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Decembre 2018
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Conseil Municipal
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Point d'actualité suite aux manifestations des "Gilets jaunes" à Paris. Vœu déposé par le groupe Communiste - Front de Gauche relatif à la prise en charge par l’État du coût des réparations et de nettoiement suite aux dégradations commises lors des manifestations des 24 novembre et 1er décembre 2018. Vœu déposé par le groupe "Génération.s" relatif à la sécurité et aux manifestations. Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif aux manifestations des "Gilets jaunes". Vœu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Mes chers collègues, la conférence d'organisation a prévu un débat organisé sur la question des manifestations à Paris et nous l'avons donc organisé. Je vous propose d'ouvrir ce débat. Je donnerai ensuite la parole bien sûr à M. le Préfet de police que je remercie d'être avec nous cet après-midi et nous avions convenu de ce temps de débat ensemble. Ensuite, je donnerai la parole à chacune et à chacun.

Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, j'ai souhaité qu'un débat puisse avoir lieu dans cette Assemblée au sujet des événements qui ont secoué notre ville et notre pays, un débat qui puisse répondre aux urgences posées.

La première est celle de protéger Paris et les Parisiens des violences inacceptables causées par des casseurs. Et avant toute chose, je veux remercier les forces de police, de gendarmerie, les sapeurs-pompiers, l'ensemble des services de secours qui ont protégé les personnes et les biens dans des situations de tension extrême, tout comme je veux remercier tous les manifestants pacifiques et en particulier ceux de la marche pour le climat.

Je veux saluer les services de la Ville de Paris mobilisés de façon exceptionnelle depuis presque un mois et de manière exemplaire pour préparer Paris à ces manifestations et pour réparer les dégradations. Ces samedis sont durs pour tous et je pense aux agents de la DPE, de la DPSP, de la DVD, de la DEVE qui ont une fois de plus montré leur rapidité, leur efficacité et, au-delà, leur engagement pour Paris, pour les Parisiennes et pour les Parisiens.

Je veux souligner l'unité dont nous avons fait preuve aux côtés des Parisiens, majorité comme opposition. Conseillers de Paris, maires d'arrondissement, présidents de groupe, adjoints, nous avons été ensemble avec nos concitoyens dans ces moments très difficiles pour eux. Je tiens vraiment à remercier chacune et chacun d'entre vous pour le rôle et l'attitude républicaine qui ont été les vôtres.

Je pense aussi aux commerçants, aux artisans, aux acteurs économiques et culturels. Je pense aux salariés qui ont tous été particulièrement éprouvés et je veux leur dire que nous accompagnerons les victimes des dégradations dans leur démarche pour obtenir réparation, comme nous accompagnerons ceux qui ont été empêchés d'ouvrir ou qui n'ont pas pu assurer leur activité.

La facture est lourde et la Ville de Paris n'en assumera pas seule la charge. Nous devons tout faire pour que notre ville ne soit pas une nouvelle fois le théâtre de telles violences. J'en appelle donc à l'apaisement.

Le Président de la République a proposé hier soir des mesures de pouvoir d'achat. J'espère, comme vous tous qu'elles ouvrent la porte à restaurer le dialogue dans une société française fracturée par les inégalités sociales. La crise que nous connaissons est autant économique et sociale que politique ; elle appelle à un véritable changement de modèle.

Ma conviction est que l'urgence climatique doit être au c?ur de toutes nos réflexions et de toutes nos actions. La transition écologique n'est pas l'ennemi de l'économie et du pouvoir d'achat. Bien au contraire, elle est la solution. Vous le savez, Paris est une ville de classes moyennes et de catégories populaires ; nous comprenons donc les attentes qui s'expriment.

Depuis 2001, nous avons construit 100.000 logements sociaux et familiaux qui permettent aujourd'hui à 550.000 Parisiens de se loger en payant un loyer modéré. Ce matin, nous avons rétabli à une large majorité l'encadrement des loyers dans le parc privé. C'est autant de pouvoir d'achat rendu aux Parisiens.

A Paris aussi, nous avons vu le pouvoir d'achat des retraités s'éroder. C'est pour cela que j'ai décidé il y a un an la gratuité des transports en commun pour les seniors, sous conditions de ressources comme pour les personnes handicapées. A Paris, nous comprenons l'importance de bien se nourrir et nous avons instauré le repas à la cantine à 13 centimes d'euros pour les enfants des familles les plus modestes et nous pourrions multiplier les exemples. Nous mettons tout en ?uvre pour écouter les Parisiens, pour les comprendre et nous agissons pour eux.

Je rappelle d'ailleurs que Paris contribue aussi à la solidarité régionale et nationale : près de 600 millions d'euros seront versés au titre des péréquations de solidarité nationale et régionale par les contributions parisiennes.

Le Président de la République a exprimé le souhait d'une grande concertation menée par les maires. Paris, c?est la richesse du dialogue citoyen. Les différentes expériences que nous avons menées à Paris, budget participatif, Nuit de la solidarité, volontaires du climat, conseils de quartier, réforme du statut de Paris, révèlent une chose : quand on donne la parole aux citoyens, ils la prennent ; quand on leur donne les moyens de faire, ils font. Nous avons beaucoup à apprendre d'eux en acceptant leurs compétences, en s'appuyant sur leur expertise et en les cultivant.

C'est pourquoi je souhaite que notre Ville soit partie prenante de cette concertation ensemble, les Parisiennes, les Parisiens, les 65.000 associations, les acteurs économiques, les syndicats, les conseils de quartier, les élus municipaux. Je propose la création d'une conférence de consensus à l'échelle de Paris et à l'échelle des arrondissements. Ce sera notre contribution parisienne à la concertation nationale souhaitée par le Président de la République.

L'enjeu pour notre avenir est celui de vivre mieux. L'urgence climatique guidera ces travaux. La transition écologique sera notre boussole.

Regardons comment on pourra habiter et vivre à Paris demain, au sein de sa Métropole, dans un logement encore plus écologique et qui demeure accessible aux classes moyennes et populaires, avec une nourriture saine produite localement et bon marché.

Voyons comment faciliter encore davantage les déplacements de chacune et chacun. Nous aurons d?ailleurs bientôt les conclusions de l?étude de la gratuité des transports que je porterai au débat public.

Regardons comment mieux protéger encore Paris car la sécurité est une préoccupation du quotidien pour les Parisiens. Nous verserons aussi au débat l?audit détaillé sur la sécurité à Paris.

Il faut également approfondir le consensus autour de la solidarité en faveur des plus fragiles, des sans-abris, en faveur des réfugiés. Je vois aussi les revendications des lycéens et je veux leur dire que nous leur donnerons toute leur place dans cette concertation. Je souhaite que ce débat puisse débuter dès le début de l?année prochaine. Je réunirai à cette fin, dès la semaine prochaine, les présidents de groupe politique, majorité et opposition, et les maires d?arrondissement, tous les maires d?arrondissement, pour élaborer les modalités et mettre en ?uvre ensemble cette large conférence de consensus qui aura à résoudre les fractures de notre société. Mes chers collègues, réjouissons-nous de cette démocratie permanente, continue, qui remet en question et qui pousse à l?excellence. Accompagnons ce désir de parole et entendons les solutions qu?il propose. Protégeons ce débat démocratique comme notre bien le plus précieux sous peine qu?il ne disparaisse sous les invectives, les insultes ou la violence. Que chacun puisse dire avec ses mots ce qu?il attend et ce qu?il a à offrir, que la justice sociale et l?urgence climatique se rejoignent pour un même combat pour vivre mieux, c?est le chemin résolument républicain que je nous invite à prendre ensemble. Je sais que je peux compter sur vous. Je vous remercie. Merci, mes chers collègues. Je donne tout de suite la parole à M. le Préfet de police.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Madame la Maire de Paris, Mesdames-Messieurs les présidents de groupe, Mesdames-Messieurs les Conseillers de Paris, vous avez souhaité qu?un point d?actualité se tienne en votre Conseil de Paris à la suite des manifestations, des événements dits des "Gilets jaunes" et de leurs conséquences dans la Capitale.

Vous avez souhaité qu?à cette occasion je puisse exposer devant vous l?action de la Préfecture de police et, bien sûr, répondre à vos questions. C?est très volontiers que je le fais, comme l?ont fait au Sénat et à l?Assemblée le ministre de l?Intérieur et le secrétaire d?Etat au côté desquels je me trouvais. Chaque groupe sera amené à s?exprimer sur le sujet. Je répondrai mais, au préalable, je voudrais revenir sur les faits qui ont jalonné ces dernières semaines.

Un mot d?abord sur les caractéristiques totalement inédites du mouvement. Il faut rappeler que le mouvement dit des "Gilets jaunes" se distingue totalement des mouvements revendicatifs traditionnels que nous avons l?habitude, à Paris, de voir manifester et moi, Préfet de police, de gérer, comme nous disons. Depuis quatre semaines, la Préfecture de police, les équipes ne disposent d?aucun interlocuteur, d?aucun organisateur et n?a jamais été destinataire d?aucune déclaration de manifestation, à l?exception de quelques-unes effectuées par des organisations, plus ou moins formelles, souvent quelques personnes, ne représentant qu?une petite part - 5, 10 "manifestants" dans le meilleur des cas.

Nous avons systématiquement cherché à entrer en contact, à plusieurs reprises, avec quelques figures emblématiques, fussent-elles auto-proclamées, que l?on voyait sur les chaînes de télévision, figures emblématiques du mouvement qui appelaient, par l?intermédiaire des réseaux sociaux ou des médias, à venir manifester à Paris. Toutefois, jamais aucune d?entre elles n?a répondu et n?a encore moins accepté d?assumer ses propos en déclarant la manifestation. Je signale d?ailleurs que, pour l?un d?entre eux, ce point a fait partie du signalement au titre de l?article 40 du Code de procédure pénale que j?ai transmis la semaine passée au Procureur de la République de Paris.

J?observe par ailleurs que les tentatives de structuration du mouvement au niveau national, notamment la désignation de porte-parole, n?ont jamais été reconnues comme légitimes et représentatives par l?ensemble des manifestants.

Nous avons donc à faire à un mouvement sans responsable, un mouvement s?affranchissant de toutes les règles applicables en matière de droit de manifester, règles que vous connaissez et que, souvent, certains d?entre vous ont pu pratiquer. Cette particularité, ces caractéristiques ont donc rendu impossible toute préparation concertée, en amont, comme la Préfecture en a l?habitude avec les organisateurs déclarés. Cette préparation permet de dialoguer, de choisir les lieux, les itinéraires, de dimensionner le service, de prendre les mesures préliminaires adaptées, d?alerter si nécessaire les riverains.

Face à cette situation, l?Etat s?est donc retrouvé seul pour gérer, encadrer un mouvement totalement désorganisé qui, lorsqu?il bascule dans le trouble à l?ordre public, prend au sens juridique la qualité d?attroupement.

J?insiste sur ces spécificités, sur ces caractéristiques car certains ont voulu comparer la gestion du maintien de l?ordre à l?occasion de ces mobilisations avec la gestion de manifestation classique. Permettez-moi de dire que cette comparaison n?a pas grand sens.

Un mot sur la chronologie des événements : le Secrétaire d?Etat, M. Laurent Nuñez, a eu l?occasion de le préciser en détail devant la Commission des lois du Sénat mais je reprends ces étapes devant vous car il est important de les avoir à l?esprit.

La première manifestation de voie publique dans la capitale s?est tenue le samedi 17 novembre. On l?a peut-être déjà oubliée aujourd?hui, pour certains, tant elle a été éclipsée par les journées suivantes, certes. Quelques milliers de manifestants - 2.000 ou 3.000, pas beaucoup plus - se sont rassemblés dans le secteur des Champs-Elysées sans dégradation, sans violences. C?était le 17 novembre. Quelques centaines de "Gilets jaunes" ont tenté de s?approcher de l?Elysée mais en ont été empêchés par les barrages mis en place par les forces de l?ordre, notamment à hauteur de la rue d?Aguesseau sans qu?à aucun moment, les forces de l?ordre n?aient été mises en difficulté.

La mobilisation avait été relativement faible à Paris ce jour-là, 17 novembre. Elle était forte au niveau national mais on sait que le mouvement est très provincial : 282.000 personnes avaient été recensées comme étant présent sur les différentes actions dans tout le pays.

Samedi 24 novembre, changement radical : le mouvement bascule dans la violence. A défaut de déclaration de manifestation préalable, vous vous en souvenez, le Gouvernement avait proposé aux manifestants de se rassembler au Champ-de-Mars. Par ailleurs, j?avais mis en place un périmètre élargi de protection des institutions, incluant l?Élysée, la place Beauvau, la place de la Concorde, l?Assemblée nationale et Matignon, car il apparaissait évident, déjà, que l?Elysée était clairement une cible désignée.

Que s?est-il passé ce 24 novembre ? La proposition, qui était une proposition d?ouverture du Gouvernement, n?a pas été acceptée ou n?a été acceptée que par quelques dizaines de manifestants. Très tôt dans la matinée, des rassemblements se sont constitués sur les Champs-Elysées et des éléments identifiés, proches de l?ultra-droite en particulier, ont très vite attaqué et attaqué durement le périmètre de protection des institutions, en particulier au rond-point des Champs-Elysées.

