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Avril 2019
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Vœu déposé par Mme SIMONNET relatif à l'effacement de fresques dans les 13e et 18e.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2019


 

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Nous passons maintenant au v?u référencé n° 52 relatif à l'effacement des fresques dans les 13e et le 18e arrondissements.

La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Alors, censure ? Censure ! Eh oui, retour de la censure ! Quand la liberté d'expression et de création, liberté fondamentale, est piétinée dans Paris.

Je voudrais, à travers ce v?u, vous interpeller, mes chers collègues, sur deux grandes fresques, dans le 13e et dans le 18e arrondissement, qui ont été réalisées sur la thématique engagée des mobilisations actuelles des "Gilets jaunes".

Il y avait d'abord une fresque rue d'Aubervilliers dans le 18e arrondissement, 300 mètres de long, intitulée "L'hiver jaune", réalisée à l'appel de "Black Lines" par 25 artistes. Elle a été censurée, quasi entièrement recouverte de peinture grise.

Des voisins, d'ailleurs choqués, racontent sur les réseaux sociaux qu'ils ne comprenaient pas parce qu'ils voyaient régulièrement des gens faire des graphes sur ces murs sans aucun souci. Ils sont descendus et ont voulu apposer eux-mêmes leurs propres inscriptions sur ce mur. Ni une ni deux, ce sont des personnes de la sécurité qui les ont interpellés, hop retour au commissariat avec, du coup, de longues discussions avec les forces de l'ordre avant d'être enfin libérés.

Une autre fresque, réalisée le 24 février par une trentaine de "street artists", 100 mètres de long, sur les murs du pont Kellermann et de la rue de la Poterne des peupliers à Paris, dans le 13e arrondissement, toujours sur le thème des "Gilets jaunes", d'ailleurs je crois qu'elle s'intitulait "L?hiver jaune 2". A l?origine, elle avait été autorisée, puis recouverte par des agents de la Mairie sur ordre de la Préfecture de police, au motif qu'elle portait atteinte à l'image des forces de l'ordre. J'aimerais que l'on essaie de se souvenir quelles sont les ?uvres qui auraient pu être considérées comme portant atteinte à l'image des forces de l'ordre dans l'histoire de l'art contemporain. Je pense que notre adjoint en charge de la Culture n'aura pas trop de difficulté à m'en trouver pléthore.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci de conclure.

Mme Danielle SIMONNET. - Je conclurai, mes chers collègues, en disant que cette censure doit cesser. La Mairie de Paris et la Préfecture de Paris doivent expliquer, devant les conseillers de Paris, les raisons qui ont motivé une telle censure et, dorénavant, que l'on fasse respecter l'ensemble des fresques artistiques engagées tant qu?elles respectent le cadre républicain, au même titre que les fresques artistiques pas forcément engagées. Je vous remercie.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci, Madame SIMONNET. Le maire du 13e arrondissement, M. Jérôme COUMET, a demandé la parole.

M. Jérôme COUMET, maire du 13e arrondissement. - Pour une explication de vote, et j?imagine, chère Danielle SIMONNET, que cela t?agace, te hérisse quand on réduit les "Gilets jaunes" aux casseurs ou quand on délégitime toute forme de manifestation parce qu'il y a des risques de débordements. Chère Danielle SIMONNET, pour cette fresque, c'est exactement la même chose.

Dire que cette fresque est un soutien aux "Gilets jaunes" serait réduire les "Gilets jaunes" à ceux qui insultent la police. D?ailleurs, l?initiateur de cette fresque a tout à fait convenu que certaines représentations étaient irresponsables. Il s'était d'ailleurs engagé à immédiatement intervenir pour les supprimer, engagement qu'il n'a pas tenu.

Alors, puisque tu nous interpelles sur le fond, on va venir au fond.

Le problème, c'était évidemment de représenter une femme "Gilet jaune" criblée de balles. Est-ce cela, ta vision des dernières manifestations ? Est-ce cela, ta vision de la liberté d'expression ?

Le problème était aussi d'afficher l'image d'un enfant affublé d'un gilet jaune et menacé par un fusil-mitrailleur de la police sur la tempe et d'une grenade, oui, un enfant "gilet jaune" avec un fusil-mitrailleur sur la tempe. Est-ce ta vision de la liberté d'expression ? Est-ce cela qu?il faut montrer aux gamins qui se rendent à l'école ? Et que dire du texte qui accompagnait tout cela et qui comparait les C.R.S. à des terroristes ?

Est-ce cela encore l'image des forces de l'ordre que vous défendez, que tu défends ou que tu cautionnes ?

