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Novembre 2018
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Communication de la Maire de Paris sur l’égalité femmes/hommes et les droits des femmes à Paris. 2018 DASES 274 G - Subvention (37.726 euros) et convention avec la Fondation de l’Armée du Salut pour la gestion de l’accueil 24H/24H (sans hébergement) de femmes isolées, "La cité des dames" (13e). 2018 DASES 30 - Locaux 27.29.31, rue de Rambouillet (12e). - Fixation du loyer pour la mise à disposition des locaux avec l’association "Rose". 2018 DAJ 21 - Approbation du contrat de concession de droits d'auteur portant sur les photographies de l’édition 2018 de la campagne autour de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes. 2018 DDCT 103 - Subvention (200.000 euros) et 8 conventions avec 26 associations au titre de l’appel à projets "collèges pour l’égalité", sensibilisation en milieu scolaire à l'égalité filles-garçons et à la lutte contre les discriminations. Vœu déposé par le GEP relatif à l'allongement du congé paternité. Vœu déposé par le GEP relatif à l'égalité d'accès au sport. Vœu déposé par le GEP relatif à la lutte contre le harcèlement de rue. Vœu déposé par le GEP relatif aux toilettes publiques. Voeu déposé par l'Exécutif. Vœu déposé par le GEP relatif au droit à l'I.V.G. Vœu déposé par le GEP relatif à la dimension de genre dans l'espace public. Vœu déposé par le GEP relatif à la sécurité des personnes prostituées. Vœu déposé par le groupe PCF-FG relatif à la lutte contre la prostitution et la traite des êtres humains. Vœu déposé par le groupe RG-CI relatif à la mise en place d'une campagne de communication à l'intention des familles monoparentales. Vœu déposé par le groupe RG-CI relatif à l'inégalité dans les domaines artistiques et culturels, notamment dans le secteur du Hip-Hop. Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à des centres d'accompagnement global des femmes victimes de violences.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous abordons le débat organisé avec la communication sur l?égalité femmes/hommes et les droits des femmes à Paris. Il s?agit du dossier DDCT 173 auquel il convient d?adjoindre les dossiers DASES 274 G, DASES 30, DAJ 21 et DDCT 103. La conférence d?organisation a bien sûr convenu d?un débat organisé. Chacun présentera aussi les v?ux dans les temps de parole définis. Je vais introduire ce débat.

Je veux d?abord vous remercier tous et toutes, les adjoints, les maires d?arrondissement, les conseillers et conseillères de Paris et l?administration parisienne. Au premier chef, je veux remercier Hélène BIDARD, mon adjointe, qui porte à mes côtés, avec beaucoup d?énergie, ces questions relatives à l?égalité.

Dans quelques semaines, nous ouvrirons les portes de l?Hôtel de Ville aux femmes sans-abri, un lieu dédié où elles seront prises en charge en toute confiance. Elles pourront ainsi passer quelques heures au chaud, se soigner ou simplement discuter et boire un café. C?est la Nuit de la solidarité d?ailleurs qui nous a permis de mieux évaluer et de comprendre leur situation, précaires parmi les précaires, confrontées sans cesse à des agressions. Elles ont tellement peur qu?elles se cachent et se rendent invisibles.

Il est d?autant plus difficile de les aider que ces femmes se cachent. Nous les avons écoutées face à cette réalité et nous les avons entendues. Nous mettons en place une action adaptée.

A côté de cette halte, nous allons aussi contribuer à l?ouverture d?un nouveau lieu d?accueil et de bien-être au sein d?un bain-douche municipal dans le 12e arrondissement. Je veux remercier la maire du 12e de nous avoir accompagnés et nous nous impliquerons de toutes nos forces dans la création d?un centre maternel pour les femmes enceintes qui vivent dans la rue, et cela à l'Hôtel Dieu.

Dans toutes ces structures, parce que nous savons que c'est une des raisons pour lesquelles elles sont réticentes à aller vers les structures existantes, nous permettons à ces femmes d'être accompagnées par d'autres femmes. Les femmes à Paris sont encore trop souvent victimes de pratiques violentes, inégalitaires et discriminatoires, que ce soit dans la sphère intime, sociale, économique ou dans la rue.

C'est pourquoi j'ai souhaité démarrer cette communication par la situation des plus précaires et par les actes que nous posons en ce qui les concerne et pour leur rendre leur dignité et les respecter.

Aujourd'hui, à Paris, trois quarts des familles monoparentales ont à leur tête une femme et sont, de même que les femmes de plus de 60 ans, plus vulnérables face à la précarité. Rien n'est jamais gagné et les débats de ces derniers mois nous montrent comment la place des femmes dans tous les domaines de la société n'est pas acquise. Le mouvement salutaire de libération de la parole qu?a constitué "Me Too" nous pousse à renforcer encore notre mobilisation.

Etant la première femme Maire de Paris, j'ai fait de cette question une priorité de mon mandat dans le prolongement de l'action volontariste portée par notre Ville, par les Exécutifs précédents depuis 2001, et ces actions volontaristes irriguent toutes nos politiques. Cette communication est donc l'occasion de montrer combien notre mobilisation pour garantir les droits des femmes est constante et plurielle. Pleinement consciente de la situation des femmes, des situations des femmes car elles sont très variées à Paris, nous avons à c?ur d'élaborer, de mettre en ?uvre la réponse la plus appropriée, la plus efficace pour chaque situation.

Pour cela, il faut bien sûr nous inspirer de ce que disent et font les femmes. Part essentielle de la richesse, de la créativité, de la diversité parisienne, elles sont aussi de plus en plus nombreuses à s'engager. Comme nous l?a rappelé avec force l'appel porté par Muriel ROBIN et Eva DARLAN, les femmes sont les premières victimes des violences au sein du couple. Face à ces drames, nous avons notamment décidé une augmentation de 23 % des subventions aux associations qui les accompagnent au quotidien.

Le projet de Cité de l?égalité et des droits des femmes incarne avec force cette priorité politique. Elle nous permettra d'améliorer de façon structurelle le tissu associatif aujourd'hui c?ur du réacteur de la lutte contre les violences faites aux femmes, en répondant aux besoins de ces structures, des bureaux, de la formation, des espaces de vie et de travail. Ouverte vers l'extérieur et accessible à toutes et à tous, la Cité sera un lieu de rencontres, de pédagogie et de partage parce que les jeunes femmes sont surreprésentées parmi les victimes des violences, notamment sexuelles. Nous consacrerons aussi une journée de rencontres interprofessionnelles dans le cadre du 25 novembre à ce sujet. De nombreux événements se dérouleront aussi au cours du mois pour informer, expliquer, sensibiliser.

Les Parisiennes sont également confrontées à des agissements variés qui sont sources de peur et de colère au quotidien. Nous portons notamment contre le harcèlement de rue une mobilisation transversale qui passe par des campagnes de communication, par l'éducation, par la régulation de l'espace public et le renforcement de la sécurité. Oui, l'usage de l'espace public. Il faut aller vers davantage d'égalité, de mixité ; c'est un enjeu fondamental dans une ville ou chaque jour environ 5 millions de personnes fréquentent tous ces lieux publics et une ville dans laquelle il y a densité et forcément de la promiscuité sur cet espace public.

Parce que les femmes et les hommes ne le pratiquent pas de la même façon, nous tenons compte notamment dans nos opérations d'aménagement des attentes, des aspirations des femmes afin de bâtir une Ville plus sûre et plus facile à vivre pour toutes et pour tous, et je veux saluer l'ensemble des adjoints et des adjointes. Je veux remercier Jean-Louis MISSIKA d'intégrer aussi cette dimension dans le travail qui est fait avec ses équipes sur l'urbanisme. Nous en avons souvent parlé. Nous sommes soucieux, lorsque nous voyons des équipes d'architectes, d'urbanistes venir nous présenter des projets, qu'il y ait de la mixité dans ces équipes. S'il n'y a pas de mixité dans ces équipes, il est difficile de penser la Ville aussi avec le regard des femmes. S'il est un domaine dans lequel une approche "genrée" est effectivement indispensable, c'est bien celui de l'espace public car la perception par les femmes et par les hommes n'est pas du tout la même de l'espace public, des questions de sécurité et nous devons l'intégrer dans nos programmes et dans la façon d'aménager la ville.

Plus largement, les femmes à Paris, quels que soient leur situation familiale ou leur niveau de vie, connaissent toutes ces formes de violence symbolique diffuse qui les enferment dans des stéréotypes rendus invisibles par la force des habitudes et qui leur assignent des identités : la femme hystérique, la femme soumise, la femme qui se tait, la femme qui ne serait pas légitime. Cela, nous le voyons partout, dans toutes les fonctions, dans toutes les carrières, dans tous les domaines de notre vie professionnelle et je dirais même politique.

Ce sont ces pré-sujets contre lesquels nous luttons dès l?école et qui expliquent en partie la persistance des inégalités.

Si le long combat pour l?égalité entre les femmes et les hommes a abouti à de nombreux nouveaux droits, il faut maintenant tendre à faire de cette égalité de droit une égalité de fait. C'est pourquoi nous devons continuer à nous mobiliser. Les politiques publiques ne sont jamais neutres en la matière : sport, éducation, handicap, petite enfance, emploi, culture, transports, nous faisons le choix d'orienter toutes nos politiques au service d'une réduction des inégalités.

Nous faisons le choix de faire la ville avec et pour les femmes, et pas simplement parce qu'elles sont plus nombreuses que les hommes. Je le rappelle toujours, 53 % des Parisiens sont des Parisiennes ; les femmes ne sont donc pas une minorité, encore moins dans cette ville. Dans tous les domaines, nous devons favoriser la mixité : l'innovation en construisant une offre qualitative et quantitative sans équivalent en France pour répondre aux besoins des familles, mais aussi grâce à la réforme des rythmes scolaires qui a permis d'augmenter la proportion de femmes travaillant le mercredi et qui a permis de prendre en charge les enfants intelligemment dans un cadre professionnel, structuré, avec les professionnels de la Ville au côté de ceux de l'Education nationale.

Par toutes ces actions, nous favorisons l'accès et le maintien dans l'emploi des femmes et nous promouvons l'égalité entre les sexes. De même, nous continuons de défendre de manière résolue et concrète le droit à la contraception, le droit à l'avortement et à la prévention pour toutes.

Nous avons aussi à c?ur de prendre en compte les défis de santé spécifiques connus par les femmes, avec en particulier deux projets majeurs : l'ouverture en 2019 de la première Maison rose pour se ressourcer pendant et après un cancer et ce mois-ci plusieurs consultations en psycho-trauma vont aussi être mises en place pour accompagner les femmes victimes de violence.

Mes chers collègues, à Paris, les femmes s'engagent et sont pleinement actrices ; je crois que personne n'a besoin, ici, d?en être convaincu. Elles sont les actrices de la construction du Paris de demain et même du Grand Paris où il existe aussi des clubs de femmes du Grand Paris auxquels j'ai l'honneur, souvent, de participer.

Oui, les femmes, dans leur grande diversité, font Paris au quotidien et sans elles, nous ne pourrons pas relever les grands défis contemporains. Plus que jamais, les femmes et notamment les jeunes femmes doivent prendre la place qu'elles méritent pour leur bien mais aussi pour le bien de tous. Le combat doit être mené sur tous les fronts de manière concrète. L'échelle locale est la plus pertinente car elle nous permet, en étant au plus près des réalités et des préoccupations des femmes, de mettre rapidement en ?uvre les mesures les plus appropriées.

Rappelons que les inégalités sont concrètes. Depuis le mardi 6 novembre dernier, le travail des femmes est gratuit du fait des inégalités salariales. D'ailleurs, des pays se sont saisis plus fortement encore qu'ici de ce sujet. Je pense notamment à l'Espagne qui a, du coup, inspiré le Gouvernement qui compte aujourd'hui plus de femmes que d?hommes. Et selon une étude de l'Observatoire des discriminations de la Sorbonne, publiée lundi dernier, une femme qui postule à un emploi dit "masculin", comme mécanicien automobile, par exemple, possède 22 % de chances en moins qu'un homme à compétences et qualifications égales de se le voir proposer après un entretien.

Rappelons que ce combat est aussi un combat universel, que la dimension internationale a toujours fait partie du combat féministe et que la solidarité avec les femmes à l'échelle internationale fait partie aussi des actes que Paris pose.

Je veux saluer, devant vous, avec une très grande émotion, la libération d?Asia BIBI, que nous avons faite citoyenne d?honneur de la Ville de Paris. Notre mobilisation a sans doute aussi contribué, avec celles d'autres O.N.G., mobilisation des opinions publiques, à faire en sorte qu'elle soit libérée. Bien sûr, je réitère ici la proposition que j'ai faite de l'accueillir, si tel en était son souhait, avec sa famille à Paris. En tous les cas, j'espère que nous pourrons l'accueillir dans ce Conseil en femme libre pour pouvoir lui décerner, directement cette fois-ci et pas par l'intermédiaire de son avocat ni de son mari, son titre de citoyenne d'honneur.

Je veux, à nouveau aussi, remercier Hélène BIDARD. Je sais combien elle est investie pour l?égalité femme/homme. Je salue l'engagement, à nouveau, de toutes et tous, de toutes celles et ceux qui contribuent et accompagnent ce combat au service de l?égalité. Ensemble, nous devons tout faire pour poursuivre dans cette voie et pour que notre ville soit toujours plus attractive, sécurisante et bienveillante pour les femmes, pour toutes les femmes, et donc aussi pour les hommes, évidemment. Merci à vous. Je vais à présent donner la parole aux différentes oratrices et orateurs qui se sont inscrits dans le débat. Madame Ann-Katrin JÉGO, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Ann-Katrin JÉGO. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, le sujet de l'égalité femme/homme est au c?ur des préoccupations de notre société. Je me réjouis que votre communication nous amène à en débattre, bien que celle-ci soit rendue obligatoire par la loi.

Je pense, tout d'abord, avec un mélange de rage et d?émotion, aux femmes victimes de violences, aux jeunes filles, aux femmes harcelées dans la rue ou dans les transports, aux femmes seules élevant difficilement leurs enfants, aux femmes auxquelles on refuse le droit à disposer de leur corps, aux femmes sans domicile fixe, invisibles et vivant sous la terreur des agressions, aux femmes rejetées du monde du travail ou sous-payées pour qui l'insertion professionnelle est un parcours de combattante.

Je pourrais sans difficulté poursuivre ce douloureux catalogue des inégalités qui minent les fondements de notre société et ouvrent la porte à tous les extrémismes religieux, dominés par des hommes dont la première obsession est la soumission et l'abaissement des femmes. Mais n'ayant pas le pouvoir, là tout de suite, dans ce Conseil de Paris, de changer le monde - et croyez bien que je le déplore -, je vous propose d'aborder ce sujet sous un autre angle, tout à fait pragmatique.

Madame la Maire, votre élection, il y a quatre ans, à la tête de la Mairie de Paris, avait suscité beaucoup d'espoir chez celles et ceux qui militent pour plus d'égalité entre les femmes et les hommes. Première femme Maire de Paris, ville monde : voilà une victoire qui vous oblige, qui vous rend redevable vis-à-vis des autres femmes. Pourtant, vous n'en avez pas franchement fait état lors de votre passation de pouvoir. Il est vrai que votre campagne fut heureusement plus facile que celle de Ségolène ROYAL à la présidence de la République, les éléphants du P.S. ayant fait profil bas.

Ce n'est que depuis que les choses se corsent, depuis que vous accumulez les déconvenues, que l'on découvre ce nouvel argument au fil des pages d'interviews, dans votre livre ou encore en introduction de la communication qui nous occupe. Votre féminité devient votre étendard, voire votre bouclier. Si l'on ose être en désaccord avec vous, c'est parce que vous êtes une femme, la première femme Maire de Paris. C'est tout de même un peu court comme argument. Loin de moi l'idée de chipoter le mérite qui vous revient, mais si, effectivement, vous trouvez votre condition particulièrement difficile, pourquoi alors ne pas tendre la main aux autres femmes ?

En mai 2015, je vous alertais déjà sur un point tout à fait symptomatique. Vous ne logez au 9, place de l'Hôtel de Ville, c'est-à-dire hors les murs de la mairie, que des adjointes femmes. Oui, sept adjointes et zéro adjoint ont leur bureau de l'autre côté de la place. Durant le Conseil, sept femmes ont donc le plaisir de courir rejoindre leur bureau dans le froid ou sous la pluie. Vous me direz : ce n'est qu'un bureau. C?est vrai, on peut travailler et bien travailler partout. Sauf que vous avez trop d'expérience politique pour ne pas peser le poids d'une telle mise à l'index, pour ne pas mesurer le symbole. Afaf GABELOTAUD, Anne SOUYRIS, Dominique VERSINI, Léa FILOCHE, Galla BRIDIER, Olivia POLSKI, Pénélope KOMITÈS, parce qu'elles sont des femmes, ne sont pas logées comme leurs homologues masculins. Il s'agit d'un traitement inégalitaire que rien ne justifie, mais qui illustre précisément l'organisation du pouvoir autour de vous, comme le montrent tous les visages masculins massés au premier rang.

Après mon intervention en mars 2015, je pensais sincèrement que vous y remédieriez, que cela s'était organisé ainsi sans réelle volonté, mais vous n'avez rien changé. Vous avez laissé ces messieurs dans les bureaux les plus valorisants, les plus proches de vous. Ainsi, malgré les discours, malgré les engagements sincères et vibrants pris dans cette enceinte, malgré la communication, les événements médiatisés, force est de constater que, quatre ans après votre élection, l'égalité femme/homme, ce n'est pas gagné.

