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Fevrier 2019
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IX - Question d'actualité posée par le groupe Démocrates et Progressistes à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la sécurité routière.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à la dernière oratrice, Mme SIMONNET.

Non, pardon, excusez-moi.

Monsieur le Président du groupe DP, Monsieur BARGETON, vous avez la parole.

M. Julien BARGETON. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Représentant du Préfet, chers collègues, nous avons appris il y a quelques jours que le nombre de morts sur les routes françaises a fortement baissé, allant jusqu?à atteindre un niveau historiquement bas, mais jamais assez bas, comme l?a annoncé le Premier Ministre lors de son déplacement en Seine-et-Marne.

Paris avait déjà pris cette question avec responsabilité avec l?abaissement de la vitesse du périphérique à 70 kilomètres à l?heure, dans le but à la fois de réduire le nombre d?accidents, mais aussi le bruit et la pollution. A la demande de Bertrand DELANOË, Manuel VALLS avait accepté et j?ai eu à porter cette décision en janvier 2014. Le bilan en est d?ailleurs positif.

Mais le monde change et se complexifie, à l?heure où de nouvelles mobilités se déploient sur notre territoire, parfois avec succès ; à l?heure de la création d?une police municipale ; à l?heure des expérimentations sur les feux tricolores qui suscitent des interrogations ; ou encore à l?heure des réaménagements urbanistiques et du partage de l?espace public, comment comptez-vous prendre la mesure de ces nouveaux phénomènes pour la sécurité routière ? Comment anticipez-vous l?impact des changements des pratiques de mobilité ? Quelle est la stratégie que la Ville de Paris met en ?uvre ?

Car il ne s?agit pas simplement de réprimer, mais bien d?accompagner ces changements. Assurer la sécurité routière sera certes une mission primordiale de la future police municipale qui devra gérer stationnements, infractions, respect des pistes cyclables et des voies de bus.

Nombreux sont les acteurs concernés : la Ville, la R.A.T.P. et bien évidemment la Préfecture de police qui a organisé et aussi installé récemment des ateliers de sécurité routière. Des animations "angle mort" ont été mises en place depuis un certain temps déjà. Si la coordination est de mise, les missions devront être revues à l?aune de la police municipale.

Nous venons de le voir avec le débat sur la suppression de certains feux tricolores dans le 14e arrondissement, il peut y avoir des divergences d?appréciation ou de vision entre les adjoints. C?est d?ailleurs logique, normal. Cependant, on le voit bien avec ces hésitations - suppression, réinstallation partielle de feux -, quelle est, au fond, la doctrine ? Quelle est la vision ? Quelle est la stratégie ? C?est la question que j?aurais envie de vous poser car cela mérite clarification.

Je ne partage pas votre appréciation, Madame la Maire, de ce point de vue. Ce n?est pas une question de clocher qui a été posée par l?UDI-MODEM, puisqu?entre les expérimentations "in vivo" de la Ville et, surtout, les évolutions massives des usages avec le numérique ou encore le libre-service, clarifier la doctrine générale de la Ville semble bien indispensable. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Christophe NAJDOVSKI? Ou peut-être d?abord M. le Représentant du Préfet ?

M. LE REPRÉSENTANT DU PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire.

Monsieur le Président, quelques mots pour revenir d?abord sur le bilan sécurité routière de l?année 2018 et partager avec l?ensemble des élus du Conseil des tendances qui ont été défavorables ces derniers mois. Je pense en particulier au nombre de morts qui s?est élevé à 36 en 2018 à l?échelle de la Capitale, soit 6 de plus que l?année précédente. D?autres évolutions marquent, elles, des évolutions plus positives : je pense au nombre de blessés qui, en 2018, à l?échelle de la Capitale - et de la Capitale seulement -, a atteint un niveau historiquement bas. Les blessés hospitalisés augmentent, ce qui amène une vigilance de tous les instants.

Ce bilan concerne l?ensemble des usagers de la route, l?ensemble de ceux qui sont censés partager l?espace public, y compris les utilisateurs de nouveaux modes de déplacement. La sécurité routière s?inscrit pleinement dans la réflexion plus générale à avoir sur la question des nouvelles mobilités, sujet sur lequel la coordination entre la Préfecture de police et la Ville de Paris est bien évidemment amenée à se renforcer davantage.

