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Fevrier 2008
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2008, III - Question d’actualité déposé par le groupe “Les Verts” à M. le Maire de Paris relative au Conseil scientifique de la Ville de Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Février 2008


 

M. LE MAIRE DE PARIS. - La parole est à M. DUTREY pour la question de son groupe.

M. René DUTREY. - En 2002, vous avez créé le Conseil scientifique de la Ville de Paris, décrit comme une instance d?expertise et d?évaluation destinée à éclairer les décisions municipales. Ses membres ont été nommés sans délibération du Conseil de Paris.

A la tête de ce comité scientifique, vous avez choisi l?actuel directeur de l?Institut de Physique du Globe, successeur et proche de M. Claude ALLÈGRE, ancien ministre du Gouvernement de M. JOSPIN, qui considérait entre autres choses le scandale de l?amiante à Jussieu comme l?effet d?une psychose collective et comme un problème mineur.

Comme l?ont relaté plusieurs articles de presse, le Président du Conseil scientifique de la Ville fait aujourd?hui l?objet de critiques sévères de la part de plusieurs confrères qui lui reprochent d?arranger certaines données pour mieux remettre en cause la responsabilité des activités humaines dans le dérèglement climatique.

Ces études viennent contredire celles du groupement d?experts intergouvernemental sur l?évolution du climat, récemment primé Prix Nobel de la paix.

Sous sa présidence, le Conseil scientifique de la Ville a remis des avis, des rapports, sur un certain nombre de sujets, par exemple sur les effets de la téléphonie mobile sur la santé, pour conclure que le principe de précaution ne justifiait pas une diminution drastique des normes d?exposition.

Il ne nous appartient pas de dénier le caractère scientifique de ces avis et il est totalement légitime que le décideur politique prenne des avis auprès de scientifiques.

Mais nous savons aussi, d?une part, que le milieu scientifique n?est pas un bloc monolithique, qu?il est souvent animé de controverses, d?hypothèses diverses, d?approches plurielles et d?autre part, que dans l?histoire la science a pu être convoquée pour conférer un caractère irréfutable à une politique qui ne l?était pas. En matière d?écologie, les exemples sont nombreux. C?est pourquoi nous devons porter une attention particulière aux conditions dans lesquelles les avis scientifiques participant au débat public sont élaborés et énoncés.

Les conditions nécessaires à l?indépendance des avis sont-elles réunies si c?est le maire et lui seul qui sélectionne des scientifiques pour siéger au sein de ce Conseil ? Ce mode de désignation peut-il garantir la diversité des disciplines représentées - par exemple, il n?y a pas de climatologues actuellement dans le Conseil - et la diversité des approches, notamment sur des sujets faisant l?objet de polémiques scientifiques et citoyennes ?

Si c?est le président du Conseil, un scientifique qui en est le garant, alors celui-ci peut-il se permette d?être l?objet comme aujourd?hui de mise en cause par une partie non négligeable de la communauté scientifique pour manque de rigueur et parti pris, en l?occurrence contester l?incidence de l?activité humaine sur le réchauffement climatique ?

Merci.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Monsieur SAUTTER, vous avez la parole.

M. Christian SAUTTER, adjoint. - Monsieur le Maire, comme l?a dit M. DUTREY, le Conseil scientifique a été créé en 2002 par votre décision et a été installé par vous au mois de septembre. Il est composé de 33 personnalités, chercheurs, enseignants-chercheurs, spécialistes du domaine de l?industrie, dans de nombreuses disciplines. C?est le Conseil de Paris qui a agréé la composition de ce Conseil.

Ce Conseil a beaucoup travaillé. Il s?est réuni deux fois par an en séance plénière depuis sa création. Il a formé des groupes de travail et émis de nombreux avis sur des dossiers qui lui étaient soumis en cours d?année. Le Conseil scientifique est une instance d?expertise et d?évaluation destinée à éclairer les décisions municipales dans les domaines qui relèvent de ses champs de compétence : recherche, enseignement supérieur, technologie, culture scientifique et technique.

Il intervient également en formulant auprès du maire des propositions présentant un intérêt au regard de la politique municipale. Je dois dire que Danièle AUFFRAY, moi-même et d?autres adjoints, avons suivis avec beaucoup d?attention et avons beaucoup apprécié les travaux de ce Conseil scientifique.

Il a présenté au Maire de Paris, en toute indépendance, plusieurs rapports, tels que des expertises sur les laboratoires gérés par la Ville de Paris, des avis sur des grands projets tels que l?Institut du cerveau et de la moelle, l?Institut européen de technologie, le projet ?Imagine?, un rapport sur la culture scientifique, un rapport sur les antennes relais, un rapport sur la mobilité et les transports parisiens, la création d?une chaire de la Ville. Bref, il a parfaitement rempli sa mission en toute transparence.

