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2019 DJS 111 - Organisation et gestion du Semi-Marathon et Marathon de Paris pour les éditions 2020 à 2024 - Concession de services.

Débat/ Conseil municipal/ Avril 2019


 

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Nous examinons à présent le projet de délibération DJS 111 relatif à l?organisation et la gestion du Semi-Marathon et Marathon de Paris pour les éditions 2020 à 2024, avec une concession de services.

La parole est à M. David BELLIARD, pour le groupe Ecologiste de Paris.

M. David BELLIARD. - Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, du côté des passionnés, le Marathon de Paris, c?est une course mythique pour plus de 40.000 coureurs et coureuses qui foulent les pavés de la Ville dans un but de dépassement de soi, de plaisir par l?effort et, en tout cas pour certains et certaines d?entre eux, de bien-être.

Cependant, ce sont 40.000 "runners" privilégiés puisqu?ils ont les moyens de s?offrir un dossard qui coûte entre 80 et 110 euros, voire plus de 200 si l?on passe par un tour-opérateur.

A ce sujet, le patron d'Amaury Sport, Edouard CASSIGNOL, assume totalement le prix lourd du dossard dans un entretien qu'il a donné à "Capital" en 2017 : "Dans les autres grandes villes de France comme Lyon ou Marseille, courir le marathon coûte une cinquantaine d?euros. A Paris, on dépasse les 80, ce qui permet une marge à A.S.O. de plus de 30 %." Pourquoi ? Parce que, d?après M. CASSIGNOL : "Une course doit être avant tout rentable. Bien entendu, nos épreuves sont organisées dans des sites prestigieux, cela leur donne un côté premium." On est donc bien loin du sport comme vecteur d'égalité et on est encore une fois ici dans le soutien de ce qu'on peut appeler le sport business, car oui, côté organisateur, l?organisation du marathon coûte en effet environ 2 millions d'euros à Amaury Sport Organisation si on reprend les chiffres de 2016, pour un gain de 6 millions, dont 2 grâce aux sponsors.

C'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle, en mai 2018, mon groupe avait déposé un v?u au Conseil de Paris pour demander entre autres que dans l?appel d?offres du renouvellement du marché de l'organisation du Marathon de Paris, la Ville de Paris oblige les répondants à ne pas augmenter le prix des dossards, déjà très chers, et à les rendre abordables.

Ce v?u avait reçu un avis favorable de votre part car vous vous étiez engagés à demander que le maintien du prix d'un dossard accessible soit intégré dans la future concession de service et soit même un des éléments d'appréciation des offres des futurs candidats. Dans le contrat de concession mis au vote aujourd'hui, Amaury a prévu d'augmenter ses tarifs pour que le dossard soit en 2024 de 86 euros. Nous n'avons donc pas tout à fait la même conception du terme "abordable".

Ensuite, le point peut-être le plus cocasse de ce projet de délibération est dans son intitulé. Le fait est que cette course s?appelle en fait non pas Marathon de Paris, mais Schneider Electric Marathon de Paris. L?entreprise qui "name" cette course est empêtrée dans une affaire révélée par "Médiapart" en avril 2018 : elle est suspectée de non-respect de la concurrence, malversations financières ou encore de fraude. Schneider participe de moins en moins au "rayonnement de la France", puisque ayant fait le choix de délocaliser nombre d'emplois en Asie. Pourtant, l'annexe au contrat de concession qui nous est présenté dans ce projet de délibération rappelle que les partenaires de l'événement ne peuvent être en contradiction avec les orientations de la politique municipale. Nous ne devons pas alors partager la même vision des orientations que doit prendre notre Ville. Ce même volet partenariat rappelle que le commerce équitable et l'E.S.S. doivent être privilégiés. On dira donc que l'engagement de l'organisateur sur le 100 % vrac pour les en-cas et le recyclage des bouteilles d'eau serviront à poser l'étiquette "écolo" sur le Marathon de Paris.

Côté sponsoring, on a B.M.W., Invictus Paco Rabanne qui a été condamné par le C.S.A. pour ses "pubs" sexistes en 2017. On a aussi l?équipementier Asics qui, lui, est en pleine panade juridique quant au rôle qu'il aurait tenu dans l'un des plus gros scandales financiers de notre histoire, entraîné par la chute de Goldman Sachs.

Enfin, nous ne connaissons toujours pas l'impact écologique des précédentes éditions. Etant donné que le prestataire ne change pas et qu?il a signé la charte d?organisation des événements écoresponsables, nous demandons donc de connaître ce bilan environnemental des précédentes éditions, de celle qui se déroulera dans quelques jours, ainsi que des suivantes comme le stipule cette charte. Nous voulons également évidemment que l'organisateur annonce des mesures qui compensent à 100 % l'empreinte écologique de cette manifestation.

