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Decembre 2018
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Conseil Municipal
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2018 DFA 58 - Signature d'un avenant à la délégation de service public portant sur la modernisation et l’exploitation de la Tour Eiffel du 1er novembre 2017. 2018 DCPA 19 - Opération Site Tour Eiffel (7e, 15e, 16e). - Contexte, ambitions du projet, modalités de realization. - Délégation de maîtrise d'ouvrage. - Dépôt des autorisations administratives.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous examinons les projets de délibération DFA 58 et DCPA 19, et les amendements techniques nos 150 et 211. Débats groupés concernant la Tour Eiffel.

Je donne la parole à Yves POZZO di BORGO.

M. Yves POZZO di BORGO. - Chers collègues, il y a près de deux ans, en janvier 2017, j'intervenais au sein de ce Conseil dans le débat sur les futurs travaux de modernisation de la Tour Eiffel, pour rappeler le v?u que je formule depuis de nombreuses années, à savoir qu'une vaste réflexion soit lancée sur l'ensemble de l'axe Trocadéro - Tour Eiffel - Champ-de-Mars - Ecole militaire.

Cette réflexion avait lieu au sein des services, puisqu'il existe dans les services des plans depuis la période TIBERI.

S'il y a une chose dont je peux me réjouir aujourd'hui, c'est que cette volonté a été prise en compte. Vous avez mis en place mi-2017, avec les services de l'État, un travail sur l'ensemble du site afin non seulement de donner une cohérence aux actions menées sur cet espace exceptionnel, mais aussi de fournir un plan guide pour une évolution du site à horizon 2050.

Cette étude part notamment du constat d'un épuisement du site, du fait de sa surfréquentation, mais aussi d'un manque de cohérence entre ses différentes composantes, du fait des aménagements successifs.

En parallèle à ces études, la Ville nous propose, par ce projet de délibération, d'étendre le périmètre concerné par le projet de modernisation de l'accueil de la Tour Eiffel, et de confier sa gestion à la SemPariSeine, plutôt qu'à la S.E.T.E., on aurait été très largement capable, dont le périmètre circoncis aux abords immédiats de la Tour est trop limité.

Ce projet concernera donc un espace beaucoup plus vaste de 50 hectares, qui ira du Trocadéro à l'Ecole Militaire et du pont d'Iéna au pont Bir-Hakeim.

Si ce projet de délibération décrit par le menu les ambitions de ce projet et l'esprit qui doit l'habiter, il ne rentre aucunement dans le détail concret des aménagements qui pourraient être envisagés.

Je souhaiterais donc vous faire part de quelques remarques très concrètes sur les évolutions de ce site.

Tout d'abord, je souhaiterais que puisse être envisagée l'installation d'un dispositif permettant de clôturer le Champ-de-Mars. Je suis souvent intervenu dans la presse, pas tellement au Conseil de Paris, pour demander que l'on ferme le Champ-de-Mars, comme on ferme le jardin du Luxembourg, comme on ferme le parc Monceau.

L'étude sur le plan guide Champ-de-Mars est à ce titre particulièrement éloquente puisqu'elle évoque clairement une forte dégradation des sols du fait du passage des piétons et des véhicules, ou encore un épuisement des espaces par le nombre et la fréquence des événements sur le site.

Il est indispensable de mettre en place? M. SANCHES RUIVO qui demandait qu'on l'écoute, je vois qu'il n'écoute pas du tout. Merci, Monsieur SANCHES RUIVO.

Il est indispensable de mettre en place des moyens de préservation du Champ-de-Mars, notamment la nuit. Non seulement pour qu?il retrouve de sa superbe, mais aussi pour garantir la tranquillité des riverains, et la fermeture du Champ-de-Mars n'est pas quelque chose de très compliqué.

Ce dispositif devra bien sûr être imaginé de manière à ne pas nuire aux perspectives visuelles qui font la beauté de ce site. On pourrait très bien imaginer une fermeture à 1 heure du matin, quand les lumières de la Tour Eiffel s'éteignent, et une réouverture vers 6 heures.

J'aimerais revenir quelques instants sur la cohabitation aux abords de la Tour Eiffel des différents modes de déplacement. Si le développement des circulations douces impose qu'une place plus grande leur soit dévolue sur l'espace public, je me permets de vous mettre en garde contre une nouvelle fermeture drastique et non préparée d'axes de circulation majeurs, notamment le pont devant la Tour Eiffel. Celle-ci aurait pour effet de congestionner un peu plus le 7e arrondissement, qui paye déjà un lourd tribut en termes de pollution à la fermeture non concertée des voies sur berges. J'en suis un exemple aujourd'hui, car le nombre de bronchites, de trachéites et de bronchiolites font la fortune des pharmaciens du 7e arrondissement.

Il pourrait être opportun d'étudier tous les axes envisageables, y compris les quais bas rive gauche pour envisager de diriger des flux. S'il n'est pas question d'y remettre des voitures, pourquoi ne pas envisager d'y installer une piste cyclable qui permettrait aux cyclistes de traverser le site en limitant les conflits aux abords même de la Tour Eiffel, qui sont particulièrement chargés.

J'attire l'attention sur le fait que les vélos provoquent une inquiétude sur les quais rive gauche, ils ne sont pas régulés. Peut-être qu'une piste cyclable permettrait de réguler.

Pour terminer, je vois l'adjoint qui est le roi des vélos, qui rit, qui se moque de cette idée. Allez-y, vous verrez un peu l'angoisse qu'il y a quand les vélos arrivent à toute vitesse sur le quai rive gauche, Monsieur.

Pour terminer, j'aimerais avoir des précisions sur l'articulation précise du plan guide Champ-de-Mars et du projet de modernisation de l'accueil de la Tour Eiffel.

En effet, ces deux démarches convergent vers des objectifs communs, tout en ayant deux échelles temporelles très différentes.

La première établit une vision à 2050, c'est loin, et la seconde prévoit de faire des travaux pour 2024. Je souhaiterais donc avoir des précisions sur la cohérence de ces 2 projets, et sur la façon dont ils seront menés de front.

Je vous en remercie.

(Mme Célia BLAUEL, adjointe, remplace M. Patrick BLOCHE au fauteuil de la présidence).

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Bernard GAUDILLÈRE.

M. Bernard GAUDILLÈRE. - J'ai un petit problème de méthode. L'ordre du jour portait deux projets de délibération avec deux inscriptions différentes. J'ai préparé deux interventions. Je vais essayer de les résumer. Je me permettrai peut-être de dépasser les 5 minutes.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Vous êtes inscrit sur les deux projets de délibération, donc il n'y a pas de problème.

M. Bernard GAUDILLÈRE. - En tant que président de la Société d'exploitation de la Tour, je ne participerai pas au vote sur ce premier projet de délibération, qui est ce que l'on appelle une convention réglementée.

