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2019 DAJ 4 - DAC - Approbation du contrat de cession de droits d'auteur sur les fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées au profit de la Ville de Paris par le Fonds pour Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2019


 

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Nous passons au projet de délibération DAJ 4 - DAC - relatif à l'approbation du contrat de cession de droit d'auteur sur les fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées au profit de la Ville de Paris par le Fonds pour Paris.

La parole est à M. Eric AZIÈRE, pour le groupe UDI-MODEM.

M. Eric AZIÈRE. - Merci beaucoup.

C?est d?eau, de lumière et de mouvement dont nous allons parler, parce que c'est bien des fontaines parisiennes qu'il s'agit.

D'abord, pour se réjouir que l'on s'occupe enfin des fontaines à Paris car, si le contrat que nous examinons contient un engagement prometteur de la Ville de Paris de faire "tous ses efforts" - la formulation ne me paraît pas juridiquement très contraignante - pour en assumer l'entretien et le maintien en l'état d'origine, c'est une avancée considérable.

Elles auront de la chance, ces fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées si elles échappent à la malédiction des fontaines parisiennes qui est celle de l'assèchement, car pour près de la moitié des 250 fontaines ornementales de la capitale, on peut dire, de fontaine en fontaine, que "tari sera toujours tari".

L'enquête menée et publiée par "La Tribune de l?art" est révélatrice de cet état d'abandon de trop de nos fontaines. Dans mon 14e arrondissement, je n?ai qu?à prendre l'exemple de celle de la place de la Catalogne, au centre de laquelle l?eau devait s'écouler en pente douce, sur un large disque de pavés incliné comme pour un nouvel hommage vers la Tour Eiffel, dessinée par le sculpteur Shamaï Haber, fontaine qui est en panne depuis 15 ans.

C'est vrai que tout le monde n'a pas la chance d'être arrosé par le Qatar. C'est un privilège parisien d'ailleurs, "Ici, c'est Paris".

Parce que c'est à hauteur de 60 % qu'un fonds qatari, comprenez un fonds d'origine de l?Emirat du Moyen Orient appelé le Qatar et non pas d'un fonds "qu'a tari", ce qui pour une fontaine serait un très mauvais sponsor, c'est donc bien, encore une fois, à travers le Fonds pour Paris, le Qatar qui principalement nous offre, sur le Rond-Point des Champs-Elysées, cette valse lente de douchettes mono-trous gainées de cristal. Monsieur GIRARD, à l'heure où George CLOONEY et Tom JONES appellent au boycott des hôtels de luxe, propriétés de l?Emir de Brunei, qui s?apprête à instaurer demain la peine de mort en cas d'homosexualité ou d'adultère, je me demande si c'est mal élevé ou incongru ou déplacé de s'interroger sur le financement de ces fontaines ornementales sur la plus belle avenue de Paris par un Etat où la peine maximale pour s?adonner à des pratiques sexuelles avec un individu du même sexe est la mort, ou au moins 100 coups de fouet ou des peines d'emprisonnement. Je vous remercie.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Fadila MÉHAL, pour le groupe DP.

Mme Fadila MÉHAL. - Merci, Monsieur le Maire, chers collègues, les six fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées, vous le savez, puisqu'il y a une couverture médiatique très importante, ont été inaugurées en grande pompe le 21 mars, mais c'est d'abord et c'est surtout un projet qui a duré plus de trois années pour être concrétisé.

Je rappelle que l'emplacement du Rond-Point des Champs-Elysées est assez exceptionnel et emblématique, et que les fontaines seront vues par plus de 300.000 piétons chaque jour qui arpentent la plus belle avenue du monde.

Pour revenir à la signature, en tout cas à la votation de ce contrat de cession de droits d'auteur sur les fontaines du Rond-Point, je voudrais rappeler quelques vérités et quelques évidences.

