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Novembre 2018
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2018 DAE 76 - Subventions (40.000 euros) et conventions avec cinq associations et une société coopérative d’intérêt collectif pour le développement d’outils de monnaies complémentaires.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

Mme Pauline VÉRON, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DAE 76 relatif à l'attribution de subventions et de conventions avec cinq associations et une société coopérative d'intérêt collectif pour le développement d'outils de monnaies complémentaires.

La parole est à Jean-Noël AQUA, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Jean-Noël AQUA. - Merci, Madame la Maire.

Mes chers collègues, la pêche, l'abeille, l?eusko, la doume ou encore la gonette : on compte une cinquantaine de monnaies locales en France. Elles sont reconnues par une loi sur l'économie sociale et solidaire de juillet 2014 qui reconnaît ces monnaies complémentaires à l'euro permettant d'acheter et de vendre sur un territoire donné. L'idée de ces monnaies locales a émergé en 2008 et, ce n'est pas un hasard, dans un contexte de crise financière.

Elles ont cherché à neutraliser les questions de pouvoir, d'influence et de déviance - que l'on associe souvent à l'argent - pour revenir à sa fonction première : celle d'être un cadre d'échange. Elles visent à changer notre rapport à l'argent et à le rendre plus éthique, tourné vers l'économie locale et les circuits courts. C'est certainement la vertu de ces monnaies.

Elles ont l'avantage de favoriser l'apprentissage de la maîtrise de ces activités économiques par les acteurs d'un territoire. Elles visent à redynamiser l'économie locale et peuvent, d'une certaine manière, être un outil d'éducation populaire et de réappropriation citoyenne. Elles répondent à la volonté de maîtriser les phénomènes monétaires et financiers qui ont causé tant de dommages dans nos sociétés.

Je profite de cette intervention pour demander des précisions sur les engagements demandés aux entreprises et aux autres acteurs impliqués dans les deux derniers projets, ce qui concerne la société coopérative d'intérêt collectif "France Barter" et l'association "Une monnaie pour Paris". Il nous semble important que la Ville se montre exigeante sur les engagements en termes d'emplois, de développement du territoire, d'écologie et d?appropriation démocratique des projets par les citoyennes et les citoyens. Est-ce que, comme c?est le cas habituellement pour les monnaies locales, il existe une charte démocratiquement élaborée qui définit ces engagements ?

Pour aller au-delà de cette question, sur ces cas précis, j?ajoute que si ces monnaies locales peuvent dans l?ensemble être considérées favorablement, nous ne cédons pas à l'illusion que l'on pourrait changer le monde et mettre à mal le système avec ces outils. Ces expériences locales sont limitées dans leur ampleur et leur ambition. Elles n'offrent pas la possibilité à elles seules de contribuer à une transformation profonde de nos sociétés. D'ailleurs, ces nouvelles monnaies n'envisagent pas de supplanter les monnaies actuelles. Elles ne remplissent pas nécessairement les fonctions traditionnelles de la monnaie et notamment ne permettent pas de faire crédit. Leur volume reste très faible et elles pèsent de facto très peu sur l'activité économique au niveau national.

Pour développer l'emploi et l?activité, nous suggérons une réponse plus globale, avec le développement d?un pôle financier public. Par ses activités exemplaires, il pourrait réorienter l'ensemble du secteur financier vers la satisfaction des besoins économiques, sociaux et écologiques, avec une visée de long terme indispensable à un véritable développement humain durable.

Aussi, nous achèterons, si vous permettez, ce projet de délibération, avec la monnaie locale de ce Conseil de Paris qu?est notre vote, mais sans nous payer de mots sur ses effets réels.

Je vous remercie.

Mme Pauline VÉRON, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

Je donne la parole à Antoinette GUHL.