Sur le fond, la Ville, vous le savez, a confié l'an dernier à la S.E.T.E., la gestion de la Tour pour 15 ans. Ce contrat de D.S.P. prévoyait entre autres un programme de travaux de 300 millions, divisé en deux parties très différentes. D'une part, 200 millions de travaux de réfection courante comme la Tour en a l'habitude, et dont le montant annuel est rigoureusement égal à celui de la période précédente. D'autre part, une centaine de millions consacrés à la clôture de sécurité et à la réalisation d'un centre d'accueil.

Depuis lors, la Ville a souhaité insérer ce centre d'accueil dans un ensemble plus vaste, qui dépasse les limites de notre concession. Pour coordonner le chantier dans la concession et le chantier hors concession, la Ville entend assumer seule la maîtrise d'ouvrage de tout le chantier.

Elle va déléguer cette tâche à la société SemPariSeine, spécialisée dans les opérations d'aménagement complexe. Ce transfert de responsabilité du chantier est logique et ne nous pose aucun problème.

Je n'entrerai pas dans le détail de ses conséquences juridiques. Je vous renvoie au projet de délibération lui-même : des transferts de crédits, un raccourcissement de deux ans de la concession, et une modification de la redevance.

En revanche, je saisis l'occasion qui m'est rarement donnée, pour évoquer les grands changements intervenus ou en cours à la Tour. Le premier, le plus visible, est l'achèvement de la clôture de sécurité que la Maire de Paris inaugurera prochainement.

Vous savez que nous attachons tous, la Municipalité et la S.E.T.E., une importance capitale à la sécurité des visiteurs, des personnels, et des riverains de la tour. Le danger terroriste nous a conduits à la construction de cette structure de verre qui allie solidité et esthétique. Cette protection contre le terrorisme a d?ailleurs été conçue et réalisée en étroite coopération avec la Préfecture de police que je remercie pour son aide précieuse dans tous les domaines qui concernent la sécurité de la Tour, ce que nous avons encore vérifié samedi dernier.

Deuxième changement par ordre d?importance : le bond en avant des réservations par Internet. Jusque-là, elles ne dépassaient pas 20 % de nos visiteurs ; elles sont de 50 % depuis juillet dernier et passeront à 65 % au printemps prochain, puis à 80 % lors d?une étape ultérieure. Cette innovation constitue un progrès considérable pour le visiteur parce qu?elle lui permet de mieux préparer sa visite - c?est une lapalissade - et parce qu?elle a eu pour effet de diminuer la durée des files d?attente.

Troisième changement et non le moindre : sous l?impulsion du nouveau directeur général de la Tour, Patrick BRANCO RUIVO, le climat social de la Tour est sensiblement amélioré. C?est un progrès important à la fois pour les personnels et pour la Ville de Paris.

Au titre des travaux, deux chantiers importants vont démarrer : la campagne de peinture qui n?avait pas eu lieu depuis 10 ans et le remplacement de l?ascenseur Nord. Je rappelle que la disponibilité de nos ascenseurs est la variable centrale de la gestion de nos visites.

Enfin, je clos cette énumération par le renouvellement de nos concessions. Nous avons concédé notre activité de restauration cet été après un processus de sélection extrêmement rigoureux. Vous savez d?ailleurs que la justice, saisie par un concurrent évincé, a reconnu la parfaite régularité de ce marché. Nous attendons donc une amélioration très sensible de la qualité de la restauration sur la Tour. C?est une opération similaire que nous conduisons en ce moment, dans les mêmes conditions de sérieux, pour nos boutiques et nous en attendons les mêmes effets.

On peut donc dire que la Tour répond aujourd?hui à toutes les commandes que la Ville lui a passées dans son contrat de délégation et j?en viens au centre d?accueil.

Le centre d?accueil, ou plutôt l?inexistence du centre d?accueil, est la principale lacune de la Tour Eiffel. Elle ne dispose pas de ce dont disposent la plupart des grands monuments ou grands musées du monde, c?est-à-dire un endroit où les visiteurs sont accueillis dans des espaces vastes et pratiques où se trouvent des caisses, des comptoirs de renseignements, des vestiaires, des sanitaires? Pour s?en tenir à des exemples proches, vous n?avez qu?à songer à la pyramide du Louvre ou au nouveau centre d?accueil de Versailles. A la Tour Eiffel, rien de tout cela. Les visiteurs - 7 millions par an, je le rappelle - attendent en plein-air, quelle que soit la météorologie. Ils reçoivent certes des renseignements de notre part mais dans des conditions qui ne sont confortables ni pour eux, ni pour les personnels de la Tour. Il n?y a pas de vestiaires ; les sanitaires sont exigus, malcommodes. Je pourrais continuer mon énumération.

Les projets de centre d?accueil se sont succédés depuis 20 ans mais sans jamais déboucher. La nécessité de creuser, pour respecter le site du Champ-de-Mars, a constitué un frein évident ; le manque de volonté politique, un autre. Je ne m?exonère en rien de cette carence puisque je n?ai, moi-même, dans mes précédentes fonctions, pas particulièrement travaillé à combler cette lacune, malgré l?amicale pression de Jean-Bernard BROS, alors président de la S.E.T.E.

Le projet actuellement envisagé dépasse les limites de notre concession pour englober les jardins du Trocadéro et le Champ-de-Mars. Je ne m?exprimerai évidemment que sur la partie incluse dans le domaine de la Tour. Cependant, il est encore trop tôt pour exprimer une opinion définitive car les esquisses dont nous disposons sont, il faut en convenir, très floues.

J?ai participé avec le directeur général de la Tour au premier jury qui a entendu les quatre équipes concurrentes. Sans violer, bien entendu, le moins du monde le secret des délibérations, je dirai que, pour l?heure, les fonctions essentielles que doit remplir le centre d?accueil d?un des monuments les plus connus du monde ne sont encore intégrées par aucun de ces concurrents. Nous avons remis à plusieurs reprises à la Municipalité la liste de nos besoins en termes de superficie et de fonctionnalité. Je sais que ces desiderata viennent d?être transmis aux équipes concurrentes. Nous espérons que ces soucis extrêmement concrets, très pratiques, et tournés vers le bien-être des visiteurs seront pris en compte. C?est ce que nous dira le deuxième jury.

Je vais, rassurez-vous, Madame la Maire, terminer mon propos en faisant remarquer que, dans le panorama de la Tour Eiffel, ou plutôt de sa gestion, la plupart des chantiers avancent très correctement pour le bien-être de tous. Nous avons simplement, encore aujourd?hui, une légère incertitude sur ce que sera le résultat de la consultation en termes de centre d?accueil. Merci.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à Emmanuelle DAUVERGNE.