D'abord, je suis un peu juge et partie puisque je fais partie des cinq élus de cette Assemblée qui sont membres du Fonds pour Paris, un fonds tout à fait important et qui a été mis en place pour réconcilier le mécénat et les participations publiques, puisqu'en effet, il est important aujourd'hui que l'on puisse se mobiliser sur la question culturelle, et notamment sur la question patrimoniale.

Alors, je voudrais exprimer quelques remarques, tout d'abord, sur le travail artistique des frères BOUROULLEC, les grands designers français internationaux qui ont été à l'origine de la conception de cette ?uvre d'art.

En premier lieu, je souhaite vraiment les remercier pour le travail accompli. Leur ?uvre est d'une grande finesse et fait écho à l'art cinétique, où le mouvement et l'environnement ambiants sont d'une importance capitale.

Les nouvelles fontaines font inévitablement penser à l'?uvre de Calder. Je pense à l'?uvre horizontale placée devant le centre Pompidou qui joue, et cela a été dit et redit, sur des questions à la fois de mouvement et d'optique.

Bref, pour ceux qui ont eu la chance et l'opportunité d'aller les voir, ces créations des deux designers sont faites tout en verticalité et en lumière avec 3.060 pièces de cristal, et la nuit, c'est encore plus beau.

Elles sont, me semble-t-il, traversantes et sobres, et on a évité l'écueil qu'elles deviennent trop opaques ou trop lourdes.

Elles s'inscrivent délicatement dans le paysage et lui donnent en même temps une dynamique au même titre que le lustre Gabriel que les frères BOUROULLEC ont déjà réalisé au château de Versailles qui est aussi, rappelons-le, un filament de lumière et de cristal d'une grande finesse.

Ainsi, mêler art contemporain dans un lieu de patrimoine permet à chacun, à chaque art, de se révéler. Bien évidemment, on considère que le projet n'a pas été plaqué, mais il a été construit et presque théorisé. Il a pris en considération les lieux, l'espace qu?est le Rond-Point des Champs-Elysées, et Dieu sait que ce rond-point est emblématique.

Je voudrais revenir à la question financière, puisqu?elle a été évoquée.

D'abord, c'est un projet important qui a coûté 6,3 millions d'euros, tout le monde le sait. Mais ce sont exclusivement des mécènes privés qui ont une relation géographique, je pense au Qatar puisque leur ambassade est située au fond de l'avenue, ou sentimentale, et je pense à Dassault, et qui ne coûteront rien à la puissance publique.

Je souhaite aussi rappeler que les fontaines ont été privées de fonctionnement pendant plus de vingt ans, M. AZIÈRE l'a rappelé, et la dernière, cela a été après le passage des supporters de football qui sont venus fêter la victoire dans ces lieux.

Bien que l'on puisse se réjouir du projet, je pense qu'il y a des questions qui restent en effet, celle de la question de la participation citoyenne sur finalement la rénovation du patrimoine parisien qui nous environne.

D'ailleurs, à ce propos, j'ai moi-même posé des questions sur le "C?ur", vous savez le fameux "C?ur de Paris" qui bat à la porte de Clignancourt de Joana VASCONCELOS, et sur la participation et l'appropriation par les riverains.

Je crois qu'il est important que Paris reste une terre d'accueil pour l'art contemporain, mais qu'en même temps, elle continue à respecter l'histoire patrimoniale de la ville, à la fois son architecture, ses églises mais aussi ses musées municipaux qui jouent un rôle très important pour lesquels un travail de rénovation est en train de s'effectuer.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET, pour le groupe Communiste - Front de Gauche.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, le politique dénué d?approche culturelle ou d?imaginaire est condamné à l'ordre conjoncturel. Les fontaines des Champs-Elysées ont engendré beaucoup de discussions, et notamment sur des critères d'esthétique.

Beaucoup de personnes se sont offusquées en disant : "Mais je trouve que cela n'apporte rien ou que c'est trop moderne par rapport aux Champs-Elysées et tous les immeubles qu'il y a derrière". Bref, chacun y va de son appréciation.