On peut présenter tous les plans possibles, massacrer la langue française avec l'écriture inclusive, se désoler de toutes les formes de violences faites aux femmes, mais si chacune d'entre nous, lorsqu'elle est en situation de le faire, ne montre pas l'exemple, se comporte toujours en reine des abeilles, alors les misogynes de tout poil ont encore de beaux jours devant eux.

Revenons à la lecture de ce long plaidoyer laudateur en faveur de l'action municipale. J'ai le sentiment d'être face à un catalogue désordonné et incomplet de bons sentiments. Il n'y a ni priorisation, ni outil sérieux d?évaluation des politiques mises en place. Tout est affirmé, mais rien n'est démontré, à l'exemple de votre pétition de principe expliquant que le maintien des rythmes scolaires imposés par le Gouvernement socialiste aurait un impact sérieux en faveur de l?égalité femme/homme à Paris. Vous me permettrez d'en douter, d'autant qu?aucun indicateur ne permet de donner du corps à cette affirmation, que je qualifierais de gratuite. C'est d'autant plus gênant que les rythmes scolaires ont été mis en ?uvre pour le bien-être de l'enfant et pour une meilleure répartition des heures de cours.

Aussi, pour gagner en lisibilité, je l'espère en efficacité, au nom de notre groupe, je vous suggère trois priorités pour faire avancer l'égalité femme/homme à Paris. D?abord, protéger les femmes fragiles en donnant plus de moyens, par exemple, pour sortir de la rue ces femmes invisibles qui sont sans domicile et vivent terrées pour échapper au pire. Ensuite, faire de l?éducation à l?égalité un axe majeur de la communication municipale à travers des actions beaucoup plus visibles dans tous les lieux culturels, sportifs et d?animation qui accueillent les jeunes Parisiennes. Enfin, faire de l'accès aux soins et à la liberté de disposer de son corps une priorité de l?action sanitaire de la Ville au profit des plus fragiles et des plus démunies. Protéger les femmes, éduquer les jeunes filles et garantir l'accès aux soins pour toutes, voilà un triptyque d'urgence qui permettrait sans doute de réorganiser, de rendre plus efficace l'action municipale en faveur de ce combat que nous partageons - j?en suis sûre - tous et toutes, celui d'une plus grande égalité réelle entre les femmes et les hommes.

Enfin, j?y ajoute une dernière proposition. La Ville pourrait anticiper la loi et publier dès à présent les écarts de salaires entre hommes et femmes chez les agents municipaux pour que chacun mesure si votre politique volontariste se décline dans la réalité. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Bien. Allez, allez, allez.

Rémi FÉRAUD, Monsieur le président du groupe Socialiste et Apparentés.

M. Rémi FÉRAUD. - Madame la Maire, chers collègues, merci d'organiser ce débat à quelques jours du 25 novembre, ce qui nous permet de faire le point ensemble sur les questions d'égalité femme/homme au Conseil de Paris. Je n'avais pas réfléchi à cette affaire de bureaux, mais je pense que nous allons tous y réfléchir.

M. Julien BARGETON. - Les présidents de groupe aussi.

M. Rémi FÉRAUD. - Ma voisine y reviendra. C'est une présidente de groupe, dont le bureau est extrêmement bien placé, proche de notre hémicycle.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est l'exception qui confirme la règle. Mon bureau est très bien placé aussi.

M. Rémi FÉRAUD. - Alors que le mien, moins, mais il est au château.

Notre engagement sur la question de l?égalité est réel depuis de nombreuses années. Nous avons toujours voulu que Paris soit en pointe, soit pilote, soit volontariste, et je me réjouis que nous continuions car l'égalité réelle n'est jamais acquise. Beaucoup d'avancées restent à conquérir. Il ne s'agit pas du tout pour nous d'être dans un constat d'autosatisfaction.

Je veux saluer, évidemment, le travail mené par Hélène BIDARD dont cette communication permet à la fois de marquer le bilan de l'action entreprise et aussi de dessiner une feuille de route pour la fin de notre mandature.

Il y a beaucoup de projets de délibération annexés à cette communication. Je voudrais m'attarder sur trois des actions qui y sont décrites. D'autres orateurs et oratrices du groupe Socialiste reviendront sur d'autres sujets également.

D'abord, nous le savons, le combat pour l'égalité doit être permanent. Celle-ci se construit dès le plus jeune âge, dès la maternelle, et même avant. Les uns et les autres sont souvent très vite assignés à des rôles prédéterminés qui les empêchent d'imaginer leur propre voie. Il est donc très important de former les enseignants comme les élèves afin de réfléchir aux stéréotypes, de prévenir les inégalités de demain.

Je veux donc saluer, par exemple, l'action menée par l'association "Je, Tu, Il", de sensibilisation très appréciée auprès des collégiens. Je suis heureux du soutien que la Ville lui apporte pour qu?elle renforce son action pédagogique, de même que les ateliers sur l'égalité des sexes qui seront renforcés dans le cadre de l'aménagement des rythmes éducatifs qui, eux-mêmes, sont facteur d'égalité femmes-homme, et nous avons là un vrai désaccord politique avec la droite.

Je me félicite aussi qu'à terme, un référent par école puisse être nommé dans notre Ville sur ces questions.

Ensuite, je voudrais saluer la création prévue de la Cité de l'égalité et des droits des femmes. Ce type de lieu, dédié aux associations à la mémoire des combats féministes ou à la production artistique, existe dans de nombreux pays européens, mais aucun n'a encore jamais vu le jour en France. Conçu comme un laboratoire associatif dédié aux femmes, il permettra également d'accueillir des événements culturels, d'être un point d'accès au droit, d'être aussi un accueil de jour et d'écoute, de consultations en santé.

Ce sera un outil très utile au milieu associatif qui est aujourd'hui un acteur très important de la lutte contre les violences faites aux femmes. Je veux, à ce propos, saluer l'augmentation des subventions de la Ville aux associations qui viennent notamment en soutien aux femmes victimes de violences. D'ailleurs, cette augmentation des subventions est un point qui différencie profondément la politique municipale de celle du Gouvernement.

Le troisième point que je veux mettre en avant dans la communication, c'est le travail important sur la construction sexuée de l'espace public. Nous savons que c'est un enjeu tout à fait essentiel que celui de l'usage de l'espace, l'appropriation que chacun peut en faire, notamment selon son genre.

Nous avons beaucoup parlé, l'an dernier et cette année, de la question du harcèlement de rue qui est très prégnante dans certains quartiers, mais il ne faut pas prendre cette dimension pour les stigmatiser. En réalité, la question du harcèlement de rue, et nous le voyons de plus en plus, est présente dans tous les quartiers et dans les transports en commun, de manière très générale.

Cette question de la sécurité dans les transports publics conditionne d'ailleurs beaucoup de comportements. Elle peut limiter la liberté individuelle des femmes, alors qu?elles ont le droit de se déplacer partout où elles le veulent et à n'importe quelle heure comme l'ensemble des citoyens.

Ces sujets doivent faire l'objet de mesures très concrètes en matière d'urbanisme. Je sais que Jacques BAUDRIER y travaille avec Hélène BIDARD dans la manière de construire les nouveaux quartiers, de penser les équipements municipaux, notamment sportifs, alors que l'on sait que les trois-quarts des investissements publics pour financer des équipements sportifs sont aujourd'hui exclusivement utilisés par des hommes.

On mesure à la fois le déséquilibre à combler, la réflexion à mener sur leurs usages et leur partage. Je veux saluer aussi l'engagement de Jean-François MARTINS, et puis l'engagement aussi, ces derniers mois, de la Préfecture de police sur ces enjeux très importants, comme nous en parlions hier à propos des agressions homophobes, de refus de toute discrimination dans l'espace public.

Cette forme très concrète de lutte contre les inégalités dans l'espace public s'appuie aussi, pour nous, dans notre rôle municipal, dans nos compétences sur des marches exploratoires dans les différents quartiers de Paris, associant les réflexions des chercheurs, l'expérience des habitants qui doivent nous aider à construire la ville de demain en tenant compte de ces problématiques, ce qui souvent n'a pas été fait dans les décennies précédentes.

Madame la Maire, chers collègues, l'égalité entre les femmes et les hommes est emblématique d'une politique transversale et donc structurante. Elle ne doit pas se concevoir comme un saupoudrage, mais comme un état d'esprit qui guide l'ensemble de nos actions.

Je terminerai donc mon propos en saluant l'action concrète et très symbolique de la politique solidaire que nous menons à Paris et que, Madame de la Maire, vous avez développée dans votre intervention.

Je pense bien sûr à l'ouverture d'une halte dans les salons de l'Hôtel de Ville pour les femmes sans domicile fixe. Grâce aux recensements réalisés lors de la Nuit de la solidarité avec Dominique VERSINI, nous savons qu'il manque encore 3.000 places d'hébergement à Paris et que 12 % des sans-abri recensés sont des femmes.

Je salue donc cette initiative très concrète, dans l'Hôtel de Ville lui-même, qui permettra d'accueillir des femmes sans-abri cet hiver, de jour comme de nuit. Il faut savoir faire preuve, dans ce domaine, de volontarisme, de symbole et de concret. Je pense que cette initiative est aussi la marque de notre engagement collectif.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - C'est moi qui vous remercie, Monsieur FÉRAUD, pour votre soutien sans faille à cette politique en faveur de l'égalité.

Madame Fatoumata KONÉ, vous avez la parole, pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Fatoumata KONÉ. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, merci de nous donner aujourd'hui l'opportunité de mettre, sur le devant de la scène, les questions d'égalité femmes-hommes, et la condition des femmes dans notre ville. L'organisation de nos sociétés patriarcales étant très ancienne, les avancées obtenues via les différentes luttes féministes nous invitent à croire que le plus difficile a été fait et que nous nous rapprochons d'une égalité femmes-hommes réelle.

Or, de nombreux exemples nous permettent de constater que l'égalité n'est toujours pas acquise. La montée du populisme et des conservatismes en Europe, comme partout dans le monde, ne laisse pas présager du meilleur. En Hongrie, Pologne, Italie ou encore Allemagne, le droit à l'I.V.G., par exemple, le droit pour les femmes de disposer de leur corps, est soit remis régulièrement en question, soit volontairement entravé allant jusqu'à être interdit.

En France, le débat refait régulièrement surface. Il y a plusieurs semaines, la polémique a été lancée par le docteur Bertrand de ROCHAMBEAU, président du Syndicat de gynécologues S.Y.N.G.O.F., qui a assimilé l'interruption volontaire de grossesse à un homicide.

Dans ce contexte, il nous a semblé primordial de demander, dans un v?u, que Paris réaffirme son attachement au respect du droit à l'I.V.G. pour toutes les femmes et participe à la diffusion des informations nécessaires à toutes celles qui en auraient besoin.

Un an après l'affaire Weinstein et les mouvements "BalanceTonPorc" et "Me Too", qui ont résonné comme une déflagration dans le monde, Paris a la responsabilité d'accompagner ces mouvements qui ont permis aux femmes de prendre la parole. Le monde a eu l'air d'ouvrir les yeux, effaré par l'ampleur des dégâts, du nombre de femmes concernées et l'étendue des propos, des gestes et des situations dénoncées.

Paris est évidemment loin d'être en reste quand certaines études expliquent que 100 % des femmes ont déjà été harcelées dans les transports en commun.

Maintenant que la prise de conscience a eu lieu, elle doit être suivie par de réels changements. Les pouvoirs publics doivent réinvestir les champs de la lutte contre les violences faites aux femmes et de l'égalité femmes-hommes.

Le Gouvernement, par la voix de Marlène SCHIAPPA, a d'ailleurs fait adopter une loi contre le harcèlement de rue qui, toutefois, interpelle à travers les difficultés de mise en application. Mais cette pénalisation nouvelle légitime les femmes et leur donne le courage de réagir.

Parce que nous devons les encourager, nous devons dire stop, le groupe Ecologiste a déposé un v?u afin que les agents de la Ville, de la Préfecture de police et de la sécurité d'I.D.F. Mobilités travaillent aux meilleurs moyens de rendre cette loi effective dans les plus brefs délais et que tous soient formés à l'accueil et l'écoute des victimes.

Au-delà de l'application du cadre légal, notre Municipalité doit faire un travail de sensibilisation de tous les publics, en commençant par l'école, de la maternelle à l'université. Nous nous réjouissons que Paris agisse pour lutter contre les stéréotypes sexistes, car l'égalité entre les sexes doit être un fondement de notre société et être enseignée dès le plus jeune âge.

Ce travail de sensibilisation, nous devons également nous l'appliquer à nous-mêmes. L'égalité femmes/hommes est un sujet transverse, une doctrine à appliquer à chaque niveau de notre politique municipale. Les nombreuses actions déjà mises en place et celles présentées dans cette communication sont des axes majeurs qui nécessitent d'être accompagnés de gestes forts tels que des engagements financiers importants de la Ville.

Ainsi, vous prévoyez de travailler en 2019 à une budgétisation sensible au genre pour une mise en place effective en 2020, c'est une très bonne nouvelle, une demande que mon groupe avait déjà portée en 2016. Nous serons attentifs à sa concrétisation.

Les écologistes ont toujours été à l'avant-garde sur les questions d'égalité femmes/hommes, notamment sur les questions de parité dans les institutions de la République.

Pour continuer à faire avancer la Municipalité sur ces sujets, nous avons donc tenu à faire plusieurs propositions. Je laisserai Joëlle MOREL vous détailler le reste de nos propositions.

Pour terminer, je veux parler d'un public dont on ne parle pas assez, un public précaire : les personnes prostituées, qui sont très majoritairement des femmes. Chaque jour, elles sont mises en danger, précarisées un peu plus face à la position abolitionniste qui prime en France aux dépens de leur liberté individuelle. Cette politique répressive les relègue dans la clandestinité, elles sont alors plus exposées aux M.S.T., au V.I.H. ainsi qu?au risque d'agression. Dans les bois de Boulogne et de Vincennes, les agressions sont donc d'ailleurs monnaie courante et ont coûté la vie à Vanesa Campos, qui a été assassinée. Nous devons avant tout nous pencher sur leurs sécurités physique et sanitaire. La répression devrait donc essentiellement être dirigée vers les réseaux et les agresseurs. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous, Fatoumata KONÉ.

Je donne la parole à M. Hervé BÉGUÉ, pour le groupe Communiste - Front de gauche.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, un jour viendra, peut-être ne sera-t-il pas couleur d'orange, mais un jour viendra où nous n'aurons plus besoin de faire des politiques de réparation à l'égard des femmes.

Un jour viendra où les hommes violents se feront soigner volontairement avant de passer à l'acte.

Un jour viendra où les payes et les retraites ne seront plus différentes que l'on soit un homme ou une femme.

Un jour viendra, un jour peut-être.

Mais nous n'en sommes pas là. La Ville de Paris a pris ce dossier à bras-le-corps depuis 2001, car si la situation des femmes s'est améliorée, si des lois existent se donnant comme objectifs l'égalité des salaires et la pénalisation des violences par exemple, tout n'a pas changé et les femmes sont encore amenées à connaître des situations désagréables, harcelantes, voire agressives de certains hommes.

Mener une politique volontariste dans une collectivité n'est pas aisé, tant les habitudes et les stéréotypes perdurent. Deux annonces qui sont faites dans la communication sont très importantes.

En 2019, nous aurons une présentation "genrée" de notre budget, car nous remarquons que nombre de politiques que nous mettons en place, en particulier dans le sport et les activités de jeunesse, sont majoritairement "trustées" par les garçons. Ce budget "genré" nous permettra de corriger certaines de nos politiques publiques afin que les femmes puissent considérer, au vu de statistiques objectives, qu'il reste encore bien du chemin avant de parvenir à l'égalité complète.

Je ne citerai pas ici toutes les initiatives que prend notre Ville, soit en direct, soit en lien avec des milieux associatifs. Je m'arrêterai sur le projet "Collèges pour l'égalité". Ce dispositif répond aux attentes que le monde éducatif attend. Il permet de faire travailler les professeurs et les élèves avec des intervenants venus du monde associatif. En le faisant sur le mode d'appel à projets, il permet que les élèves et les enseignants choisissent quel support ils vont privilégier pour dialoguer avec leurs camarades sur des thématiques qui ne sont pas simples à aborder au moment de l'adolescence. C'est à ce moment-là que la parole est libérée mais qu'à partir du travail commun, on trouve à faire passer les messages contre les discriminations et le sexisme. Mais, bien des choses se sont passées avant dans la famille, à la crèche ou à l'école. C'est là qu'il faut faire progresser les choses. La formation des intervenants auprès des enfants est essentielle pour que les représentations changent. Je ne parlerai pas des initiatives autour de la reconquête de l'espace public, car j'en ai abondamment parlé lors d'un des précédents conseils. C'est une initiative essentielle pour repérer les lieux où la place des femmes est confisquée et ce qu'il faut faire pour que ces situations ne se reproduisent pas. Oui, il faut lutter contre les espaces non mixtes. La Ville de Paris et son adjointe Hélène BIDARD ont fait faire de grands pas à la traduction dans l'urbanisme de réflexions de sociologues, d'ethnologues, mais aussi d'architectes et d'urbanistes. Ecoutez les femmes, et vous ne construirez plus la ville de la même manière. Nos campagnes contre le harcèlement de rue et les initiatives pour lutter contre les publicités sexistes avec tous les professionnels de la profession autour de la table sont aussi à mettre à l'actif de cette Municipalité. C'est autour de la situation des femmes victimes de violence que la mobilisation de la Ville s'est faite la plus visible : expérimentation du téléphone de grande urgence à Paris qui donne d'excellents résultats et rassure les femmes face au comportement de leurs conjoints ou ex-compagnons. Si l'on peut saluer l'ouverture l'année prochaine de la Maison Rose dédiée aux femmes atteintes de cancer et la création de lieux de consultation en psychotrauma pour les femmes victimes de violence, on attend avec impatience la cité de l'égalité et des droits des femmes. Il semble que le projet avance bien, que les associations partenaires ont trouvé langue commune. Ne relâchons pas l'effort, cette cité correspond à une forte demande et sera un lieu de vigilance, d'alerte sur les droits mais aussi un lieu ouvert à la production artistique, un lieu de recherche et de production, d'activité et d'action. Je tenais donc à redire toute notre satisfaction quant au travail mené par la Ville sous la houlette de son adjointe. Il est parfois facile de caricaturer, comme on l'entend parfois sur certains bancs dans cet hémicycle, puis quand on est aux affaires, par exemple à la région Ile-de-France, on n'est pas exempt de critiques quant au soutien aux associations féministes. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur BÉGUÉ.

