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Novembre 2018
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III - Question d'actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la prévention des rixes à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Novembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la troisième question posée par Mme Alexandra CORDEBARD, pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet, mes chers collègues. Dans la nuit du 5 au 6 juillet dernier, un jeune homme du quartier du Buisson Saint-Louis, dans le 10e arrondissement, est mort des suites de blessures de coups de couteau.

En janvier, dans le quartier de la rue de la Roquette, dans le 11e arrondissement, un jeune homme de 15 ans a été poignardé suite à un règlement de comptes entre deux groupes rivaux et, ce 24 octobre, un jeune homme est décédé suite à l'affrontement de deux groupes, boulevard Mortier, dans le 20e.

Au cours des dernières années, Paris a connu beaucoup trop d'affrontements dont les protagonistes, de plus en plus nombreux, de plus en plus violents, de plus en plus jeunes, sont souvent des mineurs.

Depuis janvier 2007, plus de 250 affrontements se sont ainsi déroulés sur l'espace public. Cela concerne presque tous les arrondissements parisiens. Le niveau de violence de ces affrontements va crescendo. Ils ont provoqué le décès de 8 jeunes depuis 2016, dont 3 en 2018, et ont fait de nombreux blessés.

Leurs conséquences sont terribles, non seulement pour les victimes, les auteurs, leurs proches mais aussi pour les habitants insécurisés par le climat qu'elles génèrent.

Nous avons su améliorer notre partenariat local avec l'ensemble des acteurs : Préfecture de police, parquet, protection judiciaire de la jeunesse, Éducation nationale, associations de prévention spécialisée et centres sociaux, associations de quartier, ainsi naturellement qu'avec les habitants et les parents.

Nous avons pu constater la réactivité et l'implication de tous à la suite, par exemple, du décès de ce jeune homme de 21 ans, cet été dans le 10e arrondissement. Des réponses immédiates et un suivi des familles ont été apportés. Nous tenons aujourd'hui d'ailleurs à remercier tous les professionnels engagés sur ce sujet.

Pour autant, ces phénomènes violents ne peuvent que nous inquiéter, en particulier dans la mesure où une partie d'entre eux, pas tous, il est vrai, sont liés à l'installation de divers trafics. Ces deux fléaux - affrontements et trafic -, quand ils cohabitent, se nourrissent mutuellement, entraînent la pérennisation de situations d'insécurité et un sentiment d'abandon des populations qui sont concernées.

Même si je sais l'important travail réalisé par les forces de l'ordre que je le salue, l'objectif de démantèlement des filières ne doit pas nous faire oublier la nécessité d'une présence quotidienne des forces de l'ordre dans ces quartiers.

En effet, ce que nous demandent les habitants, ce sont des actions au plus près, des actions concrètes, quotidiennes, répétées et visibles qui empêchent l'appropriation de l'espace public par ces phénomènes, trafics ou autres, qui peuvent être à l'origine des violences connues dans nos quartiers. Il nous faut donc faire évoluer, avec tous les acteurs concernés, nos modalités d'action. Le travail minutieux qui a été engagé dans le 18e arrondissement a commencé, nous l'avons vu, à porter ses fruits. Au début du mois d'octobre, Madame la Maire, vous avez lancé les Etats généraux de la prévention des rixes, avec votre adjointe Colombe BROSSEL, dont je tiens à saluer l'engagement et la pugnacité sur le sujet. Il s'agit de faire travailler ensemble les différents acteurs impliqués dans la prévention et la lutte contre ce phénomène. Les éducateurs spécialisés, je l'ai dit, les policiers, les principaux de collège, les travailleurs sociaux, les éducateurs P.J.J., mais aussi, et c'est assez nouveau que nous les associons aussi largement et pourtant c'est indispensable, les parents et les habitants eux-mêmes. Ce lancement a été riche d'enseignement pour nous permettre de prévenir plus efficacement ces affrontements dont l'issue est trop souvent dramatique. Madame la Maire, Monsieur le Préfet, pouvez-vous informer notre Conseil des principales suites qui seront données aux Etats généraux de la prévention des rixes, et plus généralement les mesures que la Ville et la Préfecture de police comptent prendre pour lutter contre ce fléau ? Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Madame la Maire. Je donne la parole à M. le Préfet puis à Colombe BROSSEL.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire de Paris, Madame la Maire du 10e arrondissement, Mesdames, Messieurs les conseillers de Paris, vous vous souvenez que le 25 octobre dernier, quelques jours après le drame que vous avez rappelé, cette rixe survenue dans le 20e arrondissement ayant entraîné la mort d'un mineur, le Ministre de l?Intérieur M. CASTANER, le Secrétaire d'Etat Laurent NUNEZ, ont tenu à venir sur place dans le 19e arrondissement, place des Fêtes, où était communément située une bande concernée, pour rencontrer les élus, les acteurs du quartier, pour rencontrer, bien sûr, les forces de police de l'arrondissement.