Puis, peu à peu, par un effet de contagion ou d'opportunisme, d'autres groupes ont multiplié les attaques contre les forces de l'ordre sur l'avenue des Champs-Elysées puis, on le sait, contre des enseignes commerciales, contre les commerces riverains.

Ce jour-là, on a vu des barricades érigées avec du mobilier urbain, des matériels de chantier. On a vu des incendies lancés sur ces barricades également, des violences, des exactions, des destructions, des pillages ont été commis dans tout le quartier, les manifestants laissaient derrière eux des dégâts matériels très significatifs.

103 personnes furent interpellées ce samedi 24 novembre.

Samedi 1er décembre, le paroxysme de la violence, vous le savez, a été atteint.

Au regard du déroulé des événements du 24 novembre, le dispositif de sécurité avait évolué. Le périmètre de protection des institutions avait été reconduit, et un périmètre de contrôle d'accès aux Champs-Elysées avait été instauré. Un peu sur la forme des dispositifs que nous mettons en place par exemple pour les festivités du 31 décembre.

Comme l'a indiqué le Ministre de l'Intérieur, l'idée était, là aussi dans un souci d'ouverture, d'offrir aux manifestants pacifiques, la possibilité de venir sur les Champs-Elysées, puisqu'à l'évidence c'était le seul lieu qu'ils considéraient comme pouvant les accueillir, mais venir sur les Champs-Elysées à la condition de se soumettre préalablement à un contrôle et en particulier à une fouille des sacs, des bagages, l'objectif de ces fouilles, encadrées évidemment par une réquisition du procureur de la République, étant de confisquer les armes par destination.

Pour le reste de la capitale, étaient prépositionnées un certain nombre de forces, en mesure elles aussi de mener des opérations de contrôle et de faire face aux exactions.

J'insiste sur ce point, car j'ai pu lire et entendre des choses inexactes après le 1er décembre. Notamment le fait qu'en dehors des deux périmètres que j'ai évoqués, périmètre de protection des institutions, périmètre d'accès contrôlé aux Champs-Elysées, le reste du territoire aurait été dépourvu de moyens de police.

C'est inexact. Plus de 2.000 fonctionnaires et militaires avaient été prépositionnés sur ce grand ensemble du reste de Paris, c'est-à-dire plus, et j'insiste sur ce point, que ceux qui étaient au total employés sur les deux périmètres.

Et mes consignes, on peut lire mon "briefing", on peut le cas échéant consulter les images, c'est enregistré, mes consignes relayant celles du ministre étaient on ne peut plus claires : fermeté, réactivité, procéder le plus vite possible aux interpellations.

En vérité, ce 1er décembre, la violence, attisée le matin par des groupuscules de l'ultra droite encore plus déterminés, rejoints plus tard dans la journée par des groupes d'ultra gauche, on a vu le slogan "ACAB", pardonnez-moi " All Cops are Bastards " traditionnellement attribué à l'ultra gauche être utilisé par l'ultra droite.

D'un côté le A de l'anarchie, de l'autre la croix celtique, on a vu cela "ACAB", slogan partagé, on a vu ces groupes à l'?uvre notamment à l'Arc de Triomphe, avec un degré de violence sans précédent.

Les forces de l'ordre et les services de secours ont été confrontés très, très tôt, dès 8 heures 45, dans différents quartiers de Paris, notamment dans le 8e, dans le 16e arrondissement, dans l'ouest du 17e ainsi que dans le 1er arrondissement à un niveau de violence inédit depuis plusieurs décennies.

Les points de fixation ont concerné simultanément de nombreux endroits de la capitale, bien sûr le plateau de l'Etoile, mais également une activité très intense autour des grands magasins, et également une activité très intense autour de la rue de Rivoli, et encore ailleurs.

Donc, on a vu simultanément des groupes animés par la volonté affichée de s'attaquer au symbole de la Nation : l'Arc de Triomphe ; de s'attaquer aux forces de l'ordre, aux dispositifs de sécurité, je le rappelle à titre d'exemple, la tentative pour forcer le barrage à l'angle Rivoli Concorde qui a été extrêmement violente, et de manière générale, les tactiques pour essayer d'attirer en même temps policiers et gendarmes sur différents points de la capitale.

Les policiers, les gendarmes, les sapeurs-pompiers de la Brigade engagés sur le dispositif ont tous témoigné du niveau de violence exceptionnel auquel ils ont dû faire face. Ils ont été systématiquement pris à partie, empêchés d'intervenir, y compris les sapeurs-pompiers, dont 20 fourgons ont été abîmés, attaqués, donc ils ont été systématiquement pris à partie, empêchés d'intervenir, menacés et blessés physiquement et ce, dès les premières heures de la journée jusque tard dans la soirée.

J'ai rapporté hier devant vous les témoignages de ces six fonctionnaires de la 21e compagnie d'intervention de la direction de l'ordre public et de la circulation de la Préfecture de police, victimes dans leur car de police d'une agression totalement sauvage, rue de Presbourg, à proximité immédiate du plateau de l'Etoile, je n'y reviens pas. Je rappelle simplement ce qu'était leur témoignage, devant le Ministre, devant le Préfet de police : "Monsieur, ils voulaient nous tuer".

Ce témoignage illustre à lui seul, pour cette journée du 1er décembre, la radicalisation, le basculement dans la violence d'un grand nombre de manifestants qui, par leur comportement, ont adopté par mimétisme, par désinhibition, des modes opératoires des ultras et des casseurs.

C'est dans la soirée que nos capacités d'intervention ont permis de mettre fin aux troubles, mais encore les incidents se sont prolongés fort tard. 412 personnes ont été interpellées ce jour-là, dont 378 placées en garde à vue, et le bilan des destructions et dégradations a été particulièrement lourd.

Je m'étais rendu en toute discrétion autour de minuit, avenue Kléber, pour voir quel était l'état des lieux. Ces destructions, dégradations, nous les connaissons : l'Arc de Triomphe souillé, saccagé, 430 véhicules brûlés, 130 barricades incendiées, des commerces, des vitrines, attaqués, pillés, les sapeurs-pompiers ont recensé 249 interventions sur des feux, dont 6 sur des feux de bâtiments.

La maire du 8e arrondissement évoquait hier cet incendie qui avait été provoqué au rez-de-chaussée d'un immeuble à l'angle du Faubourg Saint-Honoré.

Le dispositif déployé pour la journée avait pour objectif de protéger les institutions, ce qui a été fait, et de renforcer la capacité d'interpellation et d'intervention.

Je viens au 8 décembre.

Le 8 décembre, il y a trois jours, le dispositif mis en place a permis incontestablement de maîtriser la violence liée au rassemblement des "Gilets jaunes", mais dans le même temps, on a vu les violences urbaines monter d'un cran, comme l'on dit.

Deux principes majeurs ont guidé le dispositif mis en place. D'abord, la reconduction à l'identique du périmètre de protection des institutions dont on ne dira jamais assez à quel point sa nécessité et son efficacité ont été avérées.

Et puis, pour le reste de la capitale, ainsi que je l'ai exposé lors de la réunion que nous avons eue ensemble la semaine passée, Madame la Maire, Mesdames, Messieurs les maires d?arrondissement, Mesdames, Messieurs les présidents de groupes, le dispositif reposait sur trois principes : quadrillage, mobilité, réactivité. Il s'est appuyé sur des moyens d'une ampleur exceptionnelle. "Jamais vus à Paris", ont dit mes services. 8.000 forces de l'ordre, comme l'a précisé le Premier Ministre, et des moyens spéciaux. Je cite notamment les 14 véhicules blindés sur roues de la gendarmerie, qui n'avaient jamais été mobilisés dans la Capitale.

Les moyens étaient lourds.

Quadrillage. Quadrillage par des contrôles préventifs qui ont été organisés sur réquisition du Procureur de la République, dès la veille au soir dans les gares, le matin même aux abords des lieux de rassemblement. Des forces en nombre sensiblement supérieur étaient pré-positionnées autour des lieux les plus symboliques et des secteurs sensibles : une trentaine de points. J'ajoute qu?en ma qualité de Préfet de la zone de défense et de sécurité, j'avais mis en place une action coordonnée de contrôle aux points d'entrée dans la région, en particulier aux péages autoroutiers, des contrôles routiers sur les axes structurants et des contrôles dans les gares ferroviaires. Le matin du 8 décembre, déjà à 9 heures, près de 250 personnes avaient été interpellées, dont certaines très ciblées, agitateurs et meneurs.

Mobilité. Tout au long de la journée, ce positionnement des moyens a été adapté depuis les salles de commandement pour regrouper les forces sur les sites d'attroupement ou d'agitation. Les unités déployées ont eu pour consigne de se projeter au plus vite et de se regrouper vers les foyers de violence et d'être capables de mener ensemble les actions nécessaires sur les lieux les plus complexes. Je rappelle que le 8 décembre, comme le 1er décembre ou le 24 novembre, nous avions intégré au sein même du dispositif policier, en quelque sorte, les moyens de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris. Le 8 décembre, ils étaient 650 sapeurs-pompiers sur le terrain.

Réactivité : pour renforcer la capacité d'intervention au plus vite en cas d'exaction et pour interpeller très vite en cas de passage à l'acte. Le dispositif judiciaire avait été conçu pour permettre la prise en compte d'un grand nombre de personnes interpellées, assurer dans des délais raisonnables le traitement des procédures. 600 procéduriers avaient été mobilisés. Je souligne que ce travail a été mené, chacun dans son champ de compétences, en parfaite liaison avec le Parquet de Paris. 1.082 personnes ont été interpellées au total, ce qui est du jamais vu, dont 974 ont été placées en garde à vue.

J?avais confié le pilotage de ce dispositif d'interpellation à la Direction de Sécurité et de Proximité de l'Agglomération parisienne, qui devait gérer notamment la chaîne aval. J'ajoute que les trois-quarts de ces interpellations ont été réalisés par des équipes mobiles et dédiées à cette finalité d'interpellation, équipes que nous avions mises en place avec les moyens de la DSPAP : compagnies d'intervention, brigade anti-criminalité, brigade territoriale de contact, que nous avions constituées en détachement d'actions rapides de 20 à 30 fonctionnaires, et aussi les moyens de la police judiciaire que nous avions mis sur le terrain, en particulier des moyens de la BRI renforcés par des fonctionnaires de la DCPJ.

Je précise que ces personnes ont été, pour certaines d'entre elles, interpellées en amont, certes dans le cadre de contrôles juridiquement cadrés par les réquisitions du Procureur de la République - fouille de sac, contrôle d'identité - mais toutes les interpellations ont eu lieu sur la base de constats permettant d'aller vers une qualification pénale, ce qui a permis au Parquet de valider les 974 gardes à vue que j'évoquais. Je crois que l'on peut affirmer que ce dispositif global a permis que l'ordre républicain l'emporte sur la dynamique de chaos et de désordre que portait le mouvement des "gilets jaunes" et ceux qui l'avaient infiltré.

Cependant, à partir de 15-16 heures, la physionomie a basculé vers une autre réalité. Cette autre réalité, ce sont des violences urbaines de forte intensité : véhicules brûlés, commerces vandalisés, voire pillés, mobilier urbain dégradé. Violences urbaines perpétrées par des casseurs habituels et intéressés au butin dans un large secteur allant de l'Etoile jusqu'à la place de la République, en passant par Saint-Lazare et les grands boulevards. J'en oublie sans doute dans ce raccourci trop rapide.

J'indique que lorsque l'on regarde rapidement qui ont été les interpellés, on voit clairement que jusqu'au début de l'après-midi, le 8 décembre, comme le 1er décembre ou le 24 novembre, il y a une immense majorité d'interpellés qui sont des hommes de 25 à 40 ans venant de province. A partir de la fin de l'après-midi et dans la soirée, les interpellations auxquelles mes services ont procédé font apparaître une autre réalité, la réalité de personnes venant se livrer à des violences urbaines, avec la volonté de casser et de piller.

Voilà pour les faits tels qu'il me paraissait important de les rappeler pour décrire la physionomie spécifique à chacune des journées que nous avons connues et illustrer la manière dont la Préfecture de police a travaillé, sa volonté d'adapter son dispositif de maintien de l'ordre à une réalité qui était une réalité de guérilla urbaine et non pas un maintien de l'ordre traditionnel, face à une situation largement erratique et imprévisible, qui a mobilisé de surcroît des casseurs professionnels, soit animés par une idéologie nihiliste et désirant en découdre avec les institutions, soit par des motivations hélas plus prosaïques pour les violences urbaines.

Quel bilan tirer de ces événements ?

Dans ce contexte de violences d'une grande intensité, d'événements répétés, le bilan humain tel qu'établi par les interventions de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris fait apparaître 254 blessés qui ont été pris en urgence relative, selon la classification des sapeurs-pompiers, c'est-à-dire blessés plutôt légers, et 5 personnes - 3 manifestants, 2 membres des forces de l'ordre - dont les blessures graves ont nécessité une prise en charge hospitalière adaptée. Au total, 39 membres des forces de l'ordre et 1 sapeur-pompier ont été blessés.

