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Juin 2019
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2019 DDCT 116 - Rapport de la Mission d'Information et d’Evaluation : "Le Périphérique, Quelles perspectives de changement ?". Voeu déposé par le GEP relatif à l'établissement d'un calendrier des festivités. Voeu déposé par le GEP relatif à l'organisation d'une concertation métropolitaine et citoyenne. Voeu déposé par le GEP relatif au moratoire sur les constructions aux abords et sur le périphérique. Voeu déposé par les groupes LRI et "100% Paris" relatif à une régulation dynamique de la vitesse sur le périphérique.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Le débat organisé à présent sur le rapport de la Mission d?Information et d?Evaluation : "Le périphérique : quelles perspectives de changement ?", avec le projet de délibération DDCT 116. La conférence d?organisation a prévu un débat organisé. Il inclura les temps de parole définis dans le temps, avec la présentation des v?ux.

Avant de donner la parole à la présidente et ensuite au rapporteur, je voudrais dire quelques mots en introduction.

Mardi 28 mai dernier, j?ai reçu avec beaucoup de satisfaction et d?intérêt le rapport de la Mission d?Information et d?Evaluation "Le périphérique : quelles perspectives de changement ?"

Je veux féliciter et remercier à nouveau la présidente de cette mission, chère Laurence GOLDGRAB, et son rapporteur, cher Eric AZIÈRE. Avec les autres membres du groupe, ils ont mené un travail absolument déterminant pour l?avenir du Grand Paris.

Ce rapport, rédigé par des membres venus des différents horizons politiques des groupes du Conseil de Paris, témoigne du fait que nous faisons le même constat et portons la même volonté d?agir pour changer de modèle pour les déplacements et l?aménagement.

Je suis donc très heureuse que ce combat contre la pollution et pour une mobilité différente, plus propre, soit désormais largement partagé.

Nous voulons toutes et tous que Paris et la Métropole respirent. Le périphérique a été construit entre 1956 et 1973 pour se déplacer plus vite, pour relier l?Est et l?Ouest de Paris, le Sud et le Nord. Mais depuis le début des années 1970, la Ville et la Métropole ont changé. Le périphérique constitue davantage une barrière qu?un lien. Il sépare plus qu?il ne relie. Il est devenu une source de nuisances : pollution atmosphérique, pollution sonore, visuelle, allongement des temps de transport.

Vous connaissez mon combat contre la pollution que subissent tous les jours les Parisiens, les Franciliens et les millions de personnes qui viennent chaque jour dans la Capitale. Il est impossible de fermer les yeux devant les 6.000 personnes qui meurent chaque année dans la Métropole du Grand Paris parce qu?elles ont respiré cet air pollué qu?elle n?avait pas le choix de respirer. Elles ont notamment respiré ces fameuses particules fines et oxydes d?azote émis par les moteurs diesel.

Combattre la pollution, c?est aussi réagir à l?urgence écologique à laquelle nous faisons face. Le dérèglement climatique nous oblige à réduire nos émissions de gaz à effet de serre, dont les voitures à moteur thermique sont la principale source à Paris. Pour réduire la pollution et améliorer le bien-être des habitants, il ne faut pas attendre. Nous n?avons plus le temps d?attendre. Il nous faut réduire le trafic et surtout, la circulation des véhicules les plus polluants. Pour être juste, l?interdiction des véhicules polluants doit être accompagnée d?alternatives. Pour cela, il est impératif de permettre aux gens de prendre leur vélo plutôt que leur voiture, d?emprunter les transports en commun quels que soient leurs trajets, d?avoir accès à un véhicule électrique s?ils le souhaitent, de se déplacer facilement et librement, quelles que soient leurs contraintes.

Le périphérique est le symbole d?une route réservée aux voitures, d?une route qui exclut les piétons, les vélos, d?une route polluée dont les abords sont désagréables pour les riverains et constituent une fracture souvent infranchissable pour les villes.

Nous ?uvrons déjà collectivement pour atténuer la frontière que constitue le périphérique entre Paris et la petite couronne, avec le projet de transformation de 20 portes de Paris en places, et cela après des projets que nous avons portés avec la majorité actuellement en action et celle en place dans la précédente mandature, lorsque nous avions aussi couvert des portions de périphérique.

Ces aménagements ambitieux permettront bientôt à nos habitants de profiter de ces nouveaux espaces en partie libérés des voitures et rééquilibrés au profit des transports collectifs, notamment avec le tramway T3 qui poursuit son tour de Paris et, bien sûr, avec les pistes cyclables. Ailleurs, les pistes cyclables le long des fleuves et des canaux permettent de se déplacer en toute sécurité et de rejoindre depuis le c?ur de Paris les villes alentour. C?est le cas du canal de l?Ourcq, qui permet d?aller à Pantin, à Bobigny, à Sevran, sur une promenade extraordinaire. De même, la Coulée verte, qui va du 14e arrondissement à Antony, en passant par Malakoff et le parc de Sceaux, est un très bel exemple plébiscité par les habitants. A Gentilly, c?est la passerelle du Cambodge qui permet aux piétons de cheminer à Paris et à Gentilly.

D?autres projets sont en cours, comme en témoigne le projet du parc des Grandes Hauteurs, porté par Est Ensemble, qui reliera demain les Buttes-Chaumont à la forêt de Bondy, ou encore la transformation de la bretelle d?autoroute urbaine A186 en boulevard urbain accueillant le nouveau tramway à Montreuil.

On le voit, tout autour de Paris, l?objectif est de répondre à la volonté des habitants de profiter d?un cadre de vie plus serein, moins pollué, moins bruyant, tout en circulant facilement. Ce sont des changements radicaux que nous engageons, qui promettent une meilleure qualité de vie pour nos habitants. Ces changements, nous ne les mènerons pas tout seuls. Nous les mènerons ensemble. Il ne s?agit pas tant de détruire que de faire évoluer, d?utiliser différemment ce qui est déjà là. Le périphérique est emprunté quotidiennement par des millions de véhicules qui évitent ainsi les centres-villes. Il serait complètement irréaliste de le fermer du jour au lendemain. Le périphérique est une infrastructure dont nous pouvons changer l?usage au service de la transition écologique. Il peut être une ressource pour un changement radical.

Nous sommes tous d?accord. Il n?est plus possible de conserver une balafre de deux fois quatre voies, qui enferme Paris et entrave les territoires qui la bordent. Ces espaces doivent être accessibles aux vélos et aux piétons. Faire tomber cette barrière, c?est la voie ouverte par ce rapport.

Les propositions sont là, nombreuses, réalistes, puissantes. Réduire le nombre de voies, abaisser la vitesse de circulation, créer une voie réservée aux transports en commun, au covoiturage, aux véhicules propres et de secours, interdire l?accès au périphérique aux véhicules poids lourd en transit, végétaliser les abords, le fermer temporairement, l?embellir grâce à des artistes et des plasticiens : voilà les propositions qui sont faites par votre travail vraiment excellent, chers collègues. Il nous appartient désormais de décider collectivement celles que nous voulons mettre en ?uvre et selon quel calendrier. Ce qui compte désormais, c?est la méthode que nous allons suivre.

Comme je l?ai déjà dit, personne ne peut décider seul de ces transformations qui remodèleront durablement le c?ur métropolitain, mais nous devons être volontaristes et déterminés. Comme le recommande la M.I.E., il est important qu?une nouvelle structure de gouvernance partagée pour le périphérique, qui associe l?ensemble des partenaires concernés par cet axe routier, voie le jour.

C?est pourquoi j?ai souhaité la mise en place d?un "Atelier du périphérique" sur le modèle de l?"Atelier de la Seine", qui regroupera tous les acteurs concernés pour étudier les propositions, confirmer leur faisabilité et surtout, se concerter avec l?ensemble des collectivités, des riverains, des professionnels, des usagers. Cet espace de discussion nous permettra de décider ensemble du projet et de son calendrier. Les discussions débuteront très vite parce qu?il ne faut pas perdre de temps. La première réunion se tiendra dès le 12 juillet prochain à Malakoff. Je salue à nouveau sa maire, ici présente.

C?est tous ensemble que nous réfléchirons aux évolutions nécessaires de la Ville et que nous travaillerons pour améliorer la santé et le bien-être des Franciliens, tout en tenant compte de leurs contraintes pour adapter la ville aux nouveaux enjeux auxquels nous faisons face.

Je vous remercie.

Je donne tout de suite la parole à Mme Laurence GOLDGRAB, présidente de la M.I.E.

Mme Laurence GOLDGRAB.- Madame la Maire, Monsieur le rapporteur, cher Eric, chers membres de la M.I.E., chers collègues.

Madame la Maire, en confiant à la M.I.E., suite à la demande de mon groupe au printemps 2018, l?évaluation des perspectives de changement du boulevard périphérique, vous nous avez donné l?opportunité de nous emparer pleinement d?un sujet crucial pour l?avenir de notre ville et plus largement du territoire métropolitain. Vous avez demandé un travail sur le court, le moyen et le long terme pour faire évoluer cet anneau de 35 kilomètres de long et de bitume, alimenté par six arrivées d?autoroutes qui font de Paris l?une des villes les plus polluées d?Europe, et nous y avons répondu. Il est certain que l?urgence de la situation nous oblige à prendre rapidement des positions tout aussi décisives que fondamentales. Aujourd?hui, le périphérique est synonyme de congestion et la situation ne fait qu?empirer.

Il a un impact négatif sur la santé des Parisiennes et des Parisiens, mais plus largement, des Franciliens. En région parisienne, les chiffres nous ont marqués. L?asthme et les maladies respiratoires ont pris des proportions plus que dramatiques, surtout chez les enfants. Et vous l?avez rappelé : la pollution tue. Une grande partie de la pollution atmosphérique en Ile-de-France est due aux émissions de véhicules motorisés. A cela s?ajoute la pollution sonore qui occasionne du stress et dont peuvent découler des maladies cardiovasculaires notamment.

Deuxièmement, le périphérique a un impact négatif sur la construction métropolitaine, puisqu?il est une fracture aujourd?hui obsolète du territoire métropolitain.

Troisièmement, le périphérique a un impact négatif sur l?attractivité et l?économie de notre territoire. On n?y pense pas assez. Plus grande est la congestion et plus la perte de productivité des entreprises est grande. Ce constat, nous l?avons tous dressé et partagé lors de nos travaux, et c?est ensemble que nous nous sommes appliqués à trouver des solutions pour répondre à ces impacts négatifs.