Pour le coup, nous apprécions le travail des deux artistes ayant eu des idées novatrices sur de nombreux aspects. Mais nous ne voulons pas rentrer dans ce débat sur les critères de beauté, l'esthétique n'est liée qu'à un jugement, et le jugement n'est pas objectif mais subjectif.

Le débat sur la beauté ou non de ces fontaines cache le vrai débat : le coût de près de 6,4 millions d'euros de cette ?uvre financée par le mécénat. Je préfère donc m'intéresser au financement de cette ?uvre de la part d'un souverain du Qatar.

Revenons donc sur la composition et l'origine de ce Fonds pour Paris, fonds ayant financé ce projet. Nous avons plusieurs interrogations sur ce sujet.

Nous nous demandons, par exemple, pourquoi en trois ans la facture a grimpé de 2 millions d'euros.

En effet, lorsque le projet avait été annoncé en mai 2016, il était fait état, comme l'avait noté alors "Le Parisien", d'un montant de 4,2 millions d'euros qui devait, toujours selon le même article, être financé à hauteur de 3,9 millions par le Fonds et de 200.000 euros par Eau de Paris, le reste étant à la charge de la Ville.

Le Conseil d'administration du Fonds pour Paris est composé de quinze membres, présidé par Rémi GASTON-DREYFUS, P.D.G. de la Foncière d'investissement G.D.G., spécialisée dans la rénovation et la restructuration d?actifs immobiliers, membre du Conseil d?administration de Christie?s Paris.

Aux côtés des quatre représentants de la Ville de Paris, siègent Jean-Jacques AILLAGON, ancien ministre de la Culture, conseiller de François PINAULT dans ses activités artistiques et culturelles, Nathalie BELLON-SZABO, directrice générale de Sodexo Sports et Loisirs Monde, groupe qui regroupe Le Lido, Lenôtre, les Bateaux Parisiens, Yachts de Paris, Laurent DASSAULT, directeur général délégué du groupe industriel Marcel Dassault.

Comme on le voit, une jolie brochette de personnalités hautement qualifiées, choisies avec grand soin et pour qui la levée de fonds doit s?apparenter à un jeu d'enfant. En 2017, surprise, un nouveau mécène privé fait son apparition dans le petit lot des donateurs au Fonds pour Paris. Pour la modique somme de 4 millions d'euros, voici arrivé, sans tambours ni trompettes, le Fonds souverain du Qatar, fonds d'investissement de l?Emirat du Qatar, présidé par Ahmad AL-SAYED.

Des fontaines issues du mécénat sur les Champs-Elysées, ce n'est pas une nouveauté, des précédentes furent installées dans le même lieu et avaient été financées par Marcel DASSAULT. M. CHIRAC a même renommé le Rond-Point Champs-Elysées - Marcel Dassault, propriétaire de l'hôtel Le Hon, qui borde la place et où il avait installé ses bureaux et le journal "Jours de France".

Nous apprécions la beauté de l'?uvre et le travail des deux artistes permettant avec grâce de participer au rayonnement de Paris. Mais il restera une tache sur ce projet, celle de l'origine des fonds qui ont permis sa réalisation. Nous nous abstiendrons donc sur ce projet de délibération.

Je vous remercie.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci. La parole est à Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Est-ce que nos politiques publiques, est-ce que nos politiques en matière d'art, en matière de culture, est-ce que nos politiques en faveur de l'embellissement de Paris doivent dépendre de financements étrangers ?

Voilà la vraie question qui nous est posée en conscience à toutes et à tous ici. Et ce n'est pas n'importe quel financement étranger, le Qatar !

Le Qatar, les émirats du Golfe, de quoi les accuse-t-on ? A un moment donné, d'avoir des liens, parmi leur grande richesse, avec de riches donateurs qui ont contribué à financer Daesh. Ce n'est pas rien, quand même !

