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Decembre 2018
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Conseil Municipal
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2018 DEVE 157 - Dénomination "jardin Martha Desrumaux" attribuée au jardin de la caserne de Reuilly, 20-20 bis, rue de Reuilly (12e).

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous arrivons au projet de délibération DEVE 157.

La parole est à Nicolas BONNET-OULALDJ.

Il s'agit du jardin Martha Desrumaux attribué au jardin de la caserne de Reuilly, dans le 12e.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Tout à fait. Merci, Monsieur le Maire.

C'est une intervention pour moi qui est très importante. Nous avons à présenter dans ce Conseil beaucoup de dénominations. Je me rappelle de la dénomination pour la place Henry Malberg, ce jardin Martha Desrumaux est pour nous d'une aussi grande importance.

Je voudrais d'abord remercier Catherine VIEU-CHARIER qui a permis cette dénomination, remercier Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e, et Pénélope KOMITÈS, adjointe aux espaces verts qui permettent cette dénomination.

Mais je voudrais aussi remercier Pierre OUTTERYCK, professeur agrégé d'histoire, qui est biographe de Martha Desrumaux, et qui a écrit ce magnifique bouquin qui a mis en lumière la vie de cette femme.

Remercier Laurence DUBOIS, présidente de l'Association des ami-e-s de Martha Desrumaux, qui mène un combat pour que Martha Desrumaux, qui mérite aujourd'hui d'avoir son nom dans l'espace public parisien, mérite un jour de rentrer au Panthéon.

Elle est née le 18 octobre 1897 à Comines dans le Nord. Elle est la sixième de sept enfants d'une famille modeste. A 9 ans, elle est servante dans une famille de la banlieue de Lille, puis quitte cet emploi pour devenir ouvrière du textile.

Martha Desrumaux adhère à la C.G.T. à 13 ans, puis aux Jeunesses socialistes à 15 ans.

La Première Guerre mondiale la jette sur la route de l'exode et elle part pour Lille où elle est embauchée aux usines textiles de Hazebrouck.

En 1917, elle prend la direction des grévistes pour obtenir le retrait d'une caution logement dans les contrats de travail. C'est une première victoire pour la jeune syndicaliste.

Martha Desrumaux devient membre du Parti communiste français en 1921, et en 1927, elle est la première femme élue au Comité central du Parti communiste.

Elle est conviée au 10e anniversaire de la Révolution d'octobre à Moscou où elle rencontrera, entre autres, Clara Zetkin, la créatrice de la Journée internationale des droits des femmes. Au début des années 30, elle reste plus d'un an à Moscou pour suivre les cours de l'Ecole léniniste internationale. A son retour, elle s'investit pour aider les ouvrières du textile à s'organiser dans les usines et les ateliers pour de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Elle crée le journal "L'ouvrière", qui transmet l'information pour la défense du droit des femmes au travail. En 1933, elle sera à la tête de la Marche pour la faim qui mobilise les chômeurs de toute la France qui part du Nord et arrivera à Paris. En 1935, elle participe aux discussions de la fusion de la C.G.T.U. et de la C.G.T. Ce sera aussi la seule et unique femme syndicaliste autour de la table de la signature des Accords de Matignon.

En mai 1940, le Nord-Pas-de-Calais est occupé par la Wehrmacht. Martha Desrumaux réorganise clandestinement le parti et devient une figure de la Résistance intérieure. Arrêtée par la Gestapo en août 1941, elle est déportée en mars 1942 au camp de Ravensbrück. Dans les conditions de vie inhumaines de Ravensbrück, elle organise la résistance et le soutien des plus faibles avec Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Marie-Claude Vaillant-Couturier.

Atteinte du typhus, Martha Desrumaux est rapatriée par la Croix-Rouge en avril 1945 et, dès son retour, elle participe à des rencontres pour expliquer les horreurs du système concentrationnaire. Je vais la citer : "Pour ceux qui ont connu la véritable résistance des maquis, il peut paraître vain de parler de résistance dans un camp de concentration. L'immense masse des détenues étaient amorphes, affaiblies par la sous-alimentation, usées par le travail, minées par la maladie. Il est certain que de cette masse se dégageait une sorte de bouée qui surnageait à laquelle les faibles se raccrochaient. Chacune était déjà un embryon de résistance et c?est leur réunion qui constitua une véritable organisation de la résistance".

Martha Desrumaux, en 1945, au moment où les femmes ont eu pour la première fois le droit de vote, fut élue conseillère municipale à Lille. Elle reprend ses responsabilités à l?Union syndicale et, après, en 1950, elle s?occupe de la Fédération nationale des déportés internés, résistants et patriotes, pour défendre leurs droits. Elle fonde l'Union des jeunes filles de France dans le Nord afin que les jeunes filles et les femmes puissent prendre leurs responsabilités dans les syndicats et les organisations politiques. Elle favorise ainsi l'émancipation de toute une génération. Martha Desrumaux mérite un nouvel espace public à Paris. C'est pour nous une étape supplémentaire dans un long combat pour qu?un jour une ouvrière, une syndicaliste, une résistante déportée, Martha Desrumaux entre enfin au Panthéon. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Nicolas BONNET-OULALDJ. Pour vous répondre, la parole est à Catherine VIEU-CHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe. - Monsieur le Président BONNET, merci beaucoup d?avoir parlé de façon aussi complète de Martha Desrumaux. Je me souviens que vous aviez déposé ce v?u au Conseil de Paris de mars dernier, quelques jours après le 8 mars, Journée internationale du droit des femmes et que nous avions manifesté alors notre souhait que Paris rende un hommage public à cette grande dame.

La Commission de dénomination du 11 juin a adopté, en lien avec la mairie du 12e, son nom pour un jardin du nouvel ensemble de l?ancienne caserne de Reuilly. Comme vous l?avez rappelé, cette femme a été résistante, féministe, dirigeante de mouvements ouvriers, défenderesse des plus fragiles, femme politique, bref, Martha Desrumaux était une femme de combats.

Je veux avoir une pensée et des remerciements pour Pierre OUTTERYCK et Laurence DUBOIS et toute cette équipe de l'Association des amis de Martha Desrumaux qui travaillent à faire connaître cette grande personnalité. Je vous invite, mes chers collègues, à relayer, à partager et à signer la pétition en ligne pour que Martha Desrumaux puisse enfin entrer un jour au Panthéon. Je souhaite que cet hommage public de la Ville de Paris soit une première pierre à un hommage national qu'elle mérite. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Catherine VIEU-CHARIER.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 157.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s'abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2018, DEVE 157).