Nous avons auditionné plus de 80 experts, médecins, urbanistes, ingénieurs, historiens, constructeurs automobiles, acteurs de la logistique, architectes, représentants de la S.N.C.F., des institutions. 80 experts, vous imaginez bien que cela représente une variété considérable. Le résultat de ces 6 mois de travaux : presque 40 préconisations articulées autour de ces trois temporalités votées par la majorité des élus de la M.I.E., toutes couleurs politiques confondues, puisqu?un seul groupe s?est abstenu lors du vote final.

Conscients de la nécessité absolue de travailler avec les villes et collectivités voisines tout aussi concernées par le périphérique et victimes de ses nuisances, nous les avons consultées et invitées à débattre lors d?une réunion très riche. Oui, car les villes voisines souffrent tout autant de la congestion du périphérique. Vous savez que, maintenant, avec les applications, lorsque l?on veut éviter le périphérique, on passe par les villes voisines sous forme d?itinéraires bis. Donc, nous avons décidé avec nos voisines de poursuivre le travail commencé en préconisant d?initier sans attendre une nouvelle gouvernance de cette infrastructure.

J?évoquais, lors du débat précédent, la nécessité d?apporter du concret pour faire vivre la Métropole. Quoi de plus concret que la gestion des parties communes que représente le périphérique. Je salue donc, Madame la Maire, votre annonce d?un premier groupe de travail qui verra le jour dès cet été, le 12 juillet, si j?ai bien noté. Les sujets de travail y seront très nombreux. Je ne vais pas les citer, mais évidemment, la continuité urbaine en premier lieu, et la logistique, bien entendu. Mais il faut agir vite et vous l?avez rappelé. L?enjeu de santé publique s?est imposé dans notre mission comme une priorité absolue. Nous avons pris la mesure de notre responsabilité et nous n?avons pas voulu éluder le sujet. Nous le savons, la congestion de 6 heures du matin à 21 heures, avec une moyenne de 35 kilomètres/heure en journée, est une source majeure de pollution. D?ailleurs, nous avons organisé une visite du périphérique et avons pu identifier les causes de la congestion : trop de véhicules, bien sûr, mais aussi des rétrécissements de voies et une trop grande vitesse qui provoquent des effets entonnoir et accordéon. C?est donc logiquement que nous vous proposons un ensemble de mesures complémentaires et cohérentes répondant à un seul objectif. Agir vite, c?est agir pour fluidifier, pour une meilleure fluidité, car c?est un levier rapide. La fluidification fera baisser la pollution. Passer la vitesse de 70 à 50 kilomètres/heure, uniformiser le nombre de voies, mais aussi créer une voie réservée aux transports collectifs, véhicules non polluants et covoiturage, abaisser la vitesse sur les arrivées d?autoroutes à 70 kilomètres/heure pour une meilleure insertion, interdire le transit des véhicules poids lourds, sont des mesures indissociables. Car, évidemment - et notre collègue Eric AZIÈRE vous l?expliquera de façon détaillée - quand vous uniformisez le nombre de voies avec une vitesse constante, vous améliorez la fluidité. Agir vite, d?accord, mais voir plus loin. Nous n?avons jamais perdu de vue cette temporalité qui était l?ADN de notre mission. Notre projet, je le disais, est construit sur ces temporalités. Il suit une logique qui tient compte des réalités. Or?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Chers collègues, s?il vous plaît, les discussions se tiennent à l?extérieur. Je vous demande de respecter la parole et d?écouter. Si vous avez à discuter, vous le faites en dehors de cette salle, personne ne vous dira rien, mais ici, on écoute. Madame la présidente, poursuivez.

Mme Laurence GOLDGRAB.- Merci, Madame la Maire.

Or, le changement n?est possible, et j?insiste, qu?avec la mise en service du futur Grand Paris Express : un train de grande vitesse, grande capacité et à haute fréquence. La semaine passée, le Préfet de Région a assuré qu?il mettra en ?uvre les moyens nécessaires à la tenue du calendrier. C?est une condition primordiale pour la réussite de ce projet de transformation. Il faudra aussi défendre la création d?un réseau de bus haute vitesse, haute fréquence, et d?un "Plan Vélo" ambitieux entre les villes de la petite et moyenne couronne. Il faut casser la centralité de Paris en matière de transports en commun.

Il faut, bien sûr, travailler à la réduction des déplacements. Les mentalités doivent évoluer. Il n?y a pas si longtemps, avoir 18 ans rimait avec le permis voiture et la liberté, même pour les urbains que nous sommes. Or, de récentes études montrent que les nouvelles générations des c?urs de métropole ont d?autres ambitions pour leur mobilité. La mobilisation des lycéens et étudiants chaque vendredi en faveur du climat montre aussi ce changement de mentalité.

Il faut également faire évoluer les mentalités dans le monde de l?entreprise et coopérer avec elles. Les nouvelles générations d?actifs, là encore, sont prêtes au télétravail et à une nouvelle évolution de leur quotidien. Il faudra développer les centres de coworking en partenariat avec d?autres villes et les grands comptes pour diminuer les migrations pendulaires, mais aussi rééquilibrer l?offre logement/emploi entre l?Est et l?Ouest. Il faut trouver des solutions gagnant-gagnant. J?ai noté que vous avez repris cette proposition.

La réduction du nombre de déplacements doit être couplée à la lutte contre l?autosolisme. Avec 1,1 million de véhicules et un taux d?occupation de 1,2 passager par véhicule, il est facile de visualiser le problème. Là encore, le monde de l?entreprise doit être notre allié pour encourager le covoiturage, mais aussi développer l?autopartage.

Parler périphérique, c?est également parler de l?approvisionnement et de l?attractivité de Paris et de sa Métropole. L?objectif de nos mesures n?est pas de pénaliser les entreprises, mais au contraire, de fluidifier le trafic pour que ceux qui ne peuvent pas faire autrement circulent mieux et ne perdent plus de temps dans les bouchons. La régulation de l?approvisionnement des marchandises et des livraisons est nécessaire. Avec l?explosion de la commande en ligne, plus d?un milliard de colis en 2018, nous n?avons plus le choix.

Je sais que nous partageons notre objectif avec la Métropole, qui a commencé à travailler sur la question, et je ne doute pas qu?en combinant toutes les bonnes volontés, nous y parviendrons.

Nous proposons également d?encourager les alternatives à la route pour la logistique et le recours à des véhicules propres, aussi bien les camionnettes que les bateaux. La tribune, publiée le 28 mai dernier dans "Le Monde" d?un collectif de 8 acteurs du secteur fluvial, montre qu?une autre voie est possible, mais qu?il faut rechercher des leviers pour faire face aux ruptures de charge qui pèsent financièrement sur les entreprises.

Le fret ferroviaire doit également être défendu. Les v?ux des groupes de la majorité pour défendre le train de marchandises pour Rungis vont dans le bon sens.

Bien sûr, la transformation du périphérique doit être soutenue par les habitants et ils doivent, à leur façon, en être les acteurs. Une large information et une large concertation seront nécessaires. C?est pourquoi nous avons prévu, dans la préconisation n° 3, de consulter les "usagères" et les usagers ainsi que les riveraines et les riverains tout au long de cette transformation.

Nous avons également proposé, avec les préconisations 28, 29 ou 30, des fermetures ponctuelles et des événements festifs ou sportifs sur le périphérique, pour permettre à tous une autre appropriation des lieux. Le v?u n° 3 du groupe Ecologiste de Paris est satisfait. En 2019, nous commencerons par la "Nuit Blanche", et en 2020, c?est-à-dire dans six mois, ou peut-être avant, d?autres événements, notamment sportifs comme les "Foulées du périphérique", pourront se dérouler.

Pour répondre à l?ensemble des problématiques, nous nous sommes également attachés à traiter la question de l?aménagement urbain, que ce soit sous l?angle d?un éclairage plus adapté, la requalification des portes pour favoriser la jonction entre Paris et les villes voisines, ou le traitement prioritaire des territoires qui cumulent arrivée d?autoroute et périphérique, et en font des zones encore plus polluées.

Alors, quel projet d?avenir pour le périphérique ?

Premièrement, un projet politique avec une gouvernance partagée.

Deuxièmement, un projet urbanistique avec une véritable continuité urbaine : rompre avec la fracture du périphérique, rompre avec une histoire qui isole Paris du reste de la Métropole.

Troisièmement, un projet pour les futures générations. Une volonté commune s?est dessinée entre les membres de la M.I.E. : celle de ne pas densifier démesurément la ville la plus dense d?Europe, avec ses 21.000 habitants au kilomètre carré, et de conserver le périphérique comme un couloir d?aération.

Une autre mission propose de transformer l?usage du périphérique pour y accueillir d?autres formes de mobilité, d?autres formes urbaines et permettre sa végétalisation. Les franchissements seraient apaisés, les voies équitablement partagées entre les piétons, les vélos, les circulations douces, le tout doté d?un "Plan Lumière Responsable". Des artistes et des plasticiens pourraient intervenir pour ces trajets, et de nouveaux quartiers pourraient apparaître.

Chaque groupe a imaginé un avenir. Certains projets figurent en annexe. Nous n?avons pas retenu les couvertures - je ne sais pas si quelqu?un en parlera - en l?état, du moins, puisque vous savez que chaque sortie de tunnel crée des concentrations de pollution et que, pour l?instant, nous n?avons pas les moyens d?y remédier à 100 %. Et puis, de toute façon, 40 % du périphérique est en élévation. Nous avons déjà recouvert la plupart des zones à couvrir. Logiquement, comment imaginer un périphérique couvert si nous voulons nous y promener, l?emprunter avec des vélos ou même y marcher. Bien sûr, ce n?était pas compatible.

Alors, ne cédons pas aux clivages politiques stériles. La mission s?est déroulée dans un consensus, car nous avons tous, je crois, entendu les mêmes messages de l?urgence et avons su en tirer les conclusions. Donc, chaque groupe a fait ses propositions. Puis, je parlerai de mon groupe. Nous avons préconisé un séquençage du périphérique, avec la construction d?écoquartiers. Je pense que chaque groupe vous donnera ses propositions.

Je salue les équipes du Forum métropolitain qui ont travaillé sur l?avenir du périphérique et, plus largement, du réseau francilien. Les conclusions rejoignent très souvent les conclusions de la M.I.E. Il faut désormais travailler tous ensemble à la concrétisation de la transformation du périphérique.