Le bilan matériel, quant à lui, est très lourd. Je le disais hier : les dégâts matériels sont très importants, considérables. Les conséquences économiques sont sévères et l'atteinte à l'image de Paris est réelle. Les services de la Préfecture de police sont en lien avec les commerçants, les riverains, les particuliers victimes pour les appuyer dans leur démarche de dépôt de plainte, pour les appuyer si nécessaire dans leur démarche en direction des assureurs, pour mettre en ?uvre si nécessaire les mécanismes de responsabilité de l'Etat, et au-delà, auprès d?eux également pour identifier les auteurs des vols et des dégradations qu'ils ont subies et leur indiquer les possibilités d'indemnisation.

Des démarches sont également engagées par des services de l'Etat sous le pilotage de la Préfecture de Région, avec la Direccte, la Direction des Finances publiques, pour mobiliser les dispositifs permettant d'apporter un soutien aux acteurs économiques.

Un mot, enfin, sur le bilan judiciaire. Il appartient à l'autorité judiciaire de donner les suites appropriées aux infractions constatées. C'est le cas pour la journée du 8 décembre, avec les comparutions qui se déroulent aujourd'hui après celles d'hier. Nombre de mesures de garde à vue ont donné lieu à déferrement. Vous savez déjà que des peines ont été prononcées, allant jusqu'à des peines de prison ferme avec mandat de dépôt. Il appartiendra à l?autorité judiciaire de communiquer précisément les résultats.

Je veux souligner aussi qu'au-delà des interpellations de ces journées, des enquêtes de fond se poursuivent. La Direction de la Police judiciaire, en particulier, est saisie de la dégradation, de la souillure de l'Arc de Triomphe. Les investigations progressent, avancent, et les enquêteurs mettent tout en ?uvre pour identifier les auteurs.

La sûreté territoriale de la DSPAP est également saisie de beaucoup de situations, mes équipes mobilisent tous les moyens : exploitation des images vidéo et également exploitation des traces de police technique et scientifique qui ont pu être recueillies sur les lieux des faits.

Quatre remarques, si vous le permettez, Madame la Maire, Mesdames, Messieurs, les conseillers, en conclusion de ce propos.

Première remarque, c'est que nul ne peut se satisfaire, et certainement pas le Préfet de police, de ce qu'il s'est passé et du résultat des manifestations.

Certes, nous avons fait tout notre possible, et les forces de l'ordre tout comme les services de secours ont fait preuve d'un sens du devoir admirable, d'une endurance, d'un courage, d'une maîtrise, d'un sang-froid qu'il faut saluer. Mais c'est un fait, les dommages, les dégâts sont énormes, et les atteintes au pacte républicain sont une blessure et une offense pour nous tous.

Nous mettrons tout en ?uvre, je l'ai dit, pour que les investigations permettent d'arrêter les auteurs afin qu?ils répondent de leurs actes, et pour que l'ordre républicain et la paix publique prévalent dans les rues de Paris.

Deuxième remarque. Si le maintien de l'ordre est une mission proprement régalienne, les élus que vous êtes et la Ville que vous dirigez, Madame la Maire, contribuez aussi à la bonne gestion de ces événements. Je veux saluer la contribution que vos services nous apportent.

Le Ministre de l'Intérieur a eu l'occasion, lors d'une réunion où nous nous trouvions, d'échanger avec vous, avec les maires d'arrondissement, c'était le 3 décembre. Positionnés au plus près du terrain, les élus que vous êtes sont des vigies, en capacité de nous alerter sur des situations difficiles et problématiques dont nous n'avons pas toujours connaissance à l'instant T. Auprès des habitants, des commerçants, des acteurs territoriaux, vous pouvez ainsi être et vous êtes des relais, des messages de prudence et de prévention. Samedi dernier, nous avons essayé d'instaurer, de manière aussi dense que possible, un circuit de travail et de communication dont j'imagine bien qu?il est encore perfectible, mais je propose, Madame la Maire, que ce travail partagé soit poursuivi entre nos équipes respectives et en association étroite avec les maires d'arrondissement dont je souligne toujours le rôle très précieux de capteurs qui peut être le leur. Il faut également sans aucun doute que l'on mène une réflexion un peu renouvelée sur la manière de communiquer, et avant et après, avec les acteurs économiques, en particulier les commerçants riverains des axes où se déroulent les événements. Comme je l'ai dit, je remercie vos équipes pour le travail qui a permis, en amont de la journée du 8 décembre, de nettoyer la voie publique. C'est évidemment essentiel, mais je mesure la charge considérable que cela représente lorsque nous ne savons pas par avance où les événements vont en définitive se produire. La troisième remarque que je me permets de faire, c'est qu'il est toujours facile, a posteriori, lorsque les événements se sont déroulés, de dénoncer l'inadaptation des dispositifs de maintien de l'ordre et, dans ces cas-là, le Préfet de police est toujours heureux de voir le nombre de "sachant" qui se manifestent spontanément. Il faut cependant toujours garder à l'esprit d'abord que le maintien de l'ordre s'inscrit dans le cadre de l'Etat de droit républicain, et d'autre part, qu'il a sans cesse à s'adapter à des phénomènes qui se renouvellent, phénomènes de foule, de mouvements collectifs, comme nous l'avons vu ces derniers temps, en particulier le 1er décembre, et phénomènes de foule, mouvements collectifs emportés par l'irrationnel, par des formes de désinhibition de passage à l'acte, un peu comme les phénomènes de groupes de supporters violents qui engendrent une violence sur le terrain sans limite. Pendant ces quatre semaines, mon objectif et celui de mes équipes a été de protéger nos concitoyens, de maintenir dans la Capitale la liberté d'aller et de venir tout en protégeant les institutions, dont certaines étaient nommément ciblées, d'essayer de prévenir les débordements et d'intervenir dès que possible lorsque des troubles étaient constatés. Le nombre des interpellations, encore une fois, est le signe de cette mobilisation et de cette réactivité que je juge peu commune, même si on peut la juger insuffisante. Nous avons été confrontés à des réalités nouvelles, qui nous ont conduits à ajuster nos pratiques, conformément aux orientations données par le Ministre, ajuster nos pratiques pour faire face à des situations, à des comportements de terrain qui n'ont qu'un rapport lointain avec un dispositif de maintien de l'ordre classique. Dernière remarque, et vous comprendrez que je termine là-dessus, l'action des forces de l'ordre et des services de secours. J'entends, je lis ici ou là des critiques sur le comportement des forces de l'ordre. On évoque des dérapages, voire des violences. Ils doivent être signalés, il y a un cadre judiciaire, il y a une Inspection générale de la police nationale et, aux termes de procédures administratives ou judiciaires, si des manquements sont constatés, comme nous le faisons toujours, nous saurons apporter les réponses qui s'imposent. C'est parce qu'on a ce souci du respect permanent de la règle de droit et de la déontologie par nos forces de l'ordre qu'elles s'inscrivent pleinement dans le respect qui leur est dû dans un Etat républicain et que nous pouvons leur apporter généreusement le soutien qu'elles méritent. Et c'est ce soutien que je voudrais souligner en conclusion, en saluant le sang-froid, la maîtrise, le professionnalisme, je l'ai dit, mais aussi l'endurance. Certaines unités ont pris des services, il n'était même pas 6 heures du matin pour terminer parfois après minuit. C'est énorme ! L'endurance dont ont fait preuve depuis près d'un mois, policiers, gendarmes, militaires de la brigade, fonctionnaires et agents de tout corps et grade, l'ensemble des unités, services et directions de la Préfecture de police, l'ensemble des forces mobiles : C.R.S., escadrons de gendarmes mobiles mis à ma disposition se sont mobilisés, je puis vous l'assurer, avec une détermination, un engagement qu'il faut souligner. Face à des individus qui, pour certains, n'avaient aucune limite, qui tentaient de les blesser et même au-delà, ils ont recherché à chaque fois une réponse proportionnée. C'est cela le maintien de l'ordre dans un grand Etat républicain. Je salue devant vous leur courage, ils ont été les serviteurs de l'ordre public républicain et je puis vous assurer qu'ils continueront de l'être au service de la sécurité de nos concitoyens et de la protection des institutions de la République. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous, Monsieur le Préfet.

Permettez-moi de vous dire que le travail qui a été fait en amont, notamment durant cette semaine, avec vous-même, les maires d'arrondissement, et auquel nous avions convié les présidents de groupe, a été apprécié par l'ensemble des collègues. Je pense qu'il nous a permis de nous préparer sans doute plus efficacement, tout comme la présence d'un agent de liaison de la Préfecture de police, au sein de la cellule de crise de la Mairie de Paris, que nous avons mise en place avec le Secrétariat général, a été je crois particulièrement appréciée pour pouvoir échanger en permanence, durant notamment cette journée du samedi 8 décembre qui a été éprouvante pour beaucoup, vous l'avez dit, pour les forces de l'ordre, pour les Parisiens et pour toutes celles et ceux qui, à un moment donné, ont été ou victimes ou prises dans ces événements qui ont été des événements particulièrement violents.

Je vais à présent donner la parole à chacun des orateurs et oratrices.

Je vous rappelle que vous avez cinq minutes par groupe constitué pour vous exprimer et que vous devez, dans ces cinq minutes, aussi présenter les v?ux qui ont été rattachés à ce point d'actualité et à ce débat organisé. Je commence par David BELLIARD, président du groupe GEP.

M. David BELLIARD. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, ces dernières semaines donc, les "Gilets jaunes" occupent les rues, les chaînes d?information, nos discussions. Ils sont devenus, en quelques jours seulement, le catalyseur d?une colère sourde qui suintait partout dans le pays, et qu?aucun mouvement, aucun parti, aucun syndicat n?était parvenu à capter jusqu?ici.

Cette colère, c?est celle contre les inégalités qui ont explosé ces vingt dernières années, et en particulier les inégalités de patrimoine qui ont vu les très riches accumuler encore plus de richesse, sous l?effet en particulier de la spéculation immobilière qu?à Paris nous connaissons bien.

Cette colère, c?est celle de l?injustice qui fait peser l?effort de l?impôt proportionnellement plus fortement sur les plus modestes que sur les plus riches.

Cette colère, c?est celle qui voit les multinationales, en particulier les plus pollueuses, échapper aux impôts grâce aux paradis fiscaux. Tout cela sous l??il bienveillant des Etats.

C?est cette colère qui s?est exprimée ces derniers jours. Bien sûr, nous condamnons fermement la violence qui s?est déroulée les 1er et 8 décembre derniers. D?ailleurs, en tant qu?écologiste, famille politique fondée sur la non-violence, je peux dire que je ne souscris à aucune violence.

Celle des casseurs qui ont mis notre ville à sac est à ce titre parfaitement condamnable. Et les commerçants notamment, premières victimes de ces débordements, doivent être aidés financièrement pour les préjudices qu?ils ont subis.

Mais cette condamnation ne doit pas nous faire oublier aussi celle des forces de l?ordre qui ont parfois usé d?une réponse disproportionnée et de la persistance de l?usage d?armes mutilantes et létales contre les manifestants.

Je vous remercie, Monsieur le Préfet, pour les informations que vous avez bien voulu nous donner mais elles ne nous satisfont que très partiellement. Ce n?est pas la première fois que nous vous interpellons sur les méthodes que vous adoptez lors des manifestations qui ne permettent pas de contenir les débordements et sont systématiquement entachées de blessés chez les manifestantes et les manifestants pacifiques.

Nous voulons que soit garanti le droit constitutionnel à manifester. Nous voulons que les forces de l?ordre soient déployées dans cet intérêt commun au bon fonctionnement de notre démocratie. Même si, vous venez de le rappeler, le contexte est inédit, nous voulons des réponses pour ce que vous envisagez, vous et vos services, pour sécuriser Paris, ses habitantes et habitants, et celles et ceux qui souhaiteraient manifester sans violence.

Enfin, disons-le, les réponses du Gouvernement sont pour le moins indécentes. La suppression de la taxe sur l?essence, au moment même où nous devons impérativement sortir du tout pétrole, tout comme les annonces hier du Président de la République qui, malgré quelques concessions que les ministres depuis ce matin n?ont eu de cesse d?amoindrir, tout cela ne répond ni aux enjeux climatiques ni ne renverse la logique d?une politique qui favorise les plus riches au détriment des plus pauvres.

Le déni de la demande de rééquilibrage en faveur des plus modestes est une faute, sans compter l?impréparation face aux premières manifestations, l?absence de coordination avec les services de la Ville dans les premiers jours, provoquant la fatigue des agents, dont je salue l?implication et le dévouement depuis le début des mobilisations des "Gilets jaunes".

Puis c?est la volonté de faire de Paris une ville morte, barricadée, faisant planer l?atmosphère anxiogène d?une guerre civile, jusqu?à vouloir faire interdire la Marche pour le Climat qui, en pleine COP 24, a quand même réuni 25.000 personnes dans la Capitale, dans une ambiance festive, non violente, déterminée, et qui a permis d?être un réceptacle apaisé pour celles et ceux qui souhaitaient se mobiliser.

Si je salue votre décision, Madame la Maire, d?organiser une conférence de consensus à l?échelle de Paris, la sortie de cette spirale est avant tout de la responsabilité du Gouvernement. La réponse aux "Gilets jaunes" doit être politique. Elle doit être à la hauteur, elle doit être la réponse à deux questions : celle de l?écologie et celle de la justice sociale en même temps ; nous ne gagnerons pas la bataille du climat l?un sans l?autre.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur BELLIARD.

