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Novembre 2018
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VII - Question d'actualité posée par le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative aux mesures prises pour mettre un terme aux attaques des commerçants et en punir les auteurs.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

Madame la Présidente, Laurence GOLDGRAB, vous avez la parole.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, c'est un tout autre sujet que je vais évoquer, mais qui a cependant un lien avec le climat que nous venons d'évoquer dans le cadre des violences. Depuis ce matin, nous traitons des violences faites aux femmes, nous traitons des rixes, de l'antisémitisme.

Là, je dois le dire, nous vivons dans une société où se développent de plus en plus de comportements violents, violents dans les mots mais aussi dans les actes. C'est le cas des attaques de collectifs qui prônent la violence pour faire passer leur message.

Je pense ici au groupe anti-spéciste qui lance des appels à des attaques contre les boucheries, charcuteries, poissonneries ou encore fromageries. Depuis plusieurs mois, des groupes de militants "vegan" radicalisés saccagent des boucheries, ce fut le cas en octobre à Paris, laissant dés?uvrés des commerçants qui ne font que leur travail, un travail qui contribue à la vie économique de Paris et à la vie des quartiers, ne l'oublions pas.

En attaquant ces boucheries, c'est aux petits commerçants que l'on s'attaque. Caillasser, peinturlurer les vitrines de ces commerces qui font les frais de ces violences dont les conséquences pour les commerçants sont lourdes, comme la perte d'activité et donc de revenu.

Si ces artisans passionnés par leur métier ne se découragent pas, il n'en reste pas moins qu'un vrai climat de crainte s'est installé. Dans le Nord, les bouchers en sont à payer des services de sécurité pour protéger leur commerce. Cela ne peut durer.

Dans son courrier adressé cet été au ministre de l'Intérieur où la Fédération professionnelle de la boucherie demandait la protection des forces de l'ordre, elle s'interrogeait aussi, face à cette escalade de la violence, qu'elle sera la prochaine étape. Nous partagerons cette interrogation.

Du 2 au 17 novembre, l'association "269 Life France" appelait chacun d'entre nous à passer devant les boucheries, poissonneries et fromagers pour y verser du faux sang par terre.

Ces opérations, étalées sur deux semaines appelées Journées du sang versé, avaient pour but de sensibiliser à la cause animale. Nous y voyons avant tout du vandalisme. Nous ne remettons pas en cause la cause défendue par les militants anti-spécistes, bien entendu. Attachés à la liberté d'expression, nous considérons que chacun peut avoir des opinions divergentes. En revanche, nous condamnons fermement ces méthodes qui sont inadmissibles.

La violence n'est pas et ne sera jamais tolérée. Nous vous avons adressé, Monsieur le Préfet, un courrier pour vous faire part de nos inquiétudes. Considérant l'importance du sujet, nous souhaitons pouvoir également aborder publiquement ce sujet dans cet hémicycle.

Notre question est la suivante : Madame la Maire, Monsieur le Préfet, pouvez-vous nous présenter les mesures prises pour mettre un terme à ces attaques et en punir les auteurs ? Comment pouvons-nous, à l'échelle de la Mairie, venir en aide aux commerces sinistrés ? Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame GOLDGRAB.

Tout d'abord, la parole est à M. le Préfet de police, puis à Mme Olivia POLSKI.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire de Paris, Madame la Présidente du groupe, Mesdames Messieurs les élus, vous venez de le souligner, notre pays est confronté à un phénomène nouveau qui se traduit par des attaques de commerces, notamment de boucheries mais pas seulement, de poissonneries, au-delà de tous les établissements distribuant des produits d'origine animale, lait, ?ufs, fromage, par exemple.

Cette thématique en lien avec le développement du courant dit "vegan" se traduit par des actes de délinquance protéiformes, par des actes souvent violents que, bien évidemment, nous devons tous condamner avec la plus grande fermeté.

Vous m'avez en effet écrit récemment. J'ai vu votre courrier, de même l'adjointe à Mme la Maire en charge du commerce. Je vais vous répondre dès aujourd'hui et, par écrit, on en précisera un peu plus.