Votre adjoint, Madame la Maire, le maire du 19e était présent, bien entendu, sur ce territoire, de même l'adjoint à la maire du 20e arrondissement.

A cette occasion, le Ministre de l'Intérieur nous a demandé de revisiter, de retravailler le "Plan bandes" qui avait été mis en place à la Préfecture de police, il y a plus de 8 ans, c'était en 2010.

Pourquoi ? Le phénomène a évolué. A la fois, on pourrait, dans une lecture trop superficielle et trop rapide, se réjouir du fait que le nombre d'événements en lui-même, c'est-à-dire de rixes entre bandes, est en réalité orienté à la baisse. C'est certes positif, mais faisons attention parce que, dans le même temps, le caractère violent de ces affrontements s'est accru.

Je vous donne les chiffres. Sur l'ensemble de l'année 2017, on avait 336 événements, l'année d'avant, il y en avait 414. Depuis le début de l'année 2018, nous en avons recensé 96. Je parle des chiffres de l'agglomération parisienne. Encore une fois, ces données ne sont pas le bon reflet de la réalité. Le reflet de la réalité, c'est l'intensité des violences qui augmente. Le nombre de blessés reste stable, mais on a déjà 4 morts à déplorer en cette année 2018. C'étaient 3 en 2017. C'était un seul en 2016.

On sait également que les faits déclencheurs de ces affrontements sont des faits qui peuvent souvent paraître d'une banalité totalement attristante. On n'est pas nécessairement dans la rivalité de territoires sur fond de trafics qu'il faut défendre. C'est un regard, c'est une embrouille à la sortie du collège qui peuvent déraper et donner lieu à ces excès de violence et à leurs conséquences dramatiques.

L'action que nous devons conduire doit s'appuyer sur plusieurs axes. D'abord, avoir une meilleure connaissance des phénomènes et une connaissance dans une meilleure proximité. J'ai parlé de la nécessité d'une granulométrie très fine. Le Ministre de l?Intérieur a parlé de la cage d'escalier, du mètre carré. Il faut donc avoir une approche microscopique de ces phénomènes : par immeuble, par bailleur social. Quelles sont les familles ? Quels sont les jeunes ? Quels sont les enfants ? Quelles sont leurs relations avec la cage d'à côté, avec le quartier voisin, avec certains de leurs camarades qui fréquentent les mêmes collèges ? Il y a des monographies à bâtir pour avoir une connaissance beaucoup plus fine encore de ces réalités que par le passé.