La parole est à M. Nicolas BONNET-OULALDJ, président du groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, peut-on accepter que notre ville, nos concitoyens vivent en permanence dans ce climat de terreur ? Pouvons-nous laisser s?installer cette thérapie du choc à répétition ? Non. Et pour esquisser une réponse, je reprendrai le titre d?un article publié dans le "Guardian", l?année dernière, "Maintenant, répliquons à la politique de la peur", par Naomi KLEIN.

Scènes de pillages, de vandalisme, des dégradations qui coûtent cher et dont les premières victimes sont les Parisiens. Non, ce n?est pas aux Parisiens de payer les conséquences des choix politiques, économiques et sociaux irresponsables du Gouvernement qui n?a eu de cesse d?amplifier les tensions.

C?est pour cette raison qu?avec mon groupe, nous déposons un v?u qui demande à l?Etat de prendre en charge le coût des réparations et du nettoyage de notre ville.

Je félicite les agents de notre Ville, fonctionnaires, qui ont agi avec rapidité et professionnalisation pour rendre à Paris son visage dès les premières heures du dimanche.

Evidemment, nous condamnons ces violences commises par une minorité de casseurs, amplifiées par les images diffusées en boucle sur les chaînes d?information en continu.

Mais ces violences ne doivent en rien entraver nos libertés et la vie quotidienne des Parisiens. Ces violences ne doivent en rien effacer les violences sociales vécues par des milliers de Français. Rappelons les chiffres : 500 suicides par an déclarés comme tels, 42 % des Français actifs connaissent un état de stress majeur ou d?épuisement au travail, 36 % des Français ont déjà fait un "burn out" et ce sont entre 200.000 et 500.000 cas de troubles psychiques liés au travail.

Alors, les "Gilets jaunes" donnent une visibilité à ces violences quotidiennes. Ils ont donné chair à cette souffrance sociale qui devient insupportable. Insupportable comme ce nombre de personnes qui vivent à la rue ici même à Paris. C?est la misère, l?injustice, l?inégalité, l?absence de répartition des richesses et le mépris de classe qui est la cause de toutes ces violences.

Voilà l?origine de la colère et de la radicalisation des mouvements sociaux. Il ne faut pas simplement écouter les bruits, entendre, mais surtout chercher à comprendre, analyser en profondeur l?origine de la violence, comprendre comment notre société fabrique de telles radicalités. Comprendre, ce n?est pas excuser. La compréhension est ce qui nous permet de sortir du choc rapidement et de lancer une contre-offensive.

Il nous faut produire un récit différent de celui des docteurs du choc, qui colportent à l?envi un chemin différent, audacieux et ambitieux. Il ne suffit pas de dire non et c?est un oui qui nous fera poursuivre la bataille.

Oui, il faut redonner du pouvoir d?achat, cela a été le sens profond de nos amendements au budget d?hier.

Oui, l?avenir de notre planète est une urgence aussi grande que l?amélioration du pouvoir d?achat.

Oui, il faut sans attendre relancer le fret ferroviaire et pourquoi pas aussi sur la Petite Ceinture ferroviaire.

Oui, il faut taxer le kérosène qui pollue plus que les voitures.

Oui, il faut renationaliser les autoroutes et aller vers la gratuité des transports. C?est ce que nous voulons à Paris.

Oui, il faut une justice fiscale et une nouvelle répartition des richesses. Nous vous proposons, Madame la Maire, de réunir rapidement les Assises de la fiscalité que j?ai proposées par v?u.

Oui, il faut que les multinationales, qui échappent à l?impôt par le biais de l?optimisation fiscale, soient imposées sur leurs richesses, comme il faut taxer les transactions financières et les dividendes.

Oui, il faut rétablir l?I.S.F. Oui, il y a des solutions pour que ces manifestations aboutissent à de réelles conquêtes sociales plutôt qu?à la casse et à la violence. Il suffit simplement de retrouver le chemin de la dignité, du respect, de la démocratie et de la justice sociale. Alors prenons le Président de la République au mot, avec les élus communistes, nous vous proposons que les mairies d?arrondissement ouvrent en grand leurs portes aux Parisiens qui souhaitent exprimer leurs revendications et faire des propositions. Nous pourrions mettre à leur disposition des cahiers de doléances, comme l?ont déjà fait certains maires. Nous proposons de réunir les forces associatives, citoyennes, politiques et sociales pour favoriser les convergences. Nous devons avoir une attention particulière aux étudiants et lycéens, et nous devons leur apporter notre aide nécessaire pour qu?ils puissent se réunir, s?organiser et conduire par eux-mêmes leur mouvement, les protéger des insupportables violences, comme celles que nous avons connues au lycée Arago. C?est au prix de la démocratie que la confiance pourra être rétablie entre les populations et les représentants. Je terminerai en citant Naomi KLEIN : "Nous disons non à un tel système qui produit une telle violence. Nous disons oui à un changement fondamental pour tourner une page historique".

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur Nicolas BONNET-OULALDJ.

La parole est à M. Pierre AURIACOMBE, pour le groupe PPCI.

M. Pierre AURIACOMBE. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet, chers collègues, tout d?abord je suis un peu surpris de ce que je viens d?entendre. Ce débat était pour moi consacré aux événements qui viennent de se produire à Paris ces derniers samedis et aux violences faites aux forces de l?ordre et aux biens. Et là, je viens d?entendre un réquisitoire contre l?action du Président de la République et du Gouvernement. J?avoue que ce n?est pas le lieu. Vous êtes dans des groupes politiques qui, sauf erreur, sont représentés à l?Assemblée nationale, et ce n?est pas, ici, au Conseil de Paris, pour moi, l'objet de cette prise de parole. En plus, je crois que vous avez la mémoire courte car récemment vos partis politiques étaient au pouvoir et il me semble que vous avez vous aussi été l'objet de nombreuses manifestations, mais on oublie !

Je vais revenir au sujet, au débat, à savoir les violences de ces derniers samedis. Bien évidemment, je voudrais au nom du groupe PPCI, comme tout le monde l'a fait et nous sommes tous d'accord sur ce point, souligner le grand sang-froid et le professionnalisme des forces de l'ordre engagées sur le terrain. Comme, Monsieur le Préfet, vous nous l?avez dit hier, la violence de certains manifestants était inimaginable, les images qui passent en boucle dans les médias et sur les réseaux sociaux reflètent cette violence, et je comprends que les forces de l'ordre ont eu réellement peur pour leur vie.

Face à cela, les policiers ont bien réagi, notamment au regard de la sécurité des personnes. En effet, il convient de le souligner, dans un contexte que certains ont qualifié de guérilla urbaine, aucun mort n?est à déplorer et cela, Monsieur le Préfet, c?est au sang-froid de vos hommes que nous le devons.

Certains commentateurs ont fait le rapprochement avec les événements de Mai 68 qui, rappelons-le, avaient coûté la vie à 7 personnes. Ici, dans la Capitale et nous souhaitons que cela continue, aucun mort n?est à déplorer, même si bien évidemment je sais qu'en province il y a eu des accidents, je sais qu'il y a eu des blessés et vous parliez de blessés graves. Mais fort heureusement, à Paris, nous avons pu éviter un décès.

Maintenant, il est certain que les réactions des forces de l'ordre face à cette violence extrême peuvent poser problème ; je le conçois. Nous savons ainsi que les événements du samedi 1er décembre peuvent donner l'impression soit de mauvais choix tactiques, soit d'un dépassement des forces de l'ordre par la violence. Comment la tombe du soldat inconnu a-t-elle pu ne pas être protégée ? Elle a été dégradée sans intervention de la police. Les protagonistes ont-ils été identifiés ? Autant de questions que nous vous posons, Monsieur le Préfet, même si vous avez déjà apporté quelques précisions.

Concernant le samedi 8 décembre, il est en revanche certain que les forces de l?ordre ont donné l?impression d?une bien plus grande maîtrise de la situation. Tout d'abord, les contrôles et les interpellations, vous en avez parlé, faites en amont ont sûrement permis de limiter le nombre de casseurs dans Paris. Une question toutefois, Monsieur le Préfet : pourquoi n'avons-nous pas eu la même chose le 1er décembre, si vous le permettez ? Pour revenir au 8 décembre, si l'impression d'une bien meilleure maîtrise est certaine, elle est vraie dans la journée, notamment face aux mouvements d'extrême-droite et d'extrême gauche, comme vous en avez parlé. En revanche, pour la soirée et le début de nuit, l'arrivée de jeunes qui étaient dans une logique d'opportunité de vol a visiblement été moins bien gérée.

Il y a eu de nombreuses casses, il y a eu de nombreux dégâts auprès des commerçants parisiens et fort logiquement va se poser le problème de l'indemnisation de ces commerçants.

Vous vous êtes engagé hier, Monsieur le Préfet, à nous apporter des réponses et nous les attendons, mais je voudrais aussi insister sur les pertes d'exploitation qu'ont subies ces commerçants. Si les dégâts aux biens et les vols peuvent faire facilement l'objet d?une évaluation et seront logiquement pris en charge par les assurances, qu'en est-il du commerçant qui a vu son chiffre d?affaires sur la période des fêtes s'effondrer les samedis de novembre et de décembre ? Peut-on imaginer de la part de la Mairie de Paris des ouvertures dans les quartiers non touristiques certains dimanches, tant en cette fin d'année que peut-être courant 2019 pour compenser ce manque à gagner ?

Je voudrais aussi revenir, et cela a été évoqué sur un autre point de dysfonctionnement qui a même eu lieu au début, sur le lien entre la Préfecture de police et les élus. En effet, il me semble que lors des événements des 24 novembre et 1er décembre les élus n'ont pas été suffisamment intégrés au processus de préparation des manifestations. Ces corps intermédiaires que sont pour vous la Mairie de Paris et les mairies d'arrondissement, les élus et les groupes, sont des alliés sur lesquels vous pouvez vous appuyer?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il va falloir conclure, Monsieur AURIACOMBE.

M. Pierre AURIACOMBE. - ? vous devez vous appuyer.

Juste un mot pour dire que, dans ce contexte, il convient à mon avis de réfléchir tous ensemble aux moyens de traiter ces manifestations car ces violences continueront à mon avis au-delà du phénomène des "Gilets jaunes".

Et juste un dernier mot pour dire que?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Là, il faut vraiment conclure. Là, vous débordez beaucoup.

M. Pierre AURIACOMBE. - ? nous ne voterons pas? Nous ne voterons pas le v?u de l?Exécutif. J'en suis désolé, mais j'aurais préféré que ce soit un v?u consensuel que l'on ait pu le préparer ensemble.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Très bien.

La parole est à Mme Laurence GOLDGRAB, présidente du groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, de façon lancinante la colère est montée en France, non pas depuis hier mais depuis des dizaines d?années. Nous en avons tous parlé, nos prédécesseurs aussi, de toutes les couleurs politiques, cette colère monte depuis trop longtemps.

Depuis plusieurs semaines, les samedis se suivent et, hélas, se ressemblent avec des images de violence, de casse et de heurts. Au séisme politique de mai 2017 s'est substituée une révolte se voulant populaire, celle des "Gilets jaunes". Et cachés au sein des "Gilets jaunes", lesquels manifestent légitimement, des casseurs, très difficiles à déceler en amont, puis les pilleurs qui se sont joints à ces derniers en troisième vague ont été mal gérés, il faut l'admettre.

Je salue les forces de l'ordre bien entendu pour leur courage, leur endurance comme je l'ai dit hier, mais en troisième vague nous avons eu ces pilleurs. Les événements récents nous ont tous choqués, les scènes aux abords des Champs-Elysées, la dégradation de l'Arc de Triomphe. Ce week-end, ils se sont propagés à d'autres arrondissements de la Capitale et notamment aux 3e et 11e arrondissements et, bien entendu, ils suscitent notre indignation générale.

Pouvons-nous accepter toutes ces victimes, tous ces départs de feu, tous ces véhicules vandalisés ou incendiés, les magasins pillés, la mise à l'arrêt économique de notre ville ? Et que dire de l'annulation des spectacles et des manifestations sportives ? Des habitants terrés chez eux, des touristes complètement déboussolés, fuyant le centre de Paris pour aller sur les abords de la Capitale.

Encore une fois, je salue les forces de l'ordre et je salue plus encore, ou autant en tout cas, les agents de la propreté, les services de la Ville qui réussissent après chaque manifestation à redonner à notre Capitale son image et à faire de Paris qu'elle redevienne la ville la plus belle du monde. Mais nous ne pouvons accepter une telle situation.

Alors, mon groupe est attaché, vous le savez, à la défense du commerce et de l'entreprenariat parisien ainsi que de l'attractivité économique. Nombre de commerçants déjà fragilisés ne se relèveront peut-être pas des événements survenus ces dernières semaines. Ils ont a minima vu leurs boutiques désertées et, au pire, celles-ci sont saccagées et pillées par des casseurs ou des pilleurs, comme je le disais, et le nombre de vitrines cassées dans Paris est absolument hallucinant. Dans certains quartiers, il ne reste quasiment pas une seule vitrine debout, notamment dans les quartiers, bien entendu, autour de l'Arc de Triomphe mais aussi dans des quartiers où il y a beaucoup de bureaux.

