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Juin 2019
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Débat/ Conseil municipal/ Juin 2019


 

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente.- Je vous propose que nous examinions le dernier projet de délibération pour ce soir, le projet DAC 570 : plaque commémorative en hommage à l?Union des Juifs pour la Résistance et l?Entraide pour son engagement dans la Résistance et ses activités au 14, rue de Paradis après la Libération. La parole est à Mme Raphaëlle PRIMET. Mme Catherine VIEU-CHARIER lui répondra.

Mme Raphaëlle PRIMET.- Mes chers collègues, c?est au 14, rue de Paradis que des générations de juifs parisiens se sont retrouvées depuis 1946. Ce lieu symbolisait et symbolise encore la chaleur, la fraternité de celles et ceux qui ont traversé l?horreur, mais ont survécu. Beaucoup ont tout perdu et l?on vient au 14 pour avoir des nouvelles de ceux qui sont rentrés, de ceux qui sont partis en Palestine, de ceux que l?on ne reverra pas. Ils organiseront les premières vacances des enfants orphelins ou de familles de disparus. Ils aident ceux qui se sont fait spolier de leurs biens ou de leur appartement par des Français sans scrupule.

L?U.J.R.E. est née en 1943. Elle regroupe les associations juives, progressistes et communistes. Elle est la cousine des FTP-MOI qui ont marqué la résistance. Les MOI étrangers, nos frères pourtant, venaient des quatre coins d?Europe. Ils avaient cru trouver en France, après les vagues d?antisémitisme, un havre de paix. Les Français découvriront leur nom sur la célèbre affiche rouge que sublimera Aragon. Leurs pères et mères étaient ouvriers, artisans, commerçants. Ils habitaient Belleville ou le Marais. Ils lisaient la presse yiddish à Paris, qui comptait trois quotidiens dans cette langue, dont la presse nouvelle d?inspiration communiste créée en 1934. L?U.J.R.E. est cofondatrice de l?ancêtre du M.R.A.P. Elle est aussi la fondatrice du C.R.I.F. La position de l?U.J.R.E. sur la Palestine lui vaut régulièrement des remarques acerbes d?autres composantes du C.R.I.F. L?U.J.R.E. a vu passer des centaines de personnes après-guerre. Henri Krasucki et Charles Lederman, qui fut conseiller de Paris, ont soutenu ou dirigé cette association.

Qu?une plaque vienne rappeler l?histoire de cette maison dans une rue si bien nommée et toute empreinte de l?humour juif : la rue de Paradis pour ceux qui ont connu l?enfer. L?U.J.R.E. est le symbole toujours vivant d?une association qui a toujours mis en exergue la résistance juive, car qu?elle soit déployée à Paris, dans le ghetto de Varsovie ou dans les forêts d?Ukraine, cette résistance a existé. Sachons nous en souvenir.

Pour illustrer mon propos, je m?effacerai devant les vers de Marianne Cohn, résistante juive torturée : "Je trahirai demain pas aujourd?hui./Aujourd?hui, arrachez-moi les ongles,/Je ne trahirai pas./Vous savez pas le bout de mon courage./Moi je sais./ [..] Il me faut la nuit pour me résoudre,/Il ne faut pas moins d?une nuit/Pour renier, pour abjurer, pour trahir./Pour renier mes amis,/Pour abjurer le pain et le vin,/Pour trahir la vie,/Pour mourir./Je trahirai demain, pas aujourd'hui." Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente.- Merci. Pour vous répondre, la parole est à Mme Catherine VIEU-CHARIER.

Mme Catherine VIEU-CHARIER, adjointe.- Madame la conseillère, cette intervention pour une plaque qui vient en hommage à l?Union des Juifs pour la Résistance et l?Entraide, qui marque bien l?histoire de la Résistance juive communiste dans notre ville et est très importante pour deux raisons. D?abord, parce qu?elle est très mal connue. Ensuite, parce qu?elle vient contrer une thèse qui parle de la passivité des juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale, alors que les juifs se sont engagés dès le début dans la Résistance et ont lutté contre l?oppression et la barbarie.

Aujourd'hui, l?U.J.R.E. poursuit son combat contre toute forme d?antisémitisme, de racisme et de xénophobie. Je vous propose donc de rendre à ce haut lieu de résistance juif un hommage. Cela permettra aussi aux gens de mieux connaître ce qui s?est passé dans cet immeuble, qui fut un siège important pour l?entraide et la résistance. Je précise, d?ailleurs, que le nom de "NAÏE PRESSE" sera indiqué en yiddish sur la plaque qui sera apposée sur l?immeuble, afin de rappeler que cette presse était écrite, lue et parlée en yiddish. Cela me paraît extrêmement important puisque cette langue est en voie de disparition. Je vous remercie.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente.- Merci.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 570.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DAC 570).

Mme Colombe BROSSEL, adjointe, présidente.- Chers collègues, je vous propose de suspendre la séance jusqu?à demain matin, 9 heures.

Bonne soirée !

Suspension et reprise de la séance.