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Octobre 2009
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2009, VI - Question d'actualité posée par le groupe U.M.P.P.A. à M. le Maire de Paris relative au stade Jean Bouin.

Débat/ Conseil municipal/ Octobre 2009


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous passons à la question d'actualité posée par le groupe U.M.P.P.A.

La parole est à M. GOASGUEN.

M. Claude GOASGUEN, maire du 16e arrondissement. - Monsieur le Maire, hier une manifestation de plusieurs milliers de personne s'est opposée à la destruction du stade Jean Bouin. Cette manifestation n'avait pas de caractère sectaire puisqu'elle regroupait, à côté des responsables du 16e arrondissement, des membres éminents de l'opposition, des "Verts", des représentants de l'opposition à Boulogne, des proviseurs, des responsables de la F.C.P.E., des professeurs d'éducation physique, des responsables associatifs et des représentants d'élèves.

Pourquoi la pluralité de cette manifestation et son succès ? C'est qu?en réalité, la question n'était pas seulement la destruction du stade Jean Bouin, mais un certain nombre de dommages collatéraux dont, peut-être, la Municipalité n'a pas mesuré avec suffisamment de précision l'ampleur, ce qui explique la montée lente mais sûre de la protestation.

Quels sont ces dommages collatéraux ? Je les résume : suppression des sports de proximité - vous le savez -, le coût on connaît -, 148 millions rien que pour Jean Bouin, quelques millions supplémentaires pour les frais collatéraux, on le sait. Ce que vous avez certainement sous-estimé, c'est l'utilisation par les scolaires et associations du stade : 5.000 adhérents pratiquent six sections sportives et surtout 3.800 scolaires de cinq lycées de Paris et de Boulogne sont chassés des équipements sportifs de proximité qui sont les leurs en raison de la destruction du stade Jean Bouin.

Or, vos propositions de substitution paraissent, en réalité, totalement irréalistes. Tout d'abord, vous vous fondez sur une décision de la commission qui va examiner l'hippodrome d'Auteuil. Je ne suis pas sûr du tout que cette commission, d'après les dernières informations, soit favorable à une modification de l'hippodrome d'Auteuil.

Vous vous retournez donc vers d'autres solutions de substitution qui sont tout aussi peu adaptées, en réalité, que la première : Suzanne Lenglen qui est déjà utilisé par les écoles du 15e arrondissement, le parc de Bagatelle qui aurait des conséquences, à mon avis, très néfastes sur le bois de Boulogne et sur l?environnement puisqu?en réalité, il s?agirait de faire sept à huit rotations par lycée et par jour pour amener les lycéens sur le parc de Bagatelle, sans oublier des problèmes de sécurité qui sont évoqués par la Préfecture de police, des problèmes de stationnement, bien sûr, les jours de match, puisque le parking est prévu pour une capacité de 500 places, dont 100 pour les riverains, et on sait très bien que la proximité du Parc des Princes et le cumul des matchs risquent d'encombrer un quartier déjà difficilement circulable, des galeries commerciales dont on ne connaît pas la valeur réelle.

Alors la question se pose à un public de plus en plus large, car il y avait dans cette manifestation des militants socialistes, des militants communistes qui pratiquent le sport de proximité au stade Jean-Bouin, et ce n'est donc pas une question politique, mais une question de bons sens.

Je pense que vous vous êtes placés dans une voie sans issue, et qu?il est temps de revenir vers deux solutions possibles, qui permettraient à tous de s?y retrouver. La solution est celle du Paris 2012 que nous avions tous adoptée en commun au moment du dossier des Jeux Olympiques. Ce dossier Paris 2012 était un Jean-Bouin de 15.000 places, qui permettait une pratique sportive multiple, et qui en plus ne coûtait que 40 millions d?euros.

Il y a d'autres solutions. Je sais que ces solutions heurtent le Stade français. Je vous dis très franchement que nous sommes dans une dynamique qui va certainement s'amplifier et qui mettra en difficulté certainement les riverains et les utilisateurs de Jean-Bouin, mais aussi la municipalité car, bien entendu, l'ampleur de la manifestation d?hier va certainement s'accroître, et croyez-moi, vous n'arriverez pas facilement à trouver un résultat qui convienne.

