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Juin 2008
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2008, IV - Question d’actualité posée par le groupe “Les Verts” à M. le Préfet de police relative à la répression des cyclistes à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Denis BAUPIN pour la question d?actualité du groupe ?Les Verts?.

Vive la liberté ! Allez, Monsieur BAUPIN !

M. Denis BAUPIN, adjoint. - La liberté de parole au Conseil de Paris, oui !

M. LE MAIRE DE PARIS. - Oui, bien sûr ! Un jour, je vous ferai un coup : quand un adjoint interrogera au nom de son groupe, je le chargerai de répondre au nom de l?Exécutif, ce sera plus rigolo. Comme cela, il fera les deux.

M. Denis BAUPIN, adjoint. - Aucun problème.

M. LE MAIRE DE PARIS. - En fait, je suis trop libéral.

M. Denis BAUPIN, adjoint. - Cela est un point sur lequel nous pouvons être d?accord.

Monsieur le Préfet, jamais il n?y a eu autant de cyclistes dans Paris : nous nous en réjouissons et j?aurais pensé que l?Etat s?en réjouirait aussi. Que l?on pense à la pollution urbaine, aux émissions de gaz à effet de serre ou encore à la déplétion du pétrole, le vélo améliore la santé et l?environnement.

Or, tous les signes donnés par vos services vont dans le sens d?un ciblage délibéré des cyclistes dans le discours et les actions de répression. Ainsi, quand la Préfecture de police publie les chiffres de l?accidentologie au premier trimestre 2008, elle souligne une augmentation de 21 % des accidents cyclistes mais ne précise pas que dans le même temps, l?usage du vélo a crû de 33 %. Contrairement à ce que laisseraient croire les chiffres bruts publiés, la dangerosité de l?usage du vélo a donc diminué, comme cela avait été le cas à Lyon avec ?Velov?.

Plus les cyclistes sont nombreux, plus les automobilistes adaptent leur comportement et plus la circulation est apaisée. Certes, le nombre d?accidents reste préoccupant, mais la répression n?est pas la réponse adaptée. Je note d?ailleurs que c?est le seul domaine où la répression cible d?abord les victimes, plutôt que ceux qui les mettent en danger.

Il est bien plus utile de multiplier les aménagements cyclables, de diminuer la vitesse de circulation, de veiller à ce que les conditions de travail des salariés de Cyclocity soient conformes à la réglementation et à la sécurité des salariés et des usagers, ou encore de faire aboutir le code de la rue, notamment la généralisation des doubles sens cyclables dans les zones 30, et de modifier la réglementation des poids lourds, cause des principaux accidents mortels dans les grandes villes, et notamment à Paris.

Le 7 juin dernier, c?était la fête du vélo, et comme dans de nombreuses villes du monde, une cyclonudiste étaient organisée par les associations. Cette manifestation pacifique, déclarée, et qui n?avait fait l?objet d?aucune interdiction, a fait l?objet d?un déploiement policier et d?une brutalité sans commune mesure avec le caractère bon enfant d?une ballade qui avait pour but de mettre en évidence la fragilité du cycliste.

Nos collègues Véronique DUBARRY ou Christophe NAJDOVSKI pourraient en témoigner comme des responsables associatifs qui m?ont montré les hématomes causés par la brutalité des forces de police, que rien ne peut justifier.

S?il n?y avait eu ces brutalités, on pourrait sourire de la vision datée de la Préfecture de police dans ce qu?elle qualifie d?exhibitionniste. Tous les jours, nous voyons sur les murs de Paris des affiches 4x3 qui exhibent des corps bien plus dénudés et provocants. Y a-t-il deux poids deux mesures dans l?exhibitionnisme, selon que le corps dénudé a vocation lucrative ou militante ? Selon que l?on dénude pour faire vendre ou pour défendre des droits ?

