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Decembre 2018
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2018 DICOM 48 - Convention de parrainage spectacle du 31 décembre (Monoprix).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons au projet de délibération DICOM 48, et la parole est à Jean-Noël AQUA.

M. Jean-Noël AQUA. - Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues, fraternité et rassemblement, le feu d'artifice du 31 décembre sur les Champs-Elysées est placé cette année sous ces deux principes.

Nous nous en félicitons d'autant que les feux d'artifice sont traditionnellement des fêtes populaires.

Ce sont ainsi près de 300.000 personnes qui sont attendues pour bénéficier de ce spectacle gratuit sur les Champs-Elysées, et probablement des millions qui vont pouvoir le suivre sur leur écran de télévision.

Un spectacle gratuit, oui, mais à quel prix.

Telle est la question.

Vous nous proposez de signer une convention de partenariat avec une enseigne cossue de la grande distribution, qui utilisera cette manifestation populaire comme un support publicitaire.

Car "Monoprix", puisque c'est de cette enseigne que nous parlons, n'est pas un mécène. Les 50.000 euros que "Monoprix" se propose de verser à la Ville rapporteront probablement beaucoup plus à ses magasins en termes d'image.

Avec ce partenariat, ces grands magasins s'offrent une visibilité de luxe, un public conquis. Ils associent leur image à un spectacle à la fois populaire et prestigieux des Champs-Elysées, en en tirant un bénéfice d'image certain.

Nous refusons donc ce partenariat.

Fraternité et rassemblement ne riment pas avec commercialité. Ce moment de rassemblement doit rester gratuit, purement gratuit, sans contrepartie, sans penser au rendement qu'il pourrait avoir pour certains acteurs, sans imposer aux spectateurs cette publicité.

De plus, il s'agit de "Monoprix", une enseigne qui vient justement d'annoncer, il y a quelques semaines, avoir ouvert une boutique chic sur les Champs-Elysées, une boutique ouverte de 9 heures à minuit toute la semaine, et le dimanche de 10 heures à minuit. Vous savez comment nous apprécions ces horaires de travail.

En somme, il s'agit d'un nouveau temple de la consommation sur les Champs-Elysées, adapté aux besoins des touristes qui font prospérer Airbnb dans notre ville.

D'ailleurs, la boucle est bouclée, ce magasin prévoit un service de conciergerie pour déposer des clés Airbnb de son logement en location.

Pour gagner sur le marché concurrentiel de la distribution, la marque a même lié un partenariat avec "Amazon", leader du commerce en ligne et champion de l'optimisation fiscale. "Amazon" aussi qui impose à ses salariés des conditions de travail que nous qualifierons d'un autre âge. "Amazon" qui profite de sa position dominante pour casser les prix de livraison, reléguant les métiers du secteur à une pénibilité et une pénibilité toujours plus grande. "Amazon", champion du consommer toujours plus, toujours plus vite, au mépris des enjeux sociaux et environnementaux que nous connaissons.

Nouer donc un partenariat avec "Monoprix", pour nous c'est entrer dans cette logique. Or vous le savez, nous nous battons pour le "fabriquer à Paris".

Nous défendons les artisans, les commerçants qui font l'âme de nos quartiers, qui sont à la fois l'histoire et l'avenir de Paris.

Nous nous sommes engagés pour des halles alimentaires dans Paris, dont la première, celle du 10e arrondissement, est née notamment de l'action d'un collectif d'habitants "Stop Monop", des habitants qui ne veulent plus être soumis aux logiques de la grande distribution, qui revendiquent une autre manière de consommer et donc de produire.

Avec ce projet de délibération, nous ouvririons une vitrine de luxe à "Monoprix" en lui donnant comme support de communication rien de moins que le feu d'artifice des Champs-Elysées.

Vous l'aurez compris, nous n'y sommes pas favorables, nous comprenons bien évidemment la nécessité pour notre collectivité de trouver des ressources financières, surtout à l'heure où les baisses de dotation et l'austérité nous étranglent.

Cependant, ces partenariats avec des acteurs privés ne sont pas la solution pour nous et nous voterons donc contre ce projet de délibération. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Jean-Noël AQUA. La parole est à Jacques BOUTAULT.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Monsieur le Maire, chers collègues, il s'agit donc du spectacle son et lumière qui sera projeté sur l'Arc du Triomphe et sera suivi d'un spectacle pyrotechnique la nuit de la Saint Sylvestre.

Jusqu'à présent, la Ville n'organisait pas de feu d'artifice le jour de la Saint Sylvestre, cette tradition n'existe que depuis 2015. Cette année, la nouveauté, puisqu'il faut organiser des feux d'artifice, les touristes en sont très friands, puisque cela se pratique dans beaucoup de capitales internationales, donc Paris doit se standardiser et se caler sur les pratiques des autres grandes capitales. Est-ce bien nécessaire ?

La Ville a décidé d'organiser ces spectacles qui coûtent en moyenne 700.000 euros à Paris quand on y inclut les questions de sécurité.

