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Fevrier 2019
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IV - Question d'actualité posée par le groupe Ecologiste de Paris à Mme la Maire de Paris relative à la politique de réduction des plastiques.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question n° 4. Une question de Mme Fatoumata KONÉ, pour le groupe Ecologiste de Paris, à qui je donne la parole.

Mme Fatoumata KONÉ. - Merci.

Madame la Maire, chers collègues, le 30 octobre 2018, dans le cadre de la loi dite EGalim, nos parlementaires fixaient l?interdiction au 1er janvier 2020 des couverts, pailles, touillettes et autres contenants jetables en plastique. C?était une vraie avancée et nous étions nombreux à nous en être félicités.

Mais cela, c?était avant, avant qu?un sénateur La République en marche fasse adopter, avec la bénédiction du Gouvernement, un amendement destiné à repousser d?un an cette interdiction et de réduire drastiquement la liste.

Faut-il rappeler que le plastique contient dans certaines de ses formes du phtalate, du styrène et du bisphénol A reconnus comme des perturbateurs endocriniens, ces agents chimiques qui, à cause de leur configuration proche de celles de hormones, peuvent les perturber.

Il y aurait chaque jour 9 millions de paille jetées dans le seul secteur de la restauration rapide en France, sachant que la durée de décomposition d?une paille en plastique est estimée à deux cents ans. Un million de bouteilles en plastique sont vendues chaque minute. Les ustensiles en plastique à usage unique représentent 70 % des 150 millions de tonnes de plastique polluant les océans selon l?O.N.U., 13 millions de tonnes de déchets plastiques pénètrent dans nos océans chaque année, tuant 100.000 animaux marins par an.

Tous ces chiffres effrayants sont connus et pourtant, après le glyphosate et en dépit de l?urgence écologique et sanitaire, nous assistons à une nouvelle reculade regrettable du Gouvernement. Cette reculade a fait les gros titres de la presse et a scandalisé la population qui voit bien qu?il est plus que temps de sortir de l?enfer du plastique.

Notre collègue, conseiller de Paris écologiste et sénateur, Bernard JOMIER a évoqué le fait que des industries hésitent à sauter le pas, alors que des alternatives existent et que d?autres pays ont pris de l?avance. À regarder vers le XXVIIIe siècle, nous allons rater cette transition, citant le fameux syndrome Kodak. C?est celui d?une société paralysée qui innove mais ne change pas en profondeur. La pollution plastique doit cesser, et pour cela tous les échelons doivent être mobilisés, y compris le nôtre.

A plusieurs reprises et sous l?impulsion des écologistes, le Conseil de Paris a adopté des v?ux visant à réduire l?utilisation du plastique à Paris. Je pense au travail mené sur la sortie des plastiques dans les cantines, à l?adhésion de Paris à la charte "Villes et territoires sans perturbateurs endocriniens" de l?association "Réseau Environnement Santé", à l?adoption de la deuxième feuille de route d?économie circulaire, dont une action majeure portait sur la constitution d?un plan parisien de sortie des plastiques. Sans oublier la politique de simplification du tri permettant à tous les Parisiens, depuis le 1er janvier, de jeter dans la poubelle jaune l?intégralité de leurs emballages papier, métalliques ou plastiques. Notons que même les grands producteurs de plastique face aux critiques tentent désormais de relancer des systèmes de consigne.

Madame la Maire, Paris doit une fois de plus être fer de lance en montrant l?exemple et en étant plus ambitieuse que jamais dans ce combat. Pouvez-vous nous rassurer sur la volonté de Paris d?agir fortement sur la pollution plastique et nous dire quelles sont les prochaines échéances ?

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup pour votre question.

Je donne la parole à Paul SIMONDON, puis à Antoinette GUHL pour vous répondre.

