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Fevrier 2019
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III - Question d'actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à Mme la Maire de Paris relative à l'insuffisance d'investissement de la Région Ile-de-France pour les transports et en particulier sur la future Z.A.C. "Bercy-Charenton".

Débat/ Conseil municipal/ Février 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Je donne la parole à Mme Catherine BARATTI-ELBAZ pour le groupe Socialiste et Apparentés.

Mme Catherine BARATTI-ELBAZ, maire du 12e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Les transports constituent aujourd?hui le sujet cardinal de l?aménagement urbain de la zone dense en Ile-de-France. Sans renforcement de l?offre de transports publics, sans raisonnement intermodal, ce sont toutes les intentions d?aménagement des collectivités de la zone dense, à commencer par Paris, qui se trouveraient remises en cause.

"Ile-de-France Mobilités" est aujourd?hui l?autorité organisatrice des transports publics dans notre région. A ce titre, c?est un partenaire incontournable des maires. Malheureusement, je veux témoigner ici que ce partenariat est douloureux car, comme de nombreux collègues maires de la zone dense, je me heurte dans la pratique à des réponses systématiquement négatives de sa présidente, voire plus souvent un silence assourdissant.

Ainsi, le 2 février 2017, j?ai adressé un courrier à Valérie PÉCRESSE lui demandant de prendre en compte la réalisation de plusieurs projets d?envergure qui transformeront grandement les usages du quartier de la place de la Nation. Alors que le 12e arrondissement s?apprête à accueillir 18.000 étudiants de l?université Sorbonne-Nouvelle en provenance de toute l?Ile-de-France, dont 6.500 personnes présentes chaque jour, j?ai relayé une demande légitime des habitants de moderniser les accès menant directement au R.E.R. A.

Aujourd?hui, deux ans après donc, j?attends toujours, ne serait-ce qu?un accusé de réception à mon courrier. Que dois-je en déduire de l?attention portée à ces milliers d?étudiants et personnels franciliens qui vont nous rejoindre en 2019 ?

En septembre dernier, notre collègue Jean-Louis MISSIKA relaie une demande que je formule avec mon collègue, maire de Charenton, de créer côté Charenton, dans le Val-de-Marne, une nouvelle gare de R.E.R. dans ce secteur promis à une mutation urbaine majeure dans les prochaines années, aussi bien côté parisien que côté val-de-marnais. Valérie PÉCRESSE se contente d?une réponse vague, de principe : cela complexifierait les conditions d?exploitation du R.E.R., comme si elles étaient aujourd?hui optimales, n?est-ce pas ? Et de nous renvoyer simplement à l?amélioration des itinéraires piétons pour rejoindre les lignes existantes. Quel mépris pour nos territoires !

Madame la Maire, ces deux exemples correspondent à des demandes concrètes qui visent à améliorer le quotidien des centaines de Grands-Parisiens. Ils illustrent malheureusement une position réaffirmée à de nombreuses reprises par la présidente qui semble refuser d?accompagner les transformations urbaines attendues par les habitants et les élus de la zone dense.

Je rappelle que Paris contribue à hauteur de 30 % du reste à charge des collectivités du budget de "Ile-de-France Mobilités", soit plus que la somme des sept autres départements réunis. Par ailleurs, les recettes d?"Ile-de-France Mobilités" proviennent pour un tiers des usagers et pour deux tiers des contribuables franciliens qui habitent, étudient et travaillent majoritairement dans la zone dense.

Madame la Maire, pouvez-vous nous dire ce que font les représentants de la Ville de Paris et élus de Paris qui siègent au Conseil pour infléchir la position de Mme PÉCRESSE ? Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci à vous pour cette question, Madame BARATTI-ELBAZ. Pour vous répondre, Christophe NAJDOVSKI, puis Jean-Louis MISSIKA.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint. - Merci, Madame la Maire.

La composante transport est essentielle pour la réussite de cette opération d?envergure métropolitaine que constitue le secteur Bercy-Charenton.

Aujourd?hui, ce secteur est desservi par la ligne de tramway T 3a, qui est au bord de la saturation, ainsi que par des lignes de bus qui relient Charenton et le quartier de Bercy qui sont, elles aussi, très fréquentées.