Ce travail de meilleure connaissance, que nos services sont appelés à conduire, doit se dérouler dans un partenariat renforcé. Ce ne sont évidemment pas les services de police seuls qui peuvent le faire de manière intelligente et pertinente. L'engagement des bailleurs sociaux, bien entendu, des élus que vous êtes dans les arrondissements, les responsables éducatifs, des collèges, des écoles, des lycées, les acteurs de terrain de l'action sociale, toutes les forces du territoire doivent être mobilisées pour nous aider collectivement à mieux connaître et mieux comprendre ces phénomènes. Cet enjeu de partenariat est un point qui, sans aucun doute, mérite d'être renforcé. De ce point de vue, un certain nombre de dispositifs, tels que CENOMED - les Cellules d'Echanges d'Informations NOminatives sur les Mineurs En Difficulté - méritent, à coup sûr, d'être mobilisées au service de ce "Plan Bandes".

Et puis, il faut que nos services continuent - et ils continueront - à exercer leur métier, occuper la voie publique, intervenir dès que possible lorsqu'ils sont alertés par des débuts de bagarres, interpeller, mener des procédures.

Vous pouvez compter, de ce point de vue, sur notre engagement et le renforcement des moyens que nous mettons en ?uvre dans le cadre de la police de sécurité du quotidien, dans les territoires prioritaires de la Capitale. Les 18e et 10e, mais aussi le 19e et le 20e seront notamment dédiés à ces objectifs.

Nous serons très attentifs à la question de la lutte contre la présence d'armes - armes blanches en particulier - pour lesquelles des contrôles doivent être systématiques et renforcés, notamment dans les immeubles mêmes ou dans les cages d'escaliers.

Pour terminer, je veux simplement rappeler, s'agissant des suites judiciaires, qu?en 2017, sur ces phénomènes de bandes et de rixes, à Paris, nous avons procédé à 291 interpellations, qui ont donné lieu à 124 défèrements, présentations à la justice, et 7 incarcérations. Cela prouve que la réactivité et la capacité d'action des services de police sont à la hauteur de l'enjeu.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur le Préfet, pour ces éléments d'information. Je veux, bien sûr, confirmer le sérieux du travail qui est fait non seulement par vos services, mais en coopération avec la Ville, les associations et aussi le Parquet.

Je donne la parole à Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire.

Merci, Alexandra CORDEBARD, pour cette question. Vous étiez nombreux parmi les élus parisiens à être présents début octobre au lancement des Etats généraux de la prévention des rixes, et votre question me permet de faire un point sur ce sujet.

Henri n'aura jamais 18 ans. Henri était lycéen. Henri était habitant du 19e arrondissement. Quand un enfant de Paris meurt dans des affrontements violents dans l'espace public, c'est une part de chacun et chacune d'entre nous, Parisiens, qui meure avec lui. Vous l'avez rappelé, Monsieur le Préfet, c'est le huitième décès en deux ans dans le cadre d'affrontements dans l'espace public.

L'action de la Ville de Paris : vous en avez rapidement parlé, Madame CORDEBARD, et je n'y reviendrai pas.

Je me permets juste de rappeler que pour agir, il faut comprendre, que pour comprendre, il faut objectiver. La première chose que nous avons faite à Paris, c'est de travailler à cette objectivation et à ce travail de caractérisation fait systématiquement depuis le 1er janvier 2016. Ce travail est important parce qu'il nous aura permis, aux uns et aux autres, de déconstruire des préjugés. C'est bien la déconstruction de ces préjugés qui nous permet de savoir de quels sujets nous parlons et, de ce fait, de pouvoir initier une politique publique qui soit une réponse aux difficultés et aux sujets réels, et pas à ceux que nous imaginons.

M. le Préfet le disait à l'instant : les phénomènes ont beaucoup évolué. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle nous ne parlons pas de bandes. Ce sont bien des rixes. Quand on dit "bandes", on pense consciemment ou inconsciemment à une organisation très hiérarchisée, pyramidale, organisée.

Ce que nous voyons, ce sont des phénomènes qui n'ont rien à voir avec cette organisation pyramidale hiérarchique. Ces affrontements dans l'espace public n'ont pas de lien direct - M. le Préfet le confirmait, de la place qui est la sienne - avec des partages de territoires qui seraient liés à des trafics en tout genre.