Les avis du Conseil scientifique sont des avis qui ne lient pas le Maire de Paris et chaque Parisien peut les consulter sur le site Internet. Vous avez mis en cause une personne, Vincent COURTILLOT, dont je dois dire que c?est un grand savant qui est, vous l?avez dit, engagé dans une controverse scientifique, et je dirai même une controverse médiatique, sur le réchauffement climatique. De telles controverses sont fréquentes dans le domaine de la science et le débat fait progresser la vérité, à condition que tous soient de bonne foi.

Vous faites un amalgame entre la science et la politique. Je considère que la science est la science, que la politique est la politique. Et je trouve très malsain que le Conseil de Paris soit appelé, indirectement, à trancher une querelle de scientifiques. Les exemples dans d?autres pays, dans le passé, ont montré que l?interférence entre la science et la politique ne donnait pas toujours de très bons résultats.

Vous avez même diffamé M. COURTILLOT en disant qu?il avait considéré avec désinvolture la question de l?amiante à Jussieu, ce qui est à ma connaissance rigoureusement inexact. Je crois qu?il mériterait sur ce point des excuses.

Je veux dire que Vincent COURTILLOT est un grand savant, qu?il a toute notre estime et je crois que plutôt que ces controverses stériles, et je dirai même nuisibles, notre responsabilité comme élus Parisiens, qui avons voté à l?unanimité le Plan climat, est de le mettre en ?uvre avec ambition, obstination, sans se laisser distraire par des querelles subalternes.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup.

Rajoutez un mot, si vous voulez, et moi aussi j?aurai un mot à rajouter.

M. René DUTREY. - Premièrement, sur la soi-disante diffamation, les propos que vous mettez dans la bouche de M. COURTILLOT, je les ai mis dans la bouche de M. ALLEGRE. C?était très clair dans mon intervention. Les propos que vous avez entendus dans la bouche de M. COURTILLOT, concernant Jussieu, étaient dans la bouche de M. ALLEGRE dans mon intervention et je peux vous confirmer qu?il les a bien prononcés.

L?objet de cette question visait à poser la question du pluralisme d?un Comité scientifique et comment organiser la contradiction dans un comité scientifique sur des sujets qui ne sont pas tranchés scientifiquement . Ce n?était pas de porter le débat sur lequel M. COURTILLOT est attaqué aujourd?hui, entre autres, le réchauffement climatique.

Vous me répondez sur cette partie-là, je ne m?y attendais pas. J?aimerais un jour que l?on ait le débat de comment créer un Conseil scientifique qui puisse permettre la contradiction, qui ne soit pas monolithique sur certains sujets, afin de mieux éclairer les élus que nous sommes.

Je suis étonné de la violence de votre réponse.

M. LE MAIRE DE PARIS. - Je vais vous donner mon sentiment, Monsieur DUTREY.

Le Conseil scientifique achève sa tâche puisque le mandat s?achève. Il est composé de femmes et d?hommes - d?ailleurs à parité, ce qui est très rare dans les instances de ce type - bénévoles, libres, tous de très haut niveau et d?opinions politiques et scientifiques extrêmement différentes. Je l?ai voulu comme cela, car ce n?est pas aux politiques de déterminer la vérité scientifique.

Je suis allé souvent travailler avec eux. Ils n?ont pas tous le même avis et telle est la vie, cher Monsieur. Il se trouve que des scientifiques, dans toutes les disciplines d?ailleurs, regardez bien, dans ce Conseil scientifique, se sont affrontés. Je trouve que c?est un progrès immense pour la Ville de Paris que d?avoir créé ce Conseil scientifique, libre, pluraliste, y compris sur le plan scientifique.

Ce Conseil scientifique n?existait pas avant. Je tiens ici publiquement à remercier chacune et chacun de ses membres en respectant la diversité de leurs opinions, y compris scientifiques, car c?est comme cela que l?on peut se faire aider et prendre nos responsabilités, comme je l?ai fait quand je vous ai soumis le Plan climat. Il se trouve que je suis parfois d?accord avec les uns, parfois d?accord avec les autres. Peu importe, nous devons être éclairés.

Je voudrais dire un dernier mot : Vincent COURTILLOT est non seulement un grand savant, mais c?est aussi un parfait honnête homme, d?une moralité totalement irréprochable. Ces thèses peuvent être combattues et il m?arrive d?ailleurs dans des échanges avec lui d?avoir des désaccords. Son honorabilité, sa morale - et je le dis - ne peuvent être mises en cause. Et je tenais publiquement ici, lors de cette dernière séance du Conseil de Paris, à rendre hommage à tous les membres du Conseil scientifique, en particulier à leur président Vincent COURTILLOT.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).