Demain, le besoin sera accru et les modes de transport actuellement en place ne sauraient répondre aux besoins de mobilité futurs du quartier. Il convient donc de déployer sur ce quartier une offre performante, maillée et capacitaire de transports collectifs. Il est en effet nécessaire que le futur quartier Bercy-Charenton bénéficie d?une connexion ferroviaire d?envergure régionale en créant une gare supplémentaire de la ligne du R.E.R. D qui traverse le site. Nous avons sollicité "Ile-de-France Mobilités" à plusieurs reprises sur ce sujet sans que nous puissions obtenir de leur part quelque réponse que ce soit. Nous souhaitons que les études relatives à ce sujet soient approfondies par "Ile-de-France Mobilités" dans les meilleurs délais, tout en prenant en compte l?équilibre de la desserte régionale trouvée sur cette ligne longue et complexe à gérer.

Il est également indispensable que la Z.A.C. "Bercy-Charenton" bénéficie d?une ligne à haut niveau de service qui permettra une liaison avec le territoire parisien et, nous l?espérons, les communes limitrophes. C?est la raison pour laquelle nous avons sollicité "Ile-de-France Mobilités", la R.A.T.P. et S.N.C.F. Réseau pour la création d?une ligne structurante sur les quais hauts en rive droite, dans le prolongement de la ligne à haut niveau de service des quais hauts. Cette liaison se maillerait avec le tramway T 3, notamment dans le secteur de Baron-Le-Roy.

Pour ce qui concerne cette ligne, nous avons fini par être entendus, alors que nous avions fourni les études préliminaires de desserte dès 2016 à "Ile-de-France Mobilités". Nous avons donc fini par être entendus : "Ile-de-France Mobilités" a enfin acté le lancement d?une étude trois ans après. Que de temps perdu ! Il convient aujourd?hui de s?assurer qu?"Ile-de-France Mobilités" mènera ses études dans une temporalité cohérente avec celle du développement de la Z.A.C.

Outre le volet transports en commun, le volet mobilité active est également essentiel. Dans cette optique, la création d?un ouvrage accessible aux piétons et aux cyclistes entre le boulevard des Maréchaux et le réseau express vélo rive droite s?avère nécessaire au niveau du boulevard Poniatowski et du pont National pour relier ces deux réseaux cyclables sécurisés et capacitaires.

Enfin, une réflexion est engagée pour mener à bien ce projet avec l?APUR dans le cadre de l?atelier "Seine" qui vient d?être lancé par Jean-Louis MISSIKA.

Nous ?uvrons donc pour que ce nouveau quartier puisse compter sur une desserte optimale et nous espérons qu?"Ile-de-France Mobilités" se montrera à la hauteur des enjeux de mobilité durable liés à ce territoire.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Je donne la parole à Jean-Louis MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci, Madame la Maire, et merci à Catherine BARATTI-ELBAZ pour cette question.

À travers cette question et l?échange épistolaire qu?il y a eu entre les quatre élus qu?elle a cités et Mme PÉCRESSE, je crois qu?on touche du doigt un problème très sérieux de gouvernance d?"Ile-de-France Mobilités". Je voudrais revenir à la fois sur cet échange épistolaire et sur cette question de gouvernance. Je crois que Mme PÉCRESSE pense qu?elle peut décider de tout à "Ile-de-France Mobilités". Elle instrumentalise cette organisation. Elle n?a toujours pas compris ce qu?était une gouvernance partagée ; elle n?a pas compris que cela consistait à traiter l?ensemble des collectivités qui financent "Ile-de-France Mobilités" comme des partenaires et non comme des vassaux.

Comme l?a indiqué Catherine BARATTI-ELBAZ, nous avons écrit cette lettre ensemble le 11 septembre 2018 avec Hervé GICQUEL, le maire de Charenton, Christophe NAJDOVSKI et moi-même pour lui expliquer que la création de deux projets d?aménagement majeurs, l?un côté Paris, l?autre côté Charenton, à savoir Bercy-Charenton et Charenton-Bercy, allait permettre la création de 5.000 logements et de 25.000 emplois. C?est plus d?habitants qu?une large majorité des sous-préfectures de France et surtout cela va devenir, avec Paris Rive Gauche, un quartier d?affaires et un bassin d?emplois majeur de l?Ile-de-France.