Je donne la parole à Mme Céline BOULAY-ESPERONNIER, pour le groupe PPCI.

Mme Céline BOULAY-ESPERONNIER. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, 2018 a été une année décisive pour la libération de la parole des femmes. Le lancement du mouvement "Me Too" a fait écho dans le monde entier et engendré une prise de conscience collective des immenses progrès qu'il reste encore à effectuer en termes de droits des femmes.

Si l'on parle encore aujourd'hui dans cet hémicycle et même plus que jamais des droits des femmes, c'est bien qu?une différence de perception, de traitement et de considération persiste encore entre les deux sexes.

La première et la plus injuste concerne l'inégalité salariale à poste et qualification équivalents. Depuis le 6 novembre dernier jusqu'au 31 décembre prochain à minuit, les femmes travaillent gratuitement.

Cela fait plus de 40 ans que la loi impose comme principe essentiel l'égalité de rémunération entre les femmes et les hommes, mais peine à la faire appliquer. A l'heure actuelle, l'écart de salaire est de 9 % à travail égal, et de 25 % sur l'ensemble de la carrière selon les chiffres du Ministère du Travail.

C'est une différence injustifiée, une discrimination et un véritable scandale qui en engendre évidemment beaucoup d'autres.

Même dans le secteur public, l'accès aux carrières n'est pas forcément le même entre hommes et femmes. Appliquant le principe de la preuve par l'exemple, la Ville de Paris doit donc veiller à être exemplaire en matière de mixité et d'égalité des sexes dans les salaires et dans les postes comme dans les fonctions qu'elle a à pourvoir.

Par ailleurs, à son niveau, la collectivité parisienne peut actionner certains leviers pour favoriser l'accès à l'emploi des femmes. Je pense aux places en crèche, bien sûr. On le sait, plus le nombre de places d'accueil de la petite enfance est grand dans une ville, plus cela participe à favoriser l'accès et le maintien dans l'emploi des femmes, et donc à promouvoir l'égalité hommes/femmes.

Ainsi, la Maire annonce dans sa communication l'ouverture à cet automne de la 3.000e place de crèche depuis le début de la mandature. Je vous invite, Madame la Maire, à poursuivre dans cette direction et à amplifier votre effort, car aujourd'hui, faute de structures, de nombreuses familles parisiennes sont dans l'obligation de quitter la Capitale.

J'aimerais aborder un sujet grave et important, celui des violences faites aux femmes. Nous nous devons collectivement de ne pas baisser la garde et de redoubler d'efforts dans le domaine des violences féminines. Je vais rappeler certains chiffres pour que les Parisiennes et Parisiens prennent conscience du caractère massif du phénomène : une femme meurt tous les 3 jours en France sous les coups de son conjoint.

600.000 femmes en France sont victimes de violences sexuelles tous les ans ; 100 % des utilisatrices des transports en commun disent avoir été au moins une fois importunées par un homme lors de leur trajet.

Face à cette réalité, nous avons voté, le 4 mai dernier, une augmentation de 23 % des subventions aux associations qui accompagnent au quotidien les femmes victimes de violence dans la Capitale. Je me félicite bien entendu de cette augmentation. Cependant, je note que, si vous insistez sur ce chiffre, l?enveloppe totale pour l?ensemble de ces associations n?est que de 265.000 euros. Avouons sans malice que cela fait au final assez peu pour l?ensemble des associations qui s?occupent des femmes victimes de violence à Paris. J?invite donc l?Exécutif et le Conseil de Paris à accentuer l?aide aux associations dans ce domaine.

La Ville de Paris doit également davantage travailler sur la question du relogement des femmes victimes de violence. Au Sénat, j?ai récemment fait voter à l?unanimité un amendement à la loi Elan pour que le Plan départemental d?action pour l?hébergement des personnes défavorisées prenne en compte les besoins des personnes victimes de violence au sein de leur couple ou de leur famille, menacées de mariage de force ou contraintes de quitter leur logement après des menaces de violence ou des violences effectivement subies.

A son échelle, la collectivité parisienne peut et doit elle aussi proposer des solutions dans le domaine du logement d?urgence. Pour ces femmes en détresse, plus qu?un simple toit, un logement représente la possibilité d?une nouvelle vie et d?un nouveau départ essentiel.

Enfin, j?aimerais conclure mon intervention en évoquant la question de la santé publique qui est, comme on le sait, un facteur possible d?inégalité. Dans ce domaine, la Ville de Paris doit faire en sorte que l?accès à l?information médicale soit facilement accessible aux femmes, surtout concernant les pathologies spécifiquement féminines comme le cancer du sein ou l?endométriose, et qu?aucune entrave ne vienne troubler l?information sur le droit à l?avortement.

A cet égard, je me félicite de votre annonce, Madame la Maire, portant sur la création d?une Cité de l'égalité et des droits des femmes qui accueillera, notamment, des consultations en santé. La santé publique est un sujet déterminant qui touche à l?égalité des sexes. La Mairie doit donc renforcer l?information et la prévention des maladies féminines, notamment le cancer du sein, cancer le plus fréquent chez la femme.

L?égalité femmes/hommes, si nous voulons qu?elle advienne dans les faits et qu?elle soit perçue par les Parisiennes et les Parisiens, ne doit pas passer que par des discours et des rappels à des principes ; elle doit s?inscrire dans des actions concrètes et fortes. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame. La parole est à Mme Laurence GOLDGRAB, présidente du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Merci, Madame la Maire.

Je ne reviendrai pas sur l?affaire des bureaux, étant moi-même dans ce bâtiment non loin de cette salle.

Depuis mardi 6 novembre à 15 heures 35, les femmes travaillent gratuitement. Il y a 75 ans, soit hier à l?échelle de l?humanité, nos grands-mères se battaient pour obtenir le droit de vote, c?est-à-dire être considérées comme un membre à part entière de la société. Il a fallu attendre 1965 pour avoir le droit d?ouvrir un compte en banque, c?est-à-dire être considérée comme capable de manipuler de l?argent ; 10 ans plus tard, c?est le droit à l?avortement qui était accordé aux femmes, c?est-à-dire le droit à disposer de son corps. Ces femmes qui se sont battues pour le droit des femmes auraient-elles imaginé qu?en 2018, nous aurions encore besoin de nous battre pour faire respecter une règle pourtant élémentaire : à travail égal, salaire égal ? Malgré un arrêt de 1996, ce n?est toujours pas une réalité.

Ecarts salariaux, emplois précaires, discontinuité dans la carrière, charge mentale, plafond de verre? Il y a beaucoup à dire sur les retards que nous avons accumulés en France et je n?ose aborder ceux à l?échelle mondiale.

Sans aller si loin, il suffit parfois de discuter avec un ami, un collègue, un parent pour s?apercevoir que certains préjugés ont la vie dure et que, tant qu?ils seront si présents, il sera difficile d?atteindre une réelle égalité. Pour tendre vers cet objectif, nous devons tous nous mobiliser : femmes et hommes. Il faut mesurer l?ampleur du phénomène pour mieux le connaître et mieux le défendre.

L?année dernière, le mouvement "Me Too" a libéré la parole. Des voix s?élèvent enfin pour dénoncer les paroles et les comportements abjects qui ne devraient plus exister depuis longtemps. Sans tomber dans une quelconque caricature, sans pointer du doigt indifféremment toute une frange de la population, nous pouvons néanmoins reconnaître que du chemin reste à parcourir.

La Ville démontre depuis de nombreuses années son engagement fort sur ce sujet, un engagement qui se manifeste aussi bien dans le soutien aux associations - soutien très présent, malgré ce que je viens d?entendre - qu?à la formation et la sensibilisation de ses agents, ou dans le rééquilibrage de ses politiques RH que dans les politiques volontaristes dans le domaine de la formation, du sport ou de l?éducation.

Oui, l?éducation, car, une fois encore, le travail débute chez les plus jeunes. Vous le rappelez dans votre communication. Comment transmettre dès le plus jeune âge la culture du respect des femmes et de l?égalité aux filles comme aux garçons, les citoyens de demain ? Quand des animateurs touchant un jeune public se permettent à une heure de grande écoute d?aborder, avec une totale désinvolture, des sujets aussi graves que le droit à l?avortement ou le viol conjugal en laissant dire tout et n?importe quoi, il est urgent de s?inquiéter et d?agir pour que d?autres messages soient transmis et que l?on puisse aborder ces questions avec le sérieux et la gravité qu?elles nécessitent.

Pour toucher ce jeune public, il faut aussi leur fournir des exemples auxquels ils peuvent s?identifier. C?est pour cette raison que nous défendons un v?u pour que la Ville soit encore plus proactive dans la promotion des femmes dans la production de contenus culturels dans tous les secteurs, notamment le hip-hop, une véritable lame de fond pour les plus jeunes car très écouté. Nous avions déjà évoqué cette question à l?occasion de la communication sur la culture mais nous tenons ici à réaffirmer notre position. Nous attendons d?ailleurs des éléments sur ce point.

Notre autre v?u porte sur le soutien aux familles monoparentales. Vous rappelez les chiffres dans votre communication : trois quarts des familles monoparentales ont une femme à leur tête et 36 % de ces familles vivent sous le seuil de bas revenus. En plus d?être exposées à des emplois instables, des trajectoires de carrière interrompues ou de subir des temps partiels, ces femmes sont souvent victimes d?isolement, un isolement moral et de fait. Par notre v?u, nous proposons donc que le Conseil de Paris communique sur l?existence et le travail des associations dont on vient de parler et qui viennent en aide aux femmes et, plus largement, aux familles monoparentales. Nous proposons que cette communication se fasse notamment dans les écoles et les collèges pour s?assurer de toucher ces parents, mais aussi, comme nous l?a proposé l?Exécutif, dans les relais familles et nous accepterons un amendement en ce sens.

Le temps m?étant imparti ne me permettant pas de saluer une à une les bonnes mesures et les dispositifs existants, je tiens à le faire globalement. Nos politiques vont dans le bon sens. Elles reflètent l?engagement de ne rien laisser passer, de sans cesse rappeler que les violences sexuelles et sexistes n?ont pas leur place dans notre vie et dans notre société. Nous pouvons encore les améliorer et nous le ferons. Nous devons poursuivre la reconquête de l?espace public, et j?en terminerai, par là en démultipliant la présence des femmes et les initiatives pour que les femmes ne se demandent plus avant de sortir quel chemin est le plus sûr ou si ses chaussures lui permettront de courir si nécessaire.

Madame la Maire, vous pouvez compter sur l?engagement total de notre groupe à vos côtés dans toutes les politiques qui combattront les inégalités.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, et je le sais depuis longtemps, parce que ce n?est pas d?aujourd?hui que votre engagement est marqué sur ces sujets et que nous cheminons sur tous ces combats communs.

Je donne la parole à Brigitte KUSTER pour le groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Brigitte KUSTER. - Madame la Maire, mes chers collègues, trop souvent l?égalité femmes/hommes est réduite à la Journée de la femme le 8 mars ou à la Journée internationale contre les violences faites aux femmes le 25 novembre. Tous, nous nous adonnons alors à répéter que les femmes et les hommes sont égaux, que nous devons lutter contre les stéréotypes et les discriminations fondées sur le genre que nous devons combattre, les violences verbales ou physiques commises contre les femmes.

Mais en réalité, force est de constater que les incantations, même transcrites dans l?écriture inclusive que vous chérissez tant, ne suffisent pas à enrayer les pratiques inégalitaires, discriminatoires et violentes que les femmes continuent de subir, à commencer par vous, Madame la Maire, à la tête d?une administration de 55.000 agents, parmi lesquels 55,9 % sont des femmes, mais qui voient encore, ce qui est absolument incroyable, leur rémunération différer de celle de leurs collègues masculins. En effet, je m?étonne que vous vous satisfaisiez que persiste une différence de 1.300 euros entre un fonctionnaire et une fonctionnaire, tous deux de catégorie A+.

Vous conviendrez qu?en l?espèce, vous pourrez difficilement justifier cet écart de rémunération par l?argument selon lequel les femmes sont surreprésentées dans les filières moins rémunératrices ou par le recours plus fréquent au temps partiel.

En matière d?égalité professionnelle, vous avez donc encore des progrès à faire pour être l?employeur exemplaire que vous appelez de vos v?ux. Le concrétiser, Madame la Maire, par des actes serait beaucoup mieux.

Je ne m?étendrai pas davantage puisque ma collègue Marie-Claire CARRÈRE-GÉE y reviendra dans quelques instants.

S?agissant de l?accès à l?espace public, là aussi les Parisiennes sont légitimes à attendre davantage de la Mairie de Paris que des démarches exploratoires ou la publication d?un guide sur les questions à se poser pour "construire un environnement urbain égalitaire".

Mais ces outils n?ont qu?un rôle d?évaluation et de sensibilisation. Pensez-vous donc sérieusement qu?ils soient une réponse appropriée aux difficultés que les femmes rencontrent à l?heure actuelle dans Paris ? 

Je voudrais évoquer un autre domaine, comme vous le savez, celui des femmes sans-abri. Elles représentent 12 % et, de fait, elles sont encore plus vulnérables quand elles sont exposées à la violence de la rue. Aussi doivent-elles être prioritairement protégées, vous en conviendrez et vous l?avez évoqué tout à l?heure, Madame la Maire.

C?est pour cette raison que nous devons collectivement développer l?hébergement d?urgence dédié aux femmes. Mes collègues Florence BERTHOUT et Philippe GOUJON ont mis d?ailleurs en place l?an dernier un accueil pour les femmes à la rue. Une initiative qui se multipliera cette année dans d?autres lieux municipaux, ce dont nous nous réjouissons.

Dans un autre domaine, celui de la sécurité, j?ai une pensée pour deux femmes qui ont récemment été agressées sexuellement dans le 17e arrondissement. Des centaines d?autres le sont chaque année. 58 % des Parisiennes disent ressentir de l?insécurité, au point que nombre d?entre elles mettent en place des stratégies visant à éviter les risques qu?elles pourraient encourir dans certains endroits ou à certaines heures de la journée.

Que dire de la situation dans le quartier Chapelle-Pajol ? Les femmes, vous le savez, n?y sont pas les bienvenues et, de fait, encore moins en sécurité : commerces défendus aux femmes, trafics, regards déplacés, insultes et violences sont leur lot quotidien.

A défaut d?une action efficace de la part des pouvoirs publics, et elles l?ont exprimé dans une pétition, il y a plus d?un an, vous appelant simplement à faire respecter les lois, vous répondiez alors, en lien avec la Préfecture de police, que vous aviez entendu, mais vous ne répondiez encore pas par autre chose que l?organisation de marches exploratoires ou la programmation d?actions de sensibilisation des commerçants pour les encourager à "alerter tout acte troublant l?ordre public".

Sans surprise, Madame la Maire, la situation ne s?est pas améliorée depuis un an, et ce quartier est encore aux prises avec la délinquance et les violences. Plus globalement, l?Institut d?aménagement et d?urbanisme révélait au début de l?année que 58 % des femmes se sentaient en insécurité à Paris, soit près de 6 femmes sur 10 qui ont peur, si bien qu?elles préfèrent, selon l?Observatoire national de la délinquance, adopter des stratégies d?évitement, de résignation ou de contournement.

Plus généralement, la Capitale s?illustre ces dernières années par la multiplication d?actes de violence sur l?espace public, qu?il s?agisse des violences LGBTphobes, qui ont amené l?ensemble des groupes ici représentés à déposer un v?u commun, soit une démarche quasiment inédite, ou des agressions contre les femmes devenues presque quotidiennes. Là aussi, la Mairie de Paris est en deçà de l?enjeu, à savoir la sécurité de toutes les Parisiennes et tous les Parisiens, quel que soit leur genre ou leur orientation sexuelle.

La nécessité absolue désormais est donc de sécuriser l?espace public parisien. Vous le savez, le groupe LRI souhaite la création d?une police municipale. C?est pourquoi j?ai d?ailleurs déposé à l?Assemblée nationale une proposition de loi en ce sens.

Madame la Maire, vous avez fait du droit des femmes un de vos étendards, il vous reste apparemment de grandes marges de man?uvre pour progresser.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.

M. Thomas LAURET pour le groupe DP.

M. Thomas LAURET. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, la question de l?égalité entre les femmes et les hommes doit être une question traitée par tous. Il s?agit évidemment d?un combat qui ne doit pas être seulement mené par les femmes mais bien par l?ensemble de la société, parce qu?il a de nombreuses conséquences sur les rapports sociaux, sur les rapports familiaux, comme sur les rapports de séduction.

C?est bien aujourd?hui que quatre hommes prennent la parole sur 19 intervenants. Et même si ce n?est pas l?égalité, ce n?est à pas grave, c?est le symbole qui est important.