M. Paul SIMONDON, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

Merci, Fatoumata KONÉ, pour cette question. Comme vous, je déplore l?adoption de cet amendement avec le soutien du Gouvernement, de cet amendement d?un sénateur du Nord qui consiste à repousser l?échéance de disparition des petits objets en plastique. C?est une attitude défensive qui vise à demander un peu de "rab", un peu de "rab" de pailles, un peu de "rab" de touillettes.

Est-ce le lobby des touillettes, comme le déplore Célia BLAUEL ? Je ne sais pas. En tout cas, ce n?est pas au niveau des enjeux de la transition écologique. Il faut, au contraire, rester sur des objectifs très fermes et soutenir les entreprises qui ont commencé le travail de cette transition et qui ont commencé pour prendre un temps d?avance.

J?espère que la procédure parlementaire permettra de faire évoluer et de revenir à la date initiale. En attendant, je tiens à vous rassurer, la Ville de Paris reste extrêmement volontariste sur la sortie du plastique.

Cela se traduit d'abord par une meilleure gestion des déchets du plastique. Vous l?avez rappelé et c?est toujours l?occasion de le faire : depuis le 1er janvier, les Parisiens peuvent jeter au bac jaune tous leurs emballages, que ce soit du papier, du carton, du métal ou du plastique. Le pot de yaourt ne doit donc plus vous plonger dans des torrents d?incertitude et il va bien au bac jaune une fois qu?il est vidé.

Mais l?essentiel sur les déchets plastiques est bien de réduire leur production. C?est pourquoi nos actions visent à réduire autant que possible, dans tous les événements de la Ville, dans le fonctionnement même de la Ville, l?utilisation du plastique jetable en particulier.

Je laisse ma collègue Antoinette GUHL préciser ces actions. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Paul SIMONDON.

La parole est à Mme Antoinette GUHL.

Mme Antoinette GUHL, adjointe. - Vous avez raison, Madame KONÉ, il nous aura fallu quelques décennies pour nous en apercevoir, mais maintenant il est partout, dans nos vêtements, dans nos jouets, dans nos cosmétiques, dans nos téléphones, dans nos voitures. Nous avons fait du plastique comme du nucléaire un développement démesuré sans nous soucier en amont de ces déchets.

Aujourd?hui le plastique nous rattrape et il s?intègre à la chaîne alimentaire par les poissons, par les oiseaux et le sel marin. Je salue d?ailleurs à ce sujet le travail mené par Anne SOUYRIS sur les perturbateurs endocriniens.

Deux solutions complémentaires s?offrent à nous et Paul SIMONDON l?a rappelé. Premièrement, le recyclage. Collecter plus, collecter mieux pour éviter d?incinérer. Deuxièmement, la réduction. Il nous faut réduire l?usage des plastiques. C?est le message principal que nous donnent les O.N.G., telles que "Surfrider" ou "Zero Waste" que j'ai réunies sur ce sujet en décembre dernier.

A Paris, nous avons déjà actionné la commande publique pour réduire l?usage du plastique sur la commande des jouets pour les enfants dans nos crèches, sur les ustensiles de cuisine dans nos crèches - chantier mené par Aurélie SOLANS dont je salue l?engagement - et nous allons généraliser cette action sur la commande publique. Nous avons également installé de nouveaux magasins en vrac pour réduire le poids de nos emballages et nous expérimentons la consigne dans le quartier des deux rives.

Nous avons trouvé les alternatives aux pailles plastiques, sans attendre la décision du Gouvernement, dans les restaurants administratifs de la Ville. Et nous poursuivons avec la limitation du plastique dans l?événementiel dans le cadre de la charte des événements responsables. "Paris Plage" en sera un symbole.

Enfin, je vous informe que j?ai demandé à toutes les directions de la Ville de se mobiliser sur cette réduction du plastique et je convierai, avec mes collègues adjoints investis sur ce sujet, l?ensemble des groupes politiques dans les prochaines semaines, comme cela était convenu.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup à vous, Paul SIMONDON et Antoinette GUHL, et Madame Fatoumata KONÉ.