Si généralement la période faste des fêtes est propice aux achats et à une croissance du chiffre d'affaires de nos commerçants, cette année la période est au calme plat pour ne pas dire à l'arrêt. A ce chiffre en millions d'euros de manque à gagner s'ajoute la vive inquiétude des acteurs du tourisme faisant face à une vague d?annulations et à une chute des réservations traditionnelles de fin d'année. C'est l'image de notre Capitale qui est mise à mal depuis bientôt un mois et je voudrais donc rejoindre l'appel de la Maire de Paris à prendre soin de notre ville, comme elle l?a répété à de nombreuses reprises.

Je m'associe également à sa demande d'intervention et au v?u de l?Exécutif, auprès des assureurs et de l'Etat pour une indemnisation rapide des commerçants touchés. Il faut aussi faire les comptes des dégâts portés à la Ville et donc aux Parisiens, et nous soutenons là encore la Maire dans sa demande d'indemnisation auprès du Gouvernement.

Je tiens aussi à dénoncer l'irresponsabilité de certains discours de responsables politiques avides de récupération. Ainsi, méritent-t-ils encore le nom de responsables quand ils ont pour seule ambition d'attiser la colère à des fins électoralistes ? La question se pose à mon sens.

Ce mouvement, il faut le dire, se caractérise par son caractère multiforme ; il ne peut être résumé en un comportement ni en une revendication. Le malaise partagé et exprimé est bien plus global et bien plus profond. Je fais partie de ceux qui très tôt ont appelé de leur v?u des mesures sociales en rééquilibrage des mesures de relance de l'économie que je soutiens. Nous devons, en tant qu?élus, écouter, entendre et comprendre ceux qui ont non plus seulement du mal à boucler des fins de mois difficiles mais aussi du mal à débuter des fins de mois.

C'est bien une réponse politique qui dépasse les frontières de notre Capitale qui était nécessaire. Il faut renouer avec la liberté, l?égalité, la fraternité avec plus de justice sociale. Le Président MACRON a incontestablement pris la décision de répondre à la situation tout en reconnaissant que son attitude passée avait pu être blessante. Concernant les mesures sociales, l?augmentation de 100 euros pour les travailleurs au SMIC? Je ne vais pas citer toutes les mesures et je vais être obligée de conclure avant que vous ne m?y invitiez?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Absolument, je vous y invite.

Mme Laurence GOLDGRAB. - Ces mesures ne concernent que les classes moyennes et les fonctionnaires. Je demande donc que nous puissions concilier l?écologie et la justice sociale, et que Paris y prenne sa part, puisqu?elle est déjà la ville la plus solidaire de France et qu?elle fait des efforts incommensurables pour être la ville la plus écologique.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Laurence GOLDGRAB. Merci beaucoup.

La parole est à Mme Florence BERTHOUT, pour le groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, je vous remercie pour l?organisation de ce débat que j?avais demandé au nom de mon groupe à la suite des violences urbaines inégalées commises à Paris les 24 novembre et 1er décembre, même si je regrette le faible temps imparti qui ne nous permet vraiment pas d?aller au fond des choses.

Grâce à l?engagement sans faille des forces de l?ordre ; grâce au changement de doctrine dans le maintien de l?ordre, qui a évolué vers plus de mobilité et de réactivité - ce que nous demandions depuis des semaines sur ces bancs - ; grâce à une meilleure association de la Mairie de Paris et des mairies d?arrondissement, je crois que les saccages ont été moins importants que redouté ce dernier samedi.

Pour autant, des quartiers entiers du 8e, du 16e, du 3e, du 4e, du 10e, du 17e arrondissement - je céderai la parole à mon collègue Geoffroy BOULARD - ont été le théâtre de scènes de guérilla urbaine absolument inacceptables ce 8 décembre, s?ajoutant aux dégradations commises les deux premiers samedis dans le 9e et le 1er arrondissement.

L?impact de cette succession de samedis noirs est absolument incommensurable. Incommensurable pour l?image de Paris. Incommensurable pour l?activité économique : les commerçants ont souffert ; nous devons les aider et le faire très rapidement. Ils ont, pour certains d?entre eux, tout perdu, obligés de mettre leurs employés au chômage technique ; d?autres ont été contraints de fermer leur établissement en pleine période commerciale de Noël. Des commerçants situés dans des quartiers préservés ont aussi perdu une part significative de leur chiffre d?affaires : 35 % le premier week-end, 20 % les week-ends suivants.

Madame la Maire, au nom de mon groupe, je voudrais vous faire trois propositions concrètes qui, je l?espère, seront retenues.

La première, c?est la création d?un fonds municipal de garantie pour permettre aux commerçants de redémarrer leur activité sans attendre les indemnisations de l?Etat - je dis bien "sans attendre les indemnités de l?Etat" - ou des assureurs. Une commission ad hoc pourrait être réunie très vite avec les maires d?arrondissement concernés pour verser rapidement les premiers fonds. Un Conseil de Paris pourrait se réunir pour entériner ce dispositif dès le mois de janvier. La deuxième proposition est l?exonération des taxes municipales pendant trois mois. La troisième est de permettre l?ouverture les dimanches pour compenser le chiffre d?affaires perdu.

Au-delà de ces mesures urgentes qui sont attendues, les Parisiens attendent aussi et surtout un signal politique fort, l?engagement de tous - je dis bien "de tous" - en faveur de l?arrêt des manifestations des "Gilets jaunes". Je vous remercie et j?espère que nos propositions seront écoutées.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame.

M. Mao PENINOU, pour le groupe DP?

Pardon, vous le faites tout de suite ?

Très bien.

Allez-y, Monsieur BOULARD.

M. Geoffroy BOULARD, maire du 17e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Préfet, mes chers collègues, ce débat organisé à la demande de notre présidente de groupe, Florence BERTHOUT, n?est finalement que la conséquence d?une colère qui se manifeste de plus en plus violemment et dont nous subissons les conséquences avec mes collègues maires d?arrondissement chaque week-end. Cette colère d?une France qui étouffe sous le poids d?une fiscalité obèse et aussi la colère des Parisiens qui assistent, depuis un mois, à des pillages, des scènes de guérilla urbaine dans des quartiers situés à proximité des périmètres de sécurité instaurés ces derniers week-ends autour du Palais de l?Elysée et des Champs-Elysées.

Tout n?a pas été parfait, il faut le dire.

Malgré le courage et l?engagement des forces de l?ordre, notamment, et des pompiers, que je tiens à remercier, nous retiendrons qu?en 2018, de nombreux Parisiens ont été contraints de se calfeutrer chez eux, parfois obligés de repousser eux-mêmes des casseurs et pilleurs qui tentaient de pénétrer dans leur immeuble. À ces Parisiens, il faut apporter un soutien psychologique : le choc est réel et profond.

Les victimes de ces casseurs, ces ennemis de la République, sont aussi nos commerçants qui font vivre l?âme de nos quartiers. Je vous le dis : ils sont terrifiés, apeurés. Ils ont vécu un réel traumatisme d?autant plus fort qu?à deux semaines des fêtes de Noël qui leur permettent de réaliser une part significative de leur chiffre d?affaires à Noël, le bilan économique est désastreux pour Paris. Ils sont parfois contraints de fermer boutique pour réparer ou pour éviter de subir les foudres des casseurs.

La réponse de la Mairie de Paris doit être à la hauteur des événements. C?est pourquoi je propose la mise en place d?une cellule de crise économique qui reprendra les propositions formulées à l?instant par Florence BERTHOUT. Notre solidarité doit se traduire de manière plus concrète.

La situation d?urgence, dans laquelle nous nous trouvons, appelle à une réaction rapide et doit nous conduire à nous poser des questions. Le 8 décembre, malgré la doctrine préfectorale de quadrillage, de réactivité et de mobilité, comment se fait-il que, dans certains quartiers, certains habitants ont vu que la situation n?était pas maîtrisée, malgré l?importance des forces déployées ? Je pense notamment au quartier de la Plaine-de-Monceau et aux rues Jouffroy-d?Abbans et de Tocqueville où le bilan est très lourd. Laisser un acte 5 le week-end prochain dériver dans nos quartiers sans anticipation et pré-positionnement serait irresponsable et rouvrirait la porte aux casseurs et ultras, dont certains manipulent une partie de notre jeunesse. On ne pourra pas dire que l?on ne savait pas. L?autorité de l?Etat doit s?affirmer pour assurer la sécurité de tous. La justice doit passer. Les Français et les Parisiens attendent la plus grande fermeté à l?égard de ces casseurs. Nos commerçants attendent une solidarité municipale à la hauteur du préjudice subi. Il faut agir vite. Il faut anticiper et il faut en finir avec ce chaos.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur BOULARD. Je donne la parole à M. PENINOU, pour le groupe DP.

M. Mao PENINOU. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, Paris vient de vivre - vit peut-être encore - une crise comme elle en a connu parfois : revendicative, convulsive, radicale, violente. C?est un moment particulier, mais aussi un mouvement particulier, à la fois articulé sur des revendications que chacun peut comprendre, d?aspirations à vivre mieux et à plus de justice sociale, mais aussi sur des expressions contradictoires et parfois, mes chers collègues, reconnaissons-le, très loin du progressisme. Je tiens tout d?abord à féliciter les forces de l?ordre comme l?ont fait mes différents collègues pour leur travail, leur capacité d?adaptation qui ont sans doute permis que les violences, si elles ont produit des dégâts matériels inacceptables, ont limité au maximum les dégâts humains et c?est bien ce que nous en attendons. Evidemment, vous me permettrez un mot particulier, parmi les personnels de la Ville, pour ceux de la Direction de la Propreté, en particulier la chef de service de la circonscription de la fonctionnelle, Dominique OUAZANA, mais aussi l?ensemble des agents de la circonscription fonctionnelle et, plus largement, l?ensemble des agents de la Propreté, très largement mobilisés jour et nuit, et l?administration parisienne - Madame la Secrétaire générale, cela s?adresse aussi à vous. Je crois que nous avons, dans l?ensemble?

(Applaudissements).

Je crois que nous avons, dans l?ensemble, réussi, dans une grande difficulté, à passer ce cap et à nous mobiliser. Nos agents nous ont montré aujourd?hui, comme ils l?ont fait à maintes reprises ces dernières années, qu?en temps de crise, nous pouvons compter sur eux. C?est rassurant pour nous ; c?est rassurant pour les Parisiennes et les Parisiens.

Au-delà de cela, et à l?heure de ce Conseil, je crois que plusieurs questions se posent, suite aux interventions de vous, Monsieur le Préfet, et de vous, Madame la Maire.

À vous, Monsieur le Préfet, je voudrais poser quelques questions : comment comptez-vous continuer à adapter la stratégie des forces de l?ordre ? Nous avons bien vu que les événements de ces derniers jours sont exceptionnels. Exceptionnels, sans doute par l?intensité des violences ; exceptionnels aussi par leur localisation. Il est vrai que nous en entendons moins parler quand cela se passe dans l?Est parisien que dans l?Ouest parisien, sans doute une question d?habitude. Quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour prévenir ce qui mêle à la fois des groupes radicaux - mais ce n?est pas tout à fait nouveau dans notre pays - et d?autres, moins militants ou pas militants, mais qui, dans un mouvement social, se laissent embarquer dans la violence ? Ce n?est pas, là aussi, quelque chose de tout à fait nouveau, mais c?est souvent le plus dangereux, comme vous le reconnaîtrez, Monsieur le Préfet.

Deuxième question : nous avons vu se multiplier, notamment à l?occasion de la manifestation de samedi dernier, des arrestations préventives. C?est un concept quelque peu particulier, Monsieur le Préfet, vous le reconnaîtrez. Il rappellera à certains d?entre nous des romanciers américains du type de Philip K. Dick, mais ce qui m?intéresse surtout, c?est de savoir sur quels critères, comment et avec quel résultat et quelle efficacité ?

Troisième question, Monsieur le Préfet, des mouvements lycéens se sont mis en place ces derniers jours, de manière sporadique, on connaît la manière dont cela peut s'enflammer, on connaît la manière dont là aussi cela peut être manipulé par des éléments violents. Là aussi quelle est votre stratégie pour protéger nos enfants, disons-le clairement ?

Deuxièmement, série de questions à la Maire de Paris.

Le Président de la République, vous l'avez souligné dans votre intervention, est intervenu hier soir pour annoncer une série de mesures sur le pouvoir d'achat, notons tout de même que ce sont les plus puissantes depuis le Gouvernement Jospin, au passage, c'est un fait. En nombre en tout cas, c'est difficilement contestable.

Mais au-delà de ces mesures sur le pouvoir d'achat, il a annoncé la mise en place d'une concertation nationale portant sur le partage des richesses, le financement de la transition écologique, et la question de la démocratie.

