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Fevrier 2019
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II - Question d'actualité posée par le groupe UDI-MODEM à Mme la Maire de Paris relative à l'expérimentation de feux tricolores dans le 14e.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la deuxième question posée par le groupe UDI-MODEM.

Monsieur AZIÈRE, vous avez la parole.

M. Eric AZIÈRE. - Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, mes chers collègues, en novembre 2017, sans aucune concertation préalable et en mettant les habitants du 14e devant le fait accompli, vous avez choisi d'éteindre, du jour au lendemain, les feux tricolores à six carrefours du quartier Pernety, le long de la rue de l'Ouest et de la rue Raymond-Losserand, malgré la présence à proximité du Centre de formation pour jeunes aveugles et d'un foyer d'accueil médicalisé de l'Association des paralysés de France. Avouez que le choix de ce lieu pour mener une expérimentation sur la suppression des feux pour six mois avait déjà de quoi susciter l'étonnement des habitants du 14e.

En septembre 2018, un an après, un premier bilan de l'expérience a été rendu public, lequel, sans surprise, fait certes état d'une amélioration de la fluidité de la circulation, mais néanmoins d'une situation dégradée pour les piétons. Pour ne citer que quelques chiffres : 41 % des personnes interrogées se sentent moins en sécurité devant la traversée ; 34 % disent ressentir plus de stress lors de la traversée. Bref, rien de bien concluant. Dans la foulée, sans plus de concertation à cette nouvelle étape d'évaluation, vous choisissez de poursuivre cette expérimentation qui n'en est plus une, puisqu?elle dure déjà depuis plus d?un an, alors qu?elle était initialement prévue pour six mois.

En décembre dernier, il y a un mois et demi, en réponse à mon v?u qui proposait de rallumer les feux le temps d'un réel retour d'expérience et d'une nouvelle phase de concertation avec les riverains pour décider ou non de pérenniser la mesure, Monsieur NAJDOVSKI, vous admettiez, dans une réponse assez ahurissante dont vous avez le secret, qu'il y a une problématique spécifique liée aux personnes en situation de handicap, et vous proposiez à ce moment-là de ne pas généraliser au niveau parisien, mais de continuer l'expérimentation dans le 14e. Les cobayes du 14e ont apprécié.

Mais en réalité, en arrière-plan de cette réponse, on sentait déjà poindre une certaine dissension, au moins une différence d'appréciation au sein de votre Exécutif, entre les doutes de l'adjoint en charge du handicap et vos certitudes, Monsieur NAJDOVSKI.

Et puis soudainement hier, à la surprise générale, vous décidez de rallumer les feux, sans prévenir bien sûr les riverains ni la maire du 14e qui voit en des termes assez éloquents un coup de force du cabinet d'Anne HIDALGO. Mais nouveau revirement en soirée, hier soir, puisque finalement l'Hôtel de Ville annonce que les feux seront de nouveaux éteints, qu'il s'agissait juste d'un contrôle technique. Or ce matin, quand j'y suis passé, les feux fonctionnaient toujours.

Je ne sais pas si vous réalisez l'absurdité de ces mesures contradictoires, l'incompréhension des habitants riverains du 14e qui ne sont pas plus consultés avant, pendant ou après l'extinction des feux. Enfin, la dangerosité de cette alternance en circulation libre et régulée sur six carrefours.

A quoi jouez-vous ? On croyait revivre la scène des "Visiteurs" où Jacquouille découvre un interrupteur : jour, nuit, jour, nuit? En 48 heures, sans aucune information, les riverains qui fréquentent le quartier, à pied ou en voiture, voient des feux éteints puis rallumés, puis de nouveaux éteints. Une chance qu'il n'y ait pas eu encore d'accident.

Alors ma question est celle-ci. D'abord, pourquoi avez-vous décidé de rallumer les feux tricolores et qui a décidé de nouveau de les éteindre ?

Deuxième question : quand allez-vous enfin entendre raison et mettre un terme à cette expérimentation afin de prendre le temps d'un réel retour d'expérience et d'une vraie restitution publique avec tous les habitants concernés, avant de prendre cette fois une décision définitive ?