En matière d?opérations de contrôle, celles-ci sont quotidiennes et menées par les services de la Préfecture de police, D.O.P.C. et D.S.P.A.P., en liaison avec les effectifs de la DPSP. Plus de 550.000 infractions ont été relevées l?année dernière, dont certaines portent sur des règles de sécurité de base : non-respect des priorités, non-respect des feux rouges.

Certaines portent également sur des règles qui ont évolué : je pense en particulier au refus de priorité piétons, une règle éminemment importante quand on sait que, sur les 36 victimes décédées l?année dernière, 19 étaient des piétons. C?est une spécificité de l?accidentalité à Paris en comparaison des départements ne faisant pas partie de l?agglomération parisienne : la part extrêmement importante des piétons dans le nombre des victimes décédées, ainsi que la part très importante des conducteurs de deux-roues motorisés.

Je rappelle que, dans ce domaine, un grand nombre des infractions peuvent être relevées tant par les services de la Préfecture que par les services de la DPSP en leur qualité, pour certains d?entre eux, d?agents de police judiciaire adjoints. C?est bien évidemment un terreau et un terrain de renforcement de notre coordination.

Dernier sujet, et j?en terminerai là : la prévention. Près de 2.000 opérations de prévention et actions de prévention ont été menées l?année dernière par les services de la Préfecture de police, notamment les missions de prévention et de communication des commissariats d?arrondissement, majoritairement à destination d?un public jeune ou scolaire, dans le cadre de programmes d?actions de prévention coordonnés entre le Ministère de l?Intérieur et le Ministère de l?Education nationale.

Nous savons que nous touchons moins bien des publics qui sont pourtant fortement représentés dans les accidents. Je pense en particulier aux seniors, ainsi qu?aux milieux professionnels. Un grand nombre des accidents enregistrés interviennent sur les trajets entre le domicile et le travail ou sur des trajets professionnels.

Sur les 36 victimes décédées l?année dernière, 26 étaient parisiennes. Là aussi, nous pouvons articuler encore davantage les actions menées par la Préfecture de police avec ses services, avec les actions déjà menées par la Ville de Paris et le réseau associatif mobilisé par la Ville. C?est d?ailleurs le sens du courrier que le Préfet de police a adressé à la Maire de Paris.

Nous allons pouvoir nous réunir bientôt pour approfondir encore davantage ces actions.

La sécurité routière est souvent peu évoquée à Paris. Elle est pourtant au c?ur des sujets de sécurité du quotidien et, je crois aussi, au c?ur des attentes des Parisiens.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur le Directeur.

C?est un sujet dont nous avons pu parler, notamment lors de la dernière réunion entre les maires d?arrondissement, moi-même et le Préfet de police, la Préfecture et les commissaires des arrondissements.

Christophe NAJDOVSKI ?

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Le bilan de la sécurité routière 2018 publié par la Préfecture de police révèle que, l?an dernier, 36 personnes ont été tuées sur le territoire parisien, dont 4 sur le boulevard périphérique. En 2017, 31 personnes avaient été victimes d?un accident mortel et, en 2016, 40 ; 9 tués sur 10 sont soit piétons, soit usagers de deux-roues motorisés. Nous constatons par ailleurs que les stupéfiants et l?alcool sont impliqués dans la moitié des accidents mortels. S?il y a une hausse des décès en 2018, le nombre total d?accidents a, pour sa part, diminué de 5,4 % l?année passée, de sorte qu?ils atteignent leur plus bas niveau depuis la mise en place des statistiques de la sécurité routière avec un nombre de blessés également en baisse de 6 %, mais un nombre d?hospitalisés qui a, lui, augmenté.

Les chiffres le prouvent, année après année : les piétons demeurent les usagers les plus vulnérables de l?espace public, ceux que l?on doit protéger en priorité. Pour cela, nous avons, d?un commun accord avec la Préfecture de police, décidé de renforcer notre partenariat au service de la sécurité routière. Cette action conjointe doit permettre de mieux sanctionner les infractions au Code de la route.