Comment Paris compte-t-elle y prendre part ? Sur deux plans, d'une part, en termes de solidarité. Car s'il y a eu relativement peu de mobilisations de Parisiennes et Parisiens parmi les "Gilets jaunes" en tout cas, de ce que l'on a pu constater, il y en a eu plus dans notre proche périphérie et encore plus dans notre grande périphérie. Comment peut-on articuler, au-delà de la question de la Métropole qu'il faudra sans doute relancer, ceci avec le reste ? Deuxième question, mais vous y avez d'ores et déjà répondu, je comptais vous demander comment vous comptiez vous inscrire dans cette concertation, nous partagerons évidemment et nous nous engagerons évidemment dans le processus que vous avez annoncé. Enfin, je voudrais, comme d'autres collègues, terminer par un appel à l'apaisement. Evidemment, en démocratie c'est indispensable, un appel à l'apaisement de tous les côtés évidemment. Mais soyons clairs, mes chers collègues, cela passe aussi pour les élus que nous sommes par l'abandon de postures tactiques et de positionnements cyniques. Le monde nouveau auquel nos concitoyens aspirent, c'est ensemble que nous le construirons et il n'y a qu'ensemble que nous pouvons le construire pour peu que chacun accepte un peu de se remettre en cause. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous, Monsieur PENINOU.

Madame Léa FILOCHE, vous avez la parole, pour le groupe EGCP.

Mme Léa FILOCHE. - Merci, Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, beaucoup de choses ont déjà été dites dans cet hémicycle à l'instant, mais aussi en dehors.

Depuis plus de trois semaines, et le début de la mobilisation, on a entendu des commentateurs divers pour qualifier le mouvement des "Gilets jaunes".

Un a retenu mon attention, une fois n'est pas coutume, je souhaite reprendre les paroles de François BAYROU qui disait à juste titre le 30 novembre dernier : "Nous ne pouvons pas gouverner contre le peuple".

J'accentuerai ce propos aujourd'hui : on ne peut vraiment plus gouverner contre le peuple.

Des actes sont inadmissibles évidemment, bien entendu. Loin de moi la volonté de cautionner une quelconque violence. Le mouvement social n'en sort jamais grandi.

Dans ce contexte, Madame la Maire, je tiens à saluer tous les agents qui, au plus près des Parisiens, assurent le service public de proximité du quotidien.

Je vous salue toutes et tous ici dans cet Hôtel de Ville, dans les mairies d'arrondissement, dans les secteurs, car vous avez réussi à allier sang-froid, efficacité, et réactivité, qui sont des qualités précieuses pour toutes celles et tous ceux qui vivent, travaillent ou visitent Paris.

Je souhaite aussi, Madame la Maire, vous remercier de ne pas avoir cédé à la panique vers laquelle le Gouvernement voulait nous mener, en répondant, en organisant, en associant à toutes les étapes des dernières semaines.

Mais tout ceci malheureusement ne suffit pas, notre Président rabaisse bien trop souvent celles et ceux qui composent le peuple. Il entretient volontairement par ses propos et par ses choix politiques la division en n'écoutant qu'une partie des citoyens les plus aisés : la suppression de l'I.S.F., la baisse des A.P.L., la mise à mal des services publics, les attaques contre le logement social, et je ne parle pas des taxes qui devaient financer la transition écologique et finalement financeront le fameux déficit des 3 %.

Les petites phrases d'hier trop nombreuses et les annonces d'aujourd'hui bien faibles ne sont pas des réponses à la hauteur, car il faudrait transformer profondément le système actuel.

Alors on peut partager ou non cet objectif, c'est certain. Mais voir des lycéens parqués, forcés à s'agenouiller les mains sur la tête, voir des manifestants les bras en croix qui se prennent une munition de flash-ball en plein ventre, voir les images nombreuses de jeunes qui se font rouer de coups alors qu?ils sont déjà au sol, les images des journalistes visés par les forces de l'ordre alors qu?ils sont reconnaissables, ces images sont des faits inacceptables !

Inacceptables ! Et les images de tabassage en règle des détenteurs de l'autorité publique sont tout aussi insupportables.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Madame Léa FILOCHE, on n'est pas obligé de crier, et en face vous pouvez écouter. Et tout le monde redescend d'un ton. Continuez, Madame FILOCHE.

Mme Léa FILOCHE. - Je me fais entendre.

Les images de tabassage en règle des détenteurs de l'autorité publique sont tout aussi insupportables, mes chers collègues, bien entendu.

La responsabilité du Gouvernement est d'écouter, de comprendre, puis de répondre avec respect et non avec des grenades assourdissantes.

Un silence de plus de trois semaines alors que ce mouvement social est soutenu massivement par les Français, est d'autant plus bruyant de samedi en samedi.

Celles et ceux qui se nomment les "Gilets jaunes" n'étaient jusqu'ici que des ombres silencieuses, pour une grande partie de la classe politique.

Ils font irruption dans l'espace public médiatique, on peut comprendre leur maladresse, surtout leurs exaspérations qui se transforment au fur et à mesure des semaines en exigences et en revendications.

Il est totalement irresponsable d'être sourd si longtemps à ces signaux de détresse envoyés par bon nombre de concitoyens. La justice sociale réclamée par les "Gilets jaunes" n'est pas contradictoire malgré ce que certains veulent nous faire croire, avec l'urgence écologiste.

La troisième marche pour le climat qui a eu lieu samedi dernier l'a d'ailleurs très bien démontré.

La colère dans nos rues est de la responsabilité du Gouvernement, de sa politique libérale qu'il a choisi de mener, à lui et seulement lui de réparer ses erreurs et les conséquences de ses erreurs. Les commerçants, les riverains, les Parisiennes et les Parisiens le savent bien.

Le groupe "Génération.s" a déposé un v?u dans lequel nous demandons que les forces du maintien de l'ordre arrêtent d'utiliser les grenades GLI-F4, celles qui font énormément de dégâts et sont responsables de séquelles très importantes.

Les flash-balls aussi continuent de blesser gravement, notamment lorsqu'ils sont utilisés à bout portant dans les manifestations.

Dans l'expression "ordre républicain", il y a certes "ordre", mais aussi "républicain", et le terme "républicain" veut aussi dire que les moyens utilisés pour maintenir l'ordre public ne soient pas des moyens qui mutilent, humilient, ou mettent en danger les manifestants. Nous devons continuer d'être ambitieux pour les Parisiennes et Parisiens. Et sincèrement, nous le faisons, Madame la Maire, et ce que vous venez d'annoncer sur les conférences de consensus sur le thème de la transition écologique en est certainement une illustration. Nous aurons sûrement aussi à travailler sur les questions sociales, nous nous y retrouverons. Le Gouvernement doit répondre aux revendications du mouvement social en cours, les annonces d'hier sont très en deçà des attentes. Le mouvement social a permis de faire plier en partie le Gouvernement, et c'est une étape, mais le Président doit entendre que les plus riches d'entre nous doivent participer plus et mieux à la distribution des richesses et donc le rétablissement de l'ISF. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame FILOCHE.

La parole est à Maud GATEL, pour le groupe UDI-MODEM.

Mme Maud GATEL. - Merci.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, mes chers collègues, la colère, c'est la trame de fond de cette tragédie dont Paris a été la victime ces quatre derniers samedis.

La colère qui mène certains de nos compatriotes à converger vers la capitale pour manifester.

Une colère à laquelle se mêlent des criminels pour casser, agresser et dont les actes doivent être condamnés avec la plus grande fermeté sans la moindre ambiguïté.

La colère, la nôtre, et celle de tous ceux qui aiment Paris, de voir des symboles de la nation attaqués, des magasins pillés, des voitures calcinées, du mobilier urbain détruit, des habitants pris à partie.

A la suite de ces événements, nous tenions à réitérer nos remerciements et hommage à celles et ceux, policiers, gendarmes, pompiers, agents de la Ville, qui dans des conditions parfois extrêmes, avec professionnalisme, abnégation et compétence ont apporté à cette colère aveugle la meilleure des réponses : accomplir leur mission, servir leurs concitoyens, protéger aussi longtemps que possible et réparer.

A nous maintenant, conseillères et conseillers de Paris, nous ne sommes pas là pour débattre des mesures à prendre par le Gouvernement pour répondre à la fracture sociale et démocratique ancienne, mais exprimée avec force ces dernières semaines.

C'est la seule responsabilité de l'Etat que vous, Monsieur le Préfet de police, représentez.

Et n'en déplaise à certains, nous ne sommes pas à l'Assemblée nationale, ni au Sénat, ni aux Nations unies. Chacun doit rester à sa place, avec humilité, sans ignorer la réalité, sans récupération. Durant ce mouvement, il y a eu de trop nombreux responsables irresponsables, attisant le feu, espérant récolter les fruits. Mais on ne bâtit rien sur des ruines. Un contrat social et civique doit être redessiné par le dialogue, chacun à sa place, chacun dans son rôle, avec détermination et efficacité. C'est aussi le message de ces mobilisations.

Voilà, en tant qu?élus de la Capitale, notre seule responsabilité. Voilà ce que les Parisiens attendent de leur Ville et de leurs responsables : restaurer l'ordre. Pour ce faire, comme cela a été dit, nous devons veiller à la bonne coordination des moyens mis en place entre la Ville et la Préfecture de police de Paris, et tirer les enseignements des derniers événements. Nos forces de l'ordre sont reconnues pour leur maîtrise des situations sensibles. Pour autant, la philosophie sous-jacente au maintien de l'ordre a paru dépassée par une nouvelle forme de mobilisation plus protéiforme : des rassemblements non déclarés et d'ailleurs difficiles à sécuriser, comme vous l'avez rappelé.

Samedi dernier, le mode opératoire a évolué. Couplé à un déploiement exceptionnel des forces de l'ordre, il a permis de garantir le droit de manifester tout en évitant que la situation ne dégénère davantage. Pour autant, aucune situation, quelle que soit sa gravité, ne doit autoriser à s'affranchir des principes de l'Etat de droit. Manifester est un droit constitutionnel. Il ne peut y avoir d'interpellations préventives, mais uniquement des interpellations liées à un délit, et le droit de manifester n'en est pas un. De la même manière, l'utilisation de la force doit être proportionnée et la déontologie des forces de sécurité, garantie. Je vous remercie, Monsieur le Préfet, de vos propos sur le sujet.

Il nous convient aussi d'accompagner et soutenir les commerçants touchés, éc?urés, parfois traumatisés. A ce titre, nous réitérons notre demande de guichet unique auprès du Fonds d'indemnisation pour les commerçants, afin de faciliter leur démarche et les accompagner dans leurs demandes d'indemnisation, et accompagner également les habitants victimes d?une dégradation de leur bien. Bien sûr, l'Etat devra rembourser les dégâts. C'est de droit, et une obligation juridique. C'est aussi une obligation morale. Ce sera le cas, comme cela a été fait par le passé, mais la Ville peut accompagner cette démarche.

Troisième point : veiller à l'espace public. Lors des manifestations, le mobilier urbain et des barrières de chantiers ont servi d'armes par destination aux casseurs. J'entends la difficulté à sécuriser un espace public non délimité, mais nous devons tirer les enseignements de cela pour permettre à la Ville de mieux anticiper des besoins à l'avenir.

Quatrième point : valoriser l'image internationale de la Capitale. Notre ville a souffert, il faut la réparer. Non seulement pour ses habitants, mais aussi pour que son rayonnement international ne soit pas entamé. Face aux inquiétudes de la communauté internationale, il nous faut envoyer des signaux forts pour rassurer et attirer à nouveau les touristes sur notre territoire.

Enfin, travailler à la meilleure manière d'informer les citoyens. En la matière, on peut toujours s'améliorer. Merci, donc, Monsieur le Préfet de police, de vos propositions quant à la pérennisation du circuit de travail et d'information mis en place ces derniers jours. Nous avons une responsabilité collective pour informer, relayer l'information et faire remonter les préoccupations et attentes des citoyens. Chacun à sa place - Exécutif, maires d'arrondissement, élus et Préfecture de police - doit prendre ses responsabilités dans le cadre de ses prérogatives pour permettre à notre ville de panser ses plaies.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame GATEL.

Monsieur Rémi FÉRAUD, président du groupe Socialiste et Apparentés, vous avez la parole.

M. Rémi FÉRAUD. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, chers collègues, samedi 1er décembre et samedi 8 décembre, Paris a connu des journées de violences inacceptables. Alors que de nombreux Français voulaient exprimer leur colère, leur mécontentement, des individus violents et des groupes de casseurs ont semé le chaos dans plusieurs quartiers de Paris, agressant les forces de l'ordre, détruisant le mobilier urbain, brisant les vitrines, pillant les magasins.

Le 8 décembre, désireux de se protéger, beaucoup de commerçants parisiens avaient fermé leurs portes préventivement, ce qui leur a causé également un très important manque à gagner en cette période de fin d'année traditionnellement importante. Je sais qu'aujourd'hui la Ville est très mobilisée à leurs côtés pour obtenir des indemnisations rapides de la part des assurances.

J'espère que l'Etat va également mobiliser des moyens exceptionnels pour venir en aide aux commerçants parisiens durement touchés, ainsi qu?à notre Ville d'ailleurs, qui ne peut en la matière se substituer une nouvelle fois financièrement à la responsabilité de l'Etat.

Au nom de mon groupe, je veux remercier à mon tour très sincèrement les forces de l'ordre - policiers et gendarmes - qui ont été déployées dans Paris pour protéger notre ville et nos concitoyens, les manifestants pacifiques comme les institutions de la République. Remercier les sapeurs-pompiers qui ont porté secours et éteint de nombreux départs de feu. Remercier les personnels hospitaliers qui ont dû faire face à un afflux important de blessés, ainsi que les personnels de justice mobilisés pour les comparutions.