Est-ce qu'on trouve finalement une bonne opportunité ? Où est la limite que l'on pose au fait de pouvoir récupérer de l'argent pour financer des politiques publiques ? Vous vous rendez compte où a été mis le curseur ! Il a été mis loin, quand même !

Je me souviens que, lorsqu'il y a eu la convention pour "Paris-Plages" avec Lafarge, quinze jours après les révélations du "Monde", nombreux regardaient leurs chaussures et se sont dit, comme le projet de délibération est déjà dans les tuyaux, on est obligé de le voter.

Et en même temps, nombreux étaient celles et ceux qui sont venus me voir à la buvette pour me dire "tu as eu raison de ne pas voter cela". Parce qu?à un moment donné, notre éthique ne peut pas tout accepter dans la logique folle du libéralisme et l'injonction à la réduction des dépenses publiques à trouver des façons, qui des mécènes, qui des dons, qui je ne sais quoi, pour redorer l?image de marque de grosses entreprises qui sont sans foi ni loi, et là d'Etats qui sont sans foi ni loi. Il y a des limites !

Donc, non, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible de se dire que, quelle que soit l'?uvre réalisée, et le débat n'est pas, vous l'aurez compris, sur l'esthétique de l'?uvre, qu'elle dépende du Qatar, de Dassault, de Pinault, et je ne mets pas ces trois partenaires sur le même niveau, mais déjà, c'était problématique que cela dépende de M. Dassault. C'était quand même problématique de savoir que l'on embellissait nos rues en fonction de quelqu?un qui a fait sa fortune sur l?armement militaire, excusez-moi du peu.

Pinault, oui, cela posait problème quand même de savoir qu?on finance l?embellissement de nos rues en dépendant de quelqu'un qui s'est quand même fait connaître en ayant aucun scrupule pour supprimer des emplois, histoire d'augmenter ses richesses, aucun scrupule sur l'ensemble des opérations possibles d'optimisation fiscale, comme on dit pudiquement pour ne pas aller au-delà sur la dénonciation de celles et ceux qui vont mettre leur argent dans des paradis fiscaux et qui sont responsables finalement de la décadence dans nos hôpitaux, parce que la situation, c'est celle-là.

Mais là carrément, on fait dépendre ces fontaines de 4 millions d'euros du Qatar.

Eh bien, non, je ne voterai pas ce projet de délibération, et je vous demande à toutes et tous en conscience de ne pas voter ce projet de délibération.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Jérôme GLEIZES, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Monsieur le Maire.

Comme Fadila MÉHAL, je fais partie du Conseil d'administration du Fonds pour Paris.

A ce titre, je vais dire plusieurs choses. Tout d'abord, quand le Qatar a été proposé comme financeur, fidèle à la position des Ecologistes, j'ai rappelé que ce n'était pas forcément une bonne chose que l'on prenne l'argent du Qatar.

On m'a rétorqué que le Qatar finance déjà le P.S.G. et, dans cette Assemblée, je n'entends pas M. AZIÈRE critiquer le P.S.G. par rapport au financement du Qatar. Chacun a ses contradictions et les oriente vers le sujet qui lui paraît le plus pertinent.

Sur ce, j'ai perdu ce vote par rapport au Fonds du Qatar et donc, on a eu le Fonds du Qatar pour financer.

Par rapport à ce qu'il vient de dire, il faut quand même faire un peu de géopolitique de la région, on n'a pas d'Arabie Saoudite. Sur les Emirats Unis du Qatar, je ne vais pas faire un cours de géopolitique, mais ces trois pays ont des stratégies totalement différentes, notamment dans la finance, et les djihadistes ne sont pas les mêmes, mais le lieu n'est pas pour parler de cela.

Je veux parler de ce qu'il y a dans cette convention et la partie immergée de l'iceberg dont on ne parle pas.

Première chose, à qui ont bénéficié ces 6 millions d'euros ?

