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Octobre 2009
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2009, Vœu déposé par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés relatif à la mise en place de "cagnottes" dans les établissements scolaires pour lutter contre l'absentéisme.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2009


 

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Nous passons à l'examen du v?u référencé n° 23 dans le fascicule, déposé par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, relatif à la mise en place de "cagnottes" pour lutter contre l'absentéisme scolaire.

La parole est à Mme Marie-Annick BARTHE.

Mme Marie-Annick BARTHE. - Depuis le 5 octobre, l?Académie de Créteil a autorisé la mise en place dans trois de ses lycées professionnels d?une cagnotte collective qui vise à lutter contre l'absentéisme. Cette somme fixée initialement à 2.000 euros par classe sera abondée tout au long de l'année et pourra atteindre jusqu'à 10.000 euros si les élèves respectent les engagements pris en termes d'assiduité et de comportements. À la fin de l?année, cette cagnotte pourra servir à financer des projets allant du permis de conduire à l'organisation d?un voyage scolaire.

La logique qui sous-tend cette expérimentation est inacceptable. En modifiant profondément la raison d'être de l'enseignement, elle remet en cause certains des principes fondateurs de l'école républicaine. La vocation première de notre système scolaire est de fournir à chacun les moyens de s'épanouir, et de s?insérer professionnellement dans la société. L'apprentissage est ainsi conçu comme un processus désintéressé, où l'élève travaille avant tout pour lui-même. En aucun cas, il ne doit devenir une activité rémunérée sur des critères d'assiduité. L'attribution de places de football décidée par un lycée professionnel de Marseille pour lutter contre l'absentéisme laisse entrevoir les pires dérives sous-jacentes à ce système.

Au-delà de la période de scolarité obligatoire, c'est avant tout la qualité de la formation et les atouts qu'elle représente pour l'avenir des élèves qui doivent motiver leur présence. C'est dans ce cadre, une logique de la responsabilisation qu'il faut promouvoir et non celle de "la carotte et du bâton".

L'État doit prendre ses responsabilités et doit impulser des démarches pédagogiques innovantes à destination des élèves les plus fragiles en se réengageant, y compris sur le plan humain. Ces dispositifs ne doivent pas être conçus comme des récompenses mais bien comme des facteurs de cohésion au sein d'une classe et d'un établissement.

Aussi, sur proposition des élus du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, le v?u tend à ce que le Maire de Paris intervienne auprès du Recteur de l'Académie de Paris afin d'obtenir l'assurance que des dispositifs de type cagnotte ne soient pas expérimentés dans les établissements scolaires parisiens.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe. - Merci pour ce v?u. Merci aux élus du groupe socialiste.

La question posée est une question lourde pour notre système éducatif. La question n'est pas une opposition de principe au financement de projets collectifs. La Ville de Paris, le Département en l'occurrence, finance plus de 200 projets dits "des collèges", qui sont des projets portés par des équipes pédagogiques à l'intérieur des établissements et qui sont montés avec des associations.

Ces soutiens à ces projets ne sont pas pensés comme des récompenses mais comme s'inscrivant dans le cadre d?un projet d'établissement, donnant du sens parce qu'ils ciblent plutôt les collèges avec des populations fragiles, parce qu'ils sont fléchés sur un certain nombre de priorités que nous nous sommes donnés, la culture, l'art, la citoyenneté, et en font donc de véritables projets collectifs.

La question posée par le v?u est celle de la finalité de ces projets et de la finalité de ce qu'on a appelé la "cagnotte".

Par ailleurs, la vraie question posée est de savoir ce que l?on fait pour tous ceux qui sont en situation de décrochage aujourd'hui. Une fois que l'on a dit cela, quelle responsabilité prend l'Éducation nationale pour faire en sorte qu'il n'y ait plus 150.000 jeunes qui sortent tous les ans du système scolaire sans diplôme ni formation ?

On accrédite ainsi le fait qu?il n'y a plus d'ambition de réussite collective, que la réussite pour tous n'est plus un objectif qu'on se donne au sein de l'Éducation nationale, et qu'on entérine le fait d?un école à deux vitesses.

On le fait évidemment dans un moment où on aura supprimé en quelques années 50.000 postes d'enseignants dans l'Éducation nationale et réduit les moyens en peau de chagrin.

La question posée est moins celle du projet en tant que tel que de sa finalité, et je vous remercie de l'avoir dit. Évidemment, au regard de tout cela, de ce que nous faisons à la Ville pour soutenir, justement, tous ces publics fragiles, en difficulté, que ce soit avec Action Collégiens, avec le Troisième Centre, avec les projets des collèges dont je parlais, évidemment, je ne peux qu'émettre un avis favorable à ce v?u et je vous en remercie.

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci, Madame.

La parole, pour une explication de vote, est à M. MENGUY.

M. Jean-Baptiste MENGUY. - Monsieur le Maire, je vous remercie.

Mes chers collègues, ce que l?on vient d?entendre et la lecture du v?u démontrent, s'il était nécessaire encore, le grand embarras de la gauche parisienne, puisqu'il semblerait que les élus socialistes ne se parlent pas entre eux. Je tiens à citer la phrase suivante : "ce type de projet peut se traduire par la budgétisation, le paiement de projets pédagogiques innovants comme, par exemple, l?organisation à la fin de l?année d?un voyage scolaire thématique avec un réel projet encadré. J'y serais très favorable, ce n'est pas très éloigné du projet de Martin HIRSCH". Citation de M. JULLIARD, Secrétaire national au parti socialiste, sur l'éducation.

Evidemment, un tel embarras dans la majorité parisienne est un double aveu. Ce n'est pas un v?u, c'est un aveu. C?est l?aveu d?abord du désintérêt et de la politisation à outrance, encore une fois, de la gauche parisienne à l'égard de l'Education nationale et, Madame BROSSEL, vous l'avez encore une fois démontré. Quand vous n'avez pas de réponse, vous déplacez le débat à chaque fois sur l'Etat, l'Education nationale, etc. Chacun prend ces responsabilités, Madame BROSSEL.

Je l'ai dit lors du débat sur la rentrée des jeunes Parisiens le mois dernier, nous avons fait le choix d'avoir une vraie discussion et des vraies propositions contre l'absentéisme et le v?u n?aborde malheureusement qu'un seul aspect. Vous ne parlez pas non plus de l'absentéisme pour des raisons d'ordre familial ou personnel, le cas étant, par exemple, de la phobie scolaire.

C'est un aveu également parce que, lorsque vous n'avez pas d'idée, eh bien, vous n'arrivez même pas à être d?accord...

En tout état de cause, compte tenu et en attendant que le parti socialiste règle ses luttes intestines - même sur le fond, pour une fois, remarquez -, eh bien, nous nous abstiendrons sur ce v?u et nous laissons la gauche chercher des idées. Merci.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. Pierre SCHAPIRA, adjoint, président. - Merci, Monsieur MENGUY.

Je mets aux voix, à main levée, la proposition de v?u déposée par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés, assortie d'un avis favorable de l?Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

La proposition de v?u est adoptée. (2009, V. 323).