Donc, j'en appelle à un peu de mesure, à un peu de réflexion. Le projet initial était un bon projet accepté. Je ne comprends pas pourquoi vous vous entêtez dans une solution qui multiplie des difficultés et des dommages collatéraux, que vous n'êtes pas en mesure de régler.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. Jean VUILLERMOZ.

M. Jean VUILLERMOZ, adjoint. - Merci, Monsieur le Maire.

Il y avait ce week-end, trois grosses manifestations dans la ville : une sur l'égalité des femmes, une autre sur la demande de régularisation des sans-papiers, et enfin une troisième des paysans. Mais M. GOASGUEN et l'U.M.P. n'en ont vu qu'une, celle qui en gros dénie à la majorité municipale le droit de construire un stade de rugby à Paris.

Je sais que la dramatisation théâtrale, que vous exprimez encore aujourd?hui, ne sera pas la dernière et qu?il m'appartient une nouvelle fois de vous répondre. Permettez-moi tout de même de vous dire que la majorité municipale n'est pas dupe. Je subodore que votre opposition au nouveau stade Jean-Bouin s'inscrit, comme je vous l?avais dit, aussi et surtout dans le cadre des prochaines échéances électorales. Je le dis calmement mais fermement : nous ne sommes pas dupe de vos man?uvres.

Il faut malheureusement vous dire qu'il n'y a qu'à Paris que les projets de modernisation des grands stades donnent lieu à des dérives politiciennes aussi médiocres.

(Protestations sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

Partout en France, que ce soit dans le football ou dans le rugby, les villes se dotent d'infrastructures sportives dignes du haut niveau. Dans le rugby, cela a été le cas récemment à Toulouse et à Montpellier. Actuellement, Paris est la seule ville du Top 14 qui fasse évoluer son équipe dans des conditions aussi misérables. Le Stade français évolue au niveau européen, et l'U.M.P. y répond avec l'ambition d'une sous-préfecture !

Dans le foot, une dizaine de villes s'apprêtent à investir sur crédits publics, je dis bien sur crédits publics, plus d'une centaine de millions chacune pour moderniser leur stade en vue de l?euro 2016. Personne ne le conteste, l?Etat les y encourage même. Il n?y a que l'U.M.P. Paris pour être contre de tels projets. L'U.M.P., je le rappelle, est contre la modernisation de Roland Garros. Vous êtes contre Jean-Bouin pour le rugby. Demain, je vous parie que vous serez contre la modernisation du Parc des Princes.

Peu vous importe les conséquences pour Paris. Mais si nous vous écoutions, c'est un coup dur qui serait porté au sport de haut niveau dans la capitale. Laisser Paris ne plus tenir son rang en matière de rencontres internationales pour le foot, le rugby mais aussi le tennis, c'est priver notre capitale de son rayonnement international. Cela, nous ne le voulons pas et les Parisiens non plus.

Et vous le savez, puisque je vous ai répondu la dernière fois sur la délibération qui avait été proposée par "Les Verts", le projet initial prévu dans Paris 2012 ne correspond absolument plus aujourd'hui à l'état du rugby dans notre ville, et au niveau national et européen.

Jean-Bouin sera un stade qui embellira le quartier, car on remplacera un stade vieux et décati par une ?uvre architecturale qui s'intégrera parfaitement dans le paysage urbain.

Ce sera aussi une opération financièrement intéressante pour la Ville, puisque vous y revenez. Avec la redevance que nous versera le club, les loyers provenant des 7.000 mètres carrés de commerce et les recettes du parking de 500 places, nous pouvons espérer entre 3, 4 et 5 millions d?euros de recettes annuelles. Cela signifie que l'investissement total de 143 millions d?euros, et non pas de 200 millions d?euros comme vous le laissez croire, sera amorti au bout de trente ans.

Mais puisque vous voulez absolument revenir sur un sujet, qui est celui de l'accueil des scolaires, que vous appelez "dommages collatéraux", sachez, et je vous l?ai déjà dit, que c'est ma principale préoccupation dans ce projet. Il n'a jamais été question de sacrifier ni les scolaires ni les clubs qui utilisent la piste d?athlétisme ou le terrain de hockey. Prétendre cela, Monsieur GOASGUEN et l?U.M.P., relève de la pure manipulation.

