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Decembre 2018
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Vœu déposé par l'Exécutif relatif au retrait de la Citoyenneté d'Honneur à Aung San Suu Kyi.

Débat/ Conseil municipal/ Décembre 2018


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons aux v?ux non-rattachés. Le v?u n° 148 est relatif au retrait de la Citoyenneté d'honneur à Aung San Suu Kyi.

Je donne la parole à Hermano SANCHES RUIVO, pour le présenter, puisque c'est un v?u de l'Exécutif.

M. Hermano SANCHES RUIVO. - Mes chers collègues, comme vous le savez, depuis maintenant trois ans, la minorité rohingya subit les pires exactions de l'armée birmane.

Cette répression terrible a provoqué le déplacement de près d'un million de personnes cherchant refuge au Bangladesh, et a engendré une des pires crises humanitaires au monde.

Alors que le dernier rapport de l'O.N.U. présenté en Conseil de sécurité du 24 octobre dernier affirme que le génocide continue, le silence d'Aung San Suu Kyi perdure.

Aung San Suu Kyi n'a non seulement pas pris position, et au contraire elle a défendu la condamnation à 7 ans de prison de 2 journalistes de Reuters pour leur enquête sur les massacres des Rohingyas.

C'est dans ce contexte que nous proposons au Conseil le retrait de la Citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris, qui lui avait été octroyée en 2004.

Ce geste symbolique fort, sans précédent dans l'histoire de la Citoyenneté d'honneur de la Ville entend, comme l'ont fait plusieurs personnalités, villes et organisations non gouvernementales internationales, contribuer à faire pression sur les autorités birmanes pour que cessent les discriminations et les persécutions dont sont victimes les Rohingyas.

Par ailleurs, en solidarité avec la minorité rohingya, il nous est proposé à ce Conseil de voter trois aides d'urgence pour soutenir l'intervention des associations "Electriciens sans frontière", "Première urgence internationale" et "Médecins du Monde " dans les camps de réfugiés rohingyas au Bangladesh.

L'ensemble de ces aides représente un montant de 120.000 euros.

Avec ces décisions, la Ville de Paris reste cohérente dans ses combats, fermement engagée pour le respect de la liberté et la dignité des êtres humains. Merci.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Hermano SANCHES RUIVO.

Sur ce v?u de l'Exécutif, j'ai plusieurs demandes d'explication de vote, je donne la parole à Jean-Didier BERTHAULT.

M. Jean-Didier BERTHAULT. - Merci, Monsieur le Maire.

Effectivement, lors du Conseil de Paris de mars dernier déjà, notre collègue Danielle SIMONNET avait déposé un v?u qui était identique, demandant le retrait de la citoyenneté d'honneur à Aung San Suu Kyi.

Votre adjoint Hermano SANCHES RUIVO lui avait répondu : "La Citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris n'est pas un titre honorifique, elle ne vaut qu'à un instant t pour une femme ou un homme menacé, afin de lui offrir la protection de la Ville de Paris".

Ainsi, c'est à la femme menacée et militante des droits de l'homme et assignée à résidence que s'adressait le Conseil de Paris, et non à celle que nous connaissons aujourd'hui. Votre demande n'a donc pour ainsi dire plus d'objet, nous vous demandons de retirer le v?u.

Alors aujourd'hui, il me semble que les Rohingyas sont autant menacés que c'était le cas il y a 7 mois lors du dépôt de v?u de Mme SIMONNET.

Une nouvelle fois, l'Exécutif se réapproprie donc les propositions d'autres groupes ou d'autres collègues.

Notre position reste invariable par rapport à notre vote de mars dernier, nous ne prendrons pas part au vote même si nous comprenons la démarche, et nous pensons qu'il est temps de doter la citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris d'un cadre intangible, qu'il s'agisse de critères d'attribution ou de déchéance.

J'ai eu l'occasion de le dire en 7e Commission, et je pense que face à une complexité géopolitique internationale qui demande une lisibilité plus importante que celle que nous pouvons avoir depuis notre petit prisme parisien, il serait sage de pouvoir surseoir à un certain nombre d'observations et de décisions à l'emporte-pièce sur des sujets aussi complexes.

Donc, je demande simplement la sagesse sur ce point et que nous puissions avoir un vrai débat sur ce qu'est la citoyenneté d'honneur.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci.

Je rappelle que les explications de vote ne peuvent durer qu'une minute. La parole est à Pierre AURIACOMBE.

M. Pierre AURIACOMBE. - Merci, Monsieur le Maire.

Pour notre part, nous voterons ce v?u, pour deux raisons, avec toutefois une interrogation.

Tout d'abord, il fait peu de doutes aujourd'hui que le comportement d'Aung San Suu Kyi pose problème, notamment vis-à-vis de la minorité rohingya, et quand je dis pose problème, c'est bien au-delà.

Nous le voterons pour cette raison.

Ensuite, pour ce qui est de retirer la Citoyenneté d'honneur, nous y sommes tout à fait favorables.

