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Decembre 2018
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2018 DU 227 - Dénomination quai du Marché Neuf - Maurice Grimaud (4e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons au projet de délibération DU 227 et je donne la parole à Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN. - "Je m'adresse aujourd'hui à toute la maison, aux gardiens comme aux gradés, et je veux leur parler d'un sujet que nous n'avons pas le droit de passer sous silence. C'est celui des excès dans l'emploi de la force.

Si nous ne nous expliquons pas franchement sur ce point, nous gagnerons peut-être la bataille de la rue, mais nous perdrons quelque chose de beaucoup plus précieux et à quoi vous tenez comme moi, c'est notre réputation. Je sais, je sais que des faits se sont produits, que personne ne peut accepter. Bien entendu, il est déplorable que trop souvent, la presse fasse le procès de la police en citant ces faits séparés de leur contexte, et ne dise pas dans le même temps tout ce que la même police a subi d'outrages et de coups en gardant son calme et en faisant simplement son devoir.

Je comprends que lorsque des hommes assaillis pendant de longs moments reçoivent l'ordre de dégager la rue, leur action soit souvent violente. Mais là où nous devons bien être tous d'accord, c'est que passé le choc inévitable du contact avec les manifestants agressifs qu'il s'agit de repousser, les hommes d'ordre que vous êtes doivent aussitôt reprendre toute leur maîtrise. Frapper un manifestant tombé à terre, c'est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière. Il est encore plus grave de frapper des manifestants après arrestation, et lorsqu'ils sont conduits dans les locaux de police pour y être interrogés.

Si je parle ainsi, c'est parce que je suis solidaire de vous. Dites-vous bien et répétez-le autour de vous, toutes les fois qu'une violence illégitime est commise contre un manifestant, ce sont des dizaines de ses camarades qui souhaitent le venger. Cette escalade n'a pas de limites.

Dites-vous aussi que lorsque vous donnez la preuve de votre sang-froid et de votre courage, ceux qui sont en face de vous sont obligés de vous admirer, même s'ils ne le disent pas. Etre policier n'est pas un métier comme les autres. Quand on l'a choisi, on en a accepté les dures exigences, mais aussi la grandeur."

C'est ainsi, à travers ces extraits, que s'exprimait le Préfet Maurice Grimaud dans une lettre adressée individuellement à chaque policier le 29 mai 1968. Ce que Maurice Grimaud avaient compris, les préfets qui lui ont succédé, en tout cas depuis 2014, ne l'admettent pas. A savoir que dénier les erreurs policières et les fautes professionnelles commises par certains policiers dresse une part de la population contre l'institution, et notamment les jeunes.

Les autorités gouvernementales et policières dénoncent les casseurs sans attendre les conclusions des procédures judiciaires. Mais quand elles sont interpellées sur les violences policières et légitimes, elles bottent en touche, minimisent et disent que l'on ne peut rien dire et qu?il faut attendre tant que la procédure judiciaire engagée, quand il y en a une d'engagée, n?a pas abouti.

Alors, je le dis, moi qui suis un fervent partisan de l'ordre républicain, de la violence légitime de la police, qui veut rapprocher les gens et notamment les jeunes de la police, ce comportement corporatiste, langue de bois que l'on entend toujours, et on l'a vu encore hier, de la part du Préfet DELPUECH, ce n'est pas digne de Maurice Grimaud !

Alors je ne suis pas dupe. Ce projet de délibération qui veut faire accoler le nom de Maurice Grimaud au quai du Marché, est une opération, je dirais, une sorte de "greenwashing" mais politique. On n'est pas dupe. Les préfets et celui d'aujourd'hui ne sont pas dignes de Maurice Grimaud sur ce point-là, même s'ils ont par ailleurs d'autres qualités et que je respecte, comme on le sait, complètement leur fonction.