Je voudrais terminer cette intervention en saluant très chaleureusement l?ensemble des élus de la M.I.E. qui ont apporté leur pierre à l?édifice grâce à leurs propositions. Nous sommes arrivés à un rapport quasiment voté à l?unanimité sur un sujet aussi majeur. Je pense que nous avons pris conscience de l?urgence à agir et de notre responsabilité. J?aurai un mot particulier pour le rapporteur, notre collègue Eric AZIÈRE. Ce fut un réel plaisir de travailler avec lui sur ce sujet. Nous avons su trouver l?équilibre nécessaire à la rédaction d?un rapport, je crois, sérieux.

Puis, je vais remercier les services de la M.I.E. qui ont eu du mérite, tant nos échanges étaient riches et pas toujours évidents à retranscrire : Mme POPADYAK, ici présente, M. DES BOSCS, ici présent, Mme MOULY, Mme FORBAN, M. CHENEL, Mme PARRAN. Ces 277 pages de rapport sont aussi le reflet de votre travail, un travail de qualité. Nous vous en sommes très reconnaissants. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci beaucoup, Madame la Présidente.

Je donne à présent la parole au président du groupe UDI-MODEM, Eric AZIÈRE, et rapporteur de la M.I.E., salué par la présidente et moi-même pour ce travail excellent qui a été accompli.

M. Eric AZIÈRE.- Je vous remercie beaucoup, Madame la Maire.

Merci, Madame la présidente de la M.I.E., chère Laurence. C?est un travail collectif. Merci de nous avoir permis de nous y investir à ce degré.

Nous savons tous que la pollution de l?air est responsable de 9 millions de décès à travers le monde chaque année. La pollution de l?air tue deux fois plus, d?ailleurs, que ce qu?avaient prédit les précédentes estimations. C?est désormais la première cause mondiale de mortalité devant le tabac. Si l?on peut refuser de fumer, on ne peut pas éviter de respirer en ville, à Paris, et d?être soumis à un air pollué. Pour moi, c?est là qu?intervient notre responsabilité d?élu vis-à-vis de nos concitoyens. C?est sans doute l?une des missions majeures essentielles que vous nous avez confiées dans le cadre de cette M.I.E. : la lutte contre la pollution.

Chaque année, en France - vous l?avez rappelé, Madame la Maire - plus de 67.000 personnes et 6.000 dans notre agglomération meurent parce qu?elles ont été soumises au jour le jour et à long terme, même au-dessous des seuils réglementaires, à cette pollution de l?air. On l?estime responsable de 105 cas de décès pour 100.000 personnes, soit une baisse de l?espérance de vie de 1,6 année.

Selon les chercheurs que nous avons entendus dans cette M.I.E., 40 % de ces décès prématurés sont liés à un infarctus du myocarde, 8 % à des accidents vasculaires cérébraux, 7 % à des cancers du poumon, 7 % à des pneumonies, 6 % à des broncho-pneumopathies chroniques obstructives et les 34 % restants constituent diverses autres maladies chroniques. La pollution de l?air est classée cancérogène de type 1 par le Centre international de recherche sur le cancer. Je rappelle ici que la pollution de l?air est principalement le résultat de 4 facteurs polluants : l?ammoniac, le dioxyde de soufre, l?oxyde d?azote et les autres composés organiques volatils, les particules fines.

A Paris, en Ile-de-France, vous savez que le trafic routier est à l?origine de deux tiers des émissions de dioxyde d?azote, soit 63 %, et de 35 % des émissions de particules PM10 et PM2,5. D?ailleurs, les êtres humains ne sont pas les seuls à être touchés par la pollution de l?air. Les plantes, les animaux et les bâtiments subissent également les répercussions de cette pollution atmosphérique. A titre d?exemple, la rénovation de certains monuments parisiens a été rendue plus difficile et plus chère du fait de la surprotection qui a dû être mise en place pour les ouvriers exposés au plomb anciennement contenu dans les gaz d?échappement des voitures et déposé il y a des dizaines d?années sur la façade de ces bâtiments.

Mes chers collègues, pouvions-nous rester statiques plus longtemps devant ce monstre urbain, ce périphérique, véritable veau d?or du culte automobile inscrit à l?"Ancien Testament" de la mobilité du XXe siècle ? Pouvions-nous demeurer prostrés, au mieux vaguement mobilisés, mais politiquement pusillanimes, comme tous ceux qui pour trop prévoir n?osent rien entreprendre ? Aujourd?hui, le constat est trop grave et les mesures sont trop inexistantes devant ce qu?il faut bien appeler "un fléau des temps dits modernes, une aberration économique et un désastre sanitaire considérable".

Il faut, mes chers collègues, en finir avec le périphérique tel qu?il est. L?avenir du périphérique, c?est, pour commencer, l?avenir de 400.000 riverains parisiens et banlieusards situés à 400 mètres de part et d?autre du périphérique, qui vivent au bord d?une mare de pollution asphyxiante à l?origine de 37 % des émissions de dioxyde d?azote, de 35 % des émissions de particules fines du trafic routier parisien et source d?émissions sonores jusqu?à 80 décibels, tout cela dû au million de véhicules quotidiens qui empruntent cette voie de circulation.

C?est donc bien la lutte contre la pollution qui est dans ce rapport, le premier impératif et le premier rendez-vous temporel que nous nous sommes fixés. Il n?est plus temps ni question d?attendre comment faire, quelles préconisations. Il faut, en tout premier lieu, fluidifier le trafic sur le périphérique par une série de mesures techniques : diminuer les flux en augmentant les offres de déplacement alternatives au périphérique et mobiliser tous les moyens, les technologies innovantes de réduction du bruit, de captation de la pollution, et au bout du compte, de diminution des flux de circulation.

Je fais mienne cette remarque des auteurs d?un rapport sénatorial de 2015 intitulé "Pollution de l?air : le coût de l?inaction". Jean-François HUSSON, son président, sénateur les Républicains, et Leïla AÏCHI, sénatrice du groupe Ecologiste de Paris, disent : "Il ne s?agit pas de faire en l?espèce de l?écologie punitive, mais il apparaît clairement que la réglementation est le premier effet de levier nécessaire". Je ne reviendrai pas en détail sur le contenu du rapport que nous vous présentons ce matin, sur chacune des 34 préconisations formulées, mais je souhaiterais insister sur quelques-unes d?entre elles.

Le travail que nous avons mené doit être pris dans son ensemble, comme un tout dont chacune des parties répond aux autres. Ce n?est pas sur telle ou telle mesure qui fait le "buzz" qu?il faut s?arrêter, mais sur une vision d?ensemble, sur un projet à court, moyen et long terme pour Paris, pour les communes riveraines, pour la Métropole, et plus largement, pour l?ensemble de l?agglomération. Certaines préconisations du rapport peuvent paraître contre-intuitives, comme l?abaissement de la vitesse autorisée à 50 kilomètres/heure. Aussi, je crois qu?il est nécessaire de rappeler quelques éléments d?analyse pour bien comprendre.

Jusqu?à aujourd?hui, aucune étude poussée n?a été menée dans le cadre d?une réduction de 70 à 50 kilomètres/heure, comme nous le proposons ici. C?est bien la raison pour laquelle notre rapport ne se contente pas de suggérer un abaissement de la vitesse, mais formule un ensemble de préconisations cohérentes qui doivent être prises simultanément pour fluidifier la circulation, réduire les niveaux de pollution atmosphérique et mieux protéger les riverains dès maintenant. On sait avec certitude que la congestion, autrement dit les ralentissements causés par les embouteillages, joue un rôle particulièrement important dans l?augmentation des émissions de polluants. Toutes les études concordent à dire que les cycles d?accélération, de ralentissement et d?arrêt ont un impact fort, à la fois sur la consommation d?essence et sur le niveau des émissions émises.

Partant de ce constat, plusieurs organismes d?études, l?Agence de l?environnement et de la maîtrise de l?énergie - l?ADEME - Airparif, Air Breizh, reconnaissent que les mesures favorisant l?amélioration de la fluidité contribuent à améliorer la qualité de l?air. L?idée est simple : augmenter la vitesse moyenne de circulation pour réduire les émissions de polluants. J?ajoute que l?amélioration de la vitesse moyenne de circulation contribue également à réduire la pollution sonore de 1 à 1,5 décibel, d?après l?ADEME, voire plus si le trafic compte peu de poids lourds, comme c?est le cas sur le périphérique. La lutte contre la congestion est bien l?objet de nos premières propositions qui visent à éviter les effets d?accordéon ou d?entonnoir, notamment au niveau des 44 bretelles d?entrée et des 6 arrivées d?autoroutes. Sur ce point, l?abaissement de la vitesse à 70 kilomètres/heure en 2014 a démontré toute son efficacité, puisqu?il a permis d?augmenter de 20 % la vitesse moyenne de circulation en heures de pointe. L?harmonisation du nombre de voies sur l?ensemble du périphérique jouera le même rôle, puisqu?elle supprimera les ralentissements causés à chaque réduction du nombre de voies.

La lutte contre la congestion doit être aussi une politique de lutte contre l?autosolisme, mise en place le plus tôt possible. Avec 66 % de véhicules circulant sur le périphérique avec une seule personne à bord, il est clair que l?autosolisme est le premier responsable des embouteillages qui étouffent le périphérique. Deux personnes par véhicule suffiraient déjà à diviser quasiment par deux le trafic automobile. La pratique des voies réservées au covoiturage, déjà largement répandue au Canada et aux Etats-Unis, mais aussi dans d?autres villes européennes comme Madrid, Amsterdam ou Leeds, a fait ses preuves et permis un réel essor du covoiturage. Des villes comme Madrid envisagent même de relever le taux d?occupation requis de 2 à 3 personnes par véhicule. Nous pensons donc qu?une voie dédiée sur le périphérique qui pourrait également accueillir les véhicules propres et les transports en commun pourrait se traduire immédiatement, dès les années 2020, par une amélioration des conditions de déplacement sans modifications lourdes de l?infrastructure.

Pour revenir à la question de la vitesse, certains nous ont affirmé que baisser la vitesse de 70 à 50 kilomètres/heure risquait au contraire d?accroître la pollution. Mais c?est oublier la particularité du périphérique parisien. Personne n?y roule jamais à 70 kilomètres/heure. On y roule plus souvent aux alentours de 35 kilomètres/heure, quand ce n?est pas 10 ou 15 kilomètres/heure aux heures de pointe. C?est donc dans cet objectif que l?on devrait, en abaissant la vitesse autorisée, augmenter la vitesse moyenne de circulation. Et l?on améliorerait ainsi la fluidité du trafic.