Mme Emmanuelle DAUVERGNE. - Madame la Maire, mes chers collègues, je fais cette intervention, et Mme DATI regrette de ne pouvoir être là, puisqu?elle est en session à Strasbourg, sur un dossier qui nous tient à c?ur, notamment en tant qu?élus du 7e.

Mes chers collègues, le lancement de cet appel à projets, il y a un an, a été bien accueilli dans le 7e arrondissement. Il fait suite à une longue mobilisation en faveur de la restauration du prestige du site du Champ-de-Mars-Tour-Eiffel qu?une politique événementielle non-contrôlée sans contrepartie a transformé en champ de foire. Les 40 millions d?euros engagés dans ce projet doivent permettre aux promoteurs et architectes engagés dans cette compétition de restaurer une réelle perspective, de mettre en place davantage de services et d?améliorer l?accueil et la gestion des flux qui ne sont pas à la hauteur actuellement.

Aujourd?hui, l?encadrement des files de visiteurs est une réalité quotidienne qu?essaie de résoudre avec peu de moyens la mairie du 7e. Des avancées ont été obtenues avec la S.E.T.E. et nous souhaitons aller plus loin. La mise en place d?un aménagement qui permettra de mieux cloisonner les visiteurs par rapport aux logements situés aux abords de la Tour Eiffel est d?ailleurs à l?étude.

Au-delà, la prise en compte de l?ensemble des types de mobilité aux abords de la Tour Eiffel, site le plus emblématique du tourisme à Paris, est un sujet auquel la mairie du 7e accorde la plus grande importance. La gestion des flux doit être améliorée mais pas aux dépens des automobilistes qui circulent chaque jour au pied de la Tour Eiffel. Les projets proposés lors des deux premiers jurys ne sont pas, à ce titre, satisfaisants puisqu?ils proposent de transformer le pont d?Iéna et le quai de Branly en aire piétonnière. Le dialogue compétitif, procédure choisie par la Ville de Paris, pour façonner le projet avec des candidats nous permet, élus de terrain, de leur faire part de demandes précises sur certains points. Leur mise en ?uvre conditionnera notre acceptation du projet. Aussi, est-il impératif?

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Pardonnez-moi, Madame la conseillère.

Juste avant que vous poursuiviez, je voudrais rappeler un petit point important dans ce débat : les jurys sont confidentiels. Il serait important que chacune et chacun d?entre vous dans vos interventions n?en dévoilent pas trop. Je vous remercie. C?est vraiment important.

Mme Emmanuelle DAUVERGNE. - Aussi est-il impératif d?apporter plusieurs remarques sur ce que nous attendons de ce jury. D?abord, il est indispensable de régler le problème du stationnement des bus aux abords de la Tour Eiffel. Ils restent aujourd?hui à l?arrêt pendant des heures avenue Joseph-Bouvard, de la Bourdonnais ou de Suffren, créant des nuisances quotidiennes pour les riverains. Il faut envisager de nouvelles solutions. Nous avions, par exemple, proposé de créer une aire de stationnement sur les berges de Seine, là où les bus ne dérangeraient personne. Ensuite, le projet ne devra pas conduire à piétonniser le quai de Branly, ni le pont d?Iéna. Le quai Branly est une artère importante de Paris que le "Réseau vélo express" va déjà congestionner en supprimant une file de circulation. Les orientations actuelles des projets qui proposent que les orientations?

M. Jean-François MARTINS, adjoint. - Ce n?est pas possible ! Vraiment c?est grave !

Mme Emmanuelle DAUVERGNE. - En tout cas, nous ne pouvons pas accepter que l?on envisage de piétonniser le quai Branly, ni le pont de Iéna.

Concernant le pont d?Iéna, c?est un lien entre le 16e et le 7e arrondissement. Une éventuelle fermeture à la circulation engendrerait à nouveau des reports de circulation sur le pont de l?Alma qui connaît déjà un trafic très dense et serait en conséquence saturé.

Sur un site aussi central, il faut pouvoir articuler aménagement touristique et relative fluidité des déplacements. N?oublions que Paris est aussi le c?ur économique du pays. Il est impératif de maintenir ses grands axes de circulation fonctionnels.

Enfin, en ce qui concerne la Tour Eiffel et le Champ-de-Mars, cela doit être l'occasion de faire de cet espace un jardin en réservant son accès à la journée. Pour ce faire, la mairie du 7e souhaiterait envisager de clôturer ce site pour répondre à ses usages actuels. Ce sera par ailleurs un gage de sécurité qui facilitera l'encadrement des aménagements prévus dans le cadre du plan-guide du Champ-de-Mars.

S'agissant de la maîtrise d'ouvrage, il est évident que la Ville, et à travers elle la société publique locale SemPariSeine, est bien mieux à même de coordonner les travaux. A ce titre, l'avenant à la délégation de service public qui lie la Ville à la S.E.T.E. aurait pu être évité dès le début, comme Rachida DATI le réclamait. Lorsque cet appel à projets a été lancé, il était en effet évident que la S.E.T.E. n?avait pas la compétence territoriale pour mener à bien un projet d'une telle ampleur. Il est essentiel pour que ce projet réussisse que la Ville ait recours à une société publique locale dont le c?ur de métier est l'aménagement urbain. Par ailleurs, on voyait difficilement comment une société ayant vocation à entretenir et rentabiliser la Tour Eiffel pouvait du jour au lendemain se transformer en aménageur.

Pour résumer, nous sommes favorables au réaménagement de ce site emblématique et nous nous réjouissons, avec Rachida DATI et les élus du 7e, de voir enfin la Ville se mobiliser pour doter le Champ-de-Mars d'un projet à la hauteur de son prestige. A cet égard, je tiens à saluer le travail de M. MANGIN à la DCPA et de Mme LEJEUNE à la DEVE et de leurs équipes.

Mais attention à ne pas tomber dans l?utopie urbanistique. Le Champ-de-Mars et la Tour Eiffel s'inscrivent dans un quartier qui a déjà ses contraintes et, au-delà, dans une ville qui risque de s'étouffer par une politique de déplacements hasardeuse. Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à Nicolas BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Merci, Madame la Maire.

La question qui nous est posée à travers ces deux projets de délibération, mes chers collègues, c'est de savoir ce qu?un visiteur qui vient de l'autre bout du monde ou qui vient d'un quartier de Paris retiendra de sa visite pour la première fois de la Tour Eiffel. Quelle expérience va-t-il entretenir avec ce monument historique, symbole de la France ?

Je l'ai dit à plusieurs reprises dans cet hémicycle, la Tour Eiffel, ce n'est pas Disney. La Tour Eiffel, ce n'est pas un parc d'attraction. La Tour Eiffel, c'est un monument historique, culturel, industriel avec une histoire, avec des valeurs issues de l'Expo universelle, en reflet de la Révolution française. C'est cette expérience que l'on souhaite que le visiteur retienne de sa visite.