Ce nouveau marché adoube encore une fois le sport business au c?ur de l?une des plus belles avenues de notre ville, tolère des partenariats aux conséquences environnementales lourdes.

C'est pourquoi notre groupe votera contre ce projet de délibération. Je vous remercie.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Pour répondre, je donne la parole à M. MARTINS.

M. Jean-François MARTINS, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire, merci, Monsieur BELLIARD.

Sur ce projet de délibération, rappeler peut-être plusieurs éléments.

Ne pas refaire ensemble, cher David, le débat du "naming", les positions des uns et des autres sont connues en la matière.

En revanche, la pertinence d'avoir recours à un opérateur extérieur pour organiser ce marathon est une question politique importante. Il n'est ni de la compétence ni du ressort de la Ville, de notre point de vue, d'organiser des compétitions sportives. Nous n?en organisons pas, d?ailleurs. Il est du fait d'opérateurs tiers, qu'ils soient associatifs et privés, dont le métier est d'organiser des compétitions sportives et des courses sportives, comme la course sur route. Sur le sujet du marathon, la question se trouve d?autant plus accrue qu'il s'agit à la fois d'occupation du domaine public et de contrat de concession d?une licence de marque qui est la marque Marathon et Semi-Marathon de Paris, qui appartient à la Ville de Paris mais que celle-ci ne souhaite pas exercer elle-même puisque, une fois de plus, elle ne se substitue pas au métier d'organisateur notamment de courses et d'événements ; ce n'est pas son métier. Premier élément.

Deuxième élément, la concession de service que nous adoptons aujourd'hui se fait à l'issue d'une procédure de mise en concurrence, et j'aurais été le premier satisfait, Monsieur BELLIARD, qu'il y ait des offres associatives, des offres portées, pourquoi pas, par des associations, par la Fédération française d'athlétisme, par de nombreux opérateurs qui auraient pu mettre en concurrence des modèles d'opérateurs privés dont nous pouvons cependant constater dans les dernières années l?excellence de la mise en ?uvre, le respect des engagements et le caractère bénéfique pour la Ville de Paris, à la fois dans la concession qui vient, une redevance pour la Ville qui passe de 855.000 à 1,5 million d'euros, ce qui est, je crois, le fait que la Ville prend une juste part au fait que certains vont sans doute s'enrichir sur l'organisation de cette organisation.

Ensuite, des engagements plus forts sur le recyclage des déchets, même si j'ai compris ce que vous en pensiez, Monsieur BELLIARD. Cela ne m'empêche pas de mentionner quand même qu'on sera à 100 % de nourriture en vrac, on sera à 100 % de bouteilles recyclées, qu?il y aura une collecte intégrale des vêtements, notamment par un travail avec les associations d'insertion sur la récupération des tissus en début de course. Des engagements aussi sur la question de l'inclusion. Cela fait plusieurs années qu'on travaille avec l?opérateur sortant ; il se trouve que c?est le même qui va exercer désormais, sur le prix des dossards solidaires, l'accompagnement d'enfants tout au long de l'année autour d'une opération qui s'appelle Marateens ; c?est bien connu des arrondissements populaires car on permet à des jeunes de découvrir la course à pied, dont le nombre de dossards va augmenter de 10 %.

Sur la tarification, je me souviens très bien de ce v?u et je pense, Monsieur BELLIARD, l?avoir mis en ?uvre de manière absolument respectueuse de cette Assemblée, notamment parce que le dossard n'augmentera pas plus que de 1,5 % par an sur l'ensemble de la durée de la convention, menant le dossard de 82 à 126 euros maximum. Pour comparer, Berlin c?est 150 euros, New York c?est 350 euros. Cela a été un critère d'appréciation et le candidat retenu maintient les dossards parisiens très en dessous des prix du marché mondial. Je prends Berlin et New York car ce sont des marathons comparables aujourd?hui avec près de 60.000 inscrits à l'une comme à l'autre édition. Voilà pourquoi je pense qu'on peut tout à fait à la fois assumer de transférer à ceux qui savent bien faire ce métier d'organisateur et assumer que quand ils le font, y compris quand ils ont recours à des sponsors, la Ville de Paris trouve son compte avec une redevance digne de son nom et avec un respect des engagements écologiques de notre Ville, et, enfin, une maîtrise du prix des dossards conforme au souhait de cette Assemblée.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Monsieur MARTINS, une précision ?

M. Jean-François MARTINS, adjoint. - Je n'ai pas répondu à M. BELLIARD. Oui, évidemment, on va demander le profil carbone de la compétition, de l?événement, à la fois de la précédente et de ce qui est projeté sur les prochaines.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint, président. - Merci pour ces précisions.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DJS 111.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2019, DJS 111).