Enfin, Madame la Maire, pouvez-vous mettre fin à cette querelle de clocher des chapelles socialistes entre vous et la maire du 14e, dont les riverains qui sont bien loin de vos préoccupations actuelles paient le prix aujourd'hui.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Pour répondre à une question de clocher, Christophe NAJDOVSKI et ensuite, je donnerai la parole à Nicolas NORDMAN.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Une expérimentation parisienne a débuté le 20 novembre 2017 avec l'extinction sans dépose des feux de six carrefours du quartier Plaisance-Pernety-Château dans le 14e arrondissement. Ceci faisait suite au vote d'un v?u approuvé par le Conseil de Paris en janvier 2017, dans le cadre de la stratégie "Paris Piétons" qui, je le rappelle, chers collègues, a été adoptée à l'unanimité de notre Conseil.

Je le rappelle également dans cette enceinte, de nombreuses villes en France, on pourrait citer l'exemple de Bordeaux, en Europe et dans le monde également, ont procédé à la dépose de certains de leurs feux tricolores. Plusieurs études démontrent en effet que cela peut contribuer à pacifier la conduite des automobilistes.

Les six carrefours retenus à Paris dans le 14e arrondissement correspondent à des voies à sens unique de circulation limitées à 30 kilomètres/heure avec de faible débit et une bonne co-visibilité.

Sa mise en ?uvre s'est accompagnée d'une concertation importante. Au total, entre novembre 2017 et septembre 2018, huit réunions de concertation ont été organisées dans le cadre des plénières du conseil de quartier Pernety, avec le centre "Forja", centre de formation pour jeunes aveugles, avec les parents d'élèves de l'école de la rue de l'Ouest, ainsi qu'au sein du Conseil local du handicap.

La concertation s'est accompagnée de plusieurs mesures, dont des limitations de vitesse complémentaires, des marquages au sol "attention, école", la rénovation des passages piétons et bandes podotactiles ou encore l'expérimentation de passages piétons innovants en 3-D, destinés à accroître la visibilité des traversées piétonnes.

Le bilan complet de l'expérimentation a été rendu public et présenté lors d'une réunion publique organisée par la mairie du 14e arrondissement, le 17 septembre 2018. Plusieurs mesures - débit, vitesse, pollution, bruit - menées par la Direction de la Voirie et des Déplacements, en coordination avec le "Cerema" qui, je le rappelle, est un bureau d'études du Ministère des Transports ont été menées dans le cadre de cette expérimentation.

Que révèlent ces mesures ? Un maintien des vitesses moyennes avant et après dépose, avec une diminution des vitesses excessives constatées en fin de vert, une diminution des temps d'attente pour l'ensemble des usagers, une diminution des pics de bruit, une diminution des taux de particules fines, des résultats sur le ressenti de la sécurité des traversées piétonnes avec 78 % des personnes interrogées qui se sentent en sécurité et 55 % des personnes interrogées favorables à l'extinction définitive des feux.

Le bilan est positif, mais le rapport d'évaluation note la nécessité de mieux prendre en compte la problématique des déplacements des personnes non voyantes et mal voyantes. C'est pourquoi il convenait de mettre en place, en concertation avec les associations concernées, des mesures d'accompagnement spécifiques comme l'alerte audio, que ces personnes utilisent pour s'engager sur le passage piéton.

C'est le sens d'ailleurs du v?u de l'Exécutif qui a été voté en décembre 2018. Conformément à ce v?u, la discussion avec les associations locales et nationales s'est ouverte dès le 9 janvier de cette année. La Confédération française pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes, l'association "Valentin Haüy", l'Association nationale des personnes sourdes-aveugles, et l'institut "Forja" étaient présents lors de cette première réunion de travail.

A cette occasion, les associations ont mis en exergue la problématique spécifique des cheminements des personnes déficientes visuelles en l'absence de feux tricolores et d'avertisseurs sonores, tout en soulignant qu'elles ne s'opposaient pas à l'expérimentation et en comprenaient la philosophie générale.