Je veux, à ce titre, revenir sur trois sujets : premièrement les bienfaits de la libération de la parole et ses limites, deuxièmement la répartition des rôles dans le champ familial et troisièmement les actions engagées au niveau local comme national.

Sur le premier point de la libération de la parole, à la fin de l?année 2017 et tout au long de cette année 2018, la parole s?est libérée sur les réseaux sociaux à travers deux mouvements notamment : "Me Too" et "BalanceTonPorc", l?un était plus équilibré que l?autre. Les langues se délient et cette libération est salutaire quand elle permet d?empêcher les pervers de nuire et qu?elle permet à l?insécurité de reculer, notamment dans les transports. Mais attention, elle peut parfois tétaniser les timides et il faut aussi savoir excuser les maladresses des hommes timides qui se lancent parfois dans l?incertitude d?une proposition audacieuse.

Il y a, en revanche, un écueil à éviter : les dénonciations calomnieuses et la délation qui parfois nuisent à l?esprit de ces mouvements. Sans doute ne représentent-elles pas la majorité des signalements, loin de là, mais elles existent. Si l?augmentation des plaintes ne se traduit pas par une augmentation de même ampleur des condamnations, c?est aussi qu?il y a parfois certaines plaintes abusives.

Le deuxième sujet est la répartition des rôles familiaux. La question de l?égalité entre les hommes et les femmes est évidemment vaste, comme le montre la communication d?aujourd?hui : elle concerne la sécurité, le sport, l?emploi, les violences et bien d?autres. Mais nous le voyons, le c?ur du nerf réside dans l?éducation, dans la déconstruction des stéréotypes formés dès le plus jeune âge.

Moi-même fils de féministe, ayant été élevé avec quatre s?urs et père de trois filles, je suis toujours étonné par le mode de répartition des tâches dans les familles traditionnelles. Les tâches sont distribuées parfois sur des modèles caricaturaux à bien des égards. Le sexisme ordinaire doit être combattu dans le cercle familial. La question domestique touche à la bonne répartition des tâches et du choix de chacun dans la prise de responsabilités : aide aux devoirs, ménage, déchets.

C?est souvent l?homme qui descend les poubelles et la femme qui s?occupe du linge, et qui a la plus grande charge mentale dans le suivi des enfants, que ce soit l?école ou le suivi médical. Il ne s?agit surtout pas d?obliger les femmes à descendre les poubelles, mais que la répartition des rôles soit concertée et décidée en commun et non en fonction des stéréotypes. Sous cet aspect, le poids des religions, et notamment la dimension intégriste, constitue un frein majeur à l?égalité entre les hommes et les femmes. Nous avons aujourd?hui parfois tendance à nier ce point. Il ne faut pas négliger cette lutte qui évidemment est sensible.

Le troisième sujet que je veux aborder, ce sont les actions à mener. Il s'agit d'un combat qui doit être partagé par tous, je l'ai dit, mais également par tous les acteurs, collectivités locales, Etat, entreprises, associations. C'est bien en unissant les efforts de chacun que nous pouvons aboutir à un changement véritable.

En complément de ce qui a été annoncé, la Cité de l'égalité et des droits des femmes, la budgétisation sensible au genre, un Paris sans "pub" sexiste ou encore l'accueil des femmes S.D.F., et sans y revenir, je souhaite rappeler que cela s'inscrit également dans un cadre national. La Ministre du Travail et la Secrétaire d'Etat à l'Egalité femmes/hommes ont annoncé des mesures extrêmement fortes visant à combattre l'inégalité salariale. 9 % qui est l'écart de salaire entre les hommes et les femmes à poste et âge équivalents, c'est injustifiable. Ainsi, des sanctions financières sont prévues et toucheront les entreprises qui ne respecteraient pas l'égalité salariale à horizon 2022, et la transparence accompagnera ce dispositif.

Par ailleurs, un plan de 50 mesures a été présenté par le Gouvernement le 8 mars dernier à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes. A la suite de cela a été présenté le projet de loi contre les violences sexistes et sexuelles, qui prévoit un délai de prescription à 30 ans pour les crimes sexuels commis sur mineurs, la création d?une infraction pour verbaliser le harcèlement de rue ou encore la lutte contre les nouvelles formes d'agression. Raids numériques sur les réseaux sociaux, "escorting" ou voyeurisme, drogues du viol.

Vous parlez dans votre communication d'écoute des victimes et de centres psycho-trauma. Je rappelle que le Ministère de l'Intérieur a ouvert en septembre 2018 une plate-forme de signalements gérée par des policiers spécifiquement formés pour informer et orienter les victimes de violences sexistes et sexuelles. Par ailleurs, 10 centres de prise en charge des psycho-trauma seront ouverts dans les territoires à titre expérimental d'ici la fin de l'année. Enfin, je veux saluer toutes les femmes, filles, que je connais bien et qui se battent aujourd'hui aux Bluets pour faire vivre le droit des femmes et la prise en charge et qui sont empêchées depuis longtemps par une gouvernance autoritaire qui ne sait pas comment gérer cet établissement. Les causes sont parfaitement connues et je trouve qu'aujourd'hui les pouvoirs publics, y compris la Mairie de Paris, sont bien timides dans le soutien de ces femmes à qui on veut imposer un plan social inique qui les empêchera de travailler dans de bonnes conditions.

(M. Patrick BLOCHE, adjoint, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Thomas LAURET. La parole est à Léa FILOCHE.

Mme Léa FILOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, cette communication intervient dans un contexte de tensions et je tiens à vous remercier, Madame la Maire et Madame BIDARD, évidemment, d'aborder ce sujet, dans un moment qui n'est pas si simple, qui n'est pas si simple pour nous, les femmes, qui n'est pas si simple probablement pour une partie des hommes et qui n'est pas si simple pour les enjeux de la société.

Je sais, pour avoir lu le projet de délibération, qui relève très bien qu?il y a une forte volonté, un travail acharné, des décisions assez fortes et une orientation volontariste. Cette communication démontre que sur l'ensemble du territoire parisien nous allons vers une mise en place, en actes, de l'égalité entre les femmes et les hommes, à la fois dans l'espace public, dans les établissements publics que nous gérons et avec lesquels nous sommes amenés à avoir des partenariats, et dans les espaces privés. C'est l'état d'esprit dans lequel a d?ailleurs été pensée la Cité de l'égalité des droits et des femmes, destinée à accueillir des artistes, des associations afin de favoriser tout le travail consacré à ces sujets.

Notre idéal est de trouver à Paris une place pour chacune, pour tous, pour toute, une cohabitation apaisée des genres avec la réalisation d'une ville en commun. C'est effectivement le sens des très nombreuses mesures présentées dans cette communication. Toutes sans exception vont vers un accroissement de la visibilité des femmes dans l?espace public, vers leur légitimité dans le travail et notamment dans les postes à haute valeur ajoutée, dans la protection des plus fragiles.

Ce n'est pas toujours simple mais, pour ne pas faire d'entre-soi, je vais quand même parler une minute de ce qui se passe dans cette salle. Monsieur LAURET, vous étiez plutôt content à l'instant qu'il y ait quelques hommes qui interviennent dans le débat que nous avons sur cette communication, mais je ne vous cache pas que je regrette encore que dans le débat d?hier sur les orientations budgétaires, sur les 19 interventions, il n'y avait que 6 femmes pour intervenir et c'est un regret que nous devons avoir tous en tête.

Nous sommes particulièrement sensibles au cumul des discriminations, qui bien souvent commencent tout simplement par le fait d'être une femme, avant de s'enchaîner dans un effet boule de neige, chef de famille monoparentale, retraitée, atteinte d?un handicap, conduisant inexorablement vers des conditions de vie rendues plus difficiles. A ce sujet, la Ville ne s'épargne pas un travail d'introspection et d'autocritique, notamment quant aux conditions de travail de ses propres agents.

La mise en axe de l?égalité passe nécessairement par la connaissance et la compréhension de la réalité vécue par les femmes, dans leur diversité, dans leurs conditions et dans leurs quartiers. En effet, il s?agit de ne surtout pas tomber dans le travers opposé, tout aussi discriminant, celui des stéréotypes, mais bien de comprendre pour mieux éradiquer les innombrables formes de violences faites aux femmes, traversant les classes sociales, les groupes, les nations et même les époques.

Cette compréhension doit faire place à l'action, une action multiforme pour répondre aux formes multiples, notamment celles des violences. Les violences physiques, particulièrement éprouvantes pour les prostituées, pour les femmes sans-abri qui mentionnent les coups et les viols, ainsi que pour un trop grand nombre de femmes victimes dans leur propre foyer. Loin d'être anecdotiques, ces drames concernent un grand nombre de nos citoyennes et c'est sur le territoire de la Ville que Vanesa Campos, jeune femme transgenre, a été assassinée en août dernier et nous ne devons pas l?oublier. Agressions verbales sous forme de harcèlement ou d?insultes, incessantes dans nos rues, où que ce soit sur tout le territoire parisien, violences symboliques de toute sorte dans des cadres privés, dans des cadres intimes, comme au travail ou dans l?espace public, violences et inégalité, finalement, pas très différentes de celles exercées à l?encontre des personnes LGBTQI+ dont nous avons parlé hier.

Nous nous devons de déployer toutes nos forces afin de protéger les femmes et les mineures victimes de ces violences. Or nos objectifs ne concernent pas les seules protections de sensibilisation mais vont vers la reconnaissance et la valorisation de la diversité des femmes, de leurs trajectoires, de leur poids dans la société. Cette reconnaissance passe en grande partie par l'éducation des filles et des garçons, des femmes et des hommes. Elle doit se faire sans cesse, tout au long de la vie.

Nos revendications s'articulent sur des combats nationaux et internationaux qui mettent les femmes au centre de leur propre vie et de la vie de la collectivité. Nous le savons, les premiers droits remis en question en temps de crise, et nous y sommes, sont les droits des femmes. Soyons à la hauteur de notre ville capitale en traçant les sillons de l'égalité et en soutenant les personnes et les peuples engagés dans la lutte contre le machisme et l'obscurantisme. Je me permets donc d'avoir une pensée pour les femmes qui aux quatre coins du monde se battent pour gagner et pour préserver leurs droits. Alors que l?on parle au Brésil de BOLSONARO et du retour à des mutilations d?un autre âge, telles que des stérilisations forcées des femmes autochtones, des millions de femmes manifestent contre les violences dans de nombreux pays, notamment encore hier à Madrid. C'est en cela que je conclurai pour - je n'ai aucun doute -, vous inviter toutes et tous le 24 novembre prochain à la manifestation contre les violences faites aux femmes partout dans le monde et qui aura lieu aussi dans notre Capitale. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Léa FILOCHE. La parole est à Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Mes chers collègues, rappelons sans cesse les chiffres de la domination patriarcale : les femmes effectuent 66 % du travail mais ne touchent que 10 % des revenus, on travaille gratuitement depuis le 6 novembre à 15 heures, en France l'écart salarial moyen est au moins de 26 %, 177 féminicides ont été recensés en 2016 et 75.000 femmes déclarent avoir été violées chaque année.

Un an après "Me Too", aucune réforme ou avancée n'a été concédée sur le terrain de la lutte pour l?égalité par Marlène SCHIAPPA. Quand on ferme une maternité, lorsqu'on touche au droit du travail, qu'on instaure un système de retraite à points, ce sont bien les femmes qui seront les premières pénalisées. Si MACRON poursuit son attaque de la laïcité, ce seront aussi les femmes qui en pâtiront. Quand la Région Ile-de-France décide de supprimer des agents sur des lignes de métro, c'est d'abord et avant tout la sécurité des femmes qui se trouve fragilisée. Quand la Ville de Paris prend du retard dans la déprécarisation des agents, ce sont les inégalités salariales femmes/hommes qui ne progressent pas comme nous le souhaiterions.

Néanmoins, je tiens à saluer certaines mesures extrêmement importantes dans ce rapport, dans votre politique, comme la création d'une Cité des femmes et de l'égalité, la budgétisation sensible au genre, l'augmentation des subventions aux associations, l'ouverture de salons de l'Hôtel de Ville pour l'accueil des femmes S.D.F., même si l?on sait bien sûr que le nombre de places reste très en deçà des besoins, le projet positif d'un accueil de jour mutualisé avec le Département de Seine-Saint-Denis, qui sera ouvert à toutes les jeunes filles victimes de violences et qui pourront s?informer sur le droit et seront accompagnées pour leur protection et leur autonomie.

Je tiens à présenter un v?u que je rattache à cette communication et qui s'appuie sur l'expérimentation de la Ville de Nantes, qui prévoit l'ouverture en 2019 d?un centre unique en France pour les femmes victimes de violences, avec une approche globale, gratuite, accessible en permanence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, à toutes les femmes et assurant dans un même lieu un accompagnement médical, juridique, social, psychologique, d?accès aux droits ainsi que des hébergements d?urgence.

Je propose donc que la Ville de Paris envisage la création sur le territoire parisien d'un ou plusieurs centres d'accompagnement global des femmes de ce type.

Mes chers collègues, depuis le mouvement salutaire "Me Too", "BalanceTonPorc", je souhaite vraiment, comme cela a été dit précédemment par Léa FILOCHE, que la manifestation de ce 24 novembre, "Nous toutes !", matérialise une nouvelle mise en mouvement citoyenne féministe. Comme le dit l?hymne des femmes : "Le temps de la colère, les femmes, notre temps est arrivé, connaissons notre force, les femmes, découvrons-nous des milliers".

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.

La parole est à Marinette BACHE.

Mme Marinette BACHE. - Monsieur le Maire, Madame l'adjointe, chers collègues, en mars 2015, je concluais mon intervention en saluant la volonté de notre Ville de faire d?Asia BIBI une citoyenne d'honneur de Paris. J?ai récemment espéré pouvoir me réjouir de son acquittement par la Cour suprême du Pakistan. Hélas, devant le déferlement de haine des fanatiques islamistes, Asia BIBI, libre mais cachée, sa famille, son avocat, sont toujours en danger. Aussi, je salue le v?u déposé par l'Exécutif sur ce sujet et me félicite que le Gouvernement français agisse dans le même sens.

Nous ne pouvons que constater que les femmes font partout les frais des pratiques intégristes des religions.

Au Brésil, la victoire de Jair BOLSONARO doit beaucoup à l'Eglise évangéliste. Celle-ci n'hésite pas à revendiquer le respect d'un code vestimentaire pour les femmes : couvrir les épaules, ne pas montrer les genoux, ne pas porter de vêtements trop moulants. Professeur spécialiste des religions à l?université du Paraná, Rodolfo ALVES PENA souligne une régression de la société brésilienne. "Avec l'expansion des évangéliques", dit-il, "les pasteurs eux-mêmes laissent entendre que les femmes sont responsables des violences exercées contre elles". La pratique orthodoxe impose aux femmes juives le même style de code vestimentaire. Dans la Pologne sous emprise catholique, l?I.V.G. n?est plus autorisée qu?en cas de malformation du f?tus. Elle ne l'est pas en cas de situation sociale difficile. Alors, vous comprenez le droit de disposer de son corps?

La situation n'est pas réjouissante dans le monde. Elle n'est pas rose en France. Quelques faits. D'abord, à Paris, le 28 octobre, une femme a été victime des coups de son compagnon. Ces violences étaient connues et aucune action de protection n'avait été mise en place. Le 2 novembre, à Besançon, Razia est égorgée en pleine rue par son mari. Elle avait porté plainte quatre fois. Sans suite. Une enquête récente établit qu?en France, 12 % des femmes ont été victimes de viol. Plus prosaïquement, le rapport du Secours catholique sur la pauvreté nous apprend que les personnes concernées par la grande pauvreté sont à 56 % des femmes.

Dans ce contexte national et international préoccupant, j'attache chaque année une importance particulière à cette communication.

L'action de notre Municipalité couvre les divers champs des droits des femmes, de l'égalité femme/homme, mais également de la protection et de la prévention. Mon accord est entier avec l'ensemble des objectifs, comme des moyens ici exposés, et je ne peux m'attarder que sur quelques-uns.

Il faut rendre visible le fait féminin dans la culture, mais aussi dans le sport par la promotion de la pratique sportive féminine. Il y a beaucoup à faire quand la fréquentation des équipements jeunesse comporte un tiers de jeunes femmes pour deux tiers de jeunes hommes et que cette proportion est encore moindre - 22 % - chez les licenciés. La tenue de manifestations de haut niveau dans notre Capitale, qui accueille presque coup sur coup la Coupe du monde féminine de rugby, l?Euro de handball et, en 2019, la Coupe du monde de football, est un fort facteur d'entraînement.

La visibilité du fait féminin, c'est aussi la féminisation des noms de rues ou d'équipements. Très bonne initiative que ce travail mémoriel, qui va être lancé par un comité scientifique présidé par Françoise THÉBAUD, permettant d'accueillir la mémoire des "grandes femmes" sur la "place des grands hommes".

Je salue avec fierté l'engagement de Paris dans la lutte contre la prostitution, qui n'est jamais un choix, jamais un métier, toujours une contrainte, une humiliation, une douleur. L'action de la Ville de Paris est exemplaire, avec la mise en place de l'hébergement d'urgence et la mise à l'abri de personnes prostituées.

Je l'ai dit, les violences conjugales tuent encore dans une relative indifférence : plus d'une femme tous les trois jours.

La Ville de Paris coordonne un dispositif de téléassistance pour les femmes en danger : 32 personnes ainsi suivies. Une priorité à la cotation pour l'attribution d'un logement social est accordée à ces femmes : 99 logements ainsi attribués. Les places en hébergement ont augmenté et atteignent aujourd'hui les 290. C'est toujours insuffisant. Trois nouveaux projets de résidences participeront à répondre à cette demande, dont un dans le 20e.