Plus sérieusement, je conclurai en m?inquiétant de l?acharnement qui s?exerce contre l?un des organisateurs de cette manifestation, responsable associatif reconnu et interlocuteur des pouvoirs publics. Interpellé à son domicile sans mandat, mis deux fois en garde-à-vue en 24 heures, ce militant s?est vu notifier un outrage motivé par un jet de trac. Geste qu?aucun témoin ne confirme, pas plus que les fonctionnaires présents sur le stand de la Préfecture où sont censés s?être produits les incidents visés.

Je ne peux croire que la police n?ait mieux à faire. Les cyclistes sont-ils devenus l?incarnation des héritiers honnis de mai 1968 ? Leur liberté fait-elle si peur à la police, pour reprendre les termes de M. Christophe CARESCHE, qu?elle en vienne à tenter d?intimider l?un de ses animateurs ?

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur BAUPIN, je n?ai pas voulu vous interrompre parce que, même si on a arrêté les temps de jeu, mais quand les adjoints deviennent interrogateurs, la règle des 2 minutes 30 s?applique aussi à eux.

Donc un peu de discipline ! D?ailleurs, on va y revenir, à la discipline.

A propos de l?usage de la voie publique, que l?on soit cycliste, piéton, automobiliste, il faut bien que tout le monde respecte les règles.

Monsieur le Préfet ?

M. LE PREFET DE POLICE. - Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les conseillers,

Monsieur le conseiller, tout d?abord, je voudrais vous dire de façon tout à fait solennelle et très sincère que la Préfecture de police, et plus modestement le Préfet de police, n?ont absolument rien contre les cyclistes de façon globale, pas plus que contre tout usager de la route. Mais, comme vient de le dire M. le Maire, je crois qu?il nous appartient de faire régner une certaine discipline, là encore avec intelligence et discernement.

Après un certain nombre de demandes de presse, nous avons effectivement rendues publiques les données des accidents de cyclistes pour le premier quadrimestre, et je peux vous garantir que tout cela a été fait avec prudence et honnêteté, en rappelant le contexte concomitant d?augmentation de la circulation, éléments qui ont d?ailleurs été repris dans le journal que vous avez signalé. Et, l?augmentation du nombre des deux-roues non motorisés, ce n?est même pas 30 % sur les quatre premiers mois de 2008, mais 70 % sur l?année 2007.

Vous voyez que je vais tout à fait dans votre sens et je crois qu?il n?a jamais été reproché à la Préfecture, en tout cas pas par le Maire de Paris, de ne pas avoir accompagné, avec tout ce qui était dans ses possibilités, la mise en place de Vélib?.

La Préfecture de police, s?agissant de ces chiffres sur la politique de sécurité routière, pratique la transparence en matière de statistiques. Cela vaut à la fois pour la délinquance, comme vous le savez, et pour la sécurité routière. J?ajoute d?ailleurs que ces informations figurent en permanence et de manière détaillée sur le site Internet de la PP, qui contient un très grand nombre de données détaillées par catégorie d?usager, par arrondissement ou encore par section de voie accidentogène.

Le document en ligne contient tout particulièrement la matrice des responsabilités dans les accidents corporels et l?examen de ces chiffres montre que les torts sont tout à fait partagés par toutes les catégories d?usagers, de manière à peu près également répartie. Cela ne signifie pas que tous les usagers sont fautifs, mais que l?on trouve des usagers fautifs et dangereux dans toutes les catégories, qu?il s?agisse des conducteurs de poids lourds, des voitures, des motos, cyclistes et piétons.

Vous insistez beaucoup sur le caractère répressif de la Préfecture de police, mais je m?honore d?avoir à développer et mettre en place une politique de prévention qui est une politique d?équilibre, et les débats sur prévention/répression sont largement dépassés aujourd?hui, puisqu?il s?agit d?un ensemble, notamment en matière de lutte contre la sécurité routière.

S?agissant de la prévention, la Préfecture de police a participé à de nombreuses actions, notamment la fête du vélo. J?y reviendrai sur les incidents que vous avez signalés, en tout cas perçus comme vous par des incidents dans le cadre de la manifestation de ?vélorution?. La Préfecture de police a étroitement travaillé en partenariat avec la Ville dans toute la préparation et l?accompagnement du lancement des vélos en libre service.