Pour "le feu d'artifice Monoprix", puisque tel est le nom du sponsor, "Monoprix" va compenser ces 700.000 euros en apportant 50.000 euros à l'événement, ce qui représente une faible part du coût de l'opération, vous en conviendrez.

En revanche, parmi les contreparties que recevra cette enseigne de grande distribution très peu civique, cela a été dit par l'orateur précédent, Jean-Noël AQUA, la Ville devra assurer la visibilité de "Monoprix" sur ses documents de communication, notamment le logo ou la mention de l'affiche sur le spectacle, et les déclinaisons "web" et "print", le logo sur les cartons d'invitation, le logo ou la mention de la marque sur les pages Internet dédiées au spectacle, les mentions sur les écrans situés sur les Champs-Elysées eux-mêmes, et enfin des pages partenaires dans le dossier de presse.

La Ville donnera 30 invitations au moins pour l'événement à "Monoprix".

La Ville s'engage par ailleurs, c'est encore plus étonnant, on continue les cadeaux à l'enseigne, à mettre à disposition de "Monoprix" les espaces de l'Hôtel de Ville de Paris et/ou de l'hôtel de Lauzun, pour organiser des manifestations privées, dont d'ailleurs la convention ne précise pas le nombre.

Enfin, cerise sur le gâteau, la Ville cède les droits audiovisuels de l'événement pour une durée d'un an.

Pour toutes ces raisons, pour le principe même de ce "sponsoring", mais aussi parce qu'il s'agit d'un véritable contrat léonin de la Ville de Paris avec "Monoprix", nous voterons contre ce projet de délibération.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Jacques BOUTAULT.

Mme Danielle SIMONNET a la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - C'est M. Frédéric HOCQUARD qui répondra sur ce projet de délibération ?

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Je vous le confirme, Madame SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - C'est bien Frédéric HOCQUARD qui va nous répondre pour l'Exécutif ? Vous me le confirmez ?

Je pose cette question parce que j?étais surprise par le projet de délibération et je me disais que si M. CONTASSOT et Mme FILOCHE étaient inscrits, c?est peut-être qu?il y avait un débat interne au nouveau groupe. Ou bien alors que M. Frédéric HOCQUARD, malgré son mandat d?adjoint, sur ce sujet était peut-être en désaccord et que quelqu?un d?autre répondrait.

C?est vrai que comme présentation pour "Génération.s" d?une autre conception de la politique, après avoir quitté le Parti socialiste, je ne trouvais pas cela forcément très marquant, parce que proposer une convention de parrainage spectacle pour le 31 décembre avec "Monoprix", je ne vois pas trop où est la rupture. J?ai un peu du mal à comprendre. Franchement, ce projet de délibération est vraiment surprenant.

Faire une grande fête sur les Champs-Elysées avec un spectacle pyrotechnique, cela manque déjà totalement d?originalité, excusez-moi. Mais c?est surtout le faire avec un parrainage avec "Monoprix". Je suis énormément surprise, surtout vu les conditions de ce parrainage avec "Monoprix" : pour la somme seulement de 50.000 euros, "Monoprix" pourra avoir son logo partout, des espaces à l?Hôtel de Ville gracieusement accordés et les droits à l?audiovisuel.

On va donc avoir "Monoprix" partout, juste au moment où, et cela tombe bien, "Monoprix" a bien développé son nouveau magasin ouvert de 9 heures à minuit toute la semaine et de 10 heures à minuit le dimanche. On est vraiment là dans le symbole même de la valorisation des grandes enseignes sur la Capitale dans toute sa splendeur.

Vous savez, il est possible que cette année cette fête sur les Champs-Elysées soit particulière. Même si vous avez choisi que la thématique soit le rassemblement et la fraternité, ce sera peut-être le rassemblement, la fraternité, la justice fiscale et l?égalité. Cette année, ce sera peut-être les "Gilets jaunes" sur les Champs-Elysées. Et je doute que les "Gilets jaunes" apprécient le symbole "Monoprix" et que ce soit cela qui colle le mieux à la thématique.

Vous avez eu beaucoup de réflexions au niveau des "Gilets jaunes". Sur la défense du petit commerce contre les grandes enseignes, renseignez-vous, c?est un débat en zones rurales extrêmement important. C?est un débat qui se pose aussi à Paris et on en a longuement débattu précédemment.

Mais vous comprendrez bien que, pour moi, ce projet de délibération n?est vraiment pas votable. Je suis très déçue que Frédéric HOCQUARD porte ce projet de délibération. Voilà, c?est une grande déception ! Je trouve que c?est une compromission sur le fond fort peu valorisante. Il y a bien d?autres façons d?envisager la nuit à Paris que de l?envisager en publicités pour ces enseignes commerciales.

Je me souviens également du collectif "Stop Monop?!" qui avait victorieusement mené son combat contre la prolifération des "Monoprix" dans un quartier où il y avait déjà beaucoup d?autres enseignes de supermarchés. Alors pour "Stop Monop? !" vous ne vous en réclamez pas, les choses sont claires.

Pour ma part, je voterai contre ce projet de délibération parce que stop le mécénat avec les intérêts privés ! On a d?autres façons de penser les soirées culturelles et populaires dans notre Capitale.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.