Je voudrais m'attarder sur la Cité de l'égalité et des droits des femmes. C'est une initiative unique en France qui remplira de multiples fonctions par une mixité des usages : accueil des associations, lieu de réflexion avec la tenue d'événements culturels, universitaires, de colloques, mais aussi un lieu d'actions concrètes avec un point d'accès aux droits, un accueil de jour et d'écoute, la possibilité de consultations de santé. Bref, ce lieu répond à la volonté de Paris de construire l'égalité entre femme et homme.

J'ai commencé par des exemples internationaux inquiétants. Laissez-moi terminer par un salut encourageant : celui dû aux femmes iraniennes qui se battent contre le voile sous la dictature islamiste des mollahs et qui viennent, représentées par Sarah DORAGHI, de se voir attribuer l?un des prix internationaux de la laïcité dans les salons de l'Hôtel de Ville. Grand respect à elles.

Madame la Maire, Madame l'adjointe, merci de vos engagements et de votre énergie. Nous devons poursuivre. Nous en avons le devoir, ensemble.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Marinette BACHE.

La parole est à Joëlle MOREL.

Mme Joëlle MOREL. - Merci, Monsieur le Maire.

Depuis le début de la mandature, la Ville a engagé des études, a impulsé des démarches, a expérimenté pour permettre un meilleur partage de l'espace public entre les hommes et les femmes. Je pense tout particulièrement à l'élaboration du guide "Genre et espace public" travaillé notamment avec les agents de la Direction de l'Urbanisme de la Ville, et aux expérimentations menées dans le cadre du réaménagement des sept places emblématiques de Paris. Parce que l'espace public doit être à tout le monde, femmes et hommes équitablement, mon groupe a souhaité que l'on puisse aller encore un peu plus loin afin de stigmatiser les démarches qui permettent de prendre en compte aussi bien les besoins des publics féminins que ceux des publics masculins.

Le dernier rapport de l'Unicef "Inégalités femmes/hommes : ça commence dès l'enfance", dévoilé il y a quelques jours, va d?ailleurs dans ce sens et recommande que l'on conçoive et construise des espaces publics partagés où l'on favorise la mixité et que l'on garantisse aux filles un accès aux loisirs. C'est pourquoi nous proposons aujourd'hui que la question du genre soit intégrée à la planification urbaine de manière systématique, comme un prérequis dans l'ensemble des projets d'urbanisme de la Ville. Cela doit passer par la formation des services de la Ville - DU, DVD, DEVE - afin qu?ils développent une vraie compétence de la prise en compte du genre dans l'espace public, depuis la maîtrise d'ouvrage jusqu'à la maîtrise d'?uvre. Mais c'est aussi respecter les recommandations faites par la Ville elle-même dans le guide "Genre et espace public" qui incite à la parité femme/homme dans tous les jurys d'aménagement urbain et les lieux de décision.

Parce que les comportements sont aussi souvent remis en question par la force des symboles, nous demandons à la Ville de prendre en compte les questions du genre dans la signalétique de la Ville en s'inspirant des initiatives des villes de Wellington ou de Vienne, par exemple, qu'un feu piéton sur deux représente un personnage féminin, ou encore que la signalétique vélo représente un ou une cycliste. Dans l'espace public, nous ne sommes pas non plus tous égaux quand il s'agit des besoins primaires. Uriner est un effet un besoin naturel. Et pourtant, depuis des dizaines d?années, nos sociétés ont privilégié l'installation de toilettes pour ceux qui peuvent uriner debout, excluant, de fait, les femmes. Les femmes sont obligées d'utiliser les toilettes privées des cafés, moyennant le paiement d'une consommation.

Pour répondre à cette inégalité de traitement, mon groupe demande à la Ville de s'engager dans un grand "Plan Toilettes" afin de mailler le territoire parisien de toilettes publiques gratuites accessibles 24 heures sur 24 et non anxiogènes, et qu'une réflexion soit engagée sur les toilettes publiques destinées aux femmes. L'offre de toilettes publiques est trop faible. Nous demandons à la Ville d'engager des discussions avec les restaurants et les cafés dans le but de nouer des partenariats pour permettre à tous les usagers de l'espace public d'utiliser des toilettes gratuitement.

Dans son rapport, l'Unicef pointe également que les cours de récréation peuvent être des lieux très inégalitaires entre les filles et les garçons. L?espace est clairement partagé, au centre les jeux de ballon et, sur les côtés, les filles qui s'occupent sagement. Ces inégalités, créées pendant la petite enfance, persistent dans un autre genre à l'âge adulte, notamment dans la pratique sportive des femmes.

L'étude d'Yves RAIBAUD, membre du Haut Conseil à l'Egalité, montre que 75 % des femmes disent avoir dû réduire ou suspendre leurs activités sportives, le plus souvent entre 26 et 45 ans, pour des raisons d'abord familiales. Celles qui poursuivent leurs activités ont malheureusement trop souvent droit, pour 26 % d'entre elles, à des gestes ou à des propos sexistes.

De nombreuses mesures peuvent encore être prises et mises en place pour favoriser la pratique sportive féminine. Il ne tient qu'à nous d'inventer de nouvelles façon de faire.

Des expérimentations voient le jour. Les joggings collectifs se développent, comme les créneaux non mixtes dans les équipements sportifs ou encore des modes de garde pour les enfants en bas âge dans les centres sportifs. Paris doit également y prendre pleinement part.

Enfin, je terminerai par la première charge mentale de bon nombre de femmes. Premier facteur d'inégalité, la gestion du foyer et des enfants pèse encore majoritairement sur les femmes et les mères. Pour permettre à cette tendance de s'inverser, c'est dès la naissance des enfants qu'il faut agir.

C'est pourquoi, avec mon groupe, nous interpellons la Ville en tant qu?employeur et non pas en tant que collectivité publique, pour qu?elle permette à ces agents, nouvellement pères, de prendre plus de congés que ce que prévoit la loi. Pour rappel, la loi ne donne qu'onze petits jours à un homme qui devient père pour accueillir son enfant.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Joëlle MOREL.

La parole est à Danièle PREMEL.

Mme Danièle PREMEL. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, cette communication est dense et aborde de nombreuses problématiques auxquelles sont confrontées les femmes. J'aborderai successivement trois questions : l'hébergement, le travail, les femmes vivant dans la rue en m'attardant plus particulièrement sur ce dernier point.

Concernant l'hébergement, trois projets marquent notre volonté de mise à l'abri : la création d'hébergements et d'appartements spécifiques portée par Paris et la Ville de Saint-Denis ; un nouveau centre d'accueil et de bien-être par le Samu social de Paris dans un bain-douches ; un centre maternel pour les femmes enceintes à la rue, avec l'A.P.-H.P. à l'Hôtel-Dieu.

La création de 2.500 places d'hébergement sous cette mandature, ce qui nous permet d'atteindre le chiffre de 20.000 places, n'empêche pas qu'il manque encore 3.000 places et que le 115 est structurellement débordé.

L'Etat, malgré des déclarations généreuses, ne prend pas la mesure du problème, et il est en retard sur le financement de trois lieux d'hébergement dans le 10e, le 12e, le 20e. Grande cause nationale peut-être, mais nombre d'associations ont vu leurs subventions diminuer ces dernières années.

Sur l'hébergement, nous avons apprécié l'initiative de la Maire de Paris de créer des places d'hébergement, lors de la période hivernale, pour les femmes à la rue. Car nous le savons, un toit, c'est le premier pas vers l'insertion

Concernant le travail, nous avons là un exemple d'école sur le droit formel et le droit réel. Malgré les lois existantes, il y a encore trop de bonnes raisons pour ne pas permettre aux femmes, une promotion ou une augmentation dans l'entreprise. C'est, chez les femmes, que l'emploi partiel et les salaires les plus bas se concentrent.

Enfin, n'oublions pas que notre ville est une ville majoritairement féminine - 53 % de la population parisienne - mais ce sont aussi dans les familles monoparentales de notre ville que l'on compte 36 % en-dessous du seuil de pauvreté.

Concernant les femmes vivant dans la rue, les problématiques des femmes ont été très longtemps portées par la question liée au droit des citoyens, à la sexualité, à la contraception, à l'avortement, puis sur l'égalité professionnelle, et plus récemment sur le harcèlement et l'espace public.

Un problème particulier reste peu évoqué, celui des femmes vivant dans la rue, dont les dernières études constatent une hausse de leur nombre, pourtant elles demeurent souvent invisibles.

Si le nombre de personnes sans domicile est en progression constante, avec presque un doublement entre 2001 et 2012, selon les statistiques de l'I.N.S.E.E. et de l'I.N.E.D., 38 % des sans domicile adultes sont des femmes.

Pour Paris, la Nuit de la solidarité de février nous a apporté des renseignements que l'APUR vient de publier le 18 octobre dans un rapport. Alors qu?en 2012, la proportion des femmes recensée par l'I.N.S.E.E. était de 2 %, elles comptent pour 12 % des personnes sur les 3.000 personnes sans abri à Paris.

Plus nombreuses qu'autrefois, les femmes subissent aussi des situations généralement plus précaires que celles des hommes. Seule une femme sur dix a répondu aux enquêteurs qu'elle était suivie par un travailleur social, et elles bénéficient moins souvent que les hommes d'une couverture maladie ou d'une retraite qui est souvent insuffisante, ayant peu travaillé pour élever leurs enfants ou s'occuper du foyer.

La rue est plus dure pour les femmes, l'espace public, la nuit, étant souvent masculine, et ces femmes doivent imaginer toute une série de stratégies pour préserver leur intégrité : circuler dans le métro, dormir dans les gares, se cacher dans les parkings ou encore se protéger en négligeant leur hygiène corporelle pour éloigner les hommes. Elles font moins souvent appel au 115.

Penser l'accompagnement de ces femmes implique de tenir compte de certains enjeux : aide à la régularisation, mode de garde lorsqu'elles sont en famille, prise en compte des violences de genre. Il faut également lutter contre les facteurs spécifiques de pauvreté féminine.

Enfin, les stratégies qu'elles mettent en ?uvre pour demeurer invisibles incitent à penser différemment les accueils de jour qu'elles évitent, car les hommes y sont souvent surreprésentés.

Les maraudes, qui sont un lien humain de proximité et de solidarité, sont à conforter, peut-être avec une formation plus spécifique des intervenants sur la prise de contact et le dialogue avec les jeunes femmes, de plus en plus jeunes dans la rue, et celles qui relèvent de la prostitution.

C'est le sens de notre v?u qui vise à améliorer le système de prise en charge des femmes qui souhaitent sortir de la prostitution.

Je finirai par éclairer ces propos par quelques mots : je vis dans la rue, je survis à l'indifférence avec, pour seul ami, cet éclatant néon.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danièle PREMEL.

La parole est à Déborah PAWLIK.

Mme Déborah PAWLIK. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, 6 novembre 2018, 15 heures 35. A compter de ce moment et jusqu'à la fin de l'année, les femmes travaillent pour rien par rapport à leurs homologues masculins. En un mot, on fait du bénévolat.

En effet, la différence de salaire entre les hommes et les femmes en France est telle que cela signifie qu'à travail équivalent et à compétence égale, une femme travaille gratuitement par rapport à un homme à partir de cette date.

Auparavant, on relevait chaque année le moment à partir duquel nous avions consommé plus de ressources que celles produites en un an. On dit alors que la planète était en danger.

Désormais, on relève aussi le moment de l'année où le travail des femmes n'équivaut à rien, nada, walou. Je dirais, n'oublions pas aussi l'égalité en péril.

Mais, chiche, cette année, on inverse. Messieurs, bravo, vous allez maintenant pouvoir travailler pour rien et vous allez voir quel plaisir.

Oui, chacun s'émeut, crie au scandale puis oublie. Je suis, pour ma part, assez sidérée de l'indifférence avec laquelle, depuis des années, des décennies même, on s'est contenté de constater chaque jour les inégalités salariales dans notre pays sans réellement agir.

Parce que les chiffres valent mieux qu'un long discours, en un an, nous avons gagné trois jours sur le chemin de l'égalité. A ce rythme, l'égalité salariale deviendra une réalité en 2168. Il va donc ne pas falloir être trop impatientes, Mesdames.

Pourtant, la loi est bien de notre côté. Depuis 1972, la loi relative à l'égalité de rémunération entre les hommes et les femmes oblige tout employeur à assurer, pour un même travail ou pour un travail de valeur égale, l'égalité de rémunération entre les hommes et les femmes. La pratique, elle, pourtant ne suit pas. Y compris d'ailleurs dans notre collectivité parisienne où nous sommes bien loin du compte.

A la Ville de Paris, la rémunération des femmes est inférieure à celle des hommes, toutes catégories confondues, de 7,1 % en 2017 contre 8 % en 2016.

Je ne parle pas du plafond de verre, bien présent à Paris aussi, qui de facto renforce encore cet écart en cloîtrant les femmes dans des fonctions plus ou moins subalternes pendant que les hommes occupent, pour la majorité, les plus hauts postes de direction.

En la matière, je ne vois rien de révolutionnaire dans les mesures engagées, Madame la Maire, pour faire de l'Hôtel de Ville un modèle du genre humain.

La question de l'égalité femmes/hommes doit aussi nous amener évidemment à parler des inégalités sociales.

J'aimerais aussi aborder un sujet qui me tient particulièrement à c?ur lorsqu'on parle des droits des femmes à Paris, c'est évidemment celui des femmes S.D.F.

Le 19 octobre dernier, lors du bilan des trois ans du pacte parisien de lutte contre la grande exclusion, l'APUR a présenté un rapport sur le visage des sans-abri à Paris, qui révèle un bien triste phénomène de féminisation des personnes dans la rue.

Les femmes représentaient 12 % des sans-abri. Ce chiffre paraît faible, mais il est inquiétant puisqu'en 2012, date de la dernière enquête de l'I.N.S.E.E. sur les S.D.F., les femmes représentaient 2 % des sans-abri de l'agglomération parisienne.

Ce chiffre a donc été multiplié par 6 en seulement 6 ans. Par ailleurs, leur nombre est probablement minoré, car les femmes, particulièrement exposées aux dangers de la rue, viol, agression, racket, adoptent bien souvent des stratégies d'invisibilité pour passer le plus inaperçu possible.

La Ville de Paris doit évidemment accorder une attention toute particulière aux femmes sans abri. A cet égard, si je soutiens votre initiative, Madame la Maire, visant à ouvrir les salons de l'Hôtel de Ville pour loger durant les mois d'hiver quelques femmes sans abri, nous ne pouvons en rester à cette seule mesure symbolique.

Des solutions plus globales s'imposent, et il ne faut pas se contenter de mettre à l'abri ces personnes temporairement pendant les périodes de froid, puis les remettre à la rue sitôt le printemps revenu. Nous devons construire davantage de places d'hébergement spécialement pour les femmes, et travailler sur la mise en place d'un suivi adapté pour que les femmes puissent s'engager sur la voie de la sortie de la rue.

Comment parler de la question de l'égalité, ou plutôt des inégalités persistantes entre les femmes et les hommes, sans parler de l'école. C'est le premier levier vers le progrès, vers l'éclosion d'une société plus juste et plus égale. Et vous avez une responsabilité en la matière, Madame la Maire.

Prenons l'exemple très concret des cours d'école qui participent à la création des stéréotypes et des inégalités, car c'est évident, le modèle dominant du terrain de foot au centre de la cour de récréation participe de ce mouvement. Les garçons occupent une place centrale, alors que les filles, elles, sont encore une fois reléguées dans les coins.

A ce sujet, la géographe Edith MARUÉJOULS constate même que dans les cours de récréation, les filles sont "invisibilisées". Il faut donc permettre aux petites filles de se réapproprier leur espace de jeu dans ces cours.

Que fait la Ville en la matière pour limiter cette inégalité spatiale qui débouchera inévitablement demain vers des inégalités tout court ? Pas grand-chose ou en tout cas pas assez.

C'est pourtant dès le primaire qu'on s'attelle à construire une société plus égalitaire et accueillante pour toutes et tous. Le chemin à parcourir reste long et sinueux.

Aujourd'hui, j'émets un v?u, celui que les actes suivent enfin les paroles, pour que nos petits enfants, et pas seulement nos petites filles, soient fiers de ce que nous aurons fait pour parvenir à l'égalité réelle, car c'est là que le pari sera gagné.

Je vous remercie.

(Mme la Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à Mme Dominique STOPPA-LYONNET, pour le groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Dominique STOPPA-LYONNET. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, je vous remercie de votre communication sur l'égalité femmes/hommes et les droits des femmes à Paris, voilà bien un sujet transpartisan, un sujet qui doit tous nous réunir et encore plus lorsqu'il s'agit de parler d'accès aux soins et à la prévention.

Je reconnais que la Mairie de Paris n'est pas inactive en matière d'accès aux soins et de prévention en direction des femmes. Je voudrais saluer l'action des 22 centres de planification familiale, et des 60 centres de P.M.I. Je veux saluer Bernard JOMIER, votre ancien adjoint à la santé Madame la Maire, qui a organisé en 2016 les états généraux de la P.M.I.

Je veux aussi saluer le partenariat avec l'A.P.-H.P. concernant l'accès à l'I.V.G. J'ai pu apprécier très récemment, via une de mes proches qui a dû faire le choix difficile de l'I.V.G., la réactivité du dispositif et la qualité de l'accompagnement.

Nous avons évoqué hier le centre de planning familial et d'I.V.G de l'hôpital Tenon, qui a pu être préservé, non sans mal, de la fermeture. C'est une chance pour les femmes, pour nous toutes que d'avoir un accès rapide à une prise en charge de qualité et en toute sécurité dans ces situations qui sont toujours des situations de détresse quoi que l'on veuille en dire.