Pour reprendre une image simple popularisée par un ancien commissaire aux transports de Washington, Douglas MACDONALD : "Imaginez que l?on verse du riz dans un entonnoir. Si vous versez le riz doucement, il coulera plus vite dans le goulot que si vous le versez d?un seul coup". Il ne s?agit donc pas de rouler moins vite, mais de rouler mieux et de faciliter toutes les insertions.

Maintenant, peut-on garantir l?efficacité d?un nouvel abaissement de la vitesse sur le périphérique ? Il est difficile de l?affirmer. C?est la raison pour laquelle il nous faut placer l?expérimentation au c?ur de notre démarche. Expérimentons, modélisons de nouvelles solutions, mesurons les résultats et décidons ensuite en connaissance de cause. Airparif peut apporter à la Ville de Paris son expertise pour évaluer une telle mesure. Cela n?est ni très compliqué, ni très long, ni très cher à réaliser, mais cela nous évitera bien des débats stériles et des affirmations gratuites. Concrètement, une telle évaluation pourrait se faire dès 2019 en deux temps : d?abord, une étude préalable ; puis, grâce à des outils de modélisation qui permettent, par exemple, de simuler des changements de vitesse autorisés et de comparer les différents scénarios en termes d?émissions de polluants. Airparif connaît l?état des lieux du parc roulant et peut facilement simuler un changement de vitesse, voire comparer différents scénarios à partir d?un véritable cadastre d?émissions.

Il serait aussi intéressant de travailler avec les services de la voirie et de la Direction régionale et interdépartementale de l?Equipement et de l?Aménagement pour identifier et prendre en compte les reports de circulation. Ensuite, il faudrait assurer un suivi de la mise en ?uvre sur quelques mois afin de comparer les niveaux d?émissions recueillis avant et après l?introduction de la mesure.

Par ailleurs, afin d?augmenter le niveau de conscience et de compréhension de ces mesures, nous avons aussi proposé d?afficher le niveau de pollution en temps réel sur les panneaux d?information du périphérique pour sensibiliser les automobilistes. C?est techniquement possible, car Airparif est capable de mesurer l?évolution des niveaux de pollution heure par heure, à 10 mètres près. Réglementairement, ce n?est pas aujourd?hui autorisé, les panneaux à messages variables du périphérique étant consacrés exclusivement à la question du trafic automobile, mais on peut sans doute étudier cette possibilité en réformant le règlement.

Si la lutte contre la pollution est le premier impératif qui a guidé nos travaux, le second impératif est celui du dialogue et de la concertation avec l?ensemble des collectivités concernées. En effet, nombre de Franciliens restent marqués par la décision de fermeture des voies sur berges, ressentie et décidée unilatéralement, sans effort soutenu de concertation ni de réflexion sur les alternatives à mettre en place et les impacts de report de circulation. Ma collègue Maud GATEL détaillera cet impératif de concertation et les modalités qu?il doit prendre.

Enfin, j?ai entendu beaucoup de choses depuis la parution du rapport, que ce soit dans la presse, sur les plateaux de télévision ou sur les réseaux sociaux. A cet accompagnement de la transformation du périphérique, on nous a opposé l?argument social, sous prétexte que l?on allait pénaliser les banlieusards, oubliant au passage qu?ils sont plus de 200.000 à vivre de l?autre côté du périphérique et à subir eux aussi au quotidien la pollution de l?air émise par le trafic, comme leurs élus nous l?ont unanimement réaffirmé quand nous les avons rencontrés. On nous a ensuite opposé l?argument économique, imaginant que l?on allait asphyxier l?économie francilienne, alors que les artisans et les professionnels qui utilisent le périphérique - c?est aujourd?hui 20 % du trafic - sont justement les premiers à subir les embouteillages, et seront donc les premiers à bénéficier de sa fluidification.

Enfin, on nous a opposé l?argument territorial, pensant que l?on allait déplacer la pollution vers d?autres axes de report, alors que nos préconisations s?appuient au contraire sur le développement préalable de toutes les alternatives possibles à la voiture individuelle : le Grand Paris Express, le prolongement des lignes de métro et de tram, une nouvelle offre de réseaux de bus en petite couronne, les gares multimodales, les pôles d?échanges, les parcs relais, en complémentarité avec les préconisations du Forum métropolitain du Grand Paris, dont les travaux contribuent à une meilleure intelligence des déplacements. C?est le projet "New Deal", qui a pour ambition de réduire le trafic routier de la Région Ile-de-France de 50 % d?ici à 2050, tout en déplaçant plus de voyageurs et en libérant la superficie de la moitié des voies rapides actuelles.

Justement, ce rapport doit initier, dans un cadre métropolitain et régional, une nouvelle gouvernance, une nouvelle politique d?aménagement territorial, qui doit passer notamment par une déconcentration de l?activité parisienne, une nouvelle organisation spatiale de l?offre d?emploi et de logement, le développement du télétravail et le financement de grands équipements visant à faire émerger de nouvelles centralités au sein de la Métropole.

Le troisième horizon de ce rapport, rendez-vous temporel plus lointain, plus prospectif, dessine les nouveaux usages d?un périphérique libéré de toute nuisance, réaménagé porte par porte, restitué comme un large espace de respiration au c?ur de la Métropole, constituant un jour une nouvelle trame végétalisée où émergeraient des écoquartiers, de nouvelles formes urbaines suscitées par des appels à projets de la Ville de Paris, des communes limitrophes de la Métropole.

Ce rapport doit être le commencement d?un long processus et amener maintenant des expérimentations immédiates, dont l?évaluation engagera la poursuite, puis une série de mesures d?accompagnement.

En conclusion, en tant que rapporteur de cette Mission d?Information et d?Evaluation, je voudrais remercier Laurence GOLDGRAB, la présidente de cette mission, avec laquelle j?ai eu l?honneur de travailler pendant plus de six mois avec bonheur, avec rigueur, mais toujours avec plaisir et dans l?assiduité des longues séances du mardi après-midi.

Je voudrais également remercier l?ensemble des élus qui ont siégé avec nous et avec lesquels nous avons réussi, malgré des sensibilités politiques différentes, à poser un constat unanime sur le périphérique parisien.

Il me faut aussi remercier les administrateurs de la Ville de Paris qui nous ont assistés pendant toute la durée de ces travaux et à qui l?on doit le rapport qui vous est présenté : Nathalie POPADYAK, Michel DES BOSCS, Charles CHENEL, Virginie FORBAN, Marianne MOULY.

Enfin, je remercie aussi l?ensemble des personnes que nous avons auditionnées : adjoints à la Maire de Paris, élus de la Métropole, urbanistes, sociologues, historiens, associations, industriels, grâce auxquels nous avons pu esquisser les premiers pas d?une concertation que j?espère la plus large possible.

Un impératif de lutte contre la pollution, un devoir de concertation et l?instauration d?une gouvernance partagée que vous avez annoncée, Madame la Maire, un droit à l?expérimentation : voilà les principes qui guident les 34 préconisations de ce rapport qui, grâce à l?ensemble de ses membres, pose à plat les problématiques de l?avenir du périphérique vis-à-vis desquelles chacun pourra prendre position et ses responsabilités. Le temps du constat est terminé. Le temps du débat est maintenant arrivé. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci beaucoup à vous, Eric AZIÈRE, et à Laurence GOLDGRAB, tout d?abord, pour les propos, et puis, pour l?enthousiasme avec lequel vous portez ce sujet, un sujet commun aux Parisiens et aux métropolitains. Cela fait chaud au c?ur de voir des élus passionnés par la mission qui est la leur, c?est-à-dire de s?occuper du territoire sur lequel ils sont élus pour apporter des solutions. Et puis, je suis vraiment heureuse que l?on partage tous et toutes ici, aujourd?hui, ce constat par lequel vous avez démarré, à savoir la question de la pollution de l?air. C?est un impératif de santé publique. Vous l?avez dit : on n?a pas le choix de respirer l?air. Si l?on nous donnait un verre pollué, on refuserait de le boire, mais l?air que l?on respire est là. Notre mission, qui est historique, est aussi de faire reculer cette pollution. Je donne à présent la parole à M. Rémi FÉRAUD, pour le groupe Socialiste et Apparentés. Monsieur le président.

M. Rémi FÉRAUD.- Merci, Madame la Maire. Chers collègues, nous examinons aujourd?hui le rapport et les préconisations de la sixième Mission d?Information et d?Evaluation de la mandature, décidée en juillet dernier. Nous pouvons collectivement nous féliciter du travail de grande qualité qui nous est aujourd?hui présenté. Je veux d?abord saluer la présidente, Laurence GOLDGRAB?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- S?il vous plaît, là-bas !

Enfin, si vous avez des choses à vous dire, parlez à l?extérieur. Soyez un peu respectueux. Il y a des gens qui ont bossé, qui ont une intervention à présenter. Ils aimeraient pouvoir le faire dans le calme, d?accord ? Parce qu?après, on vous écoutera quand vous parlerez. Très bien. Merci. Monsieur le président.

M. Rémi FÉRAUD.- Merci. Je crois qu?ils ont beaucoup de choses à se dire, mais il faut aussi que nous tenions nos débats.

Je veux d?abord saluer Laurence GOLDGRAB, qui a présidé cette M.I.E., et le rapporteur Eric AZIÈRE. Ils ont conduit, avec les membres de la mission issus de tous les groupes - et j?ai eu l?honneur d?y participer - un travail rigoureux qui permet d?ouvrir un vrai débat sur l?avenir du périphérique, avec des préconisations adoptées à l?unanimité.

Cette question du périphérique, si elle est au c?ur de tant de débats aujourd?hui, c?est qu?elle est d?une importance majeure, car elle touche à de nombreux aspects de la vie quotidienne des Parisiens, mais plus généralement de tous ceux qui, quotidiennement ou ponctuellement, empruntent le périphérique pour leurs déplacements, et de tous ceux, qu?ils soient Parisiens ou dans les communes de toute première couronne, qui vivent aux abords du périphérique.