Ces 6 millions d'euros ont bénéficié essentiellement à des entreprises françaises, notamment un bureau d'études pas très connu, je vais le citer, l?Atelier "Lemunier & Meyer", qui a été un des acteurs très importants de la réalisation technique de ce projet, parce qu'au-delà de l'aspect artistique, il y a tout l'aspect technique du projet.

Dans l'aspect technique du projet, cela coûte cher parce qu'il y a du bronze, des alliages. Il a fallu déposer des brevets pour avancer la technologie qui a permis de faire ces fontaines. Cela, on n'en parle pas.

Je vais aussi parler d?un acteur peu cité, Eau de Paris, un mécénat de compétence par "Eau de Paris". A l'intérieur du Fonds, à un moment, ils pensaient à Veolia, et j?ai dit que je ne pensais pas que Veolia soit une bonne chose pour Paris. On a une entreprise publique, "Eau de Paris", qui a tout à fait la compétence pour faire ce travail, et "Eau de Paris" a été choisi pour faire ce travail, à hauteur de 200.000 euros me semble-t-il, sur l?aspect technique. C?est toute la partie souterraine, la partie alimentation en eau, toute la partie du moteur qui permet de faire fonctionner les fontaines. Tout cela, vous croyez que cela se fait comme cela : non. Cela nécessite des technologies, des dépôts de droits d'auteur techniques qui sont aussi très importants. Et cela, on l'oublie. C?est cela qui sert à financer tout cela. Personne ne s'est enrichi sur ce projet. Les frères BOURELLEC ont été à peine indemnisés pour ce travail qu'ils ont fait.

En plus, j'en viens sur ce projet de délibération, il y a une cession gratuite de droits d'auteur, c'est ce que l'on vote ici. C'est trop tard pour stopper le projet, il fallait le stopper bien en amont. Aujourd'hui, c'est construit, et là, tout ce que l?on demande ici, c?est que, gratuitement, nous allons avoir les droits d'auteur sans payer. Et cela est très important pour la Ville de Paris. La Ville de Paris va pouvoir bénéficier de quelque chose qui a été financé par le Qatar, mais à titre gratuit.

Autre élément très important aussi qui n'est pas donné dans ce projet de délibération et dans la partie, notamment ce qu'a dit M. ADOLPH et qui a été repris par Raphaëlle PRIMET dans son intervention, c?est qu?il y a une garantie technique de cinquante ans sur ces fontaines. C?est-à-dire que ceux qui ont participé à la construction de ces fontaines s'engagent sur une durée de cinquante ans à ce qu?elles fonctionnent. Jamais nous n?avons donné une telle garantie technique sur des projets aussi risqués.

C'est sûr que tout n'est pas blanc sur ce projet, mais il y a quand même des aspects très positifs qui n'ont pas été mis en avant, et c'est dommage. C?est pourquoi je suis intervenu pour mettre en avant ces aspects totalement oubliés sur le fait que, parfois, on doit faire des compromis. A priori, il n'y a aucune contrepartie vis-à-vis du Qatar, il n'y a aucune contrepartie vis-à-vis de Marcel Dassault. Pourquoi Dassault a financé ce rond-point ? Parce que ce rond-point s'appelle aussi Marcel Dassault et ils ont dit "on va embellir l'arrière-grand-père, fondateur des avions du marchand d?armes Dassault". C'était normal qu'ils participent un peu à quelque chose qui porte leur nom.

Voilà ce qu?il s'est réellement passé. Cela fait partie des contreparties qu'il faut faire à un moment. Est-ce de la compromission ? Je ne pense pas.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci. La parole est à Catherine LECUYER pour le groupe les Républicains et Indépendants.

Mme Catherine LECUYER.- Merci, Monsieur le Maire et merci pour toutes ces interventions qui finalement sont assez complémentaires et très intéressantes.