En tout cas, ce n'est pas la mienne. Elle n'est pas seulement irrespectueuse, elle est aussi insultante, et je dirais même irresponsable. D'ailleurs, le Procureur de la République a été saisi. Et oui, je te confirme que nous avons été destinataires d'une injonction d'effacer côté Préfecture de police. Et oui, nous avons fait effacer ces images parce qu'elles étaient choquantes et insultantes. A toi, à vous de considérer si ces images étaient insultantes pour les "Gilets jaunes", en tout cas, elles l'étaient pour la police.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci, Monsieur le Maire.

Pour vous répondre, la parole est à M. Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Merci, chère Danielle SIMONNET, merci, cher Jérôme COUMET.

J'ai visité vingt ronds-points, dans le Morbihan, Loire-Atlantique et Maine-et-Loire, chez moi. Jamais, je n'ai vu d'expression artistique violente ou haineuse. Donc, en effet, l'art haineux ou l'expression haineuse n'a pas sa place chez les "Gilets jaunes" de bonne foi.

Vous évoquez deux fresques, Danielle SIMONNET, réalisées l'une dans le 13e, l'autre dans le 18e. Elles représentaient des images d'affrontements, pour certaines très violentes, c'est l'art qui peut s'exprimer ainsi, avec notamment dans le 18e, celle d'un personnage avec un ?il crevé et en sang, et dans le 13e, celle d?un enfant avec une grenade sur la tempe. Mais Jérôme COUMET a été beaucoup plus explicite.

L?art doit pouvoir provoquer, interroger les consciences, nous opposer, provoquer de la polémique, c'est évidemment la place de l'art de questionner la société et de nous remettre en cause.

Interpeller et faire passer des messages politiques aussi, mais ces ?uvres, dans le contexte particulièrement tendu que nous connaissons, ont suscité des réactions négatives, douloureuses et nombreuses chez les habitants et les riverains, et chez les jeunes ainsi qu?une injonction d?effacement de la Préfecture de police.

Le maire du 13e, Jérôme COUMET, comme vous le savez, est en soutien du "Street Art". Il avait autorisé la réalisation d'une fresque en précisant toutefois, et je salue sa sagesse, que les images ne devaient pas être agressives ou haineuses.

La réalisation de ces fresques collectives n'a pas été conforme à cet engagement, la parole a donc été rompue.

A la suite des plaintes reçues, un échange a eu lieu entre l'artiste et le maire du 13e, M. COUMET, pour remanier les passages violents de la fresque s'il le voulait bien. L'artiste s'y est engagé, mais il ne l'a pas fait. Selon ce que l'on m'a dit, c'est dans ce contexte que les fresques ont été effacées, rupture de confiance et rupture de contrat.

Pour le 18e, c'est une situation différente où certains dessins associaient des policiers à des symboles nazis. Il s'agit d?un mur appartenant à la S.N.C.F. qui a procédé aux travaux de peinture, car elle est chez elle et à la demande du Préfet de police.

Pour ces raisons, l'avis de l'Exécutif est donc défavorable.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci.

Une explication de vote de M. Pascal JULIEN, pour le groupe Ecologiste de Paris, pour une minute.

M. Pascal JULIEN. - Vous avez raison, Christophe GIRARD, et je pense qu'il faut aller plus loin. Allons au Louvre. J'ai vu un nombre de tableaux irresponsables, haineux à l'égard des forces de l'ordre. Je pense, par exemple, à une petite gravure que j'ai vue du peintre Louis Martinet sur les journées du 27 juillet 1830, où on voit des cuirassés de la garde s?en prendre plein la gueule, des bouts de bois dans la tronche, des pavés, et on se moque d'eux. Imaginez que les enfants aillent au Louvre mais quelle honte ! Comment peut-on oser faire cela ? Il faut aller vers la censure de toutes ces peintures, de toutes ces gravures !

Christophe GIRARD, je suis avec vous, vous avez raison, vous commencez bien, mais allez jusqu'au bout. Censurez toutes les ?uvres au Louvre ou d?ailleurs qui collent à l'actualité et expriment effectivement, à un moment donné, des choses, et les forces de l'ordre tournées en ridicule ! Vous vous rendez compte ! En plus de ce tableau de Louis Martinet, je pourrais vous citer Gaspard Baudoux et bien d'autres comme cela.

Je compte sur vous. Merci de votre collaboration.

M. Paul SIMONDON, adjoint, président. - Merci pour cette explication de vote.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par Mme SIMONNET, assortie d'un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ? Contre ? Abstentions ?

La proposition de v?u est repoussée.