Nous l?avons vu tout à l?heure lors de la communication sur la Métropole du Grand Paris : il ne s?agit pas de réfléchir et de décider seulement pour Paris, mais de mener une réflexion dans laquelle sont pleinement associées les communes voisines. Ainsi, à titre d?exemple, si, comme nous le disons souvent, la pollution ne s?arrête pas aux frontières du périphérique, rappelons que la mise en ?uvre de la circulation différenciée va aujourd?hui au-delà de Paris, puisqu?elle concerne tout le périmètre à l?intérieur de l?A86, soit plus de 70 communes.

Nous ne sommes, d?ailleurs, pas les seuls à réfléchir à cette question du périphérique puisque, dans le cadre du Forum métropolitain du Grand Paris, une consultation internationale sur le devenir des autoroutes du périphérique et des voies rapides ou structurantes du Grand Paris a été lancée. Une consultation dont les résultats font désormais l?objet d?une exposition au Pavillon de l?Arsenal et une consultation dont les perspectives passionnantes sont tout à fait cohérentes avec le rapport de notre M.I.E.

Le premier enjeu de notre réflexion sur le périphérique est de santé publique. C?est l?infrastructure la plus polluante d?Ile-de-France : une pollution atmosphérique, une pollution phonique qui touche les quartiers les plus défavorisés de Paris. Il est de notre responsabilité d?agir. Toutes les propositions - créations de voies réservées aux transports en commun, au covoiturage et aux véhicules non polluants, baisse du nombre de voies et uniformisation, etc. - rentrent dans cette perspective.

Sans surprise, l?abaissement de la vitesse à 50 kilomètres/heure a été la préconisation la plus commentée, la plus reprise par les médias. Rappelons tous les bénéfices du passage à 70 kilomètres/heure en 2014, alors que certains nous annonçaient des catastrophes. Je suis parfois surpris de l?incohérence entre des votes à l?unanimité dans cette M.I.E. et des commentaires à l?extérieur toujours aussi frileux lorsqu?il s?agit de réduire la place et la vitesse de la voiture individuelle. Réjouissons-nous que l?action commencée sous l?égide d?Anne HIDALGO et de la Municipalité pour réduire la place de la voiture en ville, se diffuse aujourd?hui à tous les groupes du Conseil de Paris. Cette M.I.E. en est la preuve. C?est un signe extrêmement encourageant sur la vision de la ville de demain, que nous pouvons partager durablement et largement.

Le second enjeu est de créer une continuité urbaine entre Paris et les communes voisines, tout en transformant le périphérique que nous connaissons aujourd?hui, c?est-à-dire partir d?une autoroute urbaine et aller vers un boulevard urbain. Créer une continuité urbaine entre Paris et les communes voisines, parce que l?on ne peut nier que le périphérique est perçu comme une frontière. Nous devons donc continuer à travailler sur des projets d?urbanisme qui tissent des liens entre les deux rives de l?actuel périphérique, en facilitant les franchissements, en repensant les abords qui permettront de réduire cette coupure.

Transformer l?autoroute urbaine en boulevard urbain, c?est ensuite un objectif de transformation à l?horizon de 2030. Il ne s?agit pas ici pour nous d?annoncer la destruction du périphérique - ce n?est d?ailleurs, à notre avis, quand on travaille sur le sujet comme au sein de la M.I.E., qu?un slogan - ni de couvrir intégralement un périphérique qui est sur une grande partie de son parcours en hauteur, c?est-à-dire impossible à couvrir. Il s?agit pour nous de réduire la circulation automobile sur l?ensemble du périphérique, d?une part, et de savoir comment, par des aménagements pensés spécifiquement pour chaque séquence de cet axe, il est possible de transformer cet anneau de circulation. Contrairement à d?autres, les auteurs du rapport de la M.I.E. s?inscrivent dans le réel.

La réduction de la circulation automobile sur le périphérique est conditionnée au développement de modes de transport alternatifs. Laurence GOLDGRAB et Eric AZIÈRE l?ont dit. Un réseau de bus à haute fréquence de banlieue à banlieue, un réseau de pistes cyclables continues entre Paris et les communes voisines. Je ne reviens pas sur la réalisation du Grand Paris Express, évoqué tout à l?heure, un impératif pour pouvoir véritablement réduire la circulation automobile dans la Métropole.

C?est ici que se rejoignent les deux enjeux : de continuité urbaine et de transformation en boulevard urbain. C?est là que nous devons aborder la question des projets d?urbanisme en bordure de ce boulevard urbain. Car c?est là toute la différence entre une autoroute urbaine et un boulevard urbain que de pouvoir mener des projets d?urbanisme qui relient Paris et les communes voisines, mais en restant très prudent et en maintenant un axe de respiration qui permet de ne pas densifier la ville outre mesure.

Nous l?avons vu, l?avenir du périphérique est bien plus complexe que la simple question de savoir comment éviter d?utiliser sa voiture pour se rendre d?un point A à un point B. Cet avenir touche aussi à la ville de demain, à la place des mobilités propres et douces, aux rapports que nous construisons avec nos voisins, comme aux nouveaux projets d?urbanisme. Ce sont autant de défis qu?il faudra tous collectivement relever et auxquels ce rapport offre d?intéressantes solutions. Je me réjouis que la Maire de Paris ait annoncé la mise en ?uvre rapide des premières préconisations de la M.I.E.

Notons que la dernière M.I.E. de ce mandat municipal n?aura pas été la moindre. Je tiens donc à nouveau à féliciter toutes celles et ceux qui y auront participé. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci beaucoup, Monsieur le président. Madame Fatoumata KONÉ, pour le groupe Ecologiste de Paris.

Mme Fatoumata KONÉ.- Merci.

Madame la Maire, Madame la présidente de la Mission d?Information et d?Evaluation, Monsieur le rapporteur, chers collègues, ce débat et le vote du rapport de la Mission d?Information et d?Evaluation sur les perspectives de changement du périphérique sont l?achèvement de six mois de travail commun durant lesquels les élus de tous les groupes ont pu porter des idées, soulever des questions sur le devenir de cette autoroute urbaine qui est un véritable enjeu commun à tous les Parisiens et les métropolitains.

Au nom de mon groupe, je tiens d?abord à remercier les services de la Ville, notamment Nathalie POPADYAK et son équipe pour la rédaction de ce rapport, les services de la Direction de la Voirie et des Déplacements et de la Direction de l?Urbanisme, les différents scientifiques, experts, personnalités politiques, associatifs, les élus des différents groupes politiques et les élus des communes et des collectivités limitrophes du périphérique, avec lesquels nous avons pu échanger sur le devenir de cet axe routier.

Le périphérique est aujourd?hui le symbole du désastre sanitaire et écologique provoqué par le tout voiture. Nul besoin de rappeler les nombreuses pollutions qu?il génère : atmosphériques, sonores, visuelles. Le périphérique est l?artère la plus polluante de la Métropole, voire d?Europe. Derrière ces faits, ce sont plus de 100.000 personnes qui, chaque jour, souffrent de sa proximité, avec une réalité : la pollution de l?air tue chaque année des milliers de personnes. Les études récentes révèlent que la pollution de l?air est désormais la première cause de mortalité évitable avant le tabac et que l?exposition aux particules fines peut réduire l?espérance de vie de deux ans dans les grandes villes les plus polluées. Nous le savons, le secteur des transports est la deuxième cause mondiale de la pollution de l?air.

De plus, d?après "Bruitparif", les pollutions sonores dues aux transports causent en moyenne, pour les habitants de la Métropole du Grand Paris, une perte de 10,1 mois de vie en bonne santé au cours de leur existence. Le périphérique doit donc être abordé en premier lieu comme un enjeu majeur de santé publique. C?est d?ailleurs la raison pour laquelle, dans un premier temps, en réponse à l?urgence sanitaire, pour protéger les populations et nous permettre de préparer la mue du périphérique, nous demandons que des mesures d?urgence sanitaires et climatiques, dont celles annoncées par la M.I.E., soient rapidement mises en ?uvre. Par exemple, la circulation différenciée a minima 24 heures avant le pic de pollution annoncé et la mise en place de la circulation différenciée dans l?ensemble de l?agglomération parisienne, y compris sur le périphérique, dès l?annonce d?un épisode de forte chaleur, niveau 3 du "Plan Canicule". Que l?Etat abandonne le Charles-de-Gaulle Express au profit de l?accélération des travaux de réalisation du Grand Paris Express. Continuer d?accompagner la réduction de l?usage de la voiture thermique, le développement d?un réseau de transports en commun de banlieue à banlieue ainsi que le développement d?un "Plan Vélo" régional ambitieux.

Les écologistes alertent depuis des décennies sur les problématiques sanitaires, urbaines et sociales liées au périphérique. Durant cette mandature, nous avons continué à porter à plusieurs reprises la nécessité de transformer le périphérique. Dès 2015, nous demandions une fermeture de tronçons à la circulation afin d?en faire un lieu festif, et encore en 2016, durant les modifications du P.L.U. Permettre aux habitantes et aux habitants d?investir le périphérique est un véritable enjeu d?appropriation. Cette autoroute urbaine est source de tellement de nuisances qu?il est pour nous important que les citoyens y vivent des expériences positives et agréables.

Par ailleurs, détourner l?usage du périphérique pendant un certain temps est très intéressant, car cela permet de se projeter vers un usage totalement autre. Pour cela, nous avons déposé un v?u qui propose que nous nous dotions, dès 2020, d?un calendrier des festivités sur le périphérique. Au moment où les Parisiens et même les Franciliens abandonnent progressivement leur voiture, il est temps de penser sérieusement le futur de cette infrastructure, en commençant par la déclassifier en boulevard urbain. Il faut, en parallèle, entamer au plus tôt le travail de concertation, notamment avec les villes limitrophes qui, pour une grande partie, nous ont semblé favorables à une réduction de la vitesse à 70 kilomètres/heure des axes autoroutiers et des voies rapides qui ceinturent Paris à l?intérieur de l?A86.

Nous apprécions donc l?annonce de la Maire pour cette prochaine réunion qui se déroulera dès juillet à Malakoff.

Il est également nécessaire d?entamer ce travail de concertation avec les habitants de la Métropole pour réfléchir, par exemple, à l?introduction des déplacements doux et, pourquoi pas, à rendre possible la traversée piétonne et cyclable. Entamer la réflexion sur la création d?un nouveau bassin de vie en identifiant un premier tronçon, probablement dans le Nord-Est parisien, nous semble tout aussi nécessaire.

