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2018 DAE 159 - Subvention (850.000 euros) et convention avec l’association "Institut d’études avancées de Paris".

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Je vous propose de continuer nos travaux. Nous sommes toujours en 6e Commission. Nous avons terminé hier les affaires scolaires et la petite enfance. Nous avons donc ce matin avec Marie-Christine LEMARDELEY à traiter des questions ayant trait à l?enseignement supérieur et à la vie étudiante.

Alexandre VESPERINI est inscrit sur le projet de délibération DAE 159. Je lui donne la parole.

M. Alexandre VESPERINI. - Tout d?abord, je tenais à vous remercier, Monsieur le Président de séance, d?avoir tenu à rendre un hommage appuyé à nos amis strasbourgeois. Nous savons à quel point la relation entre Paris et Strasbourg est une relation très particulière. Strasbourg est l?un des symboles, voire, probablement plus que d?autres villes d?ailleurs, le symbole de la souveraineté nationale depuis la Première Guerre mondiale, la deuxième D.B. De plus, nous avons vu au cours de ces dernières années à quel point Paris avait eu besoin de Strasbourg. Je tenais donc à saluer votre engagement ce matin.

Nous reprenons maintenant le cours de nos débats sur l?Institut des études avancées, l?I.E.A., fondé au début des années 2010 et berceau auprès duquel se sont penchées plusieurs fées, dont la Mairie de Paris qui a toujours soutenu cet institut. Pour être élu dans le 6e arrondissement qui, comme l?arrondissement de Mme LEMARDELEY, est très lié aux savoirs et en particulier à la recherche dans le domaine des sciences sociales - nous avons dans le 6e la Maison des sciences de l?homme -, je ne peux évidemment qu?approuver ce type d?engagement.

Cela étant dit, ce projet de délibération me contrarie un peu et je vais vous expliquer pourquoi. D?abord, de quoi s?agit-il ? La Ville de Paris, par ce projet de délibération, par cette subvention, accorde 850.000 euros à l?association "Institut d?études avancées". Pour ceux qui nous regardent, 850.000 euros est l?un des montants les plus importants que nous accordons aux associations en général et c?est un montant suffisamment important pour que nous puissions nous y pencher quelques instants.

J?avais d?ailleurs eu l?occasion d?intervenir dans le cadre de la discussion budgétaire, l'année dernière, pour insister sur la faiblesse de la documentation qui nous est apportée dans le cadre de ce projet de délibération.

Quand je dis documentation sommaire, il s'agit de 850.000 euros qui vont être accordés à une quarantaine de chercheurs. Vous nous dites 48 chercheurs pour l'année prochaine, très bien. 850.000 euros, cela fait plus de 17.000 euros par chercheur, par personne. C'est quand même un montant suffisamment important pour que nous puissions avoir un peu plus en termes de documentation budgétaire qu'une feuille recto-verso. J'ai déjà eu l'occasion de le rappeler pour d'autres subventions, mais je tenais à le faire également.

Nous n'avons pas le budget de cette association, qui est annexé au projet de délibération. Je regrette que nous n'ayons pas suffisamment d'objectifs clairs sur le nombre de personnes que vous souhaitez vraiment accueillir, sur l'orientation stratégique de l'Institut des études avancées. Nous n'avons pas suffisamment d'informations claires sur les conditions d'accueil et d'hébergement de ces chercheurs. Il a fallu que j'aille sur le site Internet pour avoir davantage d'informations. Même sur le site Internet, je ne sais pas très bien les conditions dans lesquelles on accueille pour la restauration, les résidents de l'Institut des études avancées.

Premièrement, nous avons une documentation budgétaire trop faible, cela peut porter atteinte dans les années à venir à la réputation de cette structure.

Deuxième observation, c'est l'indépendance de l'Institut des études avancées qui est en jeu. Sur le site Internet, la structure mentionne le fait qu'elle souhaite rester indépendante, autonome. Avec 850.000 euros, la Ville de Paris contribue à près de 38 % des dépenses de l'Institut, dépenses qui vont s'élever en 2018 à 2,2 millions d'euros, alors qu?elles étaient de 2 millions d'euros l'année dernière.

Je me pose des questions sur l'indépendance du travail universitaire dès lors qu'une collectivité, y compris la Ville de Paris, contribue de manière aussi décisive à cette structure.

Ma troisième observation porte sur la visibilité du travail de l'I.E.A. Ce travail, j'ai eu l'occasion de voir un peu ce qui se faisait, les thèmes de travail sont très intéressants. Quand la Ville de Paris met à disposition de l'I.E.A., en plus de ces 850.000 euros, l'hôtel de Lauzun, hôtel XVIIe en plein c?ur du 4e arrondissement de Paris, la moindre des choses est que les Parisiennes et Parisiens puissent davantage avoir connaissance des travaux de l'I.E.A. Il faut qu'un vrai travail soit fait sur internet, mais également dans le cadre des conférences.

Je salue le fait que les conférences que l'I.E.A. organise montent en puissance, elles sont plus nombreuses, mais il faudrait qu'elles soient beaucoup mieux connues et diffusées. Je regrette à ce titre qu'il n'y ait pas de rapport d'activité diffusé à l'endroit des conseillers de Paris. Il y en a peut-être un qui est diffusé, mais nous ne le recevons pas, c'est dommage, notamment quand je vois le montant de la subvention.

Dernière observation, observation positive, sur la qualité de travail, les thèmes de travail choisis par la direction de recherche et les jurys de l'I.E.A. Je retiens par exemple un certain nombre de travaux sur LEIBNIZ, philosophe qui dans le domaine des sciences sociales est trop peu connu par le domaine public.