La vérité est connue de tous : normalement nous aurions dû, avant même le démarrage des travaux sur Jean-Bouin, pouvoir accueillir les scolaires sur les nouvelles installations que nous voulons réaliser sur l'hippodrome d'Auteuil et, vous le savez, c'est à 150 mètres. Malheureusement, pour des raisons sur lesquelles je ne m'étendrai pas, ce projet est bloqué depuis un an par l?Etat, qui dispose d'un pouvoir d'autorisation, puisque l'hippodrome se situe dans le bois de Boulogne.

Si l?Etat donne son feu vert avant la fin de l'année, et c'est là, je vous le rappelle, que j'attends que les élus U.M.P. m?y aident, tout sea prêt dans deux ans ; il s'agit tout de même, rappelons-le, de livrer douze hectares d'équipements sportifs pour les habitants du 16e arrondissement.

Je vous le redis, c?est la première fois depuis très longtemps que la Ville pourra construire deux terrains de grands jeux à cet emplacement. Je le dis aussi aux Verts qui m'ont dit à chaque fois, que les terrains de grands jeux étaient très proches du périphérique, et qu'il y avait des problèmes de pollution. Là, c'est vraiment dans le poumon vert de Paris. Pourquoi ne nous aidez-vous pas à construire sur ce terrain ?

Je le dis : si l?Etat nous donne le feu vert, tout sera prêt dans deux ans. D?ici là, nous avons déjà tout engagé pour que les scolaires puissent être accueillis dans d?autres équipements, à moins de quinze minutes de Jean-Bouin. Et je ne peux que regretter qu'une partie de la communauté scolaire joue le jeu de la désinformation auprès des parents d'élèves, en refusant les propositions constructives, sérieuses et de qualité que nous avons faites en lien étroit permanent avec le Rectorat de Paris. Vous le savez !

Pour conclure, Monsieur le Maire, deux choses. Comme je le disais déjà le mois dernier, pour ce qui nous concerne, nous nous honorons de mener à bien ce projet, comme tous les autres projets sportifs de la Ville de cette mandature. Mais aussi tous les autres projets, y compris d'ailleurs les 40.000 logements sociaux, et ceux prévus dans le 16e arrondissement. Mais je sais que cela vous chagrine.

Les Parisiens savent qu'ils peuvent compter sur notre détermination à mettre en ?uvre, ce pourquoi nous avons été élus. Enfin, Monsieur le Maire, franchement, entre le bouclier fiscal et le bouclier de Brennus, je préfère le second !

(Applaudissements sur les bancs des groupes Communiste et élus du Parti de Gauche, socialiste, radical de gauche et apparentés et du Mouvement républicain et citoyen).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Toute petite reprise de parole de M. GOASGUEN.

M. Claude GOASGUEN, maire du 16e arrondissement. - Monsieur VUILLERMOZ, décidément vous n'avez pas bien compris. D'abord, ce n'est pas une action U.M.P. Cela vous dérange, mais un groupe important de la majorité municipale s'est joint à nous, à Boulogne comme à Paris.

La F.C.P.E., Monsieur VUILLERMOZ, n?est pas particulièrement un syndicat de droite. Les proviseurs des lycées ne sont pas non plus véritablement encartés à droite. Les associations de professeurs non plus. Et les élèves, pour tout vous dire, sont plutôt syndiqués dans des syndicats d'élèves plus proches de la Gauche que de la Droite, car il n'y a pas de syndicats de Droite. Alors, quand vous réduisez cela à une affaire politicienne, permettez-moi de vous dire que vous avez la vue un peu serrée.

Cela étant, vos propositions, je les écoute toujours. Ne croyez surtout pas que nous allons prêter la main à une espèce de retournement de situation exemplaire. Non seulement, à avoir mis le bazar à Jean-Bouin mais maintenant à vouloir le mettre sur l'hippodrome d'Auteuil. Vous ne croyez quand même pas que je vais me faire le complice d'une mesure qui non seulement défigure le quartier à Jean-Bouin, mais maintenant va le défigurer sur l?hippodrome d?Auteuil !