Vous l?aurez compris, une M.I.E. sur le sujet du périphérique était donc, à notre avis, tout indiquée. Nous nous réjouissons donc que le groupe Radical de Gauche, Centre et Indépendants l?ait proposée et nous ait donné l?occasion de réfléchir collectivement à ce sujet passionnant, au croisement de multiples enjeux sociaux, environnementaux et sanitaires.

Je laisserai à mon collègue David BELLIARD le soin de vous présenter les autres propositions que notre groupe a portées durant cette M.I.E. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci beaucoup, Fatoumata KONÉ. Je donne la parole à Nicolas BONNET-OULALDJ, Monsieur le président du groupe Communiste - Front de Gauche.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ.- Merci, Madame la Maire.

Tout d?abord, je voudrais remercier Laurence GOLDGRAB, présidente de cette mission, et Eric AZIÈRE, pour le travail qu?ils ont impulsé et leur sagesse dans la conduite de nos travaux qui nous ont permis d?avoir un point de vue commun. C?est important d?avoir, au final, quelque chose qui rassemble sur les bancs de cet hémicycle, même si, après 2030, nous avons chacun des rêves différents.

Evidemment, nous l?avons dit, le périphérique, c?est d?abord la coupure urbaine entre Paris et la banlieue, qu?il faudra réparer. C?est une zone de production de la pollution qui coûte la vie à plusieurs milliers de personnes, avec des embouteillages extrêmes, avec du bruit. Nous connaissons les nuisances de cette infrastructure qui est le symbole du culte de l?automobile à son apogée.

Evidemment, il faut que cela change, et il y a des urgences. Nous restons réservés sur la limitation de la vitesse, même si nous n?y sommes pas opposés, car nous pensons que l?urgence est ailleurs. Pour nous, l?urgence, c?est le développement des transports en commun, avec des mesures fortes et incitatives. Je pense à la gratuité des transports, à la relance du fret et à la création de nouvelles lignes de métro.

Repenser la circulation automobile et développer l?offre de transports en commun est un enjeu de civilisation. Cela signifie un investissement lourd en matière de transport et un bond qualitatif et quantitatif pour les circulations douces. Cela signifie aussi le choix du fret ferré et fluvial en lieu et place du transport routier. Cela signifie faire exactement le contraire de ce qu?ont fait les derniers gouvernements, qui ont laissé la S.N.C.F. assassiner le fret ferroviaire sans un mot. Un Gouvernement qui s?acharne avec le Charles-de-Gaulle Express, un train pour les riches, au détriment du RER B, un train pour les populations qui en ont besoin au quotidien. Aujourd?hui, on préfère fermer une ligne entre Perpignan et Rungis pour les fruits et légumes et mettre 20.000 camions supplémentaires sur la route, plutôt que de moderniser ce train.

Que dire, Madame la Maire, de la petite ceinture ferroviaire, un autre périphérique qui a été volontairement abandonné par la S.N.C.F. ? Evidemment, nous avons aujourd?hui une convention qui nous permet de l?utiliser pour les Parisiens, mais laissez-moi imaginer ce futur périphérique comme un lieu de transport qui permettra aussi de diminuer la pollution.

Je le pense et mon groupe le défend : le fret est l?avenir si l?on veut bien s?en occuper. Et sans l?initiative publique, si l?on laisse faire le marché et la concurrence, jamais un train ne remplacera des camions et des voitures aujourd?hui. Le défi environnemental, la lutte contre la pollution à laquelle nous sommes confrontés, nécessite la maîtrise publique, car nous constatons tous les jours que le capitalisme n?est pas compatible avec l?écologie.

Plusieurs de nos préconisations ont été retenues et je me retrouve dans tout ce qui a été dit par Laurence GOLDGRAB, Rémi FÉRAUD et Eric AZIÈRE, donc je ne développerai pas. Je reviendrai sur une préconisation que j?ai faite et qui a été retenue. C?est la mise en place d?un pôle public de la logistique urbaine du dernier kilomètre en véhicule propre. Si l?on laisse faire aujourd?hui la concurrence débridée, nous n?arriverons pas à réduire la flottille de véhicules utilitaires polluants. Aujourd?hui, 30 % des véhicules utilitaires sur le périphérique sont au diesel. C?est une tendance lourde en augmentation, en lien avec les achats sur Internet de type Amazon qui se multiplient.

Alors, il y a urgence à mettre autour d?une table les collectivités, la Métropole, la Région, les opérateurs publics, comme La Poste, la S.N.C.F., la R.A.T.P., la SOGARIS, et construire le futur service public de la logistique urbaine propre du dernier kilomètre. D?ailleurs, c?est aussi l?objet de la charte de la Métropole de la logistique et c?est aussi un sujet que nous avons développé avec Christophe NAJDOVSKI et Jean-Louis MISSIKA, ici même, dans cet hémicycle.

Madame la Maire, nous nous sommes mobilisés ensemble pour la gratuité des transports pour les plus jeunes et les aînés. Nous allons voter cette mesure inédite à ce Conseil de Paris avec un projet de délibération et nous allons mettre les moyens pour le permettre. Je pense que c?est un début qui devra se poursuivre comme une mesure incitative et généralisée pour abandonner définitivement la voiture et permettre à tout le monde d?accéder aux transports gratuits. Mais cette mesure doit s?accompagner d?une nouvelle infrastructure de transport. Une grande partie de notre réseau est aujourd?hui saturée. Le T3 est saturé. La ligne 14 est saturée. La ligne 15, qui va voir le jour, est déjà annoncée avec plus de 28.000 voyageurs dès sa création. Donc, elle sera déjà saturée.

Nous devons penser dès aujourd?hui à la création de nouvelles lignes de métro qui irrigueront notre Métropole. Il faudra lancer des études pour un métro qui verra le jour en 2030 ou en 2040. Alors, nous vous proposons d?y réfléchir dès maintenant et de voir comment nous pouvons lancer ces études pour envisager les métros qui seront en route en 2035 et en 2040.

Enfin, notre M.I.E. a eu la sagesse de ne pas faire des préconisations après 2030. Les écarts des réflexions et préconisations entre les différents groupes étaient trop importants. Pour nous, élus communistes, nous pensons que la transformation du périphérique sera un acte fort dans notre relation entre Paris et sa banlieue. Il s?agit d?effacer cette barrière, cette résurgence des fortifs et de la zone. Pour cela, nous pensons qu?il faut garantir le périphérique comme une infrastructure de transport non polluante. Il sera nécessaire de limiter les constructions pour préserver le potentiel de grands paysages urbains et tisser un lien avec les communes limitrophes. Je salue le maire d?Ivry, M. Philippe BOUYSSOU, et la maire de Malakoff, Mme Jacqueline BELHOMME, qui sont très engagés dans leur commune, notamment sur l?agriculture urbaine.

Le rêve que nous faisons, nous, élus communistes, pour après 2030, c?est peut-être de dire : le périphérique sera une infrastructure de transport propre, mais aussi une reconquête de ce paysage avec, pourquoi pas, de nouveaux jardins ouvriers, de l?agriculture urbaine et aussi des infrastructures sportives et culturelles. Mais ce rêve doit porter une exigence : rien ne devra se décider sans les habitants et les collectivités riveraines. Paris ne peut pas décider seul. Paris devra décider de son périphérique avec sa banlieue. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci à vous, Monsieur le président.

La parole est à Mme HAREL, pour le groupe Parisiens, Progressifs, Constructifs et Indépendants.

Mme Marie-Laure HAREL.- Merci, Madame la Maire.

Le périphérique a presque 50 ans et il ne peut plus continuer à être synonyme d?autant de pollution, puisqu?il est à lui seul à l?origine de plus d?un tiers - 37 % exactement - des émissions parisiennes de dioxyde de carbone, sans parler du bruit qui frappe nuit et jour ses 100.000 riverains. Le périphérique ne peut pas non plus continuer à être synonyme d?exclusion avec les "happy few" à l?intérieur et la très grande masse des moins chanceux à l?extérieur. Pourtant, on ne peut pas faire sans le périphérique. Certains pensent qu?en un claquement de doigts, on pourrait le supprimer. C?est vrai que l?idée est, comme l?on dit, "sexy", mais c?est ignorer qu?il s?agit de la voie la plus circulée de France, avec 1,1 million d?automobiles qui l?empruntent chaque jour, et surtout, il n?existe pas de voie de report puisque l?A86, sorte de super-périphérique un peu plus éloigné, est une rocade déjà totalement engorgée.

C?est la raison pour laquelle je m?inquiète un peu quand je vois que la Mission propose de réduire rapidement le nombre de voies et d?organiser des week-ends "périphérique sans voiture" sans étude d?impact et sans solution de transport alternative. Ce sont des idées tout à fait intéressantes, et l?on voudrait tous qu?elles puissent voir le jour, mais on a vu ce que cela avait fait pour les couloirs de bus et la fermeture des voies sur berges, deux initiatives que je soutiens pleinement mais qui n?ont pas été pensées jusqu?au bout. Elles n?ont fait qu?encombrer davantage les voies annexes et générer plus de bouchons. Il va donc falloir que l?on déroule nos mesures intelligemment.

On ne peut pas supprimer le périphérique, mais on doit absolument le révolutionner, lui et ses environs. C?est assez choquant de se dire que le périphérique de 2019 est le même que celui de 1973 quand il a été créé. Rien n?a évolué alors que bien des problématiques, notamment positives, peuvent et doivent être intégrées : l?essor des mobilités innovantes et durables, le bouclage à terme du métro du Grand Paris, la transformation des modes de vie. Il faut y faciliter les déplacements des piétons et des modes doux. Il faut y installer des services urbains intelligents, innovants, pratiques. Il faut en faire une voie enfin franchissable, assurer les continuités écologiques entre les voies parisiennes et celles des communes voisines. Bref, il est urgent de bouger.

Je voudrais faire quelques remarques brèves.

D?abord, sur le passage de 70 à 50 kilomètres/heure, dont, bien évidemment, personne ne soupçonnera un petit effet d?annonce à caractère électoral puisque Mme HIDALGO n?est pas du tout en campagne. On l?a bien compris, dans votre stratégie, tout ce qui peut embêter les automobilistes est bon à prendre. Moi, je dis : pourquoi pas ? On vous suit volontiers, mais seulement si vous savez nous expliquer concrètement l?intérêt des mesures. Sauf qu?en l?occurrence, passer de 70 à 50 kilomètres/heure ne va pas changer grand-chose puisque, dans les faits, la vitesse moyenne sur le périphérique est de 35 kilomètres/heure à cause du trafic. Et puis, dans les rapports de l?ADEME, on lit qu?en dessous de 70 kilomètres/heure l?effet des baisses de vitesse est nul, voire négatif, en termes de pollution. On est tous curieux de savoir quels éléments concrets permettent de s?enthousiasmer sur cette idée.