Je pense également tout particulièrement aux agents de la Ville de Paris, qui ont travaillé sans relâche pour assurer la sécurité de nombreux sites, nettoyer l'espace public, assurer la coordination des différents services de la Ville. Permettez-moi de féliciter la Secrétaire générale de la Ville, Aurélie ROBINEAU-ISRAËL, afin qu?elle transmette, au nom des élus de mon groupe, nos plus sincères remerciements à l'ensemble des agents de la Ville. Je veux tout particulièrement remercier les services de la propreté, qui ont procédé à de nombreux dé-graphitages, en particulier de monuments, et rappeler à cette occasion que le patrimoine de la Nation mérite le respect de tous.

Je vous remercie, Monsieur le Préfet, de nous avoir permis de partager avec vous des informations essentielles en vue de la journée du 8 décembre. Nous avons vu la différence avec la semaine précédente.

Il est indispensable que les élus parisiens, élus de la République, les maires d'arrondissement, l'équipe municipale parisienne, soient associés, écoutés dans leur connaissance du terrain, informés afin d'ajuster au plus près les mesures préventives, les fermetures d'équipements, l'information du public. Je pense que la préparation de cette journée nous servira également à l'avenir.

J'espère que Paris ne connaîtra plus les violences qu'elle a connues ces dernières semaines. Nous souhaitons tous l'apaisement, mais il est aujourd'hui de la responsabilité du Gouvernement de tout faire pour apaiser cette colère, répondre aux interrogations des Français, protéger nos villes de désordres et de dégâts inacceptables, dont sont victimes les habitants et les commerçants, et qui pèsent lourdement sur l'image internationale et l'attractivité de Paris. Je ne suis pas certain que l'intervention du Président de la République, hier soir, y suffise, même si, pour beaucoup, elle constitue un premier pas sur le fond et sur la forme. Car s'exprime dans notre pays une revendication d'égalité, profondément inscrite dans notre histoire nationale, qu'il faudra prendre en compte entièrement et durablement.

Pour ma part, j?ai la conviction que le développement économique, l'attractivité et la création de richesses ne servent à rien s?ils ne sont pas mis au service du bien commun, de la justice sociale, de la solidarité et, aujourd'hui, de la transition écologique. C'est d'ailleurs tout le sens de l'action que nous menons à Paris et c'est le message que beaucoup de Français ont voulu envoyer dans ce mouvement des "Gilets jaunes", au-delà de sa diversité et de la crise profonde qu'il révèle dans notre société.

Je souhaite très sincèrement que ceux qui sont aujourd'hui à la tête du pays l'entendent et le mettent en ?uvre. Car si nous sommes et serons toujours du côté de ceux qui défendent l'ordre public et les institutions républicaines, nous savons aussi que la seule réponse possible à la situation de la France, et par conséquent de sa Capitale, est politique et sociale.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur Rémi FÉRAUD.

Madame SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Cessez de ne voir l'insurrection citoyenne des "Gilets jaunes" qu'au prisme de la violence, de la casse et des dégâts économiques pour Paris, ses Champs-Elysées et ses beaux quartiers. Ne passez pas à côté de l'histoire, celle d'un peuple qui se révolte contre l'injustice fiscale et les inégalités, qui exige que l?on s?attaque aux causes du dérèglement climatique et qui ne se sent pas représenté, tellement le pouvoir est à la solde des premiers de cordée et incarne un régime oligarchique bien plus qu'une république. Cessez vos comparaisons avec les terribles attentats terroristes, qui ne révèlent que votre obsession de l?attractivité libérale, totalement déconnectée du ras-le-bol de celles et ceux qui se sentent relégués dans des territoires, justement du fait de l'attractivité des centres métropoles.

Oui, les "Gilets jaunes" sont sans doute les "sans-culottes" du XXIe siècle, héritiers de la Commune. Face à eux, ne vous recroquevillez pas dans des postures sécuritaires et libérales relevant d'un syndrome versaillais. Oui, il y aura un acte V ce samedi, je l'espère à la hauteur de la colère face au monarque qui ne change pas de cap, qui nous vend de la poudre de perlimpinpin.

Les riches et les actionnaires peuvent sabrer le champagne, leurs privilèges restent intacts. Le peuple payera lui-même les pseudo-avancées concédées, avec rien pour l'écologie, rien pour la démocratie.

Le peuple crie "rendez l'argent et le pouvoir au peuple". Comme depuis le premier jour, je manifesterai ce samedi avec les "Gilets jaunes".

Thiers ou Victor Hugo, il faut choisir. Cette dernière citation de Victor Hugo?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, il faut conclure !

Mme Danielle SIMONNET. - Savez-vous pourquoi Paris est la ville de la civilisation, parce que Paris est la ville de la Révolution.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Monsieur BOUTAULT, vous avez la parole, pour une minute dix, puisque c'est le temps qui reste à votre groupe.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Je voudrais saluer d'abord le dévouement des services de la Ville, la DPE, la DPSP, la DVD. Je souhaite que leur travail mené au cours de ces deux samedis soit reconnu et que l'on étudie la possibilité de leur accorder une prime, en raison de leur dévouement exceptionnel.

Je souhaite aussi que nous soutenions, et je leur ai apporté moi-même mon soutien, les commerçants et particulièrement les artisans de la rue Saint-Denis et des Grands Boulevards, victimes des dégradations et que l'ensemble des commerçants parisiens soient aidés.

De quoi sera fait samedi prochain ? Je souhaite que l'apaisement soit de mise, mais comment y croire. Je doute que les réponses du Président de la République soient à la hauteur de la colère sociale exprimée. Elles ne règlent pas sur le fond la question des inégalités et font porter sur les contribuables et non pas sur les entreprises les plus pollueuses, les mesures sociales décidées hier. On est loin de la transition écologique.

Or, aujourd'hui, on ne peut plus répondre aux inégalités sociales sans lutter contre les injustices climatiques, et c'est cela que nous avons appris de ce mouvement. Ne rien concéder aux écologistes qui manifestent pacifiquement lors de la Marche climatique ne doit pas, je l'espère, laisser supposer que l'on cède à la violence et que l'on méprise ceux qui revendiquent pacifiquement. Ce serait un très mauvais message, notamment à l'égard de la jeunesse qui se mobilise actuellement contre "Parcoursup" et les inégalités.

La transition écologique devra être au c?ur des débats dans la période qui vient et, puisqu'il ne me reste que le temps de conclure, je veux dire ici que nous participerons bien volontiers aux conférences de consensus dans les arrondissements, parce que c'est là que nous aborderons les vraies solutions avec les habitants eux-mêmes.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur BOUTAULT.

Merci pour l'ensemble de ces prises de parole.

Je vais donner la parole à Colombe BROSSEL pour vous répondre au nom de l'Exécutif, puis bien sûr à M. le Préfet de police.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci beaucoup, Madame la Maire, et merci à l'ensemble des intervenants d'avoir, au cours de ce débat, finalement continué à porter une image d'unité des élus parisiens, au-delà des questions toute légitimes posées par les uns et par les autres. Je crois que, dans cette période complexe, dans cette période troublée, pouvoir faire en sorte que les Parisiens, les Parisiennes, les commerçants, l'ensemble des acteurs économiques mais également au-delà, au-delà de nos frontières, ceux qui nous regardent puissent nous voir unis, unis à leur côté, est un signal évidemment positif, et que nous avions souhaité porter.

Permettez-moi de renouveler, je l'ai fait rapidement hier, mes remerciements et mon soutien à l'ensemble de ceux qui ont contribué à la sécurisation de Paris, qu'ils soient des agents qui ont l'habitude de participer à ces dispositifs de maintien de l'ordre ou que ce soit, et M. le Préfet nous l'avait annoncé, des effectifs de nos commissariats qui ont participé à ce dispositif. Je n'oublie évidemment pas les pompiers ou l'ensemble des associations, Croix-Rouge, protection civile, qui ont contribué à ce dispositif.

Néanmoins, permettez-moi de revenir sur cette journée et sur les traces qu'ont laissé dans notre ville ces scènes de chaos incroyables que nous avons pu voir se dérouler tout au long de ce funeste samedi.

Douze arrondissements ! Douze arrondissements ont vu, ont connu des incendies, des dégradations, du pillage, du vandalisme, que ce soit de commerces, de véhicules, de mobiliers urbains : le 1er, le 2e, le 3e, le 4e, le 7e, le 8e, le 9e, le 10e, le 11e, le 12e, le 16e et le 17e arrondissement, mes chers collègues. Ce bilan est incommensurable. Nous avons comptabilisé 150 départs de feu, nos services ont repéré 75 véhicules incendiés, 48 vandalisés. Ces dégradations sont considérables dans l'espace public, elles le sont encore plus en ce qui concerne les commerces.

Nous n'avons pas aujourd'hui le chiffre exact des commerces qui ont pu être vandalisés ou pillés, ou les deux d'ailleurs. Mais nous avons aujourd'hui des chiffres qui augmentent, jour après jour, plusieurs centaines de commerces seront impactés par les violences qui ont eu lieu dans notre Capitale. C'est là aussi considérable.

Et tout ceci dans une ville partiellement morte. 250 services publics avaient été empêchés d'ouvrir : des jardins, des conservatoires, des bibliothèques, des gymnases, l'ensemble des établissements scolaires de la Capitale avaient été fermés, des centaines de commerces n'avaient pas ouvert leurs portes par mesure préventive. Notre vie culturelle était quasiment totalement à l'arrêt, la vie économique pour partie entre parenthèses. Des chantiers ont été arrêtés parce que nous avons tous souhaité qu'ils puissent être sécurisés, et ils n'ont pas tous redémarré depuis lundi matin.

Le mobilier urbain évidemment avait été enlevé. Je le redonne, parce que ce chiffre est révélateur, 50 tonnes de grilles d'arbres ont été enlevées la semaine dernière. Et rien de tout cela n'a évidemment été aujourd'hui réinstallé.

Alors oui, dans chacune de nos têtes, dans chacune des têtes de ceux qui vous parlent, que vous soyez maire d'arrondissement, adjoint ou élu d'arrondissement, il y a la question : on fait quoi samedi prochain ? Parce qu'en effet, cette question est dans toutes les têtes pour savoir ce qui doit être fait et ce que nous allons mettre en ?uvre les uns et les autres, et à cette question, il nous faudra apporter des réponses rapidement.

J'ai déjà eu l'occasion de le dire, pardon, Monsieur le Préfet, je vous rassure immédiatement, je ne ferai pas partie de ceux qui auront un avis de faux technicien ou de faux expert sur les techniques de maintien de l'ordre.

Néanmoins, je le redis, on ne répond pas à une crise politique et sociale uniquement par un dispositif de maintien de l'ordre. On ne répond pas à une crise politique et sociale uniquement par un dispositif de sécurisation et un dispositif sécuritaire.

Nous sommes arrivés au bout. Nous, Parisiens, nous sommes arrivés au bout de cette logique, et ce mouvement, ces revendications, ce désespoir qui se sont exprimés à l'encontre du Gouvernement, à l'encontre d'un certain nombre d'actes politiques posés, posés dans un cadre démocratique ma foi, mais posés par le Gouvernement, aujourd'hui doivent trouver des réponses.

Ce mouvement est ciblé, évolutif certes, mais il faut aujourd'hui y apporter des réponses. Peut-être qu'une part a été apportée hier, peut-être que tout n'a pas été pris en compte, je ne rentrerai pas dans ce débat-là aujourd'hui, mais c'est bien au Gouvernement, au Président de la République que les questions ont été posées, et ce n'est évidemment pas à la Ville de Paris d'y répondre.

Quoique le vote de notre budget hier, n'est-ce pas finalement la part que nous avons prise, nous élus parisiens, dans le soutien au pouvoir d'achat ? Dans l'accompagnement des Parisiens les plus modestes, les plus fragiles ? N'est-ce pas notre engagement à nous en faveur d'une transition écologique, en faveur d'un nouveau modèle de société ? Je le crois, et je crois que le budget que nous avons adopté hier est finalement, à notre échelle et uniquement à notre échelle, et nous ne devons jamais revendiquer plus que d'être ce que nous sommes, mais parfois revendiquons aussi de pouvoir être un laboratoire d'innovation. En tout cas, je le crois et je crois que nous devrons le porter.

Madame la Maire, vous nous avez proposé, dans votre propos introductif, de participer à ce mouvement de débat. Pauline VÉRON le disait, sur les réseaux sociaux, parler, travailler, concevoir avec les habitants, c'est ce que nous faisons tous les jours, que nous soyons sur les bancs de la majorité ou de l'opposition, parce que nous savons à quel point essayer de construire de la politique publique sans les habitants, c'est vain et c'est inefficace.

Alors oui, emparons-nous de cette proposition, Madame la Maire, et allons construire, allons inventer, allons imaginer cet avenir possible parce que cet avenir, je le crois possible avec les habitants, avec les Parisiens. Ils s'en empareront, je n'ai aucun doute là-dessus, et cela nous permettra en effet de pouvoir, à notre échelle, essayer de participer, essayer d?être une part de la résolution de cette crise politique majeure dans laquelle notre pays se trouve.

Je terminerai en rebondissant, Madame la Maire, si vous m?y autorisez, sur les propositions qui ont pu être faites par un certain nombre de collègues. Merci à chacun d?entre vous pour ces propositions, qu?elles soient sur les commerçants ou qu?elles soient vis-à-vis des touristes.