Mme Antoinette GUHL, adjointe. - Madame la Maire, chers collègues, vous avez raison de rappeler, Monsieur AQUA, qu'il existe des difficultés à créer une monnaie locale et à créer une monnaie locale à Paris, bien entendu. Il ne s'agit pas pour moi de les nier, car je sais que les freins aux changements sont extrêmement puissants, y compris au sein même de cet hémicycle. Pourtant, le lancement de monnaies locales ou complémentaires consiste en une réappropriation démocratique et de la notion d'échange, à un questionnement sur la définition même de la richesse et sur le rôle de l'économie. Vous l'avez dit : sur ces points, nous sommes tout à fait en phase.

Aujourd'hui, notre monnaie nous permet, sans problème, de comptabiliser les échanges économiques, mais elle ne dit rien de la plus-value sociale ou écologique de la transaction. Une monnaie locale, à l'instar de la consommation engagée, permet de renforcer le lien social, bien sûr de développer l'économie locale, de valoriser les actes d'achat en lien avec l'environnement. Elle insuffle une nouvelle comptabilité de la valeur.

C'est pourquoi, en cohérence avec les valeurs d'écologie, de citoyenneté et de justice sociale sur lesquelles nous avons travaillé, nous souhaitons favoriser le déploiement d'un écosystème pour une plus grande résilience du territoire. C'est cela, le début de ce projet de délibération : un écosystème qui favorise la monnaie locale autour de trois grands publics.

Le premier, ce sont les entreprises. Ce projet de délibération permet un premier pas vers l'accès à un "barter" d'entreprises afin que les entreprises, particulièrement les entreprises à impact du territoire, puissent échanger dans une monnaie complémentaire.

Le deuxième public, ce sont les commerçants. Vous l'avez évoqué également. Nous souhaitons participer à une opération de solution de fidélité, qui est l'amorce d'une monnaie locale qui pourra, après, venir fédérer l'ensemble de ces commerçants sur le modèle de ce qui a été fait par la SEMAEST avec CoSto.

Enfin, le troisième public, ce sont les citoyennes et les citoyens : en soutenant les structures du territoire qui développent des outils d'échanges, tels que des monnaies locales, des plateformes d'échanges en ligne, des accorderies.

Vous avez évoqué la question d'une charte. Je vous réponds : "Oui, bien sûr". MOPA, une Monnaie Pour Paris, dispose d'une charte très exigeante pour réunir les commerçants. D'ailleurs, nous avons également à nous inquiéter de l'assouplissement de ce type de charte pour pouvoir réunir un nombre de commerçants suffisant et faire en sorte que, sur une monnaie locale, de manière assez rapide, l'offre et la demande se retrouvent très rapidement, car c'est ce qui fait la réussite ou non d'une monnaie locale. Actuellement, nous avons une offre et une demande encore très faibles sur cette monnaie qu'est la pêche, lancée à Paris.

Concernant nos exigences, elles apparaissent très régulièrement dans les comités de pilotage que j'organise depuis maintenant près de 18 mois, avec tous les acteurs. Nous avons des exigences concernant, par exemple, la numérisation d'une monnaie locale, notamment celle lancée par MOPA, puisqu'à l'échelle de Paris, nous ne pouvons pas imaginer qu'une monnaie papier puisse y répondre. Nous avons également des exigences écologiques. Vous savez que vous pouvez compter sur moi pour les tenir. Nous avons également des exigences démocratiques concernant l'ensemble des outils que nous mettons en ?uvre ou, en tout cas, que nous soutenons.

Je terminerai en disant que les crises financières que nous avons connues au cours de la dernière décennie ne sont pas révolues à jamais et que les experts économiques nous annoncent même une nouvelle crise financière dans les prochaines années. La présence sur un territoire de monnaies locales ou de solutions de monnaies locales adaptées aux entreprises et aux citoyens, permet de mieux affronter ces crises. C'est ainsi qu?en Suisse, par exemple, le "Wir" s'est développé dans les années 1930 pour faire face à la crise financière. La résilience de notre ville se trouvera accrue par la présence de solutions de monnaies locales sur le territoire.

Je vous invite donc à voter ce projet de délibération qui amorce notre action en la matière.

Mme Pauline VÉRON, adjointe, présidente. - Merci beaucoup.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 76.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2018, DAE 76).