Il faut aussi saluer l'ouverture prochaine d'une première Maison Rose à Paris, structure d'accueil, d'information et d'accompagnement des femmes atteintes d'un cancer du sein. La Maison Rose est ouverte grâce au dynamisme incroyable des deux fondatrices de l'association "Rose up", Céline LIS-RAOUX et Céline DUPRÉ, mais aussi grâce au soutien de la Mairie de Paris, il faut nous en réjouir.

Nous avons cependant encore des marges de progrès à accomplir ensemble. Je veux citer la lutte contre le tabac. Il s'agit d'une lutte qui concerne autant les hommes que les femmes. C'est chez les femmes que l'incidence du cancer du poumon augmente, alors qu'elle commence à diminuer chez les hommes.

Le tabagisme des femmes a malheureusement rattrapé celui des hommes dans les années 1970 et les femmes en paient le tribut aujourd'hui. C'est une égalité dont nous nous serions bien passées, ce d'autant que nous sommes plus sensibles à ses méfaits.

La Ministre de la Santé mène une campagne antitabac avec comme première action l'augmentation du prix du paquet de cigarettes. Il serait nécessaire de relayer et d'amplifier à Paris toutes les actions de lutte contre le tabac, avec une action spécifique de communication et d'action auprès des femmes.

La seconde action qui m'apparaît importante est la vaccination contre le papillomavirus pour les jeunes femmes, mais aussi pour les jeunes hommes, car comme vous le savez, le papillomavirus est à l'origine du carcinome du col de l'utérus mais aussi de la sphère ORL.

La Ville a, à partir de ses centres de planning familial, de ses P.M.I., de ses centres de santé mais aussi bien via la médecine scolaire dans les collèges, des possibilités d'information sur cette vaccination. Il serait heureux qu'une action structurée en faveur de la vaccination anti H.P.V. soit conduite.

Enfin, en lien avec une action de prévention, le dépistage du cancer du col.

Après le déploiement au niveau national du dépistage organisé des cancers du sein et du côlon, le dépistage du cancer du col se met en place. Il devrait permettre le diagnostic précoce des 3.000 nouveaux cas par an et prévenir 1.000 décès. Décès inacceptables devant les capacités de traitement, pourvu que le diagnostic soit précoce.

La Ministre de la Santé a lancé en mai 2018 le programme national de dépistage organisé. Il reste cependant à le mettre en place.

L'association de dépistage des cancers de la Ville de Paris, ADECA 75, dont vous êtes présidente, Madame la Maire, en aura la charge. Il y a cependant deux difficultés pour ADECA 75 : la baisse progressive mais certaine et constante des financements de la Mairie, 133.158 euros en moins entre la subvention de 2014 et celle de 2018, soit moins 15 %, mais aussi la régionalisation des structures de gestion en 2019. Nous sommes en novembre, les modalités de cette régionalisation, qui comprend la fusion des structures de gestion, n'ont pas été anticipées, à moins que le Conseil d'administration auquel je participe n'en ait été informé.

Je reste optimiste et pense que la Ville saura tenir ses engagements. Nous resterons cependant vigilants.

En résumé, sur l'égalité femmes/hommes, sur l'accès aux soins et à la santé, continuons de construire ensemble, évitons les polémiques inutiles, offrons un accès aux soins et à la prévention de qualité aux femmes comme aux hommes d'ailleurs.

Rappelons que les hommes sont moins enclins que les femmes à des conduites de prévention. A titre d'exemple, les hommes participent moins au dépistage du cancer du côlon que des femmes, avec un différentiel de 10 %.

Au risque d'être accusée de discours sexiste, je pense qu'une femme qui a reçu une éducation à la santé exerce une influence positive dans la sphère amicale, familiale et en particulier auprès de son conjoint.

Aussi, l'action de la Ville en termes d'accès aux soins, de prévention et d'information auprès des femmes aura une action globale sur la santé de tous les Parisiens.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup; Madame, merci pour toutes ces pistes, ces propositions que bien évidemment nous travaillons et nous travaillerons avec vous.

Je ne préside plus ADECA 75. J'ai mis en place ADECA il y a longtemps, mais je n'en suis plus la présidente. Je reste évidemment extrêmement attentive à cette structure qui a permis de déployer, et Paris a été pionnière, c'était sous la première mandature de Bertrand DELANOË, je m'occupais d'égalité femmes/hommes. Nous avons pu mettre en place le dépistage systématisé, notamment du cancer du sein à ce moment-là. Mais, comptez sur moi et sur nous pour rester extrêmement présents et vous avez apporté beaucoup de propositions.

Madame Alexandra CORDEBARD, vous avez la parole, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Mes chers collègues, vous l'avez dit tout à l'heure, le 6 novembre, à 15 heures 35, toutes les femmes de ce pays auraient dû cesser de travailler. Pourtant, combien sont allées faire les courses avant de rentrer chez elles, combien ont préparé le dîner, combien ont ensuite fait la vaisselle, couché leurs enfants avant de les emmener à l'école le lendemain. Tâches bénévoles auxquelles s'ajoute depuis 2 semaines le travail qu'elles abattent naturellement désormais au bureau, tout aussi bénévolement.

Combien de femmes ont fini par se plier à cette quadrature du cercle selon laquelle il faut être compétente mais pas autoritaire ; réservée mais force de proposition ; féminine mais pas gourde, souriante en toute circonstance? Combien de Parisiennes et de Françaises, combien de mères, de compagnes, de femmes célibataires sont anxieuses la nuit tombée dans la rue, assimilent les images dégradantes de la publicité, subissent les propos rétrogrades de certains - et de certaines, d?ailleurs -, endurent la violence verbale, sociale, morale et physique ?

En effet, 40 ans après les combats de Simone Veil et de Gisèle Halimi, 70 ans après la publication du "Deuxième sexe", malgré les progrès de notre société et l?action résolue des militantes féministes, malgré les prises de conscience individuelles et collectives comme "Me Too", malgré les politiques publiques menées à tous les échelons et dans toutes les directions, un constat navrant demeure : aujourd?hui et encore trop souvent, être une femme, c?est subir des préjugés ; c?est être victime de harcèlement, de brutalité ; c?est faire face à des inégalités de tout ordre.

Aujourd?hui encore, être une femme, cela n?est pas être l?égal d?un homme car, comme l?Histoire nous le montre, l?égalité n?est pas innée. C?est un concept qu?il nous faut acquérir et travailler et c?est un idéal qu?il nous faut transmettre parce qu?il s?agit toujours d?un combat et qu?il nous faut d?abord en faire un apprentissage. Je voudrais aujourd?hui le rappeler avec force.

Ce combat pour l?égalité entre les femmes et les hommes, qui devrait toujours être mené à l?école dès le plus jeune âge et que notre Municipalité porte énergiquement, est plus qu?une nécessité ; c?est un devoir. Qu?il s?agisse d?éducation, des choix de filière puis de carrière, de l?accès à la culture ou des pratiques sportives, du rapport à l?autre dans l?espace public, à la rue, à une terrasse de café, notre vie quotidienne est toute entière marquée par les stéréotypes de genre. Je n?ai pas besoin de vous rappeler les études qui se succèdent d?année en année et qui, toutes, relèvent ces constructions sociales révoltantes, ces mêmes représentations qui irriguent malheureusement nos modes de réflexion.

Ces stéréotypes aboutissent à ce que, dans nos écoles, quand bien même les différences tendent à s?estomper entre filles et garçons dans les filières scientifiques, les unes finissent immanquablement par se diriger vers les professions de santé, quand les autres se projetteront en futurs ingénieurs. Ces stéréotypes aboutissent à ce que, dans nos gymnases, les garçons prédominent quand les filles, découragées par le manque d?offres, finissent toujours par s?orienter vers d?autres activités.

Ces stéréotypes aboutissent à ce que, dans nos rues, les filles et les garçons n?aient pas une pratique égalitaire de l?espace public - vous l?avez toutes et tous redit - tant la sécurité n?est pas perçue de la même manière par les unes et par les autres, tant il s?agit d?un espace saturé de codes et de normes sexuées et genrées. Qui peut se satisfaire de telles barrières ? Qui peut admettre que les unes soient contraintes et limitées quand, aux autres, toutes les voies sont ouvertes ? Ces pratiques différenciées dès le plus jeune âge auront en effet de lourdes conséquences plus tard sur les métiers, les fonctions hiérarchiques, le salaire, sur les comportements dans l?espace public, sur les idées reçues, leur persistance, leur reproduction et in fine sur les violences que subissent les femmes. Vous l?avez aussi beaucoup abordé.

C?est pourquoi, je veux le redire, nous sommes des modèles. Tout à l?heure, Mme JÉGO présentait la Maire de Paris qui s?est présentée, en effet?

Nous sommes des représentations. Nous devons être exemplaires ; nous devons montrer, défendre, ne pas laisser devenir invisible l?ensemble de ces pratiques. Comme jeune maire, j?ai vu réapparaître autour de moi certains comportements sexistes qui m?ont totalement sidérée, que je n?avais pas observés depuis de nombreuses années. Il nous faut donc dire, dénoncer, montrer, porter.

Il nous faut - je crois que les histoires de bureau sont bien anecdotiques - porter partout, comme le fait la Maire de Paris, le fait qu?être une femme, c?est juste être l?égal d?un homme, pouvoir faire les choses, pouvoir les porter, pouvoir les défendre.

Je veux saluer Hélène BIDARD et mon adjointe, Dominique TOURTE, qui s?emploie à cela chaque jour dans le 10e arrondissement. Je veux saluer ses engagements à l?école, autour de l?école et du périscolaire. Si, Madame JÉGO ! Ce n?est pas parce que vous n?avez pas trouvé les chiffres que ces importants retours à l?emploi des femmes après la remise en place de l?école le mercredi matin ne sont pas réels. Cela a même été une tendance importante à Paris que, je crois, nous devrions défendre tous ensemble. C?est mieux pour les enfants ; c?est mieux pour les mères ; c?est mieux pour les carrières des femmes.

Je veux saluer également ce travail très important de formation qui diffuse à la Ville auprès de nos agents, parce qu?ils en sont les premiers vecteurs, ces discours d?égalité qui doivent infuser dans notre société. Je veux saluer ce travail mené pour la santé des femmes par l?Exécutif parisien et le travail très important mené par Dominique VERSINI auprès des femmes les plus précaires, que je m?emploie à relayer le plus possible dans le 10e.

J?ai ce souvenir encore très présent dans mon esprit, ouvrant une salle l?année dernière au quatrième étage de la mairie du 10e pour accueillir en hiver des femmes en difficulté, de voir arriver ces femmes avec leur bébé serré contre elle qui avaient passé plusieurs jour dehors. Ce travail que nous avons fait est indispensable. Il faut le poursuivre. Il faut chercher à ce qu?il n?y ait plus une seule femme à la rue. Je crois que c?est à notre portée. Merci, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame CORDEBARD, Madame la Maire du 10e arrondissement, pour votre engagement constant.

Madame Marie-Claire CARRÈRE-GÉE, vous avez la parole, pour le groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Marie-Claire CARRÈRE-GÉE. - Merci, Madame la Maire.

Merci pour cette communication qui porte sur une question essentielle pour notre vie quotidienne, pour nos projets de vie et aussi pour le respect de nos valeurs.

L?égalité entre les femmes et les hommes est en effet au premier rang, nous sommes d?accord, de celles qui, en France et dans le monde, sont aujourd?hui attaquées, directement, jusqu?à la barbarie, mais aussi souvent de manière très insidieuse.

A cet égard, je voudrais alerter l?ensemble de notre Assemblée sur le v?u n° 15 relatif à l?égalité de l?accès au sport. Il demande que, dans les équipements sportifs de la Ville de Paris, soient créés des créneaux non mixtes pour permettre aux femmes qui en auraient besoin de reprendre confiance ou bien demande que la Ville de Paris soutienne les associations proposant ce type d?initiative.

Des créneaux non mixtes dans les équipements sportifs de la Ville de Paris? Aux signataires de ce v?u, comment osez-vous proposer cela ? Comment osez-vous invoquer le principe d?égalité, égalité d?accès au sport en l?occurrence, pour qualifier cette proposition ? J?espère que votre v?u sera retiré ou que cette phrase sera au moins biffée. S?il était maintenu en l?état, j?espère qu?il fera l?objet d?un vote négatif sur l?ensemble des bancs de cette Assemblée.

Ce combat culturel, nous le gagnerons face à la véritable régression qui menace, mais nous devons collectivement nous en donner les moyens. Dans ce contexte, proclamer de grands principes est indispensable car cela donne des repères à tous mais, sans incarnation effective, les grands principes s?abîment à tous les sens du terme.

C?est pourquoi je consacrerai les quelques minutes de mon intervention à l?égalité femmes/hommes au sein de l?administration parisienne, un champ d?action où tous les leviers sont entre nos mains, ou plutôt entre vos mains, Madame la Maire.

Je veux d?abord saluer votre engagement contre les faits de harcèlement sexuel et agissements sexistes au sein de la collectivité parisienne via la création de la cellule d?écoute générale "À votre écoute", même si l?on peut s?étonner du nombre si peu élevé de saisines - 13 - depuis sa création, compte tenu de la taille de l?administration parisienne. Cette cellule d?écoute concerne d?ailleurs tous les cas de souffrance au travail pour les femmes comme pour les hommes, et pas spécifiquement les cas de harcèlement ou de comportement sexiste. Vous mentionnez dans votre communication des enquêtes administratives : combien y en a-t-il eu ? Avec quelles suites ? Y a-t-il eu des signalements ?

Pardon, Madame la Maire. Je vous pose des questions relatives à votre communication : y a-t-il eu des signalements à la suite des 13 saisines pour des faits relevant de sanctions disciplinaires, voire pénales ?

Pour le reste, je m?étonne quelque peu du flou, au-delà des grands principes salutaires, de votre communication sur l?égalité professionnelle au sein des services publics parisiens.

Comme l?a souligné ma collègue Brigitte KUSTER, une véritable politique d?égalité exige d?agir sur des leviers très variés. Elle doit pouvoir s?illustrer par de multiples indicateurs concernant les recrutements, la composition des jurys de concours, la nature des statuts, permanents ou précaires, les emplois des femmes, la mixité des métiers et des filières, les écarts de rémunération entre lesdites filières, les conditions de travail, l?avancement, l?encadrement intermédiaire et l?encadrement supérieur.

En d?autres termes, on aurait aimé que votre communication concernant ce domaine de l?égalité au sein de la Ville de Paris, qui est encore une fois de votre seul ressort, soit accompagnée d?un tableau de ces différents indicateurs chiffrés avec la situation antérieure, les progrès accomplis et les objectifs pour la suite avec les moyens de les atteindre. On aurait ainsi pu avoir un débat sérieux. Au lieu de cela, votre communication, c?est beaucoup de lettres mais seulement deux chiffres.

Le premier, que vous nous faites partager, concerne les écarts de rémunération toutes catégories confondues : 7,1 % en 2017 contre 8 % en 2016 ; c?est un progrès qui doit être salué, mais on aurait aimé savoir si ces 7 % concernent les seules rémunérations principales ou si elles incluent les rémunérations accessoires. C?est là, en général, que se nichent les problèmes.

Quelle est la part de ces 7 % qui s?expliquent par les facteurs "connus", que vous évoquez, comme le recours au temps partiel ou la surreprésentation des femmes dans les filières moins rémunératrices ? Qu?avez-vous fait, et avec quels résultats, pour favoriser la mixité au sein des différents métiers et des différentes filières ? Et ce que vous comptez faire pour réduire, pour éliminer les écarts entre ces différentes filières ? Par exemple, il n?y a pas grand-chose de commun dans les rémunérations finales entre les personnels qui travaillent au sein de la sécurité et ceux du social, de la culture et de l?éducation. C?est un gros enjeu pour l?administration parisienne.

Le second chiffre, que vous citez, concerne la parité des emplois de direction : 41,9 % sont occupés par les femmes. Le progrès est très faible depuis 2015 puisque c?était 41 % des emplois de direction. Là aussi, c?est un domaine qui est à votre seule main et un progrès de 0,3 % par an est un peu faible, vous en conviendrez.

Je voudrais vraiment m?étonner que le rapport égalité que la collectivité doit produire sur l?égalité réelle entre les hommes et les femmes ne soit pas annexé à la communication. Pour ces raisons, vous conviendrez que deux chiffres imprécis, dans une communication sur un domaine qui relève de votre seul ressort, c?est insuffisant. Je voudrais vraiment former le v?u qu?au cours du débat en décembre, je suppose, sur le rapport égalité, vous puissiez annexer à ce rapport, ou nous communiquer sous la forme que vous jugerez la meilleure, un tableau chiffré avec tous les indicateurs, la situation il y a un an, deux ans, les objectifs pour la suite, les progrès réalisés, les progrès qui n?ont pas été réalisés et les politiques que vous comptez engager pour que véritablement on agisse sur tous les leviers dans les services publics parisiens. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame CARRÈRE-GÉE.

Mme Nawel OUMER pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Nawel OUMER. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, ce qui compose une personne dépend de la génétique pour 15 % et de l?épigénétique pour 85 %. L?être humain est donc un animal environnemental qui se construit en fonction des interactions avec ceux ou celles qui l?entourent. Comme le soutenait Simone de Beauvoir, "on ne naît pas femme, on le devient".

Alors vous ne serez pas étonnés, chers collègues, que je vous parle aujourd?hui d?enfance et de petite enfance. En effet, la politique d?égalité femmes/hommes à la Ville de Paris n?a de sens que parce qu?elle intègre pleinement la petite enfance, âge crucial où les représentations genrées, donc les stéréotypes, s?installent.