Certes, le développement récent du fait cycliste sur la voie publique, qui est nettement perceptible depuis quelques années, avant même l?arrivée des vélos en libre service, a entraîné une mobilisation plus forte qu?autrefois des services de police sur la question des infractions commises par les cyclistes. La verbalisation de leurs fautes de comportement n?est plus marginale, puisqu?il y a eu, effectivement, 11.000 PV en 2007.

Mais, en tout cas, dans cette affaire, il s?agit plutôt pour nous d?un effet de rattrapage que d?une volonté - cela, je vous le garantis - de cibler les vélos, puisque nous sommes tout à fait conscients que c?est un mode de déplacement qui a beaucoup moins de répercussions, notamment au regard de la pollution que d?autres modes de déplacement.

Mais l?activité répressive s?exerce aussi - je tiens à vous rassurer - de manière accrue à l?encontre des véhicules qui représentent une source de danger pour les cyclistes. Depuis un an, j?ai donné des instructions tout à fait fermes pour que les comportements dangereux des véhicules motorisés à l?encontre des cyclistes ou les utilisations abusives des voies qui leur sont réservées, soient systématiquement sanctionnés.

C?est la raison pour laquelle, d?ailleurs, comme les modes de contrôle classiques ne permettent pas toujours de toucher les gens les plus dangereux, j?ai été à l?origine d?une technique de verbalisation dite ?au vol?. Le but de la man?uvre est vraiment de sanctionner les usagers, quels que soient leurs modes de locomotion, qui sont les plus dangereux pour nos concitoyens.

Je terminerai, bien sûr, par ?Vélorution?.

Je crois qu?il ne faut pas accorder une importance démesurée à cette affaire, mais je vous dirai, dans le cadre de mes responsabilités, ce que nous avons fait.

Il était prévu le 7 juin 2008, à l?initiative de cette association, un défilé organisé à Paris, comme dans d?autres capitales européennes, pour expliquer, pour mettre en lumière la fragilité du cycliste par rapport aux autres usagers.

Bien évidemment, nous n?avons aucune prévention contre ce type de message, sauf que je ne vois pas pourquoi, pour prouver la fragilité du cycliste, on est obligé de se promener tout nu !

A titre personnel, je n?ai absolument rien contre les gens qui se promènent tout nu, mais on est dans un pays où il y a encore quelques règles !

Ce que nous avions dit, c?est qu?il nous paraissait que, le but étant de montrer la fragilité, un maillot de bain en tissu très léger?

(Rires - applaudissements).

? il ne s?agissait pas d?imposer le port d?une armure de guerre mais une tenue légère ne nous semblait pas incompatible avec la délivrance du message en direction du public.

En conséquence de quoi, nous avons appliqué le droit. L?association en question a été reçue à la Préfecture, comme, je l?espère, toutes les associations. Et nous n?avons pas accepté la déclaration. Fort heureusement, et vous me poseriez sans doute des questions, la France n?est pas soumise à un régime d?autorisation, mais de déclaration. Et ce n?est qu?au cas où nous considérons qu?il y a risque pour l?ordre public que nous interdisons la manifestation ce que je n?ai pas du tout voulu faire. J?ai simplement appelé à la décence parce que, dans notre pays, tout le monde ne pense pas exactement la même chose et se promener tout nu me paraît quelque chose qui n?est pas encore complètement accepté en France?

(Rires).

? et c?est la raison pour laquelle nous avons laissé cette manifestation se dérouler. Il y a trois personnes qui se sont dévêtues, qui ont été interpellées. Pourquoi y a-t-il eu ensuite des événements qui vous font parler de violence ? C?est que certains manifestants sont venus sur le stand de la Préfecture de police, ont insulté les fonctionnaires qui le tenaient, ont jeté par terre les documents que nous diffusons précisément.