Également, des travaux que j'ai remarqués sur la propriété et les propriétaires, sur la réalité sociale propriété/propriétaire, c'est un vrai sujet - je prends quelques minutes parce que j'ai parlé de Strasbourg -, un vrai thème de recherche intéressant.

Les travaux sont intéressants, les thèmes de recherche sont vraiment très pertinents. C'est la raison pour laquelle nous voterons cette subvention. J'invite l'Exécutif à fournir davantage d'éléments pour que nous puissions véritablement adopter ce projet de délibération dans les années futures, sans aucune réserve. Merci.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Alexandre VESPERINI.

Je donne la parole à Marie-Christine LEMARDELEY pour vous répondre.

Mme Marie-Christine LEMARDELEY, adjointe. - Je voulais remercier M. VESPERINI pour cette mise en valeur de l'I.E.A. On n'en parle pas assez au sein de cet hémicycle. Comme vous l'avez dit, l'I.E.A. de Paris est reconnu comme un institut d'excellence à rayonnement mondial pour les sciences humaines et sociales, des recherches y sont menées dans un cadre à la fois international et multidisciplinaire qui favorise l'émergence de nouveaux concepts.

En 2007, sous la mandature de Bertrand DELANOË, et Jean-Louis MISSIKA était adjoint à l'enseignement supérieur, nous avions l'ambition d'accueillir à Paris l'un des quatre I.E.A. français et de faire de notre ville l'une des capitales des sciences humaines et sociales.

Aujourd'hui, alors que nous célébrions il y a quelques semaines seulement les 10 ans du réseau français des instituts d'études avancées, cet objectif est atteint comme le montre la liste des nombreuses missions et réalisations menées par l'I.E.A. de Paris.

J'entends vos remarques. Je les prends au sérieux. L'I.E.A. de Paris bénéficie de financements de la Ville de Paris mais aussi d'une dizaine d?universités, de grandes écoles franciliennes, de l'Union européenne et du Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation.

Par ailleurs, je vous précise que la majeure partie de la rémunération des chercheurs résidents est financée par leurs universités étrangères d'origine. Cela représente 630.000 euros de salaire net pour la cohorte actuelle.

Ainsi, depuis 2008, plus de 250 chercheurs étrangers, venus de 145 universités et travaillant dans 22 disciplines, ont été accueillis en résidence dans ce lieu prestigieux. Ces résidences ont permis 538 publications scientifiques, des articles, des ouvrages et numéros spéciaux de revues.

Les chercheurs collaborent avec des collègues d'universités franciliennes. Ils développent de nouveaux formats de diffusion de la recherche qui permettent l'accès à la connaissance au plus grand nombre, notamment en liant les sciences et les arts.

Par ailleurs, l'I.E.A. de Paris abrite des chaires d'excellence, les thématiques traitées avec les établissements universitaires parisiens sont entre autres : travail et institution, en plus des sujets mentionnés, Monsieur VESPIRINI, sciences et société, transition environnementale, intelligence artificielle, régulation financière.

Concernant l'indépendance, je veux vous rassurer, ne serait-ce que parce que les chercheurs sont rémunérés par leurs universités d'origine. Je suis bien placée pour savoir que l'on ne doit pas interférer avec la recherche du chercheur. Même si la Ville finance à hauteur de 850.000 euros les travaux de l'I.E.A., ce n'est pas une raison pour qu'elle se permette d'avoir une ingérence dans les méthodes de travail des chercheurs.

Néanmoins, l'Institut met également son expertise au service de la Ville de Paris et des Parisiens, que ce soit par la formation des cadres de l'administration, en étant un lieu de débat ouvert à tous, que par l'accompagnement des doctorants qui travaillent dans ces services avec les bourses CIFRE.

Enfin, ce lieu accueille plus de 100 manifestations scientifiques par an, organisées par les résidents ou les partenaires universitaires. Il organise des débats publics, "Nuit des débats", "Nuit des idées". Tous les événements sont ouverts au public et gratuits.

Ces événements ouverts à tous, je le reconnais, gagneraient à être plus connus. Nous nous y employons. Je prends vraiment au sérieux votre remarque. Je ne manquerai pas de faire parvenir ces informations à l'ensemble des conseillers de Paris. J'avais l'impression que c'était fait, mais visiblement ce n'est pas arrivé jusqu'à vous.

Cette action au service de la Ville a vocation à se développer avec entre autres la mise en place d'une chaire programme "Résilience et rénovation territoriale". Ce travail de recherche vise à évaluer nos politiques publiques, notamment en matière d'urbanisme. Ce programme débutera avec les cas concrets des cours Oasis et des rues résilientes.

L'I.E.A. est un lieu d'excellence pour les sciences humaines et sociales. Un lieu ressource pour Paris, les Parisiennes et Parisiens, et un lieu de rayonnement scientifique.

L'I.E.A de Paris remplit ses objectifs. Je ne doute pas qu'il saura continuer à s'adapter à participer à répondre aux défis qui se posent à notre ville.

L'hôtel de Lauzun, bien sûr c'est un lieu prestigieux. Rien n'est trop beau pour les chercheurs, ni pour les Parisiens qui viennent assister à des conférences. C'est le lieu où Baudelaire a écrit "Les fleurs du mal". Les chercheurs méritent de travailler dans des lieux plus intéressants que des soupentes éclairées à la bougie. Merci.

Je vous encourage donc à voter ce projet de délibération.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Marie-Christine LEMARDELEY.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 159.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAE 159).