Quand on crée un morceau de ville, quand le Conseil de Paris demande à l?unanimité à ce que la question de la capacité de l?infrastructure ferroviaire soit étudiée, quand un maire d?une ville de 30.000 habitants, en l?occurrence Charenton, et la maire d?un arrondissement de 145.000 habitants écrivent de manière argumentée pour demander que soit étudiée une gare dans le secteur de Charenton pour compléter les autres solutions de mobilité, on espère une réponse circonstanciée.

Je dois dire que l?on n?est pas vraiment déçu. Voici, grosso modo, le 17 décembre, ce que nous avons reçu comme réponse : Valérie PÉCRESSE nous dit qu?une première analyse a été réalisée en 2012, c?est-à-dire avant la création des zones d?aménagement concernées ; la S.N.C.F. avait alors conclu que c?était techniquement difficile côté Paris. Ensuite, nous comprenons, à la lecture de la lettre, qu?il n?y a pas eu d?étude côté Charenton mais, comme ose l?écrire Valérie PÉCRESSE, "l?approche est similaire". Je laisse de côté la question de la pratique du français mais, sur le fond, il n?y a pas d?analyse du tout. C?est-à-dire que Valérie Pécresse écrit : "En tout état de cause, l?ajout d?une gare sur le R.E.R. D conduirait inévitablement à une complexification et à un allongement des temps de parcours". Grosso modo, ce que nous dit la lettre, c?est : "Circulez, il n?y a rien à voir" - encore que le terme "circulez" soit excessif en la matière, peut-être vaudrait-il mieux dire : "Regardez passer les trains et taisez-vous". C?est une attitude cavalière, alors que la question est cruciale.

La preuve qu?un dialogue est possible nous est donnée par le Forum métropolitain avec la consultation internationale sur les routes du futur du Grand-Paris. Cette consultation permet à l?ensemble des parties prenantes de discuter sérieusement de l?avenir de la mobilité en Ile-de-France, des solutions d?avenir face à la saturation des transports publics et de la nécessité de réinventer notre système de mobilité. Mais nous ne réussirons cette transformation que si la gouvernance change à "Ile-de-France Mobilités" et que celle-ci joue pleinement son rôle de partenaire de tous les territoires.

Le paradoxe est que nous avons besoin du Forum métropolitain pour discuter sérieusement. Il nous paraît vraiment indispensable aujourd?hui de tirer le signal d?alarme. Aujourd?hui, il n?est pas possible de dialoguer sérieusement dans le cadre d?"Ile-de-France Mobilités", ce qui est un risque majeur pour l?avenir de la Métropole et notamment pour l?avenir des mobilités dans la Métropole.

Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Christophe NAJDOVSKI et Jean-Louis MISSIKA pour ces réponses. C?est un sujet très important qui se rattache à la demande permanente que nous faisons d?un changement dans la gouvernance de la mobilité à l?échelle notamment métropolitaine.

La Métropole du Grand Paris ne peut pas être ignorée. C?est une zone dense de 7 millions d?habitants et elle ne peut être ignorée. Or, elle l?est aujourd?hui. Lorsqu?on n?est pas dans l?anticipation, puisque cette gare sera utile lorsque les habitants arriveront mais il faut lancer le projet de la gare en même temps que les projets d?habitation, et également d?emplois puisque ce sera une zone qui accueillera de l?emploi, si on ne lance pas les choses maintenant, il y aura dans cinq ou dix ans un problème majeur à l?est de Paris. Si certains d?entre nous ne serons peut-être plus élus, mais en tous les cas toujours présents pour pouvoir en parler, je pense qu?ils pourront ressortir des archives de la Ville ce que nous disons aujourd?hui. Mais je préférerais que ce soit utile et que l?on prenne les bonnes décisions maintenant. Je me ferai l?écho auprès de la présidente de la Région de cette difficulté et nous aurons l?occasion aussi d?en parler aux habitants du 12e arrondissement, qui sont les premiers concernés par ce défaut de gouvernance lié au défaut de décision concernant cette gare. Je vous remercie.