A un moment, une personne peut avoir eu un comportement tout à fait honorable, notamment sur la scène internationale, et se retrouver quelques années plus tard avoir un comportement inacceptable. Comme on le fait pour la Légion d'honneur, il faut pouvoir retirer la Citoyenneté d'honneur de la Ville de Paris.

Dernière chose, c'est une question, et je m'associerai à ce que vient de dire mon collègue Jean-Didier BERTHAULT, il faut quand même réfléchir au "process" de désignation, car je ne suis pas sûr qu'Aung San Suu Kyi ait complètement changé en quelques années. On peut s'interroger sur ce qu'elle pensait à l'époque sur cette question.

Il faut peut-être réfléchir ensemble à comment on détermine cette citoyenneté d'honneur pour éviter de se retrouver dans ce genre de situation. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Pierre AURIACOMBE. La parole est à Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Monsieur le Maire, nous partageons les prémisses du groupe les Républicains, c'est-à-dire que ce débat est venu plusieurs fois au Conseil de Paris, sur le retrait de la Citoyenneté d'honneur, et nous pensons qu'il faut voter ce v?u et retirer la Citoyenneté d'honneur.

En 2004, quand la citoyenneté d'honneur avait été donnée, on avait une dictature birmane qui oppressait toutes ces populations et pas uniquement cette minorité.

La difficulté que l'on a eue par la suite, c'est que depuis qu'elle est devenue députée, Aung San Suu Kyi a oublié ses autres combats. Il faut revoir ses positions quand des personnes changent de position. Ce n?est pas la première fois que l?on voit des personnes que l?on a défendues pour leur liberté devenir ensuite des oppresseurs pour leur peuple. Malheureusement, dans de nombreuses situations, on voit ce type de changement de position. Il faut, bien sûr, en fonction de l?actualité et en fonction des moments, prendre position et il est important que Paris soutienne ces opposants quand ils s?opposent à une dictature.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Jérôme GLEIZES. La parole est à Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Parfois, il ne faut pas avoir raison trop tôt. Nous avions soutenu les différentes démarches des groupes qui avaient effectivement posé la question de retirer la citoyenneté d?honneur à Aung San Suu Kyi.

Cette femme a été un temps le symbole d?une résistance pacifique à un régime militaire féroce. Cette femme a passé des années de sa vie en prison, puis en résidence surveillée. Cette femme a fait l?objet d?un soutien populaire important mais elle a failli. Elle a failli en étant silencieuse quand les militaires de son pays se sont livrés à une véritable épuration ethnique au Nord du pays. Cette femme a laissé tuer et échapper des centaines de milliers de Rohingyas vers le Bengladesh qui n?a pas les moyens de les accueillir décemment et je suis contente que l?on puisse soutenir plusieurs associations.

C?est une déception immense pour toutes les combattantes et tous les combattants des droits de l?Homme du monde entier mais la décision que nous prenons, avec un peu de retard, est dans la droite ligne de celles prises par les collectivité et universités du monde entier.

C?est loin d?être une décision anodine : elle donne force et valeur à la citoyenneté d?honneur que la Ville octroie à celles et ceux qui, de par le monde, se battent pour leurs concitoyens. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Raphaëlle PRIMET. Je donne la parole à Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Je me réjouis de ce v?u, puisque j?avais présenté un v?u équivalent à deux reprises déjà dans cette Assemblée : en mars 2018 mais, également, en 2017. À chaque fois, il m?avait été répondu : "Non, on ne retire pas un titre de citoyenneté d?honneur. Il est donné pour un instant t. Fermeture du banc".

Je pense qu?il est préférable de savoir changer d?avis et je remercie donc l?Exécutif d?avoir changé d?avis. J?aurais aimé qu?il le reconnaisse.

Car oui, il faut retirer la citoyenneté d?honneur de Aung San Suu Kyi mais, hélas, la Ville retire cette Citoyenneté d?honneur après les décisions d?Amnesty International de retirer le prix d?Ambassadrice de conscience que l?organisation lui avait attribué en 2009 ; après les engagements du Canada, de plusieurs villes britanniques, de Glasgow, d?Edimbourgh, d?Oxford, qui ont également retiré leur titre de Citoyenneté d?honneur ; le musée de l?Holocauste de Washington qui l?a privé de son prix. C?est finalement bien tardivement que notre Assemblée va assumer ce geste. Bien tardivement après l?épuration ethnique des Rohingyas, organisée par l?armée birmane pour laquelle non seulement, dans un premier temps, Aung San Suu Kyi a pu être silencieuse, mais elle a pu avoir des propos qui montraient bien également sa complicité. Je voterai donc pour ce v?u. Je vous remercie. J?avais encore?

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous n?allons pas rentrer dans les détails. Nous sommes au-dessus de cela.

De ce fait, je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 148.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ? Le groupe LRI, si j?ai bien compris, ne participe pas au vote. On est bien d?accord.

Le v?u est donc adopté. (2018, V. 661).