A quoi s'ajoutent des questions de forme. Ce projet de délibération a été demandé par la Préfecture de police, à la Maire de Paris qui, directement, double la procédure. Je crois que ce n'est pas passé en Commission qui examine les dénominations. En plus, c'est encore un homme. C?est encore un homme ! Et en plus, il est déjà honoré dans une rue du 18e arrondissement, près de la rue Binet, mais peut-être que le 18e arrondissement n'est pas digne de l'institution policière et qu'il faut que ce soit accolé près de la Préfecture.

Pour toutes ces raisons, nous voterons contre ce projet de délibération, sur le fond comme sur la forme !

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Pascal JULIEN. La parole est à Catherine VIEU-CHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - J'exerce mon devoir de réserve et je vous demande donc de voter ce projet de délibération.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Catherine VIEU-CHARIER.

Monsieur le Représentant du Préfet de police, vous avez souhaité vous exprimer ; vous avez la parole.

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.

Moi-même astreint à un devoir de réserve, je vais néanmoins, si vous le permettez, rendre hommage en quelques minutes à Maurice Grimaud, puisqu'il s'agit bien, je crois, de l'objet de ce projet de délibération.

Le Préfet de police aurait souhaité être parmi vous ce soir, mais il est retenu par une actualité que vous imaginez chargée et il m'a donc demandé de le représenter.

Ce projet de délibération lui tenait à c?ur. Vous l?avez rappelé, c'est bien lui qui en a suggéré l'initiative à la Maire de Paris, comme d?ailleurs certains de ses prédécesseurs immédiats l'avaient fait, pour symboliquement donner au quai du Marché Neuf, qui longe l'institution centrale de la caserne de la Cité, institution centrale pour la Préfecture de police, le nom de Maurice Grimaud. Et personne n'ignore ici, le Préfet de police pas davantage, qu'une rue du 18e arrondissement porte déjà le nom de Maurice Grimaud. Le symbole du quai du Marché Neuf a pour avantage de se trouver au plus près de l'institution qu'il a dirigée, je le rappelle, de 1966 à 1971.

Je ne vais pas revenir ici en détail sur la carrière qui a précédé sa prise de fonction à la Préfecture de police. Je voudrais rappeler que pendant la Seconde Guerre mondiale, après avoir été attaché à la Résidence générale de France au Maroc, il avait été fonctionnaire auprès du Gouvernement dirigé par le Général de Gaulle et le Général Giraud à Alger en 1943 et en 1944.

Au sortir à la Libération, il avait rejoint les troupes françaises à Baden-Baden, puis l'organisation internationale des réfugiés à Genève.

Il avait été ensuite, dans les années 1950, conseiller de François Mitterrand, qui se trouvait à l'époque Ministre de l'Intérieur, avant d'engager une carrière préfectorale, devenant en 1963 directeur général de la sûreté nationale, puis en 1966, Préfet de police de Paris, fonction qu'il occupa jusqu'en avril 1971.

Par la suite, il a également conseillé Gaston Defferre, en tant que Ministre d'État entre 1980 et 1986. Il termina sa carrière comme délégué-général du médiateur de la République entre 1986 et 1992.

Si nous sommes aujourd'hui réunis ici, c'est pour évoquer ses fonctions à la Préfecture de police, à une période marquée par les événements de mai 1968, auxquels son nom reste attaché, et au cours de laquelle il a pu exprimer ses immenses qualités. Qualités d'un homme de grande culture et de grande finesse, ce n'est sans doute pas un hasard s'il a été aussi proche de Georges Pompidou, qui était lui-même homme de lettres.

Je vous invite d'ailleurs à lire les mémoires de Maurice Grimaud sur mai 1968, qui viennent d'être réédités. Ils sont particulièrement intéressants, au-delà du fond, y compris pour leur forme.

Un homme également qui sentait le pouls de la société. Il avait compris que les mouvements de la rue parisienne manifestés pendant mai 1968 ne révélaient pas simplement une agitation étudiante, mais s'inscrivaient dans un contexte de fond beaucoup plus large, qui ne concernait d'ailleurs pas que la France.

Si le maintien de l'ordre républicain était sa mission première, il a marqué le souci, y compris par sa présence sur le terrain pendant mai 1968, de comprendre ce qu'exprimait la jeunesse, ce qu'exprimaient les mouvements de mai 1968.