(Protestations sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et du Mouvement républicain et citoyen).

Alors, ne comptez pas sur nous ! Cela, je vous le dis tout net.

Je vous le dis parce que nous sommes dans une période où le bois de Boulogne, le développement durable, l?environnement, c?est quelque chose d'important et vous l?avez vu aux dernières élections. Si vous ne l?avez pas vu, vous risquez de le voir encore une fois !

Par conséquent, Monsieur VUILLERMOZ, vous ne vous en sortirez pas comme cela. Croyez-moi, si c'est le parc de Bagatelle auquel vous pensez, vous aurez beaucoup de mal à expliquer aux Parisiens qu'il y aura une noria d'autobus qui relieront à longueur de journées les cinq lycées parisiens au parc de Bagatelle, au milieu du bois de Boulogne, et vous vous intitulerez défenseur du développement durable en même temps.

Monsieur VUILLERMOZ, prenez conscience des réalités ! Ce n'est pas l'U.M.P. qui mène ce coup-là. Vous n?avez rien compris ! Jean-Bouin est un stade de sport de proximité et il le restera, que cela vous plaise ou non !

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur GOASGUEN, je prends acte, et c'est la première fois à ma connaissance que vous le dites aussi nettement, vous êtes opposé à l'aménagement des 12 hectares d'Auteuil, au bénéfice notamment des habitants et des enfants, des jeunes, des sportifs du 16e arrondissement et je note que vous semblez dire dans votre intervention que l?Etat bloque parce que vous, personnellement, vous êtes contre.

Monsieur GOUJON, je note que vous êtes hostiles à l'aménagement des 12 hectares à Auteuil, que beaucoup d?élus du 16e arrondissement avaient validé.

Et, puisque vous parliez des nombreuses personnes de gauche dans le 16e arrondissement, plus "Les Verts", qui vous soutiennent, ce qui est vrai - ils ne sont pas si nombreux que vous le dites -, je voudrais vous dire qu'il y a beaucoup, beaucoup d'habitants du 16e arrondissement qui votent à droite et qui sont favorables au stade de rugby à Jean-Bouin.

Enfin, dernier point : je m'étonne de ce que j'ai cru comprendre du rôle de l?Etat, qui donc ne réunirait pas la Commission des sites à la demande d'un parti d'opposition à Paris et qui n'entendrait pas le Maire de Paris...

Ensuite, habilement, je dois le reconnaître, vous nous dites aujourd'hui : "Ah, mais on est sur le projet de la candidature de Paris des Jeux Olympiques." Mais figurez-vous que le projet, c'est un stade de rugby à Jean-Bouin et pas à Charlety. Je vous le signale !

(Protestations sur les bancs des groupes U.M.P.P.A. et Centre et Indépendants).

Quant à la démocratie, et je le dis pour l'ensemble de la majorité municipale, il se trouve que c'est un engagement de mandature et qu'il n'y a pas de surprise : il y a besoin d'un stade de rugby à Paris. C'est la moindre des choses, d'ailleurs.

Dans toutes les villes de France, c?est par centaines de millions d'euros que les mairies, de droite comme de gauche, investissent...

J'ai beaucoup aimé la formule de Jean VUILLERMOZ : "Nous préférons le bouclier de Brennus au bouclier fiscal", la démocratie passera et le stade de rugby à Jean-Bouin existera.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et du Mouvement républicain et citoyen).

Vous me menacez ?

Oui, je vous entends !

Et, en plus, vous m'annoncez que l?Etat va se mettre en travers.

Mais on verra qui l'emporte de la démocratie ou du pouvoir centralisateur. On verra !

Et le vote des Parisiens, cela ne compte pas ?

C'est très révélateur ! Cela veut dire que le vote des habitants du 16e arrondissement doit s'imposer à tous les habitants de Paris. Je vous avais dit, Monsieur GAREL, méfiez-vous ! C'est un mauvais combat !

La majorité du 16e arrondissement doit donc imposer sa loi à tous les habitants de Paris ! Je m'y opposerai !

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, Communiste et élus du Parti de Gauche et du Mouvement républicain et citoyen).

Nous passons en formation de Conseil général.

La séance est suspendue.