Mais si, Monsieur BAUPIN, si, il y a eu tentative de démonter le stand de la Préfecture de police. Je trouve que c?est tout à fait inadmissible. C?est dans ces conditions que ces personnes ont été interpellées. Elles n?ont en rien été blessées, elles ne seront pas sanctionnées ; il y aura un rappel à la loi, le rappel à la loi. Le rappel de la loi, c?est qu?on ne peut ni se promener nu, ni renverser les stands de la Préfecture de police.

Je trouve qu?avec le respect de ces deux règles, on progressera beaucoup.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Peut-être tel ou tel adjoint veut-il ajouter un mot ? Mais je n?encourage pas à la dépense. Vous faites bref. On vient de passer beaucoup de temps là-dessus.

Le seul intérêt c?est la sécurité de tous. Que tout le monde fasse un effort et puis voilà, on a souri un peu sur le reste, on ne va pas y passer le réveillon.

Mme Annick LEPETIT, adjointe. - Une phrase, Monsieur le Maire, concernant la sécurité, pour dire que l?installation dans les tous prochains jours d?un panneau provisoire sur le couloir de bus de la rue Lafayette qui rappelle l?interdiction aux cyclistes va se faire.

Sinon, concernant la Ville, effectivement il y a eu des actions de prévention importantes lors de la dernière Fête du vélo notamment au sujet des angles morts qui concernent les camions, et j?ajouterai enfin, comme vous l?avez dit et M. le Préfet est également d?accord avec ce principe, que la sécurité routière concerne tout le monde.

Il nous faut veiller au partage de l?espace public, à ce que chacun puisse trouver sa place, d?autant qu?on peut être tour à tour automobiliste, cycliste, motard, piéton. Nous ferons une grande campagne de sensibilisation à ce sujet.

J?espère que la Préfecture de police nous accompagnera dans cette campagne pour que chacun puisse être effectivement sensibilisé sur ces questions.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci.

La parole est à M. Georges SARRE.

M. Georges SARRE, adjoint. - Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet de Police, brièvement je dirai que c?est l?ensemble des situations dangereuses qu?il faut éviter en faisant respecter par tous, par tous les usagers de la route, le code.

Et je souhaite simplement vous préciser que la Mairie de Paris et la Préfecture de police entendent bien poursuivre et renforcer de concert les dispositifs de prévention, d?éducation et de répression appropriés, pour que le code de la route et les règles de sécurité soient respectés par tous, par tous les usagers, au bénéfice d?une bonne cohabitation de tous et d?une meilleure sécurité de chacun sur la voie publique.

Je vous remercie.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Chers amis, je veux simplement vous dire que pour parcourir beaucoup les rues de Paris, je vois beaucoup d?indisciplines qui m?inquiètent, c?est tout. Il m?arrive d?ailleurs de le dire à des automobilistes, à des cyclistes et à des piétons, de me faire envoyer paître et cela m?inquiète, non pas du tout parce que j?ai un quelconque goût pour la répression ou pour l?ordre moral y compris si on veut se dénuder, chacun choisit les endroits, mais en revanche pour la sécurité des Parisiens cela m?inquiète.

Il y a un développement du vélo à Paris, dont je me réjouis beaucoup, on y a même contribué mais il y a parfois des usagers de tous les modes de transport qui sont un peu désinvoltes par rapport à leur propre sécurité.

Je demande avec bon sens, avec sérieux, avec la souplesse nécessaire, oui il y a un effort considérable à consentir de pédagogie, d?information et aussi d?alerte. Que voulez-vous, moi je vois parfois des deux roues, qu?ils soient motorisés ou pas, sur des trottoirs qui frôlent des personnes âgées, cela me fout la trouille et je n?ai pas l?intention d?être démagogique.

Je vous le dis franchement. Il y a des indisciplines que je ne veux accepter de personne. Ce n?est pas commode. Même des cyclistes vous disent qu?ils ne s?arrêtent pas au feu rouge. Et bien il faut quand même tous ensemble qu?on essaie de prendre nos responsabilités pour le reste, enlevez ce que vous voulez mais soyez en sécurité tous et qu?il n?y ait pas d?accident évitable à Paris.