Il a ainsi été décidé d'un commun accord de réactiver les feux situés au carrefour des rues Losserand et Pernety. Parallèlement, la Direction de la Voirie et des Déplacements a présenté des dispositifs techniques qui peuvent être expérimentés sur les autres carrefours comme une signalisation dynamique que les personnes mal voyantes peuvent déclencher avec une télécommande.

Dans ce contexte?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il va falloir conclure.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - ? avant que ne soit procédé d'ici quelques jours, à l'allumage des feux tricolores situés au carrefour des croisements des rues Losserand et Pernety, l'entreprise "Evesa", qui a la responsabilité de l'éclairage public et de la signalisation lumineuse tricolore, a jugé nécessaire de procéder hier aux vérifications techniques des feux. Ils vont être éteints à nouveau, à l'exception des feux du croisement des rues Losserand et Pernety, et ce conformément à la concertation menée avec les associations.

Pour poursuivre le travail engagé et enrichir la concertation, une déambulation sur site est prévue avec ces mêmes associations, le 21 février, pour analyser au plus près et avec elles cette expérimentation qui se poursuit avec mon collègue en charge du handicap, Nicolas NORDMAN, et la maire du 14e Carine PETIT.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Je donne la parole à Nicolas NORDMAN.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Très rapidement, puisque l'essentiel vient d'être dit. Je voulais simplement souligner la qualité et la nécessité qu'il y avait de pouvoir réaliser cette concertation, dans le cadre de cette expérimentation, avec les associations de personnes en situation de handicap, et particulièrement les associations de personnes déficientes visuelles.

Je voulais souligner la qualité des échanges que nous avons eus avec ces structures qui nous permettent aujourd'hui à la fois de concilier ce qui est, je crois, la volonté de toutes et tous de pacifier ce quartier en termes de circulation automobile, mais aussi d'assurer aux personnes en situation de handicap la possibilité de traverser en toute sécurité.

J'ajoute que le réallumage de ce feu a été demandé et accepté par les personnes qui ont été réunies, et que nous allons à nouveau réunir dans le cadre de la déambulation que nous organiserons à la fin du mois de février pour vérifier si cette solution est efficiente.

Nous avons aussi la volonté de poursuivre le travail avec ce groupe d'associations, en lien avec la DVD, et de regarder quels dispositifs techniques il sera possible de rajouter. Je le dis à nouveau : il faut que la sécurité des personnes soit assurée. Les échanges doivent se poursuivre. C'est pourquoi nous ne proposons pas pour l'heure d'étendre ce dispositif à d'autres quartiers parisiens.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Monsieur AZIÈRE, souhaitez-vous reprendre la parole ? 

M. Eric AZIÈRE. - Simplement constater quelle mauvaise plaidoirie pour une mauvaise cause. D'abord, la concertation a toujours eu lieu a posteriori sur cette affaire particulière. Mme la Maire du 14e s'est vantée d'ailleurs de ne pas avoir demandé au préalable l'avis des habitants du 14e arrondissement qui aurait sûrement été négatif, nous a-t-elle dit.

Faible fréquentation : faux. C'est une des pénétrantes importantes de la porte de Vanves vers l'avenue du Maine et, compte tenu de la circulation dans le 14e, des travaux porte d'Orléans, croyez-moi, aujourd'hui, ce n'est pas de la faible fréquentation, renseignez-vous !

Le réallumage, excusez-moi de penser que c'est un constat d'échec a minima, au moins sur ce carrefour Pernety-Losserand.

Ce qui est dommage dans cette expérimentation, c'est qu'elle est peut-être possible, peut-être utile ailleurs, mais que vous avez choisi le pire endroit pour la faire. Donc, en l'occurrence, vous desservez la cause que vous voulez servir. J'ajoute à cela un déficit d?information phénoménal.

C?est bien de le dire ici, en Conseil de Paris, d?expliquer a posteriori tout cela, mais pour habiter rue Raymond-Losserand, je peux vous dire qu?aucun habitant du quartier ne comprend ce que vous êtes en train de faire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur AZIÈRE.