A ce titre, nous pouvons être très fiers de notre bilan. Les modes d?accueil de la petite enfance constituent des lieux fondamentaux à investir en tant que structures premières et primordiales de socialisation. Je vous le rappelle, depuis 2013, le principe de l?égalité filles/garçons figure au préambule du règlement des établissements d?accueil de la petite enfance.

Sous cette mandature, dans le cadre de la stratégie parisienne pour l?enfance, en 2015, nous avons lancé une démarche égalité filles/garçons dans les crèches. Cette recherche, action menée auprès de 20 établissements pilotes, a permis de travailler sur un diagnostic des pratiques des professionnels, sur la formation des professionnels et l?identification des bonnes pratiques, ainsi que sur les mesures de promotion de l?égalité entre les filles et les garçons.

Cette démarche a suscité une forte implication des responsables des crèches qui se sont inscrits dans ce travail, et ces directrices et directeurs ont manifesté un fort intérêt pour poursuivre ce travail. Evidemment, tous les responsables ont dès lors été formés, lors des jeudis de la petite enfance en mars 2016 sur l?égalité filles/garçons, puis en juillet 2018 sur les violences domestiques.

Cet engagement pour déconstruire les pratiques empreintes de stéréotypes genrés se poursuit aujourd?hui, notamment dans le cadre des rencontres de la petite enfance lancées le 12 octobre 2018 par Patrick BLOCHE et Sandrine CHARNOZ. Elles ont permis de travailler autour d?un socle de bonnes pratiques partagées à l?ensemble des modes d?accueil, qu?ils soient collectifs ou individuels. Ainsi, un arrondissement parisien se fixera l?objectif de travailler sur la création de projets pédagogiques favorisant l?égalité filles/garçons.

Je le rappelle souvent, Paris est passée du dernier au premier rang des départements de France en matière de petite enfance. Et ce rang nous oblige, parce que rien n?est jamais acquis mais aussi parce que je suis profondément convaincue que c?est par l?exemple et la mise en ?uvre concrète que l?on emporte l?adhésion.

Ainsi, fort du travail engagé et des résultats obtenus, Paris pourrait, par exemple, initier une charte de l?égalité dans la petite enfance, reprenant les bonnes pratiques qui sont mises en ?uvre. Cette charte pourrait également devenir le socle d?un réseau des départements engagés en la matière.

Mais il reste nombre de défis, et le plus important à mes yeux reste la mixité hommes/femmes chez les professionnels de la petite enfance. Nous avons un outil qui est le Plan Métiers parisiens de la petite enfance, dans lequel les Missions locales, comme la Direction de l?Attractivité et de l?Emploi, pourraient travailler à un accompagnement des hommes vers les métiers de la petite enfance et lancer une campagne de promotion ciblée vers les hommes, justement pour qu?ils puissent intégrer ce parcours professionnel. Sachant que très bientôt une génération entière d?assistantes maternelles prendra sa retraite, c?est une occasion pour notre Département d?accompagner cette mixité.

Nous pouvons également travailler et bien évidemment auprès des premiers adultes référents que sont les parents auprès des enfants. Ce serait travailler, par exemple, à un guide pratique d?implication des deux parents pour s?assurer de l?équilibre de la participation à l?encadrement des activités et aux animations, autant d?échanges à destination des professionnels à la petite enfance.

Nous pouvons également, et je pense que c?est une bonne piste, nous ouvrir au monde de l?entreprise. La Ville, dans ce cadre, pourrait nouer des partenariats avec des entreprises qui sont engagées dans des démarches de R.S.E. et pour lesquelles justement l?équilibre des temps personnels et professionnels est une priorité. Pour conclure, je dirais que lutter contre l?assignation identitaire, qui procède d?une vision essentialiste des femmes et des hommes, est un combat quotidien. Ce n?est pas une déclaration de principe, comme le procès d?intention qui nous est fait, mais ce sont des actions concrètes que nous menons depuis de nombreuses années, notamment depuis 2001. Je remercie Hélène BIDARD et je remercie Mme la Maire de ne jamais faiblir, même si je sais que ce mot ne fait pas partie de son vocabulaire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame Nawel OUMER, pour votre intervention.

Dernier orateur, Monsieur MENGUY, vous avez 2,25 minutes pour le bonheur de notre Assemblée.

M. Jean-Baptiste MENGUY. - C?est gentil, merci.

Madame la Maire, mes chers collègues, le temps qu?il me reste, c?est d?abord pour vous remercier de cette communication qui rassemble un certain nombre d?éléments factuels de dispositifs opérationnels. Je crois que c?est tout à fait le but d?une communication qui est de ne pas forcément tomber dans les grands principes, les grands préjugés, les poncifs et les a priori sur tel ou tel groupe politique ou telle ou telle politique menée, mais bien de présenter des décisions et des actions dont, je le crois, la sphère publique parisienne a grandement besoin.

Ce n?est pas non plus une communication anti-hommes et je vous en sais gré parce que c?est aussi le risque de tomber parfois dans des a priori. Je crois que l?égalité hommes/femmes, femmes/hommes, filles/garçons, c?est l?affaire de toutes et de tous. Et croyez que le père de deux filles que je suis ne peut qu?aller dans ce sens.

Deux éléments. D?abord, il y a une question - cela a été évoqué mais peut-être pas assez dans la communication - sur les familles monoparentales et les mères célibataires. C?est un des sujets majeurs et un des enjeux majeurs des quinze ou vingt prochaines années sur la capacité de notre Capitale à accueillir et faciliter le quotidien de ces familles monoparentales qui, par définition et construction, sont confrontées à plus d?obstacles que les autres. En la matière, au-delà de l?égalité professionnelle et salariale, nous devons aider l?accès et le retour à l?emploi pour certaines d?entre elles, mais nous devons aussi faciliter leur quotidien.

C?est le cas, par exemple, de l?accès au logement social. Pourquoi ne pas prioriser, au-delà des femmes qui subissent des violences, les femmes à la tête d?une famille monoparentale ? Parce qu?elles ont besoin aussi qu?on les aide à l?accès au logement.

C?est le cas également de nos services publics, notamment ceux dédiés aux familles qui ne sont pas encore assez adaptés au rythme et enjeux des familles, en particulier des familles monoparentales et en particulier des familles monoparentales dont une femme est à leur tête.

C?est le cas, par exemple, des crèches mais aussi des écoles dont les horaires et l?organisation du temps ne facilitent pas l?aménagement d?une carrière professionnelle, de rythmes professionnels dont les femmes n?ont pas la maîtrise, par définition, et qu?elles doivent concilier avec le temps privé.

Pour conclure, j?attire votre attention sur la question de l?éducation et de l?éducation contre le harcèlement sur Internet. Evidemment les jeunes et les jeunes filles sont plus exposés que les autres, notamment par les images qu?Internet peut véhiculer : je prends, par exemple, certains clips qui ne sont pas forcément à l?avantage des femmes et cela commence très jeune, dès le collège, et les collèges parisiens n?ont pas toujours les moyens de faire appel à des structures d?éducation par rapport à cela.

Voilà, nous avons encore beaucoup à faire mais je sais que nous partageons tous cet objectif. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur MENGUY.

Je vous remercie d'abord pour ce débat riche, avec des questions et des pistes mais aussi de propositions.

Avant de donner la parole à Hélène BIDARD et peut-être éventuellement à M. le Représentant du Préfet de police pour quelques réponses aux questions de ce débat, je voudrais apporter quelques chiffres parce que j'entends parfois que cela ne va pas assez vite à la Ville. Je veux tout de même que chacun soit conscient, bien sûr, de ce qu'il reste à faire, c'est une évidence, mais je vais vous donner quelques chiffres que vous n'avez pas.

Le Comité directeur de la Ville de Paris, c'est-à-dire l'ensemble secrétariat général, directeurs et directrices, est composé de 32 personnes ; c'est l'administration, la haute administration parisienne. Sur ces 32 personnes, j'ai nommé 20 femmes et 12 hommes. Ce n'est pas la parité mais je l'assume totalement. Pour être un peu plus précis, par exemple au niveau du secrétariat général, qui est composé de 5 personnes, entre la secrétaire générale, les secrétaires généraux adjoints et le directeur, il y a 4 femmes et 1 homme. 4 femmes et 1 homme ! C'est au niveau du secrétariat général. Dans les délégations qui sont données, vous les connaissez, vous travaillez aussi avec les directeurs de nos administrations, puisque j'ai entendu "on nomme les femmes aux postes qui sont les postes féminins", une directrice de la voirie et des déplacements, métier d'ingénieur, une directrice du logement, métier d'ingénieur, une directrice femme ambassadrice à l'international, métier assez masculin, une femme dirigeant l'Inspection générale de la Ville, une femme à la Direction des services informatiques de la Ville, métier ô combien masculin, une femme chargée du développement économique. Bref, je ne vais pas faire la liste de tous les directeurs et directrices. Nous sommes donc dans le Comité directeur de la Ville, qui concerne les hauts fonctionnaires de cette Ville, et il y a 60 % de femmes.

Si je regarde l'Exécutif, nous sommes tenus à la parité et vous savez qu'il y a eu un certain nombre d'évolutions, de changements qui m'ont conduit, finalement, à proposer à plus de femmes que d?hommes d'être dans l'Exécutif qui est le nôtre, en respect de la loi puisque nous avons à chaque fois, à chaque élection de nouvel adjoint, respecté la loi sur la parité. Concernant l'Exécutif parisien, je pense qu'il ne doit pas y avoir beaucoup d'exemples en France de collectivités où ce type de chiffre pourrait être annoncé, en ce qui concerne les adjoints et adjointes au Maire, nous avons 16 femmes et 12 hommes. 16 femmes adjointes au Maire de Paris et 12 hommes. 2 déléguées femmes et 2 délégués hommes. Cela fait donc 56 % de femmes dans l'Exécutif de Paris, du Gouvernement de Paris. Cela ne s'est pas fait par hasard, ce n'est pas quelque chose que nous aurions laissé faire parce que la nature ferait bien les choses. Non, c'est mûrement réfléchi, mûrement travaillé pour qu?effectivement, à ce niveau, le signal soit donné.

J'aimerais qu'il y ait ailleurs d'autres exemples qui montrent à quel point les femmes, dans cette Ville, non seulement travaillent, président bien sûr aux destinées de cette Ville, que ce soit en tant qu'élues ou en tant que fonctionnaires. Cela n'enlève rien au fait qu'il faut travailler sur tous les processus d'égalité salariale, sur tous les processus qui font que dans les carrières, il y a ce décrochage inacceptable en termes de rémunération et d'avancement pour les femmes, évidemment. Mais je fais vraiment un point pas simplement d'honneur, de conviction - je suis une femme et une femme de conviction -, sur le fait qu'avant et après cette mandature la situation se soit encore améliorée. Elle l'était, mon prédécesseur a été celui qui a inscrit la parité dans l'Exécutif alors que la loi ne l'y obligeait pas et il m'avait nommée première adjointe alors que, là encore, rien ne l'y obligeait, et je pense que nous avons été précurseurs.

Forte de cette envie d'être précurseur et de continuer à innover, avec toute mon équipe autour de moi, j?ai aussi posé des actes, je pense, significatifs, c'est-à-dire symboliques et concrets. Je vais à présent donner la parole à Hélène BIDARD pour vous répondre, puis à M. le Représentant du Préfet de police. Merci.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Merci, Madame la Maire, d'avoir rappelé ces chiffres.

Je veux aussi pouvoir dire que cette communication et ce temps de débat en Conseil de Paris si important, c'est aussi un acte concret que l'on ne retrouve pas partout. Merci à vous, à votre cabinet, d'avoir organisé ce temps sur l?égalité femmes/hommes à ce moment-là. C'est vraiment très important et je suis très honorée de pouvoir répondre au nom de l'Exécutif.

La déferlante "Me Too" a commencé l'année dernière, beaucoup d'entre vous en ont parlé et elle est allée très loin. Je veux redire notre engagement au niveau international sur ce sujet. Vous le savez, le docteur Denis MUKWEGE et Nadia MURAD ont eu le prix Nobel de la paix et c'était extrêmement important pour nous. C'est une conséquence de cette déferlante "Me Too". L'année passée aura été celle de la prise de conscience mondiale de l'ampleur et de la diversité des violences faites aux femmes. Elles ont été des centaines de milliers à prendre la parole, à être écoutées. Dans le monde entier, elles se mobilisent, se solidarisent, revendiquent l'égalité. C'est un mouvement de fond, historique, irrésistible. Il faut le prendre, et nous le prenons comme cela, comme un espoir pour notre société, une responsabilité aussi pour tous les pouvoirs publics.

La Ville de Paris a répondu présente grâce à la création en 2014 d'un Observatoire parisien des violences faites aux femmes. Elle a participé à ce mouvement et a su prendre au bon moment les décisions qui s'imposaient. Nous avons augmenté les subventions aux associations d'accompagnement des victimes dès décembre 2017 et nous avons mis en place un dispositif inédit, par exemple pour une collectivité sur la lutte contre le harcèlement sexiste et sexuel, et une multitude d'autres actions, fruits d'une démarche intégrée touchant tous les domaines de la vie des Parisiennes et des Parisiens.

Le projet de Cité de l?égalité des droits des femmes, lieu aux publics et aux usages divers, lieu dédié aux associations, à l'histoire des femmes, à la production artistique féminine, un lieu ouvert à toutes et tous, sera, je le pense, une concrétisation très symbolique du travail que représente une telle approche transversale. Je veux remercier toutes les associations qui travaillent sur le sujet d'ores et déjà avec nous, notamment la Fondation des femmes dont je salue la présidente qui est ici avec nous. Je tiens aussi à remercier le service égalité, intégration et inclusion de la Ville de Paris qui accompagne les associations toute l'année. Cela aussi, c'est un acte fort que l'on ne retrouve pas dans toutes les collectivités. Nous avons un service qui travaille de manière dédiée sur ce sujet et c'est très important. Merci à tous les élus qui travaillent en bonne intelligence pour permettre cette politique intégrée et volontariste. Cet engagement - les Parisiennes nous ont obligés parfois, il faut bien le souligner - a compensé des manques criants, le désengagement de l'Etat et cela depuis des années. Nous serons, je l'espère, nombreuses et nombreux à dire le 24 novembre prochain, à la manifestation pour la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, qu'une grande cause nationale nécessite des moyens à la hauteur et que nous avons besoin de beaucoup plus que ce qui est aujourd'hui dédié. En cela, je partage les propos de Léa FILOCHE. Mes chers camarades, mes chers collègues, pardon !... L?habitude?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Camarade, c'est un si joli mot? Camarades et compagnons !...

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Il se trouve que nous sommes dans un processus de congrès qui?

Mes chers collègues? Voilà, vous voyez ce que cela fait, les congrès des différents partis. C'est vraiment aliénant !

Mes chers collègues, le chemin vers l?égalité est encore long. Nous avons de belles réalisations à notre actif, mais il faut aller beaucoup plus loin. Nous allons devoir aller plus loin en direction, par exemple, des plus jeunes car il faut être en capacité, d'une part de repérer et agir plus rapidement en cas de violence et d'autre part de faire grandir la culture de l?égalité dans notre société.

Le 25 novembre et la Journée interprofessionnelle du 22 novembre seront, cette année, dédiés aux jeunes femmes. Elles sont aujourd'hui surexposées aux violences et à toutes les formes d'assignations sexistes, dans leurs relations amoureuses, dans leur scolarité dans les quartiers ou sur Internet. Elles sont confrontées à des formes de violences spécifiques et, cibles favorites des réseaux de prostitution, elles sont encore trop souvent hors radar des circuits de repérage.

C'est pourquoi, vous avez dû la recevoir, vous verrez la plaquette de cette année de la Ville de Paris avec des initiatives dans tous les arrondissements, par les associations ainsi que par les mairies d'arrondissement. Vous y retrouverez notamment beaucoup d'initiatives dédiées aux jeunes femmes.

A cet effet, un lieu d'accueil de jour pour les jeunes femmes de 15 à 25 ans, en partenariat avec le Département de Seine-Saint-Denis et l'Etat, sera ouvert dès le mois de mars 2018.

Le deuxième pari sur l'avenir que nous voulons faire, c'est l'investissement dans l'éducation à l'égalité filles/garçons. Je remercie d'ailleurs Rémi FÉRAUD, Alexandra CORDEBARD et tous les intervenants qui en ont parlé : les interventions en milieu scolaire, péri et extrascolaire, que nous vous proposons d'adopter ici avec une concrétisation avec le projet de délibération "collèges pour l'égalité".

Par extension, toujours dans l'objectif de faire avancer la culture de l'égalité, je tiens à rappeler la constellation de recommandations que nous avons produites en matière de culture et de sport. Le 8 mars dernier, nous avions fait d'ailleurs un colloque à la Maison des métallos sur la question de la culture.

Je vous propose donc d'adopter le v?u RG-CI relatif à l'inégalité dans les domaines artistiques et culturels, notamment dans le secteur du hip-hop. En 2019, ce sera également une année de sport féminin avec, entre autres, la Coupe du monde féminine de football en juin 2019. Je tiens à souligner l'importance de mener cette lutte pour l'égalité dans le sport depuis les équipements locaux, la formation des agents de la DJS et la création de sections féminines. Jusqu'aux Jeux olympiques, nous allons travailler d'arrache-pied avec Jean-François MARTINS sur tous ces sujets. Je souhaite personnellement que Paris soit très offensive dans des propositions pour un sport non sexiste.

