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Avril 2019
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Débat/ Conseil municipal/ Avril 2019


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous en arrivons donc au projet de délibération DAE 67 et la parole à Jean-François LEGARET.

M. Jean-François LEGARET, maire du 1er arrondissement. - Oui, pardon, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, je crois que nous sommes très marqués par ces terribles images de kiosques à journaux brûlant. C'est de la sauvagerie. Il y a bien sûr le préjudice physique et commercial. Nous défendons les kiosquiers collectivement, ils font un rude métier. La Ville fait des efforts. Un kiosque nouveau modèle, c'est un objet qui coûte cher, très cher, quelque chose comme 120.000 à 130.000 euros? Entre 120.000 et 150.000 euros, pour citer un chiffre exact.

Mais il y a un préjudice moral. La presse, c'est une liberté. Ceux qui attaquent ces kiosques, c'est l'information. Dans un kiosque, il y a des revues d'histoire, d'art, de culture, finalement c'est quand même une forme barbare d'iconoclasme, d'autodafé de livres. Heinrich Heine, le poète, a écrit : "Ce n'était qu'un début. Là où on brûle des livres, on finit aussi par brûler des hommes."

Pour toutes ces raisons, nous soutiendrons bien entendu ce projet de délibération et tout ce qui peut accompagner les kiosquiers. Ils sont indispensables, les kiosques à journaux sont des espaces de liberté et de culture sur l'espace public parisien. Tout cela mérite que nous nous mobilisions totalement et, je l'espère, unanimement. Merci.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Jean-François LEGARET. Permettez-moi de m'associer à vos propos, comme président de la Commission professionnelle des kiosquiers. La parole est maintenant à Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Evidemment, je voterai pour ce projet de délibération qui permet d'attribuer une indemnisation exceptionnelle aux kiosquiers de presse parisiens qui n'ont pas pu utiliser leur kiosque du fait des actes de vandalisme contre leurs kiosques pendant les manifestations "Gilets jaunes".

Pour autant, je ne reprendrai pas les mêmes propos que vous, Monsieur LEGARET, pour la simple et bonne raison que la casse sociale qu'il y a depuis le début de cette mandature gouvernementale, il faudra qu'elle cesse. Je me suis toujours exprimée en faveur d'une action pacifiste et je suis convaincue que la violence radicale ne mène nulle part, car la stratégie de la violence radicale en appelle toujours à une violence d'Etat plus forte. On voit d?ailleurs la dérive autoritaire de ce pouvoir, extrêmement inquiétante et problématique.

Mais, Monsieur LEGARET et Monsieur BLOCHE, j'aurais aimé que cette majorité municipale parisienne se préoccupe beaucoup plus du statut des kiosquiers, indépendamment de cette casse. Pourquoi ?

Si, Madame POLSKI. Madame POLSKI, vous avez bien voulu, et je vous en remercie, mettre en place l'indemnisation des kiosquiers lors du changement des kiosques, parce que ces travailleurs indépendants, pendant le laps de temps où les anciens kiosques étaient transformés et où on installait les nouveaux kiosques, ne pouvaient pas avoir de revenus. Mais cela n'a pas été une indemnisation qui a été anticipée dans le marché avec MédiaKiosk. Oui, lorsqu?il y a eu ce marché passé avec MédiaKiosk, je n'ai cessé ici dans cette Assemblée, à plusieurs reprises, de dire qu'il faudrait qu'on pense à un autre mode de fonctionnement.

Pourquoi ? Parce que le statut d'indépendant des kiosquiers, lesquels se rémunèrent sur la presse et sur le hors-presse, constitue une situation extrêmement problématique. La Ville a dû augmenter par des subventions d'appoint des indemnisations complémentaires pour essayer de les sortir d'une situation où ils ne touchent pas le Smic horaire. Ils ne touchent pas le Smic horaire, les kiosquiers, alors qu?ils ne cessent de jouer un rôle d'information publique, comme je l'ai redit plus d'une fois dans cette Assemblée.

