre. On parle, sur les réseaux sociaux qui leur servent de support, de trois principales formes de mobilisation : des "opérations escargot", des blocages de rocade, des manifestations.

En Ile-de-France et notamment à Paris, ces blocages pourraient particulièrement concerner le boulevard périphérique. Des appels à - je cite les réseaux sociaux - "rentrer à 14 heures partout sur le périphérique", notamment porte Maillot et porte de Bercy, avant de "se réunir devant l?Élysée". On peut imaginer plusieurs cortèges allant de différents points du périphérique jusqu?au centre de Paris, voire à l?Élysée, mais par quel moyen, par quelles rues, par quelles avenues ? On peut lire dans le journal "20 minutes" qu?en Ile-de-France, près de 20 blocages sont prévus. Le plus suivi est celui qui prévoit le blocage du périphérique parisien : 50.000 personnes entendent participer à cet événement et près de 200.000 personnes se disent intéressées sur ces mêmes réseaux sociaux. En outre, selon le Ministre de la Transition Ecologique et Solidaire, François de RUGY, des blocages dans les gares ou sur le réseau ferroviaire pourraient également avoir lieu.

A ce jour, le mouvement ne fait pas l?objet d?un mot d?ordre de mobilisation politique, malgré de pathétiques et pitoyables tentatives de récupération. Néanmoins, le syndicat "Unité S.G.P.-F.O." de la police nationale a appelé à la grève des P.V.

Face à cette mobilisation que l?on annonce forte, il nous semble que l?enjeu majeur pour Paris, et pour les Parisiennes et les Parisiens, est d?anticiper pour éviter les débordements, dégradations, provocations des fauteurs et fouteurs de trouble, notamment des "Black blocs", car il ne s?agit pas tant d?entendre le mécontentement que de créer les conditions de son écoute, éventuellement de son accueil. Pour cela, il faut déployer les mesures nécessaires pour que ce blocage ne vire pas à l?asphyxie.

Les questions sont les suivantes, Monsieur le Préfet de police : quels moyens comptez-vous déployer pour sécuriser ces manifestations ? Quels effectifs ? Quel sera votre degré d?acceptabilité des blocages ? Laisserez-vous les "gilets jaunes" bloquer le périphérique par une "opération escargot", par un blocage éventuellement total ? Que prévoyez-vous pour permettre aux véhicules d?urgence d?atteindre les hôpitaux, pour préserver l?issue des casernes de pompiers ? Quelle réponse apportez-vous au syndicat de police qui a appelé à la grève des PV ?

Madame la Maire, quels moyens la Direction de la Protection, de la Sécurité et de la Prévention, et éventuellement la Direction de la Propreté et de l?Eau comptent-elles déployer pour garantir la préservation, la tranquillité et la propreté de l?espace public parisien et pour maintenir l?accès des Parisiens aux services publics municipaux pendant cette manifestation ?

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur Eric AZIÈRE.

Je vais tout de suite donner la parole à M. le Préfet de police et à Mme Colombe BROSSEL.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Conseiller, Mesdames, Messieurs les Conseillers, une journée de contestation s?annonce en effet pour samedi 17 novembre pour protester contre la hausse des prix du carburant. Il s?agit du mouvement communément appelé "des gilets jaunes" mais qui a pour caractéristique d?être un mouvement extraordinairement diffus, sans que nous ayons en face de nous des organisateurs et, a fortiori, des organisateurs institutionnels bien identifiés et bien connus de nos services.

A cette heure, une manifestation a été déclarée dans nos services, prenant la forme d?un rassemblement statique le samedi 17 novembre au matin dans le secteur porte de Bercy. C?est une manifestation à l?initiative de laquelle se trouve un groupe de V.T.C. C?est la seule manifestation qui, à cette heure, a été déclarée.

Pour le reste, nous surveillons - cela va de soi - sur les réseaux sociaux toutes les initiatives que nous voyons fleurir. Nous essayons d?en évaluer la portée. L?exercice qui consiste à passer de velléité, d?adhésion de principe à la réalité de terrain est forcément difficile. Quoi qu?il en soit, nous nous préparons à gérer cette journée avec efficacité pour faire en sorte que ces menaces de blocage, a fortiori généralisés, restent lettre morte.

La liberté de manifester est un droit constitutionnel qu?il appartient aux autorités de l?État, au Préfet de police à Paris, de garantir et d?accompagner. La liberté de manifester s?exerce dans le cadre des lois de la République, en particulier avec l?obligation de déclaration des manifestations. Le Ministre de l?Intérieur, M. Christophe CASTANER, a eu l?occasion de le rappeler. Je souligne que le Code punit de 6 mois d?emprisonnement et de 7.500 euros d?amende le fait d?organiser une manifestation sans l?avoir déclarée.