Pour une partie de ces propositions, je repense à celle sur le guichet unique qui a déjà été mise en ?uvre puisque, la semaine dernière, la Maire de Paris a réuni, avec l?ensemble de ceux qui, à un moment donné, vont devoir accompagner les acteurs économiques, les commerçants impactés, pour que justement ils n?aient qu?un seul endroit où déposer l?ensemble de leur dossier d?indemnisation, quelle que soit d?ailleurs la forme de l?indemnisation. Tout ceci a été très clairement expliqué aux commerçants, ceci est donc déjà fait.

Merci, Madame BERTHOUT, vous avez porté d?autres propositions. Nous allons les regarder et Olivia POLSKI rencontrera la semaine prochaine, malheureusement dans une configuration beaucoup plus large, l?ensemble des commerçants qui auront été impactés et touchés par les violences et les dégradations du 8 décembre. Nous regarderons dans cet intervalle les propositions qui auront été faites, mais en effet elles peuvent être intéressantes.

Mon collègue Jean-François MARTINS travaille en direction de tous les opérateurs de tourisme parce que nous avons vu évidemment les conséquences très immédiates de toutes les images qui ont tourné sur les télévisions du monde entier. Nous vous ferons, si vous le souhaitez, soit en Commission, soit par courrier, un retour sur ce qui a été mis en ?uvre.

Je termine par le v?u de l?Exécutif, qui reprend un certain nombre de propositions qui ont pu être faites par les uns et les autres, qui nous permet d?organiser le travail avec l?ensemble des acteurs qui vont accompagner les commerçants, les artisans et les acteurs économiques, et qui demande à chacun d?assumer sa part de responsabilité.

Nous en appelons évidemment à l?Etat, que ce soit pour eux ou que ce soit pour les dommages et les dégradations subis par la Ville de Paris, qui enfin en appelle, c?est une évidence, au Gouvernement, en lien avec tous ceux qui font vivre nos territoires, notre territoire parisien mais également le reste, de pouvoir répondre à la souffrance sociale qui s?exprime au travers de ces mouvements sociaux.

C?est la raison pour laquelle je proposerai au groupe PC de bien vouloir retirer son v?u, considérant qu?il a été intégré au v?u de l?Exécutif. Je ferai la même proposition à Mme SIMONNET, sinon j?apporterais un avis défavorable. Je proposerai au groupe "Génération.s" de bien vouloir retirer le premier attendu de leur v?u car il y est de fait répondu dans le v?u de l?Exécutif.

Je crois que le troisième attendu est une évidence démocratique dans notre Assemblée. M. le Préfet de police a toujours souhaité pouvoir dialoguer avec les élus de la 3e Commission. Nous trouverons le moment où ce sera opportun. Nous l?avons déjà fait à plusieurs reprises et je crois que ce sont des moments importants pour les élus parisiens que nous sommes.

Je vous propose de modifier le second attendu de votre v?u, afin que la Maire de Paris interpelle le Ministre de l?Intérieur concernant l?usage fait des grenades explosives GLI-F4, de leurs conséquences et, le cas échéant, leur calendrier de suppression. Si vous en êtes d?accord, j?apporterai un avis favorable à votre v?u.

Merci encore, mes chers collègues, pour vos expressions, vos propositions. Tous ensemble nous allons avancer et c?est unique, nous serons plus forts, et nous le serons pas pour nous-mêmes mais pour l?ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Merci à vous.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Colombe BROSSEL.

J?ajouterai que pour la réunion de la semaine prochaine autour d?Olivia POLSKI avec les commerçants, les maires d?arrondissement concernés et les présidents de groupe qui souhaiteront s?y joindre sont les bienvenus, comme nous l?avions fait la semaine dernière pour la réunion après les événements du 24 novembre.

Je donne la parole tout de suite à M. le Préfet pour les réponses.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire de Paris.

Mesdames, Messieurs les Conseillers de Paris, je veux être assez rapide mais je voudrais commencer par deux messages généraux.

Le premier message, c?est pour vous remercier, les uns et les autres, pour les témoignages de soutien aux forces de l?ordre et aux sapeurs-pompiers de Paris que vous avez exprimés lors de ce débat, lors de cette réunion. On ne dira jamais assez combien ils le méritent, combien leur courage a été admirable dans les événements qui nous réunissent cet après-midi.

En deuxième message de portée générale, et pour saluer, Madame la Maire de Paris, Mesdames, Messieurs les Conseillers de Paris, les paroles d?apaisement et de responsabilité qui ont dominé sur ces bancs, si je me mets à ma modeste place de Préfet de police, le meilleur dispositif de service d?ordre et de maintien de l?ordre est évidemment celui qui n?a pas à intervenir.

Je répondrai sur quelques questions ponctuelles que plusieurs d?entre vous ont pu évoquer.

D?abord, sur le sujet de l?indemnisation, je précise qu?il y a un article législatif dans le Code de sécurité intérieure, le L. 211-10, qui prévoit les conditions dans lesquelles la responsabilité de l?Etat peut être engagée. Ce texte peut et sera mobilisé dans le cadre de l?indemnisation des dommages subis par des particuliers.

Le texte aura également lieu de jouer au regard de la collectivité publique. C?est la règle de droit et je ne vais pas rentrer ici dans le détail des conditions posées par la jurisprudence ou autres, mais le cadre de droit existe et il sera bien sûr appliqué.

Quelques questions ont été ciblées sur des aspects un peu opérationnels et ponctuels, mais je les assume volontiers. Une interrogation, qui est souvent venue, qu?a exprimée M. AURIACOMBE mais d?autres l?ont évidemment exprimée ailleurs que dans cette enceinte : le tombeau du Soldat inconnu, plus exactement l?Arc de Triomphe le 1er décembre, pourquoi ?

Il y avait des moyens en place, bien sûr, mais il y a eu à six reprises des vagues de manifestants, puis le territoire a été repris, avec des faits de violence extrême. Souvenez-vous de l?image de ce fonctionnaire d?une de nos compagnies d?intervention qui a été pris à partie et qui a failli être molesté. On a d?ailleurs vu un "Gilet jaune" lui prêter secours. Je précise d?ailleurs que c?est la police judiciaire parisienne qui est saisie de ce fait et que l?enquête progresse. Ce n?est pas faute de volonté, bien entendu, mais ensuite c?est une question de rapport de force au regard de la détermination et de la violence qui s?exprimaient sur le plateau de l?Etoile.

Beaucoup de questions portaient sur le thème des interpellations "préventives". Il n?y a pas eu d?interpellations préventives. Il y a eu des contrôles en amont, des interpellations se sont passées la veille notamment du 8 décembre, mais à chaque fois les dossiers, validés par l?autorité judiciaire, ont été nourris sur des faits.

En particulier, les interpellations, qui ont pu avoir lieu dans différents territoires de notre pays la veille du 8 décembre, sont le fruit d?un travail remarquable qui a été mené par nos services, notamment la Direction du Renseignement, pour identifier à partir de la vidéo-protection les personnes qui s?étaient livrées à des dégradations. Le Parquet a donc validé la démarche dès lors que pouvait être établi le lien à une personne et des faits révélés par ces images. La plupart des interpellations de la veille du 8 décembre portaient sur des faits et des exactions qui avaient eu lieu le 1er décembre pour nourrir le dossier. Il faut donc bien voir ce qu?il s?est passé, mais évidemment ces interpellations ont eu un effet en évitant que viennent sur le territoire parisien des individus qui déjà s?étaient livrés à ces violences.

Quant au contrôle que j?ai appelé en amont, que nous avons fait dans les gares, aux péages, ils étaient adossés à des réquisitions du Procureur de la République dans un cadre judiciaire, et ont été interpellées les personnes, ou qui portaient sur elles des armes par destination, ou dont tout indiquait qu'elles se regroupaient pour participer à un attroupement ou à une manifestation violente. C'est le cadre juridique qu?a fixé le parquet et c?est ce cadre juridique qui a permis d'agir. Mais je redis l'efficacité de ces contrôles en amont, y compris certains contrôles plus ciblés mais je ne vais pas aller dans le détail.

La question qui est revenue et je comprends qu'on la pose est celle-ci : comment adapter la stratégie des forces de l'ordre, comme M. Mao PENINOU l'a évoqué ? Je dirais que c'est un enjeu constant que de s'adapter aux comportements. On a eu affaire, comme je l'ai indiqué, je crois, à des phénomènes de type guérilla urbaine, à des groupes très répartis sur le territoire parisien, très violents, et on ne gère pas un tel événement comme une manifestation plus classique de revendications sociales, comme notre territoire parisien en a l'habitude.

Quant aux groupes radicaux que vous avez cités, on s'occupe de leur situation dans le cadre des règles de droit avec, lorsque c'est juridiquement possible, les techniques que permet la loi de juillet 2015 sur le renseignement ou bien avec le ciblage auquel nous avons pu procéder le matin du 8 décembre sur un certain nombre de personnes qui venaient sur la manifestation et qui ont fait l'objet précisément de ces contrôles d'amont que vous avez nommés, Monsieur le Conseiller, "arrestations préventives", mais je vous dis pourquoi cette qualification n'est pas adaptée. Ces interpellations - ce ne sont pas des arrestations mais des interpellations - sont liées à la constatation de manquements à la règle de droit, manquements sanctionnés par le Code pénal.

De manière plus générale, je retiens de beaucoup de vos propos - beaucoup sont intervenus - le thème de la violence et du droit de manifester. Notre monde est marqué, on le voit bien, par une dérive qui banalise la violence dans bien des cas. Au regard du droit de manifester, c'est une situation qui est regrettable, qui est déplorable. Le droit de manifester est un droit constitutionnellement garanti, et le rôle du Préfet de police, le rôle des services de la Préfecture de police est de permettre à ce droit de s'exercer, et nous sommes toujours satisfaits lorsque des manifestations se déroulent sans violence.

Je vais vous donner trois exemples.

Le 24 novembre, alors qu?il y avait les événements que nous avons évoqués, notamment dans le quartier des Champs-Elysées, se déroulait la marche contre les violences faites aux femmes, qui a réuni 12.000 personnes et qui n'a posé aucune difficulté car elle s'est déroulée dans le calme le plus absolu.

Le 8 décembre, s'est déroulée la marche pour le climat et elle n'a posé aucune difficulté. Pourquoi avais-je dit qu'il eut été préférable qu'elle n'ait pas lieu ce jour-là ? Non pas parce que je craignais que cette marche crée des incidents en elle-même. Il y avait deux autres raisons. D?une part, c?était la crainte que cette marche puisse être une cible pour un certain nombre de manifestants venus dans Paris, dont on sait bien que la marche pour le climat n'était pas forcément leur logiciel, comme l'on dit. D'autre part, c'était la crainte que j'avais de voir des moyens de police détournés alors que j'en aurais eu besoin ailleurs. C'est ce qui nous a conduits à demander au P.S.G. d'annuler son match de football ce jour-là. Mais il n'y avait aucune crainte par rapport au risque que présentait cette marche en tant que telle, et elle s'est déroulée sans violence.

Enfin, aujourd?hui, en début d?après-midi, nous avons eu une manifestation de lycéens qui est partie de la place Saint-Michel, qui a traversé le Quartier latin et qui est allée vers le ministère. A cette heure, cette marche s'est produite sans aucun incident. Le droit de manifester est un droit qu'il faut accompagner, qu'il faut évidemment vivifier, mais c'est autre chose que de se livrer à des violences.

Et ce que je n'accepte pas d'entendre, c'est de laisser penser que ce sont les forces de l'ordre qui déclenchent des violences. Ce sont des affirmations sans fondement et on ne doit pas les laisser prospérer.

Je veux en dernier lieu, Madame la Maire, souligner de nouveau l'importance que j'attache - même si on n'a peut-être pas été parfait mais qui est parfait ? - au lien entre la Préfecture de police et les élus, élus de la Mairie centrale, vos équipes, les maires d?arrondissement, l'ensemble des élus de la Capitale. Je pense que l'on a mis en pratique des modalités qui ont été jugées globalement très satisfaisantes le 8 décembre, comme je l'ai dit dans mon propos introductif. Nous continuerons à les faire prospérer et à les utiliser ; c'est l'intérêt de tous, c'est l'intérêt général, c'est l'intérêt des Parisiens.

Je veux, pour conclure, ajouter un dernier mot pour vous indiquer aux uns et aux autres que vous pouvez compter sur ma détermination, sur mon engagement avec le souci qui me guide d'un ordre public républicain toujours soucieux de la proportionnalité, de la modération quand elle est nécessaire, mais aussi de la fermeté, de la netteté quand elle également nécessaire. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous, Monsieur le Préfet. Merci.

Mes chers collègues, je vous propose de passer rapidement maintenant au vote? Monsieur le Préfet, si vous souhaitez y aller, bien sûr, je vous remercie infiniment. Le vote des v?ux nos 159, 160 et 161.

L'exécutif a déposé?

Madame BERTHOUT ?

Mme Florence BERTHOUT, maire du 5e arrondissement. - Oui, Madame la Maire.

Les membres de mon groupe viennent de découvrir le v?u de l?Exécutif. Je souhaiterais une très courte suspension de séance pour qu?ils puissent prendre connaissance du v?u de l?Exécutif.

Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - La suspension est de droit ; vous avez deux minutes.