D'ailleurs, dans ce projet de délibération, le DCPA 19, il est dit qu'on propose que la Tour Eiffel respecte les protections réglementaires, l?inscription à l'inventaire des monuments historiques, l?inscription du Champ-de-Mars et des jardins du Trocadéro, site classé au titre du Code de l'environnement, l?inscription au site du patrimoine mondial de l'Unesco, en continuité des rives de Seine, l?inscription d'une grande partie du site en espaces boisés, classée au titre du P.L.U. C'est dans cet esprit, dans cet esprit de patrimoine qu'il faudra envisager l'accueil dans le cadre d'un vaste périmètre et pas simplement le périmètre de l'esplanade.

Je dis cela car nous avons fait le choix que ce soit la SemPariSeine qui travaille cet aménagement. C?est un choix qui a été discuté d'ailleurs au moment du départ de l'ancienne directrice de la Tour Eiffel et j'avais insisté fortement pour que la réflexion menée soit justement dans l'idée d'un parcours, d'une visite d'un patrimoine historique. D'ailleurs, le président AZIÈRE, à l'occasion du débat que nous avons eu sur le budget, a salué le travail mené par Catherine VIEU-CHARIER et l'enveloppe qui sera dédiée au parcours de la Révolution française. Il faudra surtout que ce parcours de la Révolution française soit au c?ur de cet aménagement et soit un marqueur fort de cet aménagement.

Je voudrais aussi dire qu?il est important d'élargir le périmètre. Dans ce périmètre, aujourd'hui, il y a une question que nous nous posons tous, qui est la sortie des moyens de transports en commun - je pense notamment aux stations de métro -, et cet itinéraire que les touristes prennent jusqu'au parvis de la Tour Eiffel. Aujourd'hui, l'expérience qu'ont les visiteurs, malheureusement, c'est bien souvent une expérience de vente à la sauvette de petites tours Eiffel fabriquées à l'autre bout du monde dans des conditions sociales déplorables, et on réfléchit à ce que nous ayons des objets dérivés fabriqués en France, voire à Paris, et qui soient dans nos boutiques. On réfléchit aussi à un autre aspect : dans ce parcours, il faudrait qu?il y ait quelque chose qui renvoie à une entrée vers ce patrimoine et à une symbolique forte.

Deuxième expérience vécue aujourd'hui, c'est l'attente. C'est inacceptable, inacceptable d'attendre parfois 2 heures sur le parvis de la Tour Eiffel, qu'il fasse beau, qu'il pleuve, qu'il fasse froid. Nous avions, dans d'autres mandatures, et je me rappelle les échanges que j'avais eus avec Jean VUILLERMOZ, évoqué cette idée d'un centre d'accueil, un centre d?accueil digne du nom de la Tour Eiffel, comme on peut en avoir dans d'autres lieux touristiques, musées. On pense au Louvre, à d'autres endroits où il y a un centre d'accueil, où il y a des vestiaires, où il y a des produits dérivés, où il y a une expérience. Evidemment, le site est classé et nous ne pourrons pas forcément construire ce que l'on aurait pu imaginer il y a quelques années. Mais réfléchissons à ce que l'on pourra faire qui permettra l'accueil et qui permettra de réduire l'attente.

Malheureusement, cette attente est aussi allongée par le dispositif de sécurité. Nous sommes intervenus à plusieurs reprises au sein du conseil d'administration de la Tour Eiffel pour essayer aussi d'alléger ces dispositifs. Aujourd'hui, on est fouillé avant le mur et on est fouillé après le mur. Tout cela, il faudra qu'on l'améliore et éviter que le climat anxiogène soit diminué par ces files d'attente et par ces différents sas. Enfin, je voudrais terminer par le personnel. Le climat social a été renoué avec une nouvelle direction et on s'en félicite. Cependant, il faudra absolument que cette nouvelle direction s'éloigne des orientations qui ont été trop souvent inspirées des parcs d'attraction, pour se remettre à travailler autour d'un projet de qualité qui satisfasse les touristes mais aussi les Parisiens. Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur le Président. La parole est à Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN. - Merci, Madame la Maire.

Avec la Tour Eiffel, on est en permanence soumis au risque, au risque du tourisme de masse. Le tourisme de masse avec son consumérisme, ses gadgets, ses produits dérivés, la recherche simplement de l'amusement. Finalement, c'est un risque réel. Quand on a 7 millions - hélas, on ne les a pas en ce moment, on en fera moins cette année -, c'est un risque contre lequel nous sommes quelques-uns à être extrêmement vigilants.

Au contraire, visiter la Tour Eiffel doit être l'occasion d'une expérience instructive, voire d'éducation populaire. Il faut avoir ce volontarisme. C'est la raison pour laquelle nous sommes quelques-uns aussi, à avoir dit très vite qu?il faut, dans les évolutions, mettre en avant la qualité, une qualité accessible, la diversité. Il faut que l'expérience devienne confortable. Cela vient d'être dit, on le sait, visiter la Tour n'est pas confortable, car il y a des problèmes de file d'attente, ensuite, à l'intérieur, il y a le signalement. Allez-vous balader dans la Tour, on a du mal à prendre ses repères ; la signalétique est certainement à revoir. En effet, on s'instruit bien quand on est dans une posture confortable.

C'est en ce sens que je milite pour améliorer les conditions d'accueil, car cela peut permettre de mieux comprendre la Tour Eiffel. Comprendre la Tour Eiffel ! Pour la comprendre, il faut que des dispositifs soient pris, il faut que les boutiques offrent des bouquins, des livres qui fassent... Moi, je me souviens de ma visite à Pompéi, par exemple.

C?est formidable à Pompéi. Effectivement, on vous donne à comprendre Pompéi. Je voudrais que l'on nous donne à comprendre la Tour Eiffel. C'est un patrimoine, un patrimoine qui ne se voit pas que de l'intérieur. Il est surtout vu de l'extérieur.

En ce sens, nous approuverons ces deux projets de délibération, parce qu'ils se donnent les moyens de faire en sorte que l'expérience commence hors de la Tour Eiffel. Ceux qui ne grimperont pas dessus, mais la verront, et ils sont majoritaires. Il faut qu'en passant sur le Champ-de-Mars, ils apprennent quelque chose, ils ressortent plus riches qu'ils ne sont entrés. C'est la raison pour laquelle nous sommes attachés à garder la gratuité du parvis et de tout l'environnement.