Et pour faire plaisir à Danielle SIMONNET, je donne la parole à Frédéric HOCQUARD.

M. Frédéric HOCQUARD, adjoint. - Je pense que certains auraient été déçus ici si je n?avais pas répondu sur ce projet de délibération !

Plusieurs choses et, pour être un peu sérieux, la première chose, c?est que depuis un certain nombre d?années, déjà dans cette ville, que ce soit pour des événements culturels ou des événements festifs, nous avons eu recours à ce qu?on appelle du mécénat ou du "sponsoring". Ce n?est ni la première fois ni la dernière fois que nous le faisons.

Il y a un débat d?ailleurs dans nos rangs - je parle de la majorité - sur cette question, mais tout ce qui ferait offre de surprise par rapport au fait que, sur un événement qui est un événement populaire et aussi un événement créatif - je le rappelle, c?est un événement artistique quand vous voyez la beauté des feux d?artifice, que ce soit celui du 31 décembre ou celui du 14 juillet, ce sont des événements créatifs - car il y a de la création à cet endroit, ils peuvent donc aussi bénéficier de "sponsoring" ou de mécénat. C?est le premier point. Vous avez pu voir, par exemple sur "Nuit Blanche" ou sur d?autres événements que nous organisons un certain nombre de "sponsoring" que l?on peut avoir dessus.

En deuxième chose, oui, nous avons recours au "sponsoring" et c?est normal. Cela permet, à un moment donné, aussi par rapport à ces événements, de ne pas en payer l?intégralité. Ce que nous pouvons faire comme "sponsoring" sur cette question, sur ce type de mécénat, nous permet derrière de pouvoir mettre nos finances ailleurs qu?en payant intégralement l?ensemble de ces événements.

En troisième chose, il y aura un feu d?artifice le 31 décembre. Je l?espère bien et j?espère bien que l?on pourra avoir des images de Paris sur les Champs-Elysées le 31 décembre qui ne sont pas simplement des images de casse. Je ne parle pas des "Gilets jaunes" mais des images de casse que l?on peut avoir en ce moment. On a quand même un peu besoin de cela pour Paris, de montrer à un moment donné que, pour des lieux qui sont importants de la Capitale, le 31 décembre, on peut aussi y faire la fête, s?amuser et célébrer le passage à l?année 2019. Donc j?espère bien que nous pourrons avoir un feu d?artifice de ce point de vue.

En autre élément, pour le partenariat, je vous rassure, il ne s?agit pas d?avoir, comme on a eu "ZIDANE président" sur l?Arc de Triomphe, "Achetez chez Monoprix" sur l?Arc de Triomphe ! Il y a un partenariat qui est encadré par la convention, avec une discussion que nous avons pu avoir.

Effectivement, je dois le reconnaître, nous aurions pu avoir un prix peut-être plus important de la part de "Monoprix", mais je rappelle, pour ceux qui l?ignoreraient ou ceux qui ne regarderaient pas un peu autour d?eux, qu?en ce moment, sur les questions du mécénat, c?est un peu compliqué. C?est même une conséquence de la question de la fin de l?I.S.F. puisque le mécénat et le "sponsoring" sur ce type de chose permettaient à des enseignes où des endroits où il y avait effectivement des financements de pouvoir défiscaliser ce type de chose et, par rapport aux impôts, de pouvoir défiscaliser.

Vous le savez, il y a une baisse du mécénat et du "sponsoring" extrêmement forte dans ce pays. Sur la question de cette convention, on a négocié ce que l?on a pu négocier de ce point de vue. Ce n?est pas complètement indéniable, c?est 10 % du prix que l?on fait baisser, Monsieur BOUTAULT, pour vous répondre par rapport à cela. Cela nous permet de mettre ces 10 % ailleurs.

Dernière chose sur "Monoprix". Oui, c?est une grande enseigne. Par rapport à son développement à Paris et par rapport aux autres grandes enseignes, elle respecte un peu plus le Code de travail et la législation que les autres, même si elle est parfois contrainte par le Tribunal de devoir le faire, mais elle finit par le faire, Madame SIMONNET, et vous le savez très bien.

Sur la question du développement durable, c?est aussi une enseigne qui, de ce point de vue, en fait plus que les autres. Elle a choisi d?ailleurs, comme première enseigne généraliste, de commercialiser les produits "bio" à partir de 1990 et a créé sa propre marque en 1994. Elle fait des efforts sur la question de la livraison et du circuit court. Elle a développé, il y a peu, une enseigne du "made in France" et un certain nombre de personnes savent dans cette salle que la question du made in France me tient particulièrement à c?ur.

Pour toutes ces raisons, je vous appelle à voter ce projet de délibération qui, je le dis, va nous permettre à un moment donné, aussi par rapport aux questions qui sont importantes sur la vie nocturne, de pouvoir diriger le budget sur l?ensemble des actions que nous pourrons réaliser dans d?autres domaines, de la médiation par exemple ou de la régulation de la vie nocturne.

Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Maire.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DICOM 48.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DICOM 48).

V?u déposé par le groupe EGCP