Je voulais revenir sur l'historique de ces fontaines du Rond-Point des Champs-Elysées, réalisées par Alphand, dans le cadre d?un projet global d?aménagement des Champs-Elysées. L'élément décoratif de ces fontaines est alors une gerbe de roseaux en fonte au centre de laquelle jaillissent les jets d'eau. De 1932 à 1958, le décor central est remplacé par un décor en verre réalisé par Lalique. Ce décor est très vite endommagé et démonté en 1958. C'est Max Ingrand qui réalise le décor verrier en place jusqu'en 1998. Détériorées alors par les supporters de la Coupe du Monde, les corolles d?Ingrand sont démontées et les fontaines mises hors d'eau, étant donné la vétusté des installations. Des talus plantés de fleurs sont alors créés à l'arrière pour pallier l'absence d'eau.

Vingt ans donc que ces fontaines attendaient de reprendre vie, et l?initiative du Fonds pour Paris de financer leur restauration pour 6 millions d?euros ne pouvait que susciter l'enthousiasme.

Quelques questions se posent néanmoins sur le choix du projet retenu, au-delà de l'esthétisme des fontaines qui a suscité de nombreuses réactions. Il faut dire que celui-ci est bien loin des fontaines d'origine, car la restauration, initialement évoquée, s'est transformée en une création très contemporaine.

La première question est le processus de sélection du projet. En effet, lors de la réunion de présentation de celui-ci par les frères BOUROULLEC devant la Commission des sites, l'architecte des Bâtiments de France, Mme COMBIN, expliquait, je la cite : "qu'elle n'a pas été associée, pas plus que l'Inspecteur des sites, au choix du projet parmi les cinq candidats, qu'elle l?a découvert à l'automne 2017, lors d'une réunion à l'Hôtel de Ville".

Les élus de l'arrondissement concernés n'ont pas participé non plus à la sélection, pas plus que, je me trompe peut-être mais j'ai interrogé quelques élus membres du Conseil d'administration, qui étaient incapables de me répondre, pas plus que ces élus ou même les habitants.

Qui a donc décidé de ce projet ? Quels sont les quatre autres projets envisagés ? Quels étaient les critères de sélection ? Quelles garanties avons-nous ? Là, vous m'avez plus ou moins répondu quant à la durabilité des fontaines.

De plus, il est dommage qu?il n?y ait pas eu de réflexion sur les éclairages du Rond-Point des Champs-Elysées, qui mériteraient d'être revisités. Et quid des parterres de fleurs qui ont laissé la place à des pelouses nues ?

Toutes ces questions et réflexions restent sans réponse. Or les fontaines du Rond-Point s?inscrivent dans l?ensemble cohérent et harmonieux des Champs, qui demande à être respecté sous peine de casser cet esthétisme que les touristes du monde entier viennent admirer.

Le financement de la restauration du patrimoine parisien par des fonds privés est une excellente nouvelle, car nous savons tous combien la Ville et l'Etat n'ont plus les moyens de l'assurer seuls. Mais les financements privés permettent-ils tout ?

On arrive quasiment à une question philosophique. Ce bien commun que constitue notre patrimoine et l'importance de sa transmission doivent rester notre unique souci. Il est donc essentiel que nous ayons des garde-fous. Quels étaient-ils dans le cadre de la restauration de ces fontaines ?

Tous ces questionnements, Madame la Maire, sont essentiels car si notre politique culturelle tend de plus en plus à être soutenue par le privé, elle doit absolument continuer à émaner des pouvoirs publics.

En guise de conclusion, je citerai celle de l'étude sur les rapports publics-privés produit par l?Observatoire des politiques culturelles : "Combiner les avantages et systèmes publics et privés dans la culture relève du pragmatisme. Considérer les évolutions de leur place dans ce champ appelle une attention et vigilance permanentes. L'histoire contemporaine du secteur culturel montre qu?une politique régulée, c?est-à-dire soucieuse d'équilibre, préserve sa diversité, contribue à l'emploi, favorise le bien commun".