Maintenant, pour entrer davantage dans certains détails, j'entends la demande de clôture. C'est quoi, cette obsession de la clôture ? Paris ne cesse de se clôturer. J'ai un certain âge. Dans ma jeunesse, on entrait et circulait librement. Aujourd'hui, non seulement on est vidéo-surveillé, mais il y a des clôtures et des grilles partout. Je n'ai pas vu tant d'efficacité que cela, quand j'entends tout ce qui se passe et toutes les récriminations en termes de sécurité. Je ne suis pas très favorable à clôturer le Champ-de-Mars. Clôturer, cela veut dire qu'on l'ouvrira quand ? A quelle heure ? C'est tellement agréable, cette liberté. On entre librement et l?on voit ce monument magnifique. Cette émotion, il faut qu'elle soit intacte. Je souscris aux propos qui viennent d'être dits par le président du groupe Communiste : il faut alléger les lourdeurs du contrôle. Ils sont anxiogènes et éloignent du but ultime, celui de l'instruction. Il faut pouvoir entrer librement.

Enfin, je voudrais dire à mes collègues de droite? J'ai entendu dire une phrase étonnante : "La Ville étouffe". C'est le terme qui a été utilisé. Grosso modo, la Ville étouffe sous les circulations douces. Non, je pense que c'est le contraire. La Ville étouffe parce qu?il y a encore trop de circulation automobile et trop de diesel. Je me réjouis, au contraire, qu'il y ait des idées et des projets de piétonisation et de circulations douces dans ce secteur.

Je n'en dirai pas plus. J'espère que l'adjoint, dans sa réponse, sera calme et courtois, et qu'il évitera toute provocation, comme il y en a eu tout à l'heure, à l'égard de mon collègue Jacques BOUTAULT. Je le remercie d'avance de rester calme dans sa réponse, de parler à une vitesse suffisamment lente pour que l'on ait le temps de capter les mots. Parce que le débit mitraillette fait que l'on perd toute la richesse de votre propos, parfois, cher collègue. Je prêche le calme, la tranquillité et l'efficacité. Merci.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Mme BLADIER-CHASSAIGNE, pour cinq minutes.

Mme Pascale BLADIER-CHASSAIGNE. - Madame la Maire, mes chers collègues, afin d?assurer la pérennité du plus célèbre des monuments parisiens et donner les moyens à la S.E.T.E. d'assurer ses missions de modernisation et d'exploitation, le vote de ce projet de délibération s'est accompagné de l'adoption d'un ambitieux plan d'investissement de 300 millions d'euros. Sur ces 300 millions d'euros, le projet prévoyait initialement une enveloppe de 95 millions pour la sécurisation autour du site, le fameux mur de protection transparent qui a fait tant couler d'encre, et un projet d'accueil dans le but d'améliorer l'expérience des visiteurs, d'optimiser les flux, de réduire les temps d'attente et de proposer de nouveaux services et de nouvelles animations aux touristes.

Une amélioration d'accès à la Tour Eiffel était nécessaire, car ces dernières années, la fréquentation a baissé de manière significative et inquiétante : 7 millions de visiteurs en 2015, 5,8 millions en 2016 et 6,2 millions en 2017. Cela fait quand même une perte de 800.000 visiteurs en 2 ans, ce qui représente autant de manque à gagner pour la Ville. Même si cette étude de fréquentation est en grande partie relative aux attentats que notre Ville a connus en 2015, l'effort envers l'accueil des touristes est indispensable. Les conditions dans lesquelles toutes ces personnes vivaient leur expérience de visite étaient très éloignées des standards internationaux, notamment quant au confort et à l'agrément, comme vous l'indiquez dans votre projet de délibération.

Nous soutenons donc le présent projet, Madame la Maire, qui consiste à ce que la Ville assure elle-même la maîtrise d'ouvrage de ces travaux, afin que le sujet de l'accueil des visiteurs soit traité à la bonne échelle. L'amélioration de l'accueil des personnes venant visiter la Tour Eiffel doit être gérée en amont, dès les gares et les stations de métro alentours, afin de guider les touristes dans leur parcours.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que pour 6 millions de visiteurs qui payent pour entrer dans la Tour, il y a 20 à 30 millions de curieux qui l'admirent chaque année sans payer, depuis le Trocadéro et le Champ-de-Mars. Il faut donc également adapter notre dispositif pour ces personnes en leur proposant de nouveaux services. La Tour Eiffel appartient à tous les Parisiens.

Nous voterons ce projet de délibération, mais je tiens toutefois à attirer votre attention sur certains points.

Premièrement, il est important de veiller à ce que les travaux, qui doivent finir fin 2023, ne prennent pas de retard, car ils sont normalement prévus dans l'optique des Jeux olympiques.

En effet, en 2024, les quais de Seine au pied de la Tour Eiffel seront le théâtre de la natation en eaux vives, du triathlon et du marathon. L'ensemble du Champ-de-Mars accueillera notamment les épreuves de "beach volley". Tout devra donc être achevé et accompli pour donner la meilleure image possible de notre ville et contribuer à faire rayonner Paris à travers la planète.

Par ailleurs, il ne faudrait pas que ces nombreux chantiers à proximité les uns des autres deviennent un poids trop important pour les riverains de la Tour Eiffel et du Champ-de-Mars. Ces travaux sont essentiels pour le rayonnement de Paris, mais ils ne doivent en aucun cas se transformer en calvaire pour nos concitoyens.

A ce propos, je tiens à souligner que le Champ-de-Mars est avant tout un poumon vert, l?un des rares grands espaces verts de la Capitale, et non un terrain constructible à l'envi. Notre groupe sera toujours présent pour veiller à ce qu'il en soit ainsi.

De surcroît, je note que le mur de protection autour de la Tour Eiffel a coûté plus cher que prévu. En effet, budgété initialement autour de 20 millions d?euros, il en coûtera au final 35.

En cette période de vote du budget, je veux rappeler qu'il est très important pour la Ville de tenir les délais et de ne pas dépasser le montant des enveloppes allouées.

Pour ce qui est du projet d'accueil, l'Exécutif le chiffre à 72 millions d?euros, ce qui signifie que les 66 millions d?euros que la Ville de Paris va récupérer du plan contractuel d'investissement de 300 millions conclu avec la S.E.T.E. en 2017 pour assurer elle-même la maîtrise d'ouvrage des travaux, ne suffiront pas.

Enfin, nous devons être attentifs à ce que l'opération "Site Tour Eiffel" soit menée dans la concertation et l'écoute des maires d'arrondissement. La mairie centrale ne doit pas passer en force, mais au contraire adapter une démarche passant par l'entente et la négociation avec les 7e, 15e et 16e arrondissements. Il en va de la préservation de notre patrimoine commun, mais aussi de l'attractivité touristique et économique de Paris.