Nous sommes bien dans des affrontements dans l'espace public, avec - M. le Procureur le rappelait dans son propos introductif, le 3 octobre, lors des états généraux de la prévention des rixes - "une part d'irrationalité" à laquelle nous devons, en tant qu?institution, faire face.

Alors, oui, les rixes dans l'espace public sont aujourd'hui un phénomène quasi parisien. Il n'y a que l'hyper-centre de Paris qui n'a pas été touché au cours des deux dernières années. Oui, le nombre de rixes est absolument impressionnant.

Je le répète avec toute l'humilité que nous devons avoir, car les chiffres que je citerai sont ceux de la Ville de Paris et je sais bien à quel point nous ne connaissons pas l'ensemble des événements, mais plus de 250 rixes dans l'espace public depuis le 1er janvier 2016, c'est une rixe dans l'espace public parisien tous les 3 ou 4 jours.

Je le répète : 8 jeunes gens sont décédés depuis 2 ans. En effet, le rajeunissement des protagonistes, la présence quasi systématique d'armes blanches ou d'armes par destination doit nous interroger, doit nous faire travailler, avec l'ensemble des institutions que vous avez citées.

Mais il nous faut aussi et surtout - c'était l'un des enjeux de cette réunion de lancement des Etats généraux de la prévention des rixes, que vous avez souhaitée, Madame la Maire - ouvrir à l'ensemble des acteurs de terrain. Les institutions travaillent ensemble, travaillent bien et de mieux en mieux. Nous devons aujourd'hui travailler avec l'ensemble des travailleurs sociaux, assistants sociaux de la Ville de Paris, éducateurs de rue, animateurs, qu'ils soient bénévoles ou salariés, des centres sociaux, des associations de quartier, policiers, des missions de prévention et de communication des commissariats parisiens, évidemment l'ensemble des intervenants des équipes éducatives des collèges et des lycées parisiens.

Et puis, nous devons travailler avec les collectifs de parents qui se sont constitués. Et puis - ce sera certainement l'un des sujets les plus difficiles pour nous, mais nous ne pourrons pas en faire l'économie - avec les jeunes eux-mêmes. Car il n'est pas imaginable, envisageable de construire une politique publique qui n'associe pas le public à sa définition et à sa mise en ?uvre.

Ce sont les objectifs que nous nous sommes donnés lors du lancement des états généraux de la prévention des rixes. C'est donc maintenant la feuille de route que nous avons. Les groupes de travail thématiques vont se réunir. Cela commence dans les jours qui viennent, deux à trois fois pour chacune des thématiques, avec un objectif qui sera de pouvoir, au début de l'année 2019, avoir une stratégie parisienne de prévention des rixes qui nous permette de mettre chacun et chacune des Parisiennes et des Parisiens en action, en dynamique pour que nous puissions mettre en place une stratégie partagée à l'échelle parisienne, de prévention des rixes. Je sais pouvoir compter sur vous et je vous en remercie par avance. Sachez en tout cas que l'engagement de la Maire de Paris sur ce sujet est total.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame Colombe BROSSEL.

Merci, Monsieur le Préfet, Madame la Maire.

Je crois que ceux qui ont participé aux échanges lors de ces états généraux et notamment qui ont pu entendre les autorités, mais aussi les familles présentes, ont effectivement à c?ur de pouvoir poursuivre, comprendre, apprendre ce que vous avez dit aussi, Monsieur le Préfet, sur cette connaissance plus fine pour prévenir et agir.

Je me réjouis que notre collectivité, au sens très large du terme, et avec les services de l'État, s'engage de cette façon contre ce fléau. Nous ne pouvons pas accepter de voir des jeunes partir dans ces affrontements, qui depuis quelques années, vous l'avez dit, font des morts. Être jeune et mourir à Paris du fait d'affrontements de cette nature, c'est quelque chose d'intolérable.

En tous les cas, nous serons mobilisés aussi à vos côtés, Monsieur le Préfet.