Je vous remercie.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à M. Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Merci, mes chers collègues, pour cette diversité des engagements et des opinions. Je voudrais juste vous rappeler ce que fut la polémique autour de la Pyramide de Pei et il fallut que Claude Pompidou, la veuve du Président Pompidou dont c'est l'anniversaire de la mort aujourd'hui, il y a 45 ans, dut prendre la tête d'un certain nombre de personnalités et de citoyens pour défendre l'audacieux projet de Pei, voulu par François Mitterrand qui, aujourd'hui, fait l'unanimité. Mais cela, c'est le temps qui fait son ?uvre.

Sans parler de la Tour Eiffel car, à l'époque, ce furent les mêmes conservatismes, les mêmes remarques, les mêmes peurs et les mêmes superstitions qui prévalurent. Mais le temps et la sagesse font leur ?uvre.

Je serais tenté de répondre d'abord à un couple inattendu pour moi dans cette Assemblée, Danielle SIMONNET et Eric AZIÈRE, sur le Qatar, pour leur dire que, comme nous ne sommes que le Conseil de Paris, je suggère qu'ils s'adressent au Premier Ministre, M. Edouard PHILIPPE, au Président de la République et à M. LE DRIAN, le Ministre des Affaires étrangères, pour leur poser la question des relations diplomatiques de la France avec le Qatar qui est un état souverain. D'ailleurs, j'étais dans la délégation du Premier Ministre, il y a quelques jours, pour l'inauguration du nouveau musée, la Rose des Sables, de Jean NOUVEL, grand architecte français au Qatar.

Mais en effet, c'est votre droit, et les questions que vous posez sont des questions tout à fait légitimes.

A Catherine LECUYER, je voudrais dire que les éclairages des Champs-Elysées font l'objet d'études ainsi que le réaménagement des espaces verts, sous la houlette à la fois de Pénélope KOMITÈS et de Karen TAÏEB pour la partie patrimoniale. Donc ce travail est tout à fait engagé. Vous avez raison de le souligner, mais il n?a pas été abandonné.

Et peut-être, ayant été très sensible aux propos à la fois de mes collègues Fadila MÉHAL et Jérôme GLEIZES, qu'il était bien de rappeler que ce sont des artisans rares, fragiles. Il n'y a pas une journée, une semaine où nous n'apprenons la disparition de tel papetier dans la Sarthe, de tel artisan dans le Lot-et-Garonne, ou de tel fabricant d?émaux dans le Maine-et-Loire, donc toute entreprise qui peut être soutenue par un projet d'audace comme celui des fontaines des frères BOUROULLEC.

Il faut aussi souligner la qualité des projets et également dire que les techniciennes, les techniciens, les ingénieurs d'Eau de Paris ont fait un travail absolument remarquable. Je vous invite, dans l'ordre et la discipline, à demander à visiter les sous-sols des machineries sur le Rond-Point Marcel Dassault aux Champs-Elysées, pour que vous constatiez par vous-mêmes la haute technologie qu'Eau de Paris utilise dans la mise en place pour faire fonctionner ces fontaines. Si vous le souhaitez, il est tout à fait possible, pour mieux comprendre le fonctionnement du Fonds pour Paris, qui est un fonds souverain, de pouvoir auditionner Mme SCHNEIDER, qui en est la directrice, et qu'elle puisse présenter devant nos commissions les projets qu'actuellement, il est prévu de soutenir. Je vous remercie.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Je vous remercie.

Nous avons eu des références au Président Pompidou et au Président GISCARD. Je vous invite avec ordre et discipline, selon les mots de Christophe GIRARD, à passer au vote sur le projet DAJ 4 - DAC.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAJ 4 - DAC.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DAJ 4 - DAC).

Merci.

V?u déposé par le groupe Socialiste et Apparentés relatif à une dénomination en hommage à Patrice Chéreau.