Je voudrais ensuite insister sur la nécessité d?élever notre échelle de réflexion, comme le rapport le souligne. On doit penser au degré métropolitain, voire Francilien. C?est une évidence. On ne peut pas faire évoluer le périphérique sans prendre en compte l?ensemble du réseau de transport dans lequel il s?inscrit. On ne peut pas non plus ignorer les comportements et les besoins en termes de mobilité des usagers qui sont en grande partie non Parisiens. Le rapport évoque un partage de gouvernance, mais on pourrait se dire qu?il aurait pu aborder clairement la possibilité de transférer les compétences actuellement exclusives de la Ville de Paris à la Métropole du Grand Paris qui, d?ailleurs, démontrerait une fois pour toutes son utilité.

Pour terminer, je voudrais surtout dire, comme M. BONNET-OULALDJ l?a souligné lui-même, qu?il ne faut pas se tromper de combat. La question n?est pas "faut-il ou non supprimer le périphérique ?" Ce n?est pas "faut-il ou non plus de voitures ?" Le vrai sujet est l?insuffisance des transports en commun et principalement sur le plan ferroviaire. Il y a la question du Grand Paris Express, celle du Charles-de-Gaulle Express, que la M.I.E. a la tentation politique de vouloir apporter dans le rapport. Restons concentrés sur le périphérique et observons ce qui se fait ailleurs. Regardez le Grand Tokyo, où il y a une ligne de métro circulaire qui assure très efficacement la circulation tout le long du périphérique. C?est une ceinture ferroviaire qui s?arrête à l?équivalent de chacune de nos portes et contribue à faire que, dans la capitale japonaise, la voiture ne serve plus à rien. Ici, on en est encore très loin.

Parce que ce rapport fait des constats extrêmement justes, parce qu?il a des bonnes idées, mais parce qu?il y a encore beaucoup de points à préciser et à justifier et, surtout, parce que ce sera aux Parisiens de trancher un certain nombre de questions, notamment dans le cadre des prochaines municipales, mon groupe s?abstiendra.

(M. Patrick BLOCHE, adjoint, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Marie-Laure HAREL. La parole est maintenant à Mme Delphine BÜRKLI.

Mme Delphine BÜRKLI, maire du 9e arrondissement.- Merci, Monsieur le Maire.

Dans 30, 40 ans, le boulevard périphérique, cette frontière artificielle qui nous coupe aujourd?hui de la banlieue, disparaîtra. Le Grand Paris sera devenu enfin une réalité. C?est, en tout cas, ce que je souhaite pour notre territoire. Dans cette perspective, ce boulevard sera devenu une avenue métropolitaine arborée, ouverte à tous les usages qui font battre le c?ur d?une ville : la mobilité, l?attractivité économique, le sport, la détente. Mais si les incantations sonnent juste à l?oreille, elles ne suffiront pas, et des décisions politiques structurantes devront être prises par les collectivités locales et par l?Etat. Bien sûr, j?entends la nécessité de faire muter de la superficie de voirie pour de nouvelles fonctions, mais la main invisible d?Adam Smith, qui est votre viatique en matière de circulation, ne suffira pas à diminuer le trafic sur le boulevard périphérique, parce qu?à la différence de l?économie, la circulation ne se régule pas d?elle-même.

Cet axe est aujourd?hui calibré - et le chiffre est vertigineux - pour ses plus de 1,2 million de déplacements quotidiens. Il y a, en fait, deux solutions. Soit on attend tranquillement que le parc automobile se transforme et devienne silencieux et non polluant, soit on prend des décisions courageuses pour diminuer dès maintenant le trafic automobile dans l?aire urbaine. Nous savons tous ici que nous allons dans le mur. C?est la raison pour laquelle je défends l?idée d'un péage urbain - je sais que c?est un gros mot - d?un outil de régulation réellement efficace. D?ailleurs, j?ai eu l?occasion de développer ce sujet à plusieurs reprises dans cette enceinte.

Pour revenir précisément à cette mission, elle a eu le mérite d?établir une photographie du boulevard périphérique, de mettre en lumière les contraintes sur les questions liées à sa couverture ou à la définition de nouveaux usages. A ce titre, elle a bien mérité son "I" d?information, même si nous avons été collectivement surpris par la difficulté d?obtenir des données statistiques, essentielles pour dresser des perspectives dans de bonnes conditions. Et si l?aspect "perspectives" de cette mission est largement inabouti, c?est parce que nous avons étudié un symptôme plutôt que de soigner la maladie. La maladie, c?est la saturation du trafic. L?un de ses symptômes, c?est l?encombrement du périphérique, et de fait, ses conséquences sur la santé, l?urbanisme et la qualité de vie de ses riverains.

Mais le périphérique, Mesdames et Messieurs, ce sont seulement 35 kilomètres sur 1.000 kilomètres d?axes structurants franciliens. La mauvaise nouvelle, c?est qu?il y a un nombre important d?axes et de kilomètres à traiter. La bonne nouvelle, c?est que cela donne des perspectives enthousiasmantes de reconquête. Dans cette perspective, les travaux des architectes dans le cadre de la consultation internationale du Forum métropolitain du Grand Paris sur les routes du futur Grand Paris, sont absolument passionnants. Néanmoins, l?enthousiasme ne doit pas nous bercer d?illusions. Si nous voulons réattribuer des kilomètres de voirie pour d?autres fonctions, nous devons gérer différemment le trafic automobile. Je crois que nous ne pouvons plus nous permettre de laisser notre territoire ouvert gratuitement à tous les véhicules, à tous les camions, à tous les cars de tourisme encore polluants. L?usure de la voirie, les conséquences sur la santé publique et sur la qualité de vie des habitants, méritent d?en finir avec le paradigme de la gratuité. L?illusion serait de penser que le numérique, le digital, les nouvelles offres de mobilité et les applications permettront de porter des espaces urbains sans embouteillages. Il faut donc que nous prenions nos responsabilités. Face aux enjeux, le laisser-faire n?a plus sa place sur notre territoire. Il faut une gestion intelligente du trafic routier pour réduire le nombre de véhicules entrants, diminuer l?empreinte carbone des déplacements, faire du report modal sur les transports en commun ou le vélo, générer des recettes au service des transports publics et de la mobilité. Mais, pour cela, il faut prendre les choses dans le bon ordre. C?est à partir du moment où il y aura des résultats tangibles concernant une diminution du nombre de déplacements sur le périphérique, que nous pourrons envisager de réduire progressivement la surface de voirie, de requalifier ce boulevard en avenue, et de supprimer ainsi cette rocade de démarcation entre Paris et le Grand Paris. La solution inverse, qui consisterait à réduire la capacité du boulevard périphérique sans réduire le trafic, serait le pire scénario qui contribuerait à nous maintenir sur le podium du record des embouteillages. L?enjeu est au contraire d?améliorer la mobilité tout en réduisant le trafic automobile. Sur ce point, la Région Ile-de-France, avec sa présidente Valérie PÉCRESSE, a mis en place depuis trois ans des politiques réellement incitatives, avec un dispositif efficace pour encourager le covoiturage, la gratuité des parkings relais et le vélo électrique en location longue durée, pour encourager ce mode de transport qui pourrait permettre d?absorber la majorité des déplacements des Franciliens. Le périphérique est finalement un ouvrage dont le tracé reprend l'enceinte parisienne de la fin du XIXe siècle. Au XXe siècle, il est devenu l?un des marronniers des programmes municipaux parisiens, comme l?ouverture du métro 24 heures sur 24, d?ailleurs. Des promesses que vous n?aurez pas honorées en 20 ans. Au XXIe siècle, il devra devenir le symbole d?une mutation profonde de nos modes de vie. Il est simplement regrettable que cette mutation absolument nécessaire et les investissements qui vont avec, n?aient pas été enclenchés pendant toutes ces années où vous étiez aux responsabilités. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Delphine BÜRKLI. La parole est à M. Thomas LAURET.

M. Thomas LAURET.- Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, la discussion commence à s?apaiser, on est proche de la rupture du jeûne.

Les perspectives qui ont été dessinées par la M.I.E. et celles un peu différentes que Jean-Louis MISSIKA a décrites dans le "Journal du dimanche", peuvent se résumer finalement au souhait d?un effacement de la voiture individuelle à Paris et à la réduction du symbole de sa suprématie, à savoir le périphérique.

Si cette perspective est une vision qui se veut responsable, elle met aussi en exergue certaines contradictions des politiques de transport et de mobilité que nous avons menées collectivement, la Ville de Paris comme "Ile-de-France Mobilités", depuis 2014. En effet, on est tous d?accord pour dire que l?enjeu premier est celui d?une réduction de la pollution atmosphérique et de l?amélioration de la qualité de l?air. Aussi, la première des mesures à prendre est de favoriser l?acquisition et la circulation des véhicules propres. C?est la raison pour laquelle nous avons, avec d?autres dans cette M.I.E., proposé de réserver sur le périphérique une voie aux véhicules propres, partagés, de secours et collectifs, et que cette mesure fait manifestement consensus. Elle aurait dû, d?ailleurs, être envisagée pour les principaux axes parisiens, avant que la réduction de la voirie n?accroisse les embouteillages dans lesquels sont bloqués les véhicules propres comme les plus polluants. C?est dommage. Dès lors, il n?y a pas besoin d?attendre 2024 pour le faire. C?est la première mesure à prendre et il faut la mettre en ?uvre dans les meilleurs délais.

Mais on a une petite différence, même si l?on a de nombreux accords avec la description qu?en a faite Eric AZIÈRE, sur la réduction du nombre de voies à trois envisagée tout de suite après cette mesure, car elle risque justement de mettre en difficulté la mise en ?uvre rapide de cette mesure. Surtout, elle peut handicaper tous ceux qui, artisans, entrepreneurs, commerçants, transportent des marchandises, des outils ou des personnes entre la banlieue et Paris pour faire vivre notre économie, alors même que les pôles de logistique urbaine ne seront pas créés avant de nombreuses années et que le niveau d?énervement de tous ceux qui ont encore besoin d?un véhicule pour exercer leur métier, y compris lorsqu?ils ont fait le choix de jouer le jeu en prenant des véhicules propres, est élevé. Il faut mesurer cet état d?énervement, et donc, être prudent sur cette mesure, de notre point de vue.