Je rappelle que, depuis janvier 2018, les A.S.P. se consacrent désormais aux missions prioritaires de lutte contre les infractions au Code de la route. Ainsi, pour l?année 2018, plus d?un million de verbalisations ont été effectuées par ces agents, en sus de l?action de la Préfecture de police, sanctionnant ainsi les infractions au Code de la route : non-respect des trottoirs, zones piétonnes ou traversées piétonnes, entrave au déplacement dans les pistes cyclables, non-respect des sas piétons-vélos, ou encore circulation dans les voies de bus.

Parallèlement, une convention entre la Préfecture de police et la Ville de Paris permet à la Ville d?accéder aux quelque 950 caméras de la Préfecture de police pour procéder à de la vidéo-verbalisation. La Ville de Paris met en ?uvre également des actions visant à sensibiliser les publics et les scolaires aux bons usages à adopter dans l?espace public. Les actions de sensibilisation portent notamment sur les angles morts des véhicules de gros gabarit.

Par ailleurs, plusieurs opérations pédagogiques ont été menées par les agents de la DPSP portant notamment sur le respect des sas vélos, qu?il conviendrait d?ailleurs de renommer "sas piétons-vélos", car ils ont pour fonction de créer une zone de sécurité supplémentaire avant les passages piétons.

A ce sujet, il n?est pas normal que, dans notre ville et dans notre pays, un piéton engagé ou qui s?engage sur un passage piéton doive systématiquement laisser la place à des véhicules qui ne respectent pas la priorité des piétons. Les comportements doivent absolument changer en la matière.

Monsieur le Conseiller, Monsieur le Président, vous évoquiez la question de la ville que nous voulons au XXIe siècle. Voulons-nous une ville fondée sur une organisation centrée sur les modes motorisés ou bien une ville qui rééquilibre les différents modes de déplacement et qui fait plus de place aux modes actifs, notamment la marche ?

Vous avez évoqué la question de l?expérimentation de la dépose de certains feux tricolores, mais l?engagement de la Ville s?exprime à travers beaucoup d?autres mesures, comme la politique générale d?apaisement de la circulation que nous poursuivons avec résolution depuis 2014. Cela va dans le sens de la généralisation des zones 30, de la création d?aires piétonnes, de zones de rencontre, l?adoption de la stratégie "Paris piétons", l?adoption du Plan Vélo, la création de nouvelles pistes cyclables protégées et séparées sur les grands axes de circulation, la généralisation des sas piétons vélos et leur respect, ou encore le développement et le déploiement des cédez-le-passage cyclistes aux feux. Cela constitue autant d?aménagements qui concourent à la sécurité de tous les usagers.

Par ailleurs, le stationnement aux abords des passages piétons est aussi neutralisé de manière à accroître la visibilité des traversées. Dans le cadre du débat qui va s?ouvrir au Parlement sur la loi d?orientation des mobilités, il sera nécessaire, là aussi, de trouver les bons outils de régulation pour répondre au développement de nouvelles mobilités, notamment de celles dites en flotte libre, en particulier celle des trottinettes électriques en libre-service. Nous allons, je l?espère, compter aussi sur votre soutien. En la matière, en tant que parlementaires, nous avons la nécessité d?intégrer plusieurs dispositions nouvelles en termes de sécurité routière. Je voudrais terminer par un exemple particulièrement important qui est celui de la prescription obligatoire d?équipements de détection des angles morts pour les véhicules lourds qui sont aujourd?hui la cause principale des accidents mortels pour les cyclistes à Paris. Heureusement, le nombre d?accidents n?est pas élevé mais nous devons malgré tout faire disparaître cette menace des rues de Paris. Nous menons donc une action résolue et coordonnée avec la Préfecture de police pour répondre aux enjeux de sécurité routière qui appellent une mobilisation et un engagement de tous.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Christophe NAJDOVSKI.

Monsieur le Président, je vous redonne la parole.

M. Julien BARGETON. - Je vous remercie, Monsieur NAJDOSKI et le M. le Représentant du Préfet de police pour ces réponses.

Je crois effectivement qu?il y aussi un travail prospectif à mener de façon collective. Je pense, par exemple, à l?arrivée du véhicule autonome dans la ville qui ne sera pas sans poser un certain nombre de questions en matière de sécurité routière.

Puis ce sont également les impacts du "free floating". Je crois que nous devons continuer et approfondir la prise en compte pour prendre réellement la mesure de ces bouleversements des mobilités dans les villes de demain.

Merci beaucoup.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.