Vu le travail en cours d'ailleurs, l'Exécutif demande le retrait du v?u du groupe GEP à ce sujet, relatif à l'égalité d'accès au sport.

Si nous voulons que les femmes se sentent bien à Paris, libres de sortir où, quand et comment elles l'entendent, il faut aussi aller plus loin dans la reconquête de l'espace public. Nous devons poursuivre la lutte contre le partage sexué de l'espace public et les violences urbaines dont les femmes sont les cibles, à commencer par le harcèlement de rue. D'ailleurs, Marie LAGUERRE, comme d'autres victimes qui ont dénoncé ces violences, seront à nos côtés également autour du 25 novembre. Je veux saluer toutes les associations qui travaillent d'ores et déjà sur le sujet. Nous avons effectivement besoin de discuter de la question de la verbalisation et de relancer les campagnes de communication contre le harcèlement de rue. C'est pourquoi l'Exécutif rend un avis favorable pour le v?u du groupe GEP à ce sujet. Mais en matière de partage de l'espace public, l'approche répressive ne peut pas suffire. Il est clair que notre ville a été l'une des premières à se donner les moyens d'une prise en compte systématique du genre dans l'espace public avec, entre autres, un guide référentiel, des marches exploratoires de femmes?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - S'il vous plaît, écoutez les réponses. Chacun s'est exprimé. Des questions étaient posées. La moindre des choses est d'écouter les réponses.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - ? la rénovation des sept places majeures, intégrant pour la première fois la prise en compte du genre comme critère obligatoire et éliminatoire dans les marchés publics, mais aussi la lutte contre les publicités sexistes - d'ailleurs, merci à mon collègue Hervé BÉGUÉ de l'avoir souligné - la campagne contre le harcèlement de rue, et un effort important dans la dénomination des lieux sous la responsabilité de Catherine VIEU-CHARIER qui a fait passer la Ville de 4 % à 12 % de rues portant des noms de femmes. Rendez-vous compte, la moyenne nationale est autour de 3 %, et nous sommes à 12 % dans un espace contraint?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Et on était à 2,5 % en 2011.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Tout à fait.

Je tenais à souligner cet énorme travail fait.

Dans ce cadre, sous réserve de l'adoption d'un amendement de l'Exécutif, nous proposons d'adopter le v?u du groupe GEP relatif à la prise en compte systématique de la dimension du genre dans l'espace public.

Nous proposons également, toujours dans ce cadre, l'adoption du v?u de l'Exécutif relatif à l'accès aux toilettes publiques, à partir d'une revendication légitime des femmes qui circulent dans notre ville. Nous proposons donc un v?u de l'Exécutif. Nous avons engagé avec Célia BLAUEL et Olivia POLSKI une réflexion sur les toilettes fermées, les toilettes des cafés, etc. Nous allons continuer ce travail.

Chers collègues, vivre ensemble, partager la ville requiert une attention particulière aux personnes les plus en difficulté. C'est pourquoi nos politiques publiques, et malgré le fait que cela relève en grande partie de compétences de l'Etat, là aussi nous pouvons aller plus loin vers l'accompagnement des femmes les plus vulnérables.

Mme la Maire a mis en valeur, dans sa communication, le travail très important entamé par Dominique VERSINI avec les maires d'arrondissement en faveur des femmes sans-abri, avec l'ouverture de haltes. Nous avons ici un projet de délibération, qui est le DASES 274 G, où l'on vous propose d'adopter une convention pour la Fondation de l'Armée du Salut.

Pour les familles vulnérables, également les familles monoparentales, dont 85 % des femmes à leur tête, on vous propose d'adopter le v?u de nos collègues du groupe RG-CI relatif à la mise en place d'une campagne de communication à l'intention des familles monoparentales. Nous avons tous en tête la Mission d'Information de la Ville de Paris que nous avions faite sous l'ancien mandat à ce sujet.

Je veux également évoquer la lourde question de l'hébergement des femmes victimes de violences, qui constitue à Paris un des principaux obstacles à leur mise à l'abri et à leur reconstruction. Comme le souligne Danielle SIMONNET dans son v?u, pour lequel nous rendrons aussi un avis favorable, les femmes victimes de violences ont besoin d'un accompagnement global.

Madame PAWLIK, vous avez raison, il faut un travail et, pour un travail sérieux, il faut des chiffres. J'ai d'ailleurs moi-même écrit au Ministre de l'Intérieur. Au jour d'aujourd'hui, la Délégation aux victimes du Ministère de l'Intérieur pour 2017 n'a toujours pas donné les chiffres concernant les morts violentes au sein du couple.

Nous travaillons encore aujourd'hui nationalement avec les chiffres de 2016. Nous avons écrit à M. le Ministre de l'Intérieur à ce sujet. Je pense que, pour travailler sur les violences faites aux femmes, nous avons réellement besoin d'une publication de ces chiffres. En attendant, nous avons avancé, par exemple, grâce au travail avec le procureur François MOLINS. Nous avons fait passer notre nombre de "Téléphone grave danger" de 20 à 30 en seulement une année, l'année 2018. Un mot sur les hébergements...

Mme LA MAIRE DE PARIS. - S'il vous plaît, écoutez la fin de ce débat.

Mme Hélène BIDARD, adjointe. - Nous avons trois projets en cours dans les 10e, 12e et 20e arrondissements concernant environ 90 hébergements dédiés pour les femmes victimes de violences, après deux ans de discussions avec l'État sur le principe même d'avoir des hébergements dédié. Nous avons ensuite engagé deux ans de négociations sur le prix des nuits. Après un investissement sans précédent de la Ville pour permettre des loyers décents aux associations gestionnaires - et je veux remercier Ian BROSSAT notamment - puisque nous venons de faire passer ces projets en commission de déplafonnement.

Les projets vont enfin avancer, mais vous voyez qu'il a fallu être persuasif pendant 4 ans, tout cela pour juste 90 places d'hébergement dédiées pour les femmes victimes de violences. Quand je vous le disais qu'il ne suffit pas de faire des annonces, il faut ensuite que l'Etat puisse nous accompagner financièrement pour faire sortir ces projets.

Sur un volet fondamental, il convient enfin de tirer les conclusions de la loi du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et accompagner les personnes prostituées.

Nous sommes ici, je l'espère, unanimes quant à la nécessité de combattre la traite des êtres humains. Je donne un avis favorable bien sûr à la demande d'information formulée par le v?u du groupe PCF - Front de Gauche sur les salons de massage et la mise en ?uvre des mesures d'accompagnement des personnes prostituées, notamment victimes de traite.

Merci également à Marinette BACHE pour vos propos. Suite au v?u adopté par le dernier Conseil de Paris, la sécurité des personnes en situation de prostitution, dans les bois de Boulogne et de Vincennes, a été évoquée lors de la dernière Commission départementale de lutte contre la prostitution, le proxénétisme et la traite des êtres humains, la Commission de l'État. Je ne manquerai donc pas d'en présenter le compte rendu en 4e Commission, selon les règles que nous nous sommes fixées.

Concernant la verbalisation de la Préfecture de police, nous venons de nous engager - et elle vient de s'engager - à organiser une réunion sous quinzaine ouverte à tous les groupes. Je propose donc au groupe GEP de reconsidérer son v?u comme étant satisfait, et donc de le retirer.

Deux derniers mots. Je souhaite ici revenir sur deux sujets d'actualité que vous avez évoqués.

Sur la question de l'égalité professionnelle, nous avons, avec la Ville de Paris et avec l'ensemble des adjoints qui d'ailleurs ont suivi les dossiers aux ressources humaines, sorti un rapport social "genré" dès 2014, avant même que la loi nous y oblige. En matière d'égalité professionnelle, je veux vraiment remercier Véronique LEVIEUX qui reprend ce travail avec force. On a engagé un travail interne à la Ville pour la prévention des violences sexistes et sexuelles.

Madame CARRÈRE-GÉE, nous vous enverrons les éléments que vous souhaitez, mais évidemment, tout en préservant l'anonymat des victimes, ce qui est notre premier souci. Mais nous vous enverrons les éléments à ce sujet.

Nous sommes engagés maintenant dans une démarche de labellisation "Afnor" qui distingue les politiques d'égalité et de diversité dans la sphère des ressources humaines. Nous avons également signé la convention d'engagement pour une communication publique sans stéréotypes de sexe avec le Haut Conseil à l'égalité. Nous le savons : toutes les inégalités femmes/hommes relèvent en grande partie de clichés répandus selon lesquels les femmes qui deviendraient mères seraient moins productives.

Aussi, je salue l'intention du v?u déposé par le groupe Ecologiste de Paris relatif à l'allongement du congé paternité et d'accueil de l'enfant, mais il convient cependant de l'amender, en accord avec Véronique LEVIEUX, dans le sens de la mise en ?uvre concrète et réalisable immédiatement par la Ville de Paris.

Chers collègues, je termine mon propos en évoquant avec vous la santé des femmes, en vous demandant de voter en faveur du projet de délibération DASES 30 relatif à la création de la première maison "Rose" d'accompagnement des femmes malades de cancer, et en soutenant sans conditions le v?u du groupe Ecologiste de Paris concernant le droit à l'I.V.G. J'ajouterais même qu'à mon sens, ce droit devrait être constitutionnalisé et que nous devons ensemble défendre les centres I.V.G. et la disponibilité des trois techniques d'avortement pour toutes les femmes.

Un dernier mot. Mesdames et Messieurs, vous voyez, j'utilise, là, l'écriture inclusive - et je dirais même l'écriture persuasive - pour souligner qu'il est en effet important de noter dans notre débat au Conseil de Paris le nombre d'élus femmes, mais aussi hommes qui seront intervenus sur ce sujet. Je vous en remercie toutes et tous, là aussi, pour les propos que vous avez pu tenir. J'espère que nous allons continuer à travailler tous ensemble dans cet intérêt général.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Hélène BIDARD. Merci pour ces réponses précises et engagées.

Je donne la parole à M. le Représentant du Préfet de police.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire.

Mesdames et Messieurs les élus, la Préfecture de police n'a pas compétence sur l'ensemble des champs qui ont été évoqués ce matin, mais quatre points la concernent plus particulièrement sur lesquels, si vous permettez, je vais essayer de répondre de la façon la plus synthétique possible.

Le premier a trait au harcèlement de rue. Mme KUSTER a évoqué les difficultés qui avaient été rencontrées l'année dernière dans le quartier Pajol/La Chapelle, qui avaient donné lieu, d'ailleurs, à une action conjointe de la Préfecture de police et de la Mairie de Paris sur ce territoire. Je voudrais souligner que depuis la loi du 3 août 2018 relative à la lutte contre les violences sexuelles et sexistes, une infraction d'outrage sexiste existe désormais.

Elle est punie d'une contravention de 4e ou de 5e classe selon les circonstances. C?est un outil que nous utilisons d?ores et déjà dans la Capitale pour répondre à un certain nombre de situations signalées aux services. Huit procédures - cela peut paraître encore peu ; on est au début de la mise en ?uvre de cette disposition - ont déjà été enclenchées, dans le 18e et le 13e notamment. Les suites judiciaires appropriées ont pu être apportées.

Le deuxième sujet est celui de la sécurité des personnes prostituées. Je ne reviens pas dans le détail sur les échanges qui ont pu avoir lieu dans le cadre de la commission sur la lutte contre le proxénétisme et la sortie de la prostitution à laquelle Mme BIDARD faisait référence. Je pourrai le faire dans le cadre de la réunion qui a été évoquée.

Je voudrais mettre l'accent simplement sur la lutte contre les réseaux de proxénétisme et de traite des êtres humains qui est menée à Paris par la Brigade de répression du proxénétisme. En 2017, 48 réseaux de ce type ont été démantelés, dont 17 relevaient ou étaient à l'origine de faits criminels relatifs à la traite d'êtres humains. 180 personnes placées en garde à vue, 78 notamment pour des faits de traite. Ce sont des infractions extrêmement graves, sur lesquelles nous restons parfaitement mobilisés.

Je précise également que nous sommes en situation, avec la Préfecture de Région Ile-de-France, d'accompagner dans leur parcours d'insertion les personnes qui souhaitent sortir de la prostitution. Une commission s'est déjà réunie à trois reprises depuis l'année dernière. Elle a été créée d'ailleurs par la loi de 2016. Depuis la mise en ?uvre de cette commission, nous avons accompagné 30 personnes prostituées qui souhaitaient sortir, personnes hommes ou femmes d'ailleurs. Ces personnes, pour celles qui étaient étrangères, se sont vu délivrer des titres de séjour, selon les conditions définies par la loi, et un accompagnement social leur est proposé.

Dernier élément, et j?en terminerai par cela : les salons de massage. Problématique évoquée par le groupe Communiste notamment. Ces établissements peuvent ouvrir sans autorisation administrative préalable. Ils peuvent faire l'objet, en revanche, de fermetures administratives temporaires, notamment en cas de travail dissimulé.

Des actions de contrôle sont menées à la fois par la Brigade de répression du proxénétisme et par les commissariats d'arrondissements. Nous sommes déjà, depuis le début de l'année, à une quarantaine de contrôles menés dans les différents établissements parisiens, avec déjà neuf fermetures administratives prononcées et, dans certains cas, des mises en cause au plan judiciaire.

Je vous propose, Madame la Maire, de préciser ces éléments par écrit et d'adresser également un courrier à l'ensemble des présidents de groupe, pour aller plus dans le détail et rappeler le cadre juridique de notre intervention.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Représentant du Préfet.

Vous dire qu?effectivement tout ce travail qui a été mis en place sur la question de l?égalité, mais aussi sur la lutte contre les discriminations, la lutte contre le racisme, l'antisémitisme, ce travail fait avec la Préfecture de police, le Parquet de Paris, les maires d'arrondissement qui m'accompagnent, et, bien sûr, mon Exécutif, est, je crois, un travail qui nous permet aussi d'être plus réactifs et sans doute plus efficaces, même si l'augmentation des violences et des faits nous obligent à une très grande présence et action sur le terrain.

Nous allons à présent procéder au vote des v?ux et des projets de délibération.

Il y a une demande d'explication de vote du groupe "Génération.s". Qui la fait ? Madame MAQUOI.

Mme Nathalie MAQUOI. - Merci, Madame la Maire.

L'explication de vote concerne le v?u n° 23 relatif à l'inégalité dans les domaines artistiques et culturels, notamment dans le secteur du hip-hop. La Ville de Paris est volontaire pour favoriser l'égalité homme/femme dans la culture. Un seul exemple : les nominations importantes à la tête d'équipements, comme "Les Plateaux sauvages" ou la M.P.A.A. Nous sommes toutes et tous parfaitement conscients que la culture n'est pas à part et connaît aussi des mécanismes de sexisme et de discrimination. La Ville de Paris a aussi été beaucoup citée en exemple et comme modèle pour la création d'un équipement original dédié à la culture hip-hop : "La Place".

Madame GOLDGRAB, dans votre v?u, vous pointez une culture et un équipement comme étant particulièrement problématiques en termes d'égalité homme/femme. Vous demandez, par conséquent, au Conseil de Paris d'intervenir dans la programmation artistique d'un directeur et de son équipe spécifiquement. Je pense que ce n'est pas le rôle d'un conseil municipal d'intervenir dans une programmation artistique. Je ne pense pas non plus que pointer du doigt une culture diverse, de façon générale, participe aussi à la prise de conscience des mécanismes de domination sur les femmes.

Nous vous demandons donc, soit de retirer la mention au hip-hop et à "La Place", soit, sinon, nous voterons contre.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Je mets donc, à présent, aux voix, à main levée, le v?u n° 14 déposé par le groupe Ecologiste de Paris, avec un amendement en séance qui a été proposé par Mme BIDARD, avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u amendé est adopté. (2018, V. 510).

Le v?u n° 15 déposé par? Est-ce que le v?u n° 15 du groupe Ecologiste de Paris est maintenu ?

M. David BELLIARD. - Non, retiré.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Retiré. Merci beaucoup.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 16 déposé par le groupe Ecologiste de Paris, avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u est adopté. (2018, V. 511).

En réponse au v?u n° 17, l'Exécutif a déposé un v?u n° 17 bis. Est-ce que le v?u n° 17 déposé par le groupe Ecologiste de Paris est maintenu ?

M. David BELLIARD. - Non, on le retire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Retiré, merci, au profit de celui de l'Exécutif.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 17 bis déposé par l'Exécutif, avec un avis favorable de l'Exécutif évidemment.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u est adopté. (2018, V. 512).

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 18 déposé par le groupe Ecologiste de Paris, avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u est adopté. (2018, V. 513).

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 19, avec un amendement en séance qui a été proposé à ce v?u déposé par le groupe Ecologiste de Paris, donc avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u amendé est adopté. (2018, V. 514).

Est-ce que le v?u n° 20 déposé par le groupe Ecologiste de Paris est maintenu ?

M. David BELLIARD. - Non, retiré.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il est retiré.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 21 déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche, avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u est adopté. (2018, V. 515).

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 22 déposé par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants, avec un amendement fait en séance et donc, avec un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u amendé est adopté. (2018, V. 516).

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 23 déposé par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants, avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u est adopté. (2018, V. 517).

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 24 déposé par Mme SIMONNET, avec un avis favorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le v?u est adopté. (2018, V. 518).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 274 G.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DASES 274 G).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 30.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DASES 30).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAJ 21.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAJ 21).

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDCT 103.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Qui ne prend pas part au vote ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DDCT 103).

Et comme il n'y a pas de vote sur le projet de délibération DDCT 173, nous avons adopté les v?ux, les projets de délibération nous permettant d'avancer encore plus résolument dans ces politiques d'égalité entre les femmes et les hommes.

Je vous remercie.