A l'heure des manifestations violentes et des saccages, de la profanation de la tombe du Soldat inconnu, de la dégradation de l'Arc de Triomphe, des attentats, nous devons tout faire pour offrir au monde la meilleure image possible de Paris. J'espère que cet ambitieux projet de modernisation de la Tour Eiffel et de ses abords permettra d'aller dans cette voie.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Alexandre VESPERINI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Madame la Maire.

En préambule de mon intervention, je voudrais rappeler quels sont les deux grands défis, à mon avis, de la Tour Eiffel.

Le premier défi - on a tendance un peu à l'oublier, il a été relevé avec succès il y a quasiment deux ans maintenant - c'était l'indépendance capitalistique de la Tour Eiffel. Je rappelle que la Tour Eiffel, jusqu'à 2015 ou 2016, était une société d'économie mixte au sein de laquelle la Ville de Paris était majoritaire, mais au sein de laquelle il y avait d'autres actionnaires. Cette situation statutaire suscitait la convoitise de certains opérateurs privés. C'est la raison pour laquelle nous avons changé, ici dans ce Conseil de Paris - cela a même été adopté à l'unanimité - le statut de la société d'exploitation de la Tour Eiffel, de manière qu'elle devienne une société publique locale, c'est-à-dire une société 100 % municipale. Nous avons donc municipalisé cet actif absolument stratégique, dont la valeur est inestimable.

Je faisais quelques recherches. Une étude dit que la Tour Eiffel vaut 435 milliards de dollars. Elle vaut 435 milliards de dollars comme elle peut valoir tout Saint-Mandé. C'est une valeur inestimable. C'est un actif trop stratégique pour être laissé à la spéculation, même partiellement à des actionnaires privés. C'est quelqu'un de libéral comme moi qui le dis. Il faut aussi faire preuve de patriotisme municipal. C?est la décision que nous avons prise. Je crois que ce premier défi a été relevé avec succès et je m?en félicite.

Maintenant, le deuxième défi, on est en plein dedans, c'est réveiller la belle endormie, car le risque des sociétés à dominante publique, c'est que leur fonctionnement risque d'être un peu enkysté, enkysté par les pressions syndicales, enkysté par les organigrammes souvent un peu trop figés, enkysté par une certaine façon de faire fonctionner les organismes publics, avec des qualités mais aussi des défauts. Je viens d'y faire référence.

C'est la tendance que nous avons prise au cours de ces dernières années. La Tour Eiffel est un actif stratégique certes, mais dont le potentiel touristique et financier n'a pas suffisamment été exploité.

J'en veux pour preuve un certain nombre de faits, de rappel des éléments.

Premièrement, sur la sécurité. Les problèmes de sécurité de la Tour Eiffel sont tellement importants que les salariés de la Tour Eiffel ont exercé leur droit de retrait au mois de mai 2018.

Il y a également des problèmes d'efficacité. La nouvelle direction de la Tour Eiffel s'oriente de plus en plus vers les billets pré-vente. C'est très bien, mais cela pose des problèmes de file d'attente, et c'est la raison pour laquelle il y a eu également une grève en avril 2018. Problème d'efficacité.

Cela nuit à la réputation de la Tour Eiffel et au fait que nous sommes à 7 millions de visiteurs, alors que nous pourrions déjà être à un peu plus. J'y reviendrai plus tard.

Autre problème que nous avons avec la Tour Eiffel, ce sont les recettes par conséquent assez faibles. 98 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 7 millions de visiteurs. Dans ces 98 millions d'euros, c'est le directeur général de la Tour qui le dit, 7 millions pour les restaurants et 4 millions seulement pour les boutiques. Ce n'est pas très étonnant d'avoir un chiffre d'affaires aussi faible. Je fais référence au rapport de l'Inspection générale de la Ville de Paris, l'I.G.V.P., qui date un peu, mais qui, à mon avis, doit encore être assez actuel.

Seuls 17 % des visiteurs disent avoir acheté un produit dans une boutique et 30 % disent avoir poussé la porte dans une boutique de la Tour Eiffel. Ces chiffres datent de 2015, 2016, même de 2009. Mais à mon avis, je ne pense pas que près de dix ans plus tard, que ces chiffres aient considérablement évolué. Je le regrette.

Face à cette situation, la Ville de Paris décide de mettre les grands moyens, décide d'améliorer l'accueil, la sécurité et l'efficacité, j'y faisais référence, des visiteurs.

La nouvelle direction générale, conduite par M. BRANCO, me semble assez déterminée. Il faut la soutenir. Un objectif de 7,4 millions de visiteurs a été fixé d'ici 2025, avec un objectif d'ici 2030 d'un chiffre d'affaires de 140 millions d'euros.

Je pense que cet objectif est assez ambitieux, mais en même temps, il est raisonnable. Je suis en désaccord avec ce qu'a dit Pascal JULIEN. La direction générale de la Tour Eiffel pourrait très bien se fixer des objectifs de visiteurs beaucoup plus élevés, mais avec des risques de sur-tourisme. Et là, il y aurait un véritable risque de saturation du site, qui est déjà parfois saturé à certains moments de l'année. D'une certaine manière, je fais une petite parenthèse, il faudra peut-être un jour se poser la question de l'amplitude horaire de l'ouverture de la Tour Eiffel, puisque c'est un monument hyper fréquenté, qui génère une attractivité extrêmement forte. Peut-être faudra-t-il, à un moment donné, se poser la question de l'ouverture 24x24 7 jours sur 7, comme d'autres monuments dans le monde, à New York certains grands gratte-ciels par exemple, sont ouverts. Je ferme la parenthèse sur l'amplitude horaire.

Ces objectifs sont ambitieux mais raisonnables. Il va falloir les accompagner d'investissements extrêmement lourds. Notre groupe, le groupe PPCI, accompagnera la S.E.T.E. et l'Exécutif à chaque fois qu?il faudra déployer des fonds pour être à la hauteur de cet accueil, mais, comme le disait Pascale BLADIER-CHASSAIGNE avec raison, attention aux dérapages budgétaires. Nous serons également là aussi très vigilants, surtout quand on voit le dérapage dont un certain nombre de programmes d'infrastructure sont frappés, à commencer par le Grand Paris Express. Merci.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est à Claire de CLERMONT-TONNERRE.

Mme Claire de CLERMONT-TONNERRE. - Le 15e arrondissement est très directement concerné par l'ambitieux projet d'amélioration de l'accueil sur ce grand site patrimonial.

Si nous nous réjouissons de cette belle perspective avec Philippe GOUJON, nous ne manquerons pas de faire entendre notre voix, non seulement pour contribuer à améliorer l'accueil vers ce monument, mais aussi pour valoriser l'axe Tour Eiffel-Bir-Hakeim, qui borde la Seine et ouvre vers l'île aux Cygnes et la statue de la Liberté.