Je rappelle d'ailleurs qu'il avait été un témoin direct des affrontements violents du 6 février 1934. Il avait pris conscience à cette occasion de ce que pouvait représenter le danger des extrêmes.

Fort de son expérience et de cette sagesse, Maurice Grimaud a su être aussi un homme de terrain, un Préfet de police de terrain, pragmatique, proche des réalités, à l'écoute des hommes qu'ils dirigeaient. Il avait écrit : "Tout ce que fait la police parisienne me concerne, et je ne me séparerai pas d'elle dans les responsabilités".

Il l'a manifesté à de multiples reprises, notamment en étant présent aux côtés des fonctionnaires victimes de violence. Il a incarné l'archétype de ce que peut être un grand serviteur de l'État porté par les valeurs de la République et pétri d'humanité. C'est ce que disent les choix qui ont été les siens. C'est ce qu'expriment les termes de la lettre du 29 mai 1968 que vous avez rappelés tout à l'heure, Monsieur le Conseiller.

Je voudrais rapporter cette anecdote : nous avons comparé les archives de la Préfecture de police avec les archives personnelles de Maurice Grimaud qu'il a déposées à l'Institut d'études politiques de Paris. Il y a eu au moins 4 versions de cette lettre. C'est dire que chacun des mots qui y figurent a été pesé, chacun des mots qui y figurent a été pensé, et que la célèbre phrase que vous avez citée tout à l'heure, Monsieur le Conseiller, "frapper un manifestant à terre, c'est se frapper soi-même", traduit exactement et fidèlement sa personnalité, sa conception du métier de policier, ses valeurs et ses attachements profondément républicains.

Cette lettre aujourd'hui demeure une référence pour les policiers comme pour les préfets de police. Chacun de ceux qui se sont succédé. Elle reste d'une formidable modernité. Vous l'avez rappelé à plusieurs reprises dans cet hémicycle, Monsieur le Conseiller, aucun Préfet de police ne vous démentira sur cela, pas même l'actuel Préfet de police, je crois que ses propos d'hier le démontrent : "la police a le monopole de la violence physique légitime, comme toutes les forces de l'ordre, mais elle doit pour ce faire et pour l'exercer, être irréprochable. Les manquements ne peuvent être tolérés. Ils doivent être sanctionnés".

Le Préfet de police l'a indiqué hier : la police nationale est sans doute le corps de la fonction publique au sein duquel les sanctions sont les plus nombreuses.

La police est aussi régulièrement agressée et souvent injustement mise en cause. Il est du devoir des autorités de l'État, notamment d'un Préfet de police, de la défendre et de la protéger. C'est dans le strict respect de cette double exigence, celle d'être irréprochable et celle aussi d'être défendue, que se forge l'image de la police et son respect par nos concitoyens. Les événements nous le montrent chaque jour.

La lettre de Maurice Grimaud ne dit pas autre chose. Elle demeure pour la Préfecture de police, pour les policiers qui y travaillent, pour les Préfets de police, une référence aussi exigeante que vivante.

Je voudrais, au nom du Préfet de police, et en anticipant, je vous prie de bien vouloir m'en excuser, sur le vote qui aura lieu, remercier les élus du Conseil de Paris qui voudront s'associer à cet hommage. Le Préfet de police, les proches et les enfants de Maurice Grimaud, y seront particulièrement sensibles.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Représentant du Préfet de police.

Une explication de vote, le président BONNET- OULALDJ a la parole.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Je vous remercie de votre explication et de votre intervention. Nous partageons ce qui a pu être dit. Cela dit, nous faisons juste une remarque, il y a déjà une rue en son nom à Paris. C'est quelque chose qui est inédit, qui se fait rarement. En général, on attribue le nom d'une personne pour lui rendre hommage une seule fois. C'est ce qui motivera notre abstention dans ce vote.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci. D'autres explications de vote ?

Il n'y en a pas.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 227.

Je vous demande de bien lever les mains.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DU 227). Je vous remercie.