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Decembre 2018
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2018 DAC 624 - Plaque commémorative en hommage à Jean Poiret 22, rue de la Tombe-Issoire (14e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons au projet de délibération DAC 624.

La parole est à Alexandre VESPERINI.

M. Alexandre VESPERINI. - Merci, Monsieur le Maire.

Je trouve ce projet de délibération très important, en réalité, qui devrait faire naître chez un certain nombre d'entre nous une pointe d'émotion, puisqu'il s'agit ici de rendre hommage à Jean Poiret.

Jean Poiret, c'est d'abord un interprète qui a été dirigé par de très grands réalisateurs de comédie, comme Jean-Pierre MOCKY, Sacha Guitry avec "Assassins et voleurs", avec lequel il commence sa carrière d'interprète au cinéma, comme Claude Chabrol pour lequel il a tourné à la fin des années 80 deux très bons films extrêmement durs, mais en même temps très justes sur un certain esprit de la bourgeoisie du XXe siècle, "Inspecteur Lavardin" et "Poulet au vinaigre".

Il interprète également à la télévision où il fait partager, sur les écrans, sa passion du théâtre avec la fameuse émission "Au théâtre ce soir" à laquelle il va participer à plusieurs reprises. Il interprète au théâtre sur les planches, "Le Canard à l'orange", qu'il écrit lui-même, "Trois partout" de Ray COONEY qui est un très grand auteur de pièces comiques que beaucoup de gens connaissent, en tout cas pour ceux qui vont souvent au théâtre. Il aime tellement le théâtre qu'il va être lui-même auteur avec "Le Canard à l'orange", avec "Joyeuses Pâques" que beaucoup de gens ont vu et évidemment avec "La Cage aux folles" qui sera jouée au théâtre du Palais-Royal 2.647 fois.

Je crois que c'était Michel Serrault qui disait que, selon la représentation, la pièce pouvait durer d'une heure cinq à deux heures, elle pouvait doubler tellement il y avait d'improvisation, parce que ce duo historique, ce duo incroyable entre Michel Serrault et Jean Poiret pouvait donner lieu à des sketches et à des situations particulièrement comiques.

Cela a fait un succès tel qu'il est devenu ensuite un adaptateur et un très bon scénariste de films avec "La Cage aux folles", mais également avec "La Gueule de l'autre" que l'on a eu tendance à oublier et qui est pourtant un très bon film, très satirique et assez désabusé sur la politique, qui se moque pas mal de la classe politique française, avec une adaptation au cinéma que chacun connaît "Joyeuses Pâques" avec Jean-Paul BELMONDO, Marie LAFORET et Sophie MARCEAU.

C'était un comique, mais un comique moraliste. C'était un comique qui ne s'engageait jamais dans des projets vulgaires, c'était un comique qui faisait un comique qui nous faisait réfléchir, rire, non pas rire pour détester, pour être plus intolérant que nous sommes, mais rire pour aimer, ou en tout cas à défaut d'aimer, respecter nos différences. On l'a vu également dans "La Cage aux folles", que ce soit la pièce mais également dans l'adaptation au cinéma réalisé par Edouard Molinaro.

C'était un comique qui était évidemment quelqu'un comme beaucoup de grands comiques, comme par exemple Louis de Funès, quelqu'un qui était extrêmement drôle dans ses représentations et pourtant, dans sa vie privée, qui était beaucoup plus grave, parfois même un peu misanthrope et assez désabusé sur l'évolution des choses.

C'était un comique, quelqu'un, comme son grand partenaire historique Michel Serrault, qui était assez loufoque, qui ne se prenait pas au sérieux. Je crois que quand on voit aujourd'hui comment évoluent un certain nombre de comiques qui parfois se disent comiques ou comédiens, mais en réalité se prennent beaucoup trop au sérieux, il est important de se rappeler la figure de Jean Poiret. Puisque j'évoque sa dimension personnelle, c'était aussi un homme profondément humain, bon, c'était un ami extrêmement apprécié de son entourage, à commencer par Michel Serrault. C'était aussi quelqu'un qui souffrait, comme beaucoup de comiques, et c'est encore le cas aujourd'hui de beaucoup de comédiens, de gens qui font rire, de cette réputation d'être à l'origine de beaucoup de choses populaires, d'avoir rencontré le succès.

C'est la raison pour laquelle il s'était engagé, à la fin de sa vie, peut-être malgré lui ou de manière inconsciente, dans des projets plus sérieux dans lesquels il jouait des rôles assez graves, notamment je pense à une de ses interprétations pour laquelle il avait été nommé pour le César de meilleur second rôle, dans un film exceptionnel, l'un des derniers films d'ailleurs de François Truffaut, "Le Dernier métro" où il joue une sorte de Sacha Guitry, un écrivain acquis aux thèses de la collaboration.

Il était important, à travers Jean Poiret, de rendre hommage à ces comédiens qui savent faire rire - lui était véritablement un génie du rire - mais qui peuvent aussi nous apprendre beaucoup de choses, nous faire passer des messages sur l'évolution de la société, sur ses travers, peut-être beaucoup mieux que ceux qui nous font pleurer sur les planches ou au cinéma. Je terminerai mon intervention en disant que c'est toujours pareil. Je suis très étonné de voir qu'il n'y a pas de rue ou d'avenue Jean Poiret, pas de rue Michel Serrault. On va donc faire une petite plaque à l'endroit où il est né. C'est finalement toujours un peu ces deux poids deux mesures que je regrette.

Il n'y a qu'en France où il y a toujours une sorte de hiérarchie dans les artistes, et ceux qui font rire sont toujours un peu en dessous de ceux qui nous font pleurer. Je le regrette parce qu'on a besoin de grands acteurs qui nous font remettre en cause par des pièces ou par des films qui sont durs à regarder, on en a besoin, mais on a aussi besoin du message de tous ces comédiens.

Vous l'aurez compris, nous voterons ce projet de délibération sans aucune réserve.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Alexandre VESPERINI.

Vous avez fait 5 minutes et 7 secondes sur Jean Poiret, je vous en félicite.

Je fais appel quand même à la responsabilité de toutes et de tous, nous tenons un bon rythme de séance, mais si vous allez au terme des 5 minutes autorisées sur chaque projet de délibération, nous serons obligés de revenir jusqu'à demain soir. Catherine VIEU-CHARIER a la parole. Elle peut également faire ses 5 minutes ou ne pas le faire.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Non, Monsieur le Président, je ferai 30 secondes parce que M. VESPERINI a été tellement complet dans son intervention que je ne peux que lui dire que c'est avec un réel plaisir que nous allons rendre hommage à ce grand créateur comédien, figure populaire et immortel mari de Michel Serrault dans "La Cage aux folles". Je vous rappelle quand même que cet hémicycle a également voté un hommage public à Michel Serrault en 2013 et qu'il y a une allée Michel Serrault dans le 19e arrondissement.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Si je me permets, Jean Poiret n'était pas le mari de Michel Serrault puisqu'à l'époque, on ne pouvait pas se marier.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 624.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DAC 624).