Après une première phase de travaux portant sur la mise en place autour de la Tour Eiffel d'un écran de protection de verre, un nouveau chantier de 72 millions va voir le jour sur un périmètre de 54 hectares, l'objectif étant, d'une part, de renforcer la qualité architecturale et paysagère des abords de la Tour Eiffel, et d'autre part d'améliorer les conditions d'accueil de 7 millions de visiteurs annuels.

Des études préalables ont été menées entre juillet 2017 et janvier 2018, portant sur l'évaluation des besoins, la fréquentation piétonne, la modélisation des flux, l'offre de service, l'analyse des usages et l'accessibilité du site.

Nous partageons naturellement le diagnostic posé et la nécessité de trouver de vraies réponses pour offrir aux visiteurs une qualité d'accueil digne de ce site. En revanche, ces réponses ne sauraient être apportées au détriment du 15e arrondissement.

En effet, au-delà de sa résonance parisienne, cet important projet concerne le 15e à plusieurs titres. Je rappelle en préambule que, parmi les 150.000 piétons qui fréquentent quotidiennement le site de la Tour Eiffel en été, un tiers arrive par la station Bir-Hakeim ou par la ligne C du R.E.R., ce qui génère des flux importants, voire des embouteillages de visiteurs, en particulier le long du quai Branly et lors de la traversée du boulevard de Grenelle et de l'avenue de Suffren.

Comme Philippe GOUJON le répète depuis des années, la question du stationnement des cars touristiques ne saurait en aucun cas être envisagée par le biais de la création d'un parking sous le stade Emile Anthoine. Outre le fait que des milliers d'enfants fréquentent le stade, comment imaginer que la Municipalité ose s'engager dans cette voie, alors qu?elle refuse toute création de parking pour les Parisiens depuis des mandatures.

La problématique portant sur la réduction des flux de circulation aux abords de la Tour Eiffel devra faire l'objet d'études très poussées afin que les décisions prises ne génèrent pas de thrombose et de nuisances sonores supplémentaires dans les rues du 15e.

Je reviens sur les différents parcours qui relient les stations Bir-Hakeim et Champ-de-Mars à la Tour Eiffel. Ils devront être mis en valeur afin d'offrir des cheminements paysagers confortables, lisibles et qualitatifs pour les visiteurs. Il faudra en particulier revoir la sortie du métro Bir-Hakeim et repenser le traitement de la place de Kyoto, de la rue Jean-Rey, du quai Branly, et tirer mieux partie de la promenade d'Australie et du quai bas.

Autre sujet, le plus souvent les visiteurs qui accèdent à la Tour Eiffel via la ligne 6, longent le bâtiment du C.I.D.J., dont il semblerait que la destination puisse évoluer. Compte tenu de la qualité de sa localisation et de sa grande visibilité, ce bâtiment pourrait être intelligemment valorisé en fléchant sa destination, d'une part, vers l'accueil des touristes avec la création d'un guichet d'information sur l'offre culturelle de la Capitale, et avec l'implantation d'une vitrine mettant en valeur à la fois la diversité du "Fabriquer à Paris" et des productions parisiennes.

D'autre part, ce secteur du 15e ne disposant d'aucun centre d'animation jeunesse, le maire du 15e propose d'intégrer sur ce site un équipement culturel en direction des jeunes, avec une orientation tourisme et innovation.

Ce sont là, Madame la Maire, mes chers collègues, des perspectives qui nous mobiliseront pendant les mois à venir, afin que les évolutions envisagées soient concertées, réellement co-construites et que chacun y trouve son compte, les touristes, les Parisiens mais aussi les riverains qui nous saisissent régulièrement sur des questions de propreté, de présence de sauvettes ou encore d'encombrement de l'espace public.

En 2019, à l'issue du jury final qui viendra clore le dialogue compétitif, nous disposerons d'une vision sur la mise en scène du site Tour Eiffel.

En 2019 également, nous aurons l'occasion de célébrer le 130e anniversaire de la Tour Eiffel, au même titre d'ailleurs que celui de la statue de la Liberté, ces deux monuments ayant l'un et l'autre été inaugurés en 1889.

Je vous remercie.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

Pour vous répondre, Jean-François MARTINS.

M. Jean-François MARTINS, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Merci à tous les intervenants, celles et ceux qui ont avant tout concentré leurs interventions, comme Mme de CLERMONT-TONNERRE, sur le c?ur du sujet aujourd'hui, c'est-à-dire ce projet d'aménagement, tout comme tous les autres Conseillers de Paris amoureux de la Tour, comme chacun d'entre nous, et qui a chaque occasion qui est donnée de le faire, en ont profité pour nous redire tout ce que nous pouvons encore faire de mieux dans cet établissement.

Pour rappeler le contexte de ce projet de délibération, lorsque nous avons signé la délégation de service public à la Société d'exploitation de la Tour Eiffel, devenue S.P.L. comme l'a rappelé par M. VESPERINI, à capital désormais 100 % municipal jusqu'à ce que nous faisions entrer la Métropole du Grand Paris, il y a quelque temps, afin de respecter notre futur statut de collectivité unique, nous avions prévu que le plan d'investissement sur la Tour Eiffel prévoie des travaux sur l'accueil à la Tour Eiffel, qui intégraient à la fois la sécurisation et une manière de repenser l'accueil entre les quatre piliers de la Tour Eiffel.

Les études préalables et le travail fait à la fois avec la Société d'exploitation, mais surtout avec la DCPA, avec l'APUR, avec un certain nombre d'A.M.O., nous ont démontré que le c?ur du problème de l'accueil à la Tour Eiffel n'était pas simplement les 6 à 7 millions de visiteurs qui y entraient, mais bien les 20 à 21 millions qui allaient découvrir et s'approcher de la Tour Eiffel, qu'ils soient au Trocadéro, à Bir-Hakeim ou sur le Champ-de -Mars.

En fait, les visiteurs de la Tour Eiffel n'étaient pas simplement ceux qui achetaient un billet, mais tous ceux qui venaient y accéder.

On s'est rendu compte que le premier irritant dans la visite, la première expérience défavorable ne se passait pas dans les piliers, mais se passait sur la chaussée piétonne entre Bir-Hakeim et la Tour Eiffel, sur les ruptures de charge entre la place du Trocadéro et la Tour Eiffel où, pour accéder à cet axe monumental, on n?a pas moins de sept passages piétons à traverser, des voiries, des non-lieux, des espaces urbains qui n?ont pas de fonction et qui dégradent la qualité de visite du parcours principal, qui est celui d?une sortie au métro Trocadéro et une redescente piétonne jusqu?à la tour qui est une expérience assez désagréable.