On va demander à son kiosquier une information sur la rue, sur le lieu de l?équipement de proximité. Et tout travail mérite salaire. La liberté de la presse ne doit pas reposer, à Paris comme ailleurs, sur un statut aussi précaire, ce n'est pas possible, pendant que, justement, dans ces kiosques, on ne revend pas que de la littérature. Dans ces kiosques, un grand nombre de magazines sont créés simplement pour faire de la vente de "pub" et d'espaces publicitaires et touchent des subventions de l'Etat, et là, c?est un système qui hélas nous échappe, et ce n'est pas nous, au Conseil de Paris, qui pouvons agir là-dessus.

Vous savez bien que toutes ces problématiques, à la fin, c'est le kiosquier qui au niveau de ces stocks les subit.

Ainsi, je continue à penser qu'on aurait dû innover en termes de modèle social et concevoir autre chose. Oui, il pourrait y avoir une coopérative des kiosquiers, qui leur permettrait d'avoir un statut social protégé, comme celui des salariés, tout en leur permettant d'être fiscalement indépendants, comme le propose la Coopaname. Oui, je continue à considérer qu'il n'est pas normal que MédiaKiosk encaisse des bénéfices sur les annonces publicitaires dans les kiosques, alors que ce sont les kiosquiers qui devraient les toucher. Je trouve vraiment regrettable que nous n'ayons pas eu plus d'audace en termes d'innovation. Maintenant, je suis ravie que tout le monde se soit ému à juste titre de la situation des kiosques parisiens après les débordements de violence des manifestations précédentes. Mais j'aurais préféré que la pensée pour les kiosquiers aille jusqu'à la capacité de cette Assemblée à innover socialement sur leurs statuts de manière beaucoup plus conséquente.

Je voterai bien évidemment ce projet de délibération et je continue à penser que le Gouvernement MACRON porte une très lourde responsabilité dans l'engrenage de violences, avec sa stratégie de pourrissement de la situation, au lieu d'être dans une logique de désescalade de la violence. Son refus de donner une réponse sociale politique à la crise des "Gilets jaunes" porte pour moi l'entière responsabilité de l'ensemble des débordements. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.

Je donne la parole à Olivia POLSKI, pour répondre aux orateurs.

Mme Olivia POLSKI, adjointe. - Je vous remercie, Monsieur le Maire.

D'abord, rien n'excuse ce qui a pu se passer sur les Champs-Elysées, à ce moment-là. Rien.

On peut ne pas être d'accord politiquement, mais la violence, y compris le fait de risquer des vies, n'est pas excusable, y compris chez les kiosquiers car il y en a un qui a failli y rester. Moi, je ne peux rien entendre de ce type, il n'y a pas d'excuses.

Qui plus est, ce qui s'est passé à ce moment-là aussi, ce n'est pas 1 kiosque, ce ne sont pas 2 kiosques, ce sont 7 kiosques sur les Champs-Elysées qui ont été touchés. Oui, effectivement c'est la question de la presse et ce n'est pas le seul événement qui doit nous mettre la puce à l'oreille, car il s'est passé d'autres agressions de journalistes avant. Je pense donc qu?il faut être collectivement vigilant et collectivement responsable quand on porte des propos sur ce qui a pu se passer. C'est la première chose.

La deuxième, bien évidemment, et contrairement à tout ce que vous pouvez raconter, Madame SIMONNET, la Ville de Paris a largement soutenu les kiosquiers, et si vous pensez que juste une coopérative aurait pu permettre de résoudre les problèmes des kiosquiers, je pense que vous vous trompez. La Ville les a largement soutenus, puisque nous versons, vous l?avez dit, des indemnités exceptionnelles chaque fois pour le remplacement des kiosques. Nous versons 1,85 million par an d?aides aux kiosquiers, et là encore, nous reversons aussi 2.000 euros d'aide lors de chaque réouverture. Je ne suis pas certaine qu'il y ait beaucoup d'autres endroits qui aident autant aujourd'hui en France la vente de la presse que la collectivité parisienne.

Par conséquent, je veux bien toutes les leçons du monde, mais à un moment donné il y a quand même des limites à ce que je peux entendre !

En tout cas, je vous remercie tous pour votre solidarité, que les kiosquiers ont bien reçue et ont fortement appréciée de la part de l'ensemble des membres, on va dire, de cette Assemblée, et je vous remercie de bien vouloir voter ce projet de délibération.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Olivia POLSKI.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAE 67.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ? Le projet de délibération est adopté. (2019, DAE 67).