Dans les premières initiatives que nous avons prises, c'est de resserrer nos liens et nos contacts avec les professionnels concernés. J'ai eu personnellement un échange, par exemple, avec le Président de la Chambre des métiers de Paris pour écouter ses inquiétudes, écouter également ses attentes, et pour qu?il mobilise à la fois son organisme consulaire, au-delà, les principales fédérations professionnelles pour sensibiliser ses mandants, et le cas échéant relayer les messages que nous pouvons passer et, dans tous les cas, nous faire remonter les signalements qu'il peut connaître.

Des instructions ont été d'ores et déjà données aux effectifs locaux de voie publique, c'est-à-dire les commissariats des arrondissements pour que, dans leurs rondes et patrouilles, ils veillent à bien intégrer ce type de commerce, boucherie, charcuterie, poissonnerie, fromagerie. Les équipes du traitement judiciaire des arrondissements ont également été sensibilisées au sujet, à la fois pour que les plaintes soient prises de manière systématique et diligentes, et que derrière, l'on puisse très vite mobiliser tous les moyens dont nous disposons, en particulier les moyens de police technique et scientifique pour faire sur place tous les prélèvements que nous pouvons, les traces papillaires, les prélèvements A.D.N. L'idée est simple. La liberté de manifestation existe. Les engagements militants, ce sont les engagements militants, mais la violence n'a pas sa place, et les actes violents doivent être sévèrement sanctionnés pour que cesse cette dérive et que des commerçants de bonne foi, qui exercent leur métier le plus légalement du monde, puissent le poursuivre sans crainte d'être mis en difficulté par des comportements qui ne sont pas des comportements dignes d'une société civilisée.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Préfet, pour cette réponse à laquelle j'adhère totalement.

Olivia POLSKI ?

Mme Olivia POLSKI, adjointe. - Madame la Maire, mes chers collègues, permettez-moi tout d'abord de dire combien je trouve que ces agressions sont scandaleuses et inacceptables. Je l'ai immédiatement dit et j'ai envoyé un message de soutien aux bouchers. Nous sommes dans un Etat de droit et de défense des libertés individuelles. Il est indispensable de respecter les goûts et les choix alimentaires de chacun, et il n'est pas normal que des professionnels des métiers de bouche craignent pour leur sécurité, celle de leurs collaborateurs et de leur famille, ou même de leur outil de travail. Ce n'est pas normal.

Donc, dès que j'ai eu connaissance des événements qui sont déroulés dans le 14e arrondissement, j'ai immédiatement écrit à M. le Préfet de police pour l'alerter de nouveau, après d'ailleurs un premier courrier que je lui avais adressé en septembre 2017 au sujet d'une situation préoccupante semblable.

Je lui ai demandé de bien vouloir procéder à une analyse des dommages, on en a parlé, ainsi que des solutions qui pouvaient être mises en place dès que possible.

La Préfecture m'a assuré du suivi de la situation, comme vous venez de le faire, en lien avec les professionnels touchés, et la Fédération de la boucherie et des métiers de la viande. Je veux vous en remercier, Monsieur le Préfet, et vous remercier de votre réactivité et de celle de vos équipes. J'ai par ailleurs écrit au président de la Fédération de la boucherie et des métiers de la viande de Paris et d'Ile-de-France pour leur rappeler le soutien de la Maire de Paris et de moi-même. Plusieurs échanges téléphoniques ont eu lieu entre mon cabinet et les gérants des magasins vandalisés dans le 14e pour être à leur écoute et les accompagner si besoin. Je rappelle l'attachement de la Maire de Paris à ces commerçants et le soutien sans faille qu'elle apporte à nos artisans, particulièrement aux bouchers et aux commerces de proximité. Vous le savez, nous sommes très attentifs à préserver cette diversité commerciale sur l'ensemble du territoire, de manière à permettre aux Parisiens d'avoir la possibilité de choisir dans le respect des convictions de tous.

La Maire de Paris continuera de soutenir nos commerçants de bouche, tels que les poissonniers, les fromagers, les bouchers, les boulangers, à la fois par des prix, que nous faisons d?habitude : le prix du goût d?entreprendre, le label "Fabriqué à Paris", mais aussi à l?occasion d?événements.

J'en profite pour vous inviter, toutes et tous, à participer à la fête des fromages et produits laitiers A.O.P. sur le parvis de l?Hôtel de Ville, qui a lieu actuellement et valorise une cinquantaine de fromages français classés A.O.P.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Olivia POLSKI, pour cette réponse. Evidemment, rien ne justifie la violence.

Madame la présidente, vous souhaitez reprendre la parole ? Je vous remercie.