C?est pourquoi, nous avons décidé d?élargir le spectre de la réflexion de l?accueil du périmètre strictement des piliers à l?ensemble, de la manière dont on accueille les touristes sur le grand site de la Tour Eiffel qui va donc de Trocadéro à Ecole militaire, du musée du quai Branly à la station Bir-Hakeim.

Cela oblige à finalement décentrer, y compris en matière de gouvernance, puisque la S.E.T.E. ne pouvait pas opérer des travaux d?aménagement public. C?est vraiment un travail paysager d?aménagement d?un quartier urbain de plus de 50 hectares et il faut donc revenir ici à des opérateurs aménageurs de la Ville plus classiques, en l?occurrence ici la SemPariSeine.

Cela conduit à deux actes administratifs que nous prenons aujourd?hui, qui sont premièrement de modifier le plan d?investissement dans le cadre de la D.S.P., donc le fameux P.C.I. de la S.E.T.E. pour le réduire de 66 millions d?euros - c?est-à-dire ce qu?il reste des 95, une fois retirés les 29 millions d?euros dédiés au mur de verre - et de transférer cet argent en titrant la SemPariSeine responsable de ce projet.

Voilà, en tout cas, la nature des deux projets de délibération en tant que tels.

Beaucoup d?entre vous évidemment se sont intéressés au contenu désormais de ce que sera ce grand projet. C?est légitime, à la fois parce que c?est la Tour, mais au-delà même de la Tour, c?est un quartier extrêmement symbolique de Paris. Avec mon collègue Jean-Louis MISSIKA, avec qui nous assurons la coordination de ce chantier, ce sont 50 hectares sans doute les plus prestigieux de Paris sur lesquels on essaye d?imaginer l?avenir.

C?est avec un cahier des charges qui a été donné. Je veux répondre de ce point de vue à M. POZZO di BORGO ou à Mme DAUVERGNE qui s?inquiètent un peu, ou à certaines interrogations ou remarques de Mme de CLERMONT-TONNERRE. Il y a déjà un certain nombre de directions données dans le cadre de cet appel d?offres : c?est le rééquilibrage de l?espace public en faveur des piétons, une direction et un choix que nous assumons ; c?est un travail sur les parcours urbains et paysagers, ce qui répond, je crois, à la logique recommandée par le président Nicolas BONNET-OULALDJ, la logique de parcours et pas simplement la logique de site, mais ce sont de vraies logiques éducatives et pédagogiques, esthétiques et paysagères sur l?ensemble des parcours naturels des visiteurs.

Puis c?est l?augmentation, Monsieur VESPERINI, des commodités et services qui sont tout au long de ce parcours : l?accueil, les toilettes, la restauration, l?animation culturelle pour les touristes, comme pour faire revenir les Parisiens eux-mêmes sur ce site ; c?est un des objectifs fixés aux équipes et cela passe aussi par ces commodités et ces services bien au-delà du périmètre de la D.S.P.

Après un premier travail, ce sont quatre équipes d?architectes et paysagistes - c?est public et je peux le dire : GUSTAFSON PORTER+BOWMAN, Amanda LEVETE, l?agence "KOZ" et l?agence "TER" ont travaillé et travaillent encore à nous proposer un projet global dans le cadre de ces orientations.

C?est avec une fonction principale, celle de nous proposer un plan jusqu?aux Jeux olympiques, puis un plan pour la phase 2024-2030 qui intègre ces améliorations paysagères, cette expérience de visite autour des trois grands moments clés finalement de la visite de la Tour Eiffel : le moment où on la découvre, le moment où on s?en approche et le moment où on va la visiter elle-même.

C?est pourquoi, y compris pour respecter la confidentialité du jury, les trois mairies d?arrondissement concernées, 7e, 16e et 15e, sont membres de son jury et vont continuer à l?être.

Évidemment, les remarques extrêmement pertinentes et constructives de Mme de CLERMONT-TONNERRE seront versées d?abord aux équipes qui font les échanges avec les quatre équipes candidates, mais aussi à travers le jury où vous siégez au nom de M. GOUJON, ce qui nous permettra, je l?espère, de sortir le meilleur projet qui intègre la partie 15e, C.I.D.J. et Jean-Rey.

En deuxième élément, sur les autres remarques, je remercie celles et ceux qui recommandent des éléments plus pratiques sur la Tour Eiffel. Je prends acte des remarques du président de la Tour qui en a profité pour nous faire un point sur les travaux et les dysfonctionnements en termes d?accueil qu?il peut constater. Evidemment, je me tiens à sa disposition pour l?aider à régler encore un certain nombre de problèmes qu?il n?aurait su régler dans les quatre premières années de sa présidence.

J?ajoute que l?ensemble de ce chantier doit être extrêmement concerté, d?où l?amendement technique que nous vous proposons pour renforcer cette concertation avec des dates clés : fin mars-début avril, le jury définitif ; la concertation à partir de mai 2019 dans le cadre de l?amendement technique qui vous est proposé dans le but d?aboutir à un permis d?aménager en novembre 2019 ; un début des travaux fin 2020 pour une livraison du premier segment de ce grand projet Tour Eiffel avant les Jeux olympiques et courant 2023.

Enfin, je termine sur la question de l?opposition d?un centre d?accueil fermé. Je dis juste ici une dernière fois qu?un centre d?accueil ne réduit pas les files d?attente mais il les rend plus confortables. Le choix que nous avons fait est d?essayer de les réduire autant que possible avec une logique sur les flux, une logique sur la billetterie, une capacité?

Monsieur VESPERINI, il faut mesurer que ce qui entrave aujourd?hui l?augmentation du nombre de visiteurs de la Tour Eiffel, ou Mme BLADIER-CHASSAIGNE, ce qui a réduit le nombre de visiteurs ces dernières années, ce sont les travaux et les chantiers puisque le monument est avant tout contraint par la fréquence de ses ascenseurs et il a une capacité opérationnelle maximale sur un équipement qui est déjà très ouvert. Vous le savez sans doute, la Tour Eiffel ferme bien au-delà de minuit et ouvre très tôt le matin, ce qui en fait sans doute un exemple dans le monde.

Nous reviendrons évidemment à la fin du jury final, d?abord vers les mairies d?arrondissement qui sont associées, et vers l?ensemble des groupes parce que nous aurons un choix majeur à faire pour aménager le c?ur de Paris.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DFA 58.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DFA 58).

Je mets aux voix, à main levée, l?amendement technique n° 150 de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

L'amendement technique n° 150 est adopté.

Je mets aux voix, à main levée, l?amendement technique n° 211 de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

L'amendement technique n° 211 est adopté.

Je mets enfin aux voix, à main levée, le projet de délibération DCPA 19 ainsi amendé.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération amendé est adopté. (2018, DCPA 19). Je vous remercie.