Le dispositif que je mettrai en place est en train de se mettre en place à l?échelle régionale. Nous sommes dans le temps des détails. J?agirai en prenant des initiatives partagées avec des collègues Préfets de département que je réunis en visioconférence tout à l?heure à 18 heures. L?idée sera d?abord de détecter ce qu?il se passe, de surveiller les axes de circulation qui sont de la compétence du Préfet de police. Les axes structurants en Ile-de-France seront couverts par de nombreuses patrouilles motocyclistes et patrouilles de police et gendarmerie locales. Je m?associerai également le concours d?hélicoptères de la gendarmerie pour avoir une meilleure vision des choses. Nous placerons, ici ou là, ce que nous appelons des "sonnettes", par exemple, à proximité des barrières de péage. L?idée est donc d?abord de surveiller et de détecter les éventuelles actions de ralentissement ou de blocage.

La consigne, en second lieu, conforme à celle voulue par le Gouvernement, bien entendu, sera de mettre fin au blocage des axes structurants ou des points stratégiques, notamment du point de vue de la sécurité, du secours ou de la santé. Par exemple : s?agissant d?un accès à un grand centre hospitalier, un blocage ne sera pas toléré. Nous aurons sous la main à la fois des moyens juridiques par les interpellations mais aussi, s?il le faut, des moyens physiques pour enlever les véhicules. Les consignes données aux services seront de relever le maximum d?infractions. Nous avons rédigé un petit document de 10 pages, que je n?ai pas par-devers moi, qui liste toutes les infractions possibles susceptibles d?être relevées. Ce document sera largement diffusé à nos services pour le mettre en ?uvre.

Je m?appuierai, en termes de moyens, sur les ressources propres de la Préfecture de police dans sa dimension à la fois parisienne, de petite couronne, mais aussi dans sa dimension de préfecture de zone de défense, avec le pouvoir de coordination qui est le mien. Je disposerai de moyens de renforts et d?un certain nombre d?unités de force mobile qui seront pré-positionnées aux axes et endroits stratégiques, tant à Paris qu?en Petite couronne.

Sur Paris même, ce sont les accès les plus sensibles au périphérique, sans doute la porte de Bercy, la porte Maillot et puis une capacité d'intervention dans le centre de la Capitale, au regard de notre mission de protection des institutions et des lieux les plus emblématiques des institutions. Je voulais vous indiquer également que nous dédierons un dispositif spécifique de traitement judiciaire en temps réel pour les personnes interpellées et pour les procès-verbaux qui seront dressés. Ce travail de traitement judiciaire en temps réel est anticipé, bien sûr, en lien étroit avec les parquets, ici à Paris le Parquet de Paris. Chaque collègue Préfet fera le nécessaire avec le procureur de son département. Je veux donc vous indiquer que notre mobilisation est forte et totale. Elle s'inscrit pleinement dans les orientations données par le M. le Premier Ministre et par M. le Ministre de l?Intérieur. J'ajoute un mot pour répondre, de manière aussi complète que possible à votre question, si vous le permettez, sur l'initiative d'un syndicat de police, initiative isolée que je regrette profondément parce qu'elle atteint l'autorité de l'État. J'ai rencontré hier les délégués parisiens et régionaux de ce syndicat de police qui n'ont pas relayé, à leur niveau, cette initiative nationale. J'ai fait appel à leur sens des responsabilités et je pense pouvoir compter sur eux pour que de telles initiatives ne se produisent pas sur le territoire dont j'ai la responsabilité. Voilà, Madame la Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers, les éléments de réponse que je pouvais vous fournir.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet, pour ces éléments. Merci pour la question aussi qui permet d'éclairer notre Assemblée.

Madame Colombe BROSSEL, vous avez la parole.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci, Madame la Maire.

Quelques mots extrêmement rapides pour assurer Eric AZIÈRE et l'ensemble des élus de notre Assemblée que la Ville de Paris, dans son ensemble, sera, bien évidemment, mobilisée pour que les services publics municipaux, les services publics parisiens, puissent fonctionner.

Evidemment, comme dans chaque organisation de manifestation de nature revendicative, et donc de fait sous la responsabilité directe de la Préfecture de police et avec des questions d'ordre public préalables, nous aurons un double souci, au-delà de la continuité de service des services publics municipaux :

- bien entendu de pouvoir être présent autant que de besoin, et je me permets d'associer mon collègue Paul SIMONDON, notamment sur la question du service public de nettoyage, pour que les Parisiens, qu'ils soient habitants ou commerçants, puissent bénéficier tout au long de ce week-end d'un cadre de vie qui ne soit pas dégradé.

- mais nous aurons un deuxième souci permanent, celui d'informer les Parisiens et de relayer autant que de besoin les informations et les messages de la Préfecture de police, pour que les Parisiens puissent être pleinement informés et quasiment en temps réel de tout ce qui pourrait arriver. En tout cas, soyez bien assurés que, sous l'autorité du Préfet de police, nous veillerons à ce que les services publics parisiens soient pleinement mobilisés.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Colombe BROSSEL.

Monsieur AZIÈRE, je vous remercie.