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Juin 2008
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2008, Voeu déposé par le groupe “Les Verts” relatif à la dénomination d’une place Henri Curiel.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2008


 

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Nous allons donc maintenant examiner le v?u référencée n° 11 dans le fascicule, déposé par le groupe ?Les Verts?.

Je donne la parole à Sylvain GAREL.

M. Sylvain GAREL. - Merci, Monsieur le Maire.

Puisque nous honorons des combattants de la liberté, Henri Curiel était l?un d?eux. Lui aussi, vient d?ailleurs ; il est né en Egypte, de parents juifs italiens, et s?est réfugié en France parce que ses activités politiques l?ont obligé à  quitter son pays d?origine, où il avait d?ailleurs un statut très inconfortable, puisqu?il était apatride, ce qui n?est jamais simple.

Il a continué son combat avec beaucoup de ces camarades qui avaient été des combattants, en particulier proches du parti communiste égyptien et il a milité comme un véritable internationaliste pour soutenir les résistances du monde entier, que ce soit en Algérie, en Afrique du Sud, les gens qui refusaient d?aller faire la guerre au Vietnam, ceux qui luttaient contre les dictatures en Grèce, en Espagne ou au Chili.

Il y a eu aussi un travail très important de sa part pour tenter un rapprochement entre les Palestiniens et les Israéliens, un travail qui, on le sait, est loin d?être terminé et que Henri Curiel a essayé de faire avancer.

Il a été, dans des circonstances restées aujourd?hui non élucidées, assassiné le 4 mai 1978 dans la rue Rolin dans le 5e arrondissement. Nous sommes certains qu?il a été assassiné pour des raisons politiques, mêmes si nous n?avons jamais su lesquelles exactement.

Nous souhaitons qu?à l?occasion du 30e anniversaire de cet assassinat, la petite place qui est à l?entrée de la rue Rolin, cette place où il est mort, porte le nom d?Henri Curiel. Nous souhaiterions que notre assemblée prenne cette décision. Je sais qu?elle l?a déjà refusé il y a cinq ans. J?espère, maintenant que le recul nécessaire a eu lieu, qu?il y aura une acceptation de ce v?u pour une personne qui a beaucoup contribué à ce que notre monde soit un peu moins injuste qu?il ne l?aurait été sans lui.

Merci.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Merci.

Pour répondre, Mme HIDALGO.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe. - M. GAREL l?a dit : il y a cinq ans, cette proposition est venue par sa bouche, ici en Conseil de Paris, et elle avait été refusée. J?émettrai à nouveau un avis négatif.

Lorsque nous donnons des dénominations à des rues, à des places dans notre ville, cela suppose quand même une forme de consensus. Cela suppose que les noms que nous proposons ne suscitent pas des polémiques mais soient bien de nature à rassembler sur une histoire commune que nous assumons, en tous les cas qui est une histoire, même si tous n?approuvent pas, dont on a connaissance.

Henri Curiel, a eu des engagements très forts, c?est un personnage tout à fait respectable, mais pour autant, sa vie, ses engagements, son parcours politique et militant ne permettraient pas de dégager ce consensus et ce rassemblement nécessaire, dans la mesure où une bonne partie de son histoire est une histoire faite dans la clandestinité, et pour laquelle il y a quand même des zones d?ombre très fortes qui subsistent.

Je suis au regret de dire à Sylvain GAREL que depuis cinq ans, cet élément n?a pas été levé et donc, je réitère un avis négatif à ce v?u qui vient de nous être proposé.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Je vous remercie.

J?ai une explication de vote de Mme Aline ARROUZE au nom du groupe communiste.

Mme Aline ARROUZE. - Monsieur le Président.

Comme le groupe des "Verts" vient de le rappeler, Henri Curiel, qui était un combattant de la paix et de la liberté, militant internationaliste juif, fondateur du mouvement communiste égyptien dans les années 40, s?est engagé en France dans le soutien à la lutte d?indépendance du peuple algérien.

Il fut plus tard l?animateur d?un réseau de solidarité avec les mouvements de libération du Tiers monde, notamment de l?Afrique du Sud. Puis, l?organisateur des premiers contacts secrets entre l?Organisation de libération de la Palestine et des responsables israéliens.

Une campagne affreuse de calomnie tenta de discréditer ses idées et sa personne, notamment dans le journal ?Le Point? au cours de l?année 1976. Henri Curiel a été assassiné à Paris le 4 mai 1978 et les responsables de ce meurtre n?ont jamais été retrouvés.

Le dossier est aujourd?hui fermé sans qu?il y ait eu le moindre effort pour retrouver les assassins et leurs commanditaires. Il serait bon d?ailleurs d?exiger l?accès de la justice aux archives des services secrets français, mais aussi pour rappeler l?action de solidarité militante entre les peuples du nord et du sud à laquelle Henri Curiel a voué sa vie.

Nous voterons ce v?u, parce que le groupe communiste veut rendre hommage à cet homme qui fut l?un des siens, qui vécut pour ses idées et qui laissa en héritage l?ardente exigence d?inventer un nouvel internationalisme et qui reste une des grandes figures des combats progressistes dans le monde méditerranéen.

Merci.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Monsieur GAREL, pour une explication de vote.

M. Sylvain GAREL. - Je suis très peiné et un peu révolté de la réponse de Mme HIDALGO sur ce v?u. D?abord, je tenais à dire que ce v?u, il y a cinq ans, avait été déposé et défendu par Mylène STAMBOULI alors adjointe au Maire de Paris, dont le père était un compagnon de combat d?Henri Curiel et quelqu?un qui faisait partie de ses réseaux.

Deuxièmement, si on considère que la clandestinité est quelque chose qui empêche d?avoir une dénomination dans les rues de Paris, à ce moment-là il faut débaptiser toutes les rues à qui nous avons donné des noms de résistants, puisque les résistants, que ce soit en France ou au niveau international, ont vécu dans la clandestinité.

Troisièmement, s?il faut qu?il y ait un consensus, j?ai du mal à comprendre pourquoi à ce moment-là on a donné une place à Jean-Paul II, ce qui était loin de faire consensus entre nous et a même provoqué des débats très forts entre nous.

Dernièrement, et c?est ce qui me révolte le plus, ce refus accrédite la thèse que certains ont avancé, et qui a été rappelée par ma collègue, comme quoi Curiel aurait été un agent du KGB. Il faut savoir que c?est quelques mois après que ?Le Point? ait avancé cette hypothèse - qui n?a jamais été confirmée ni prouvée malgré l?ouverture des archives des Pays de l?Est -, que Curiel a été assassiné.

En refusant de donner le nom d?une place de Paris à Henri Curiel, vous accréditez cette thèse qui a contribué à l?assassinat de cette personne.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint, président. - Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe ?Les Verts?, assortie d?un avis défavorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est rejetée.