Nous proposons, plutôt que de supprimer deux voies - la quatrième et la cinquième - de faire en sorte, quand il y a une quatrième et une cinquième voie, de réserver deux voies aux véhicules propres dès maintenant, à court terme. Cela ne nous empêchera pas de revoir - comme vous le proposez, Monsieur AZIÈRE - cette question une fois que les études et la bascule seront faites. De notre point de vue, il faut le faire de manière progressive.

Ensuite, on confond parfois la lutte contre la pollution et la lutte contre la voiture individuelle. Ce n?est pas le même sujet. On a tendance à regrouper ces deux sujets de façon excessive. Et l?on pénalise avant tous les habitants de la Métropole qui souffrent d?un réseau de transports incomplet. Cela a été dit par de nombreuses personnes ce matin.

On refuse de voir que de nombreuses lignes de transport - métro, bus et tramway - sont bondées aux heures de pointe. Enfin, on rejette le bouclage du tramway. C?est l?une des erreurs d?Ile-de-France Mobilités. La Ville de Paris n?a pas suffisamment appuyé cela dans le 16e arrondissement, qui est une condition essentielle de la réduction de l?usage du périphérique dans ce secteur de Paris. On crie même haro, désormais, sur les nouvelles formes de mobilité propres, partagées et de taille toute réduite que sont les trottinettes, sous prétexte que l?on a du mal à les obliger à se garer sur des zones délimitées. Autre sujet de dogmatisme : la vitesse maximale de 70 à 50 kilomètres/heure. On comprend absolument les arguments qui ont été évoqués et l?amélioration de la fluidité à certains moments. De ce fait, nous proposons que cette vitesse soit modulée, c?est-à-dire que le passage à 50 kilomètres/heure soit fait dans les moments de la journée où le périphérique est dense, et pas systématiquement. Vous avez sûrement tous fait l?expérience, en tout cas, je vous invite à la faire, même si vous ne prenez qu?un taxi de temps en temps. Demandez la nuit, à deux heures du matin, à votre taxi de rouler à 50 kilomètres/heure sur le périphérique. Vous verrez que c?est une forme de torture psychologique. Je vais un peu loin, mais cela relève de cet aspect. Dès lors, cette mesure mériterait d?être réservée aux périodes de la journée où le périphérique est trop dense. Ne mettons pas systématiquement les automobilistes, les deux-roues, les motards, en infraction au nom d?une ville qui se veut apaisée. Quand vous roulez à 70 kilomètres/heure avec un véhicule électrique, vous ne faites pas de bruit et vous ne prenez pas de risque non plus. Gardons comme objectif principal la lutte contre la pollution et les mesures incitant tous ceux qui ne peuvent pas se passer d?un véhicule à choisir l?électrique, l?hydrogène ou le GNV. Interdisons les polluants en transit, végétalisons, terminons le déploiement du goudron antibruit, mais n?empêchons pas les Franciliens de circuler en voiture propre tant que nous ne sommes pas en mesure de leur offrir un système de transport fluide au global. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Thomas LAURET. La parole est à Mme Nathalie MAQUOI.

Mme Nathalie MAQUOI.- Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, Madame la Maire, lors de la remise du rapport de la M.I.E., vous avez relaté votre expérience d?être quelques heures sur le périphérique sans voiture quand un tronçon partiel avait été fermé à la porte de la Chapelle pour désamorcer un obus de la Seconde Guerre mondiale. Vous avez raconté le plaisir d?entendre les oiseaux. Vous avez alors fait la réflexion à voix haute d?avoir envie que les riverains en profitent aussi.

Cette histoire m?a rappelé une intervention d?une habitante de Python-Duvernois, à la porte de Bagnolet, lors de la réunion que nous avons organisée pour échanger avec les habitants avant d?élaborer nos préconisations. Elle relatait sa souffrance de vivre, de dormir - Monsieur LAURET, quand on roule vite sur le périphérique le soir, il faut penser aux gens qui sont à proximité - et de se réveiller dans un bruit constant. Elle rêvait d?une chose : pouvoir se lever un dimanche matin et entendre les oiseaux. J?aimerais qu?on lui dise aujourd?hui que ce rêve est possible.

L?une des préconisations de la M.I.E. est de permettre des fermetures temporaires et partielles du périphérique pour expérimenter d?autres usages. On peut donc imaginer, dans le futur, une fermeture le dimanche, par exemple pour les "foulées du périph", et que Nadine - parce que c?est le nom de cette habitante - entende les oiseaux en se réveillant.

Des témoignages sur les nombreuses nuisances du périphérique, sur leurs conséquences sur la santé, nous en avons entendu pendant 6 mois. 6 mois d?audition et de réflexion ont convaincu les élus qui ont participé assidûment à la M.I.E. de l?urgence à agir et de la situation insupportable des 400.000 riverains de part et d?autre du périphérique.

Merci pour le travail accompli par les élus de tous les groupes politiques. Un merci particulier à Mme Laurence GOLDGRAB, sa présidente, pour avoir conduit nos travaux de façon si constructive et agréable. Le consensus auquel nous aboutissons aujourd?hui lui doit beaucoup.

Par les travaux du Forum métropolitain, par cette M.I.E., par les réflexions nombreuses des équipes municipales des communes limitrophes, par celles des associations, le sujet de l?avenir du périphérique est au c?ur de l?actualité. Il ne souffre ni démagogie, ni instrumentalisation, parce que l?enjeu est vital. Des trois réunions d?information et de discussion que "Génération.s" a organisé à la porte de Bagnolet, à la porte Dorée et à la porte de Vanves, nous retenons une attente et une volonté très forte des habitantes et des habitants pour toute amélioration, et ce, sans attendre, dans le court terme.

C?est pourquoi l?une des premières préconisations que nous avons versées au pot commun est d?associer les citoyennes et les citoyens à tout projet d?évolution. C?est une façon de mener le débat pour que tous les points de vue soient entendus, non seulement ceux très "interviewés" des utilisateurs des deux-roues et des véhicules, mais aussi de celles et ceux qui vivent à proximité du boulevard périphérique. Parce que l?enjeu est vital, nous avons essentiellement insisté dans nos préconisations sur des mesures à court terme pour que, très vite, dans les mois à venir, la situation des riverains confrontés à des records de pollution atmosphérique et sonore s?améliore.

Pour cela, il faut que le périphérique soit moins fréquenté, plus fluide, moins embouteillé. C?est donc le sens des préconisations suivantes. La réduction de la vitesse tout le temps à 50 kilomètres/heure. L?harmonisation du nombre de voies à trois maximums par sens de circulation, parce que c?est le seul moyen de fluidifier, et pas seulement par étapes. La création d?une voie réservée pour les transports en commun, les véhicules en partage, les taxis, les utilitaires. L?interdiction des camions en transit. Le traitement prioritaire des portes plus polluées, notamment celles qui accueillent des sorties d?autoroutes. Concernant l?avenir plus lointain du périphérique, sans préjuger de l?issue des débats ouverts par le Forum métropolitain, ni de ceux que nous aurons dans le cadre de la future campagne municipale, nous avons acquis quelques convictions en six mois. Tout d?abord, le périphérique n?est pas à vendre. Il n?est pas l?opportunité supplémentaire pour densifier et construire. Il n?est pas la nouvelle poule aux ?ufs d?or de la spéculation foncière. Il est un espace commun et doit tendre à devenir la bouffée de respiration et d?aération de la Métropole parisienne, le poumon vert de la Métropole dense. Ensuite, nous sommes sceptiques sur l?avenir de la voiture individuelle thermique, électrique ou hydrogène. C?est pour cela, Madame BÜRKLI, que la solution de péage urbain que vous avancez n?a pas été jugée efficace pour atteindre notre objectif commun. Ce mode de déplacement, la voiture individuelle, prend trop de place dans l?espace public, coûte cher, est dangereux et obsolète en milieu urbain très dense, et surtout dans le contexte de l?urgence climatique. Il faut préparer d?autres modes de vie, d?habiter, de se déplacer, de consommer. Pour cela, nous pensons que l?alternative des déplacements réside dans des transports en commun accessibles, plus nombreux, de qualité, moins chers, moins polluants. Elle réside également en soutenant tous les modes pour se déplacer facilement et agréablement, à vélo et à pied. Pour cela aussi, nous avons besoin d?espaces vides et apaisés, d?espaces où peuvent s?inventer des formes d?occupation temporaire, comme des fêtes ou week-ends culturels, des formes d?occupation spontanée, comme un lieu de promenade, de pique-nique en famille ou entre amis. Un espace de respiration par une végétalisation qui prend forme dans de la pleine terre retrouvée. Un espace qui permet la pratique de l?activité physique dans de bonnes conditions de respiration. Un enjeu de santé publique si nous souhaitons transformer nos modes de vie si sédentaires. Enfin, aucun d?entre nous ne peut présager ni présumer des usages et des besoins des générations futures dans 50 ans, ni des évolutions urbaines. C?est pourquoi ne pas bâtir sur cet espace de 140 hectares qu?est le périphérique, nous paraît pertinent pour laisser toute option ouverte pour l?avenir, pour laisser aux futurs riverains des deux côtés du périphérique l?opportunité de dessiner ensemble le nouveau visage urbain du périphérique, tronçon par tronçon, en tenant compte des spécificités de chaque quartier. Les élus "Génération.s" seront bien sûr présents dans la suite des travaux au niveau parisien, et comme dans les arrondissements, pour passer de la réflexion à la mise en ?uvre. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Nathalie MAQUOI. La parole est à Mme Julie BOILLOT.

Mme Julie BOILLOT.- Merci, Monsieur le Maire.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, le périphérique, un mythe et une machine à fantasmes, pour les uns, un monstre et une abomination, pour les autres. Mais une chose nous met d?accord au groupe "100% Paris" : le périphérique interroge sur notre rapport à l?autre. Ce cercle de bitume matérialise, non seulement physiquement, mais aussi socialement, la frontière entre le Parisien et le reste du monde. Depuis 1973, nous avons érigé de nouveaux remparts entre Paris et sa banlieue, une zone courant sur 35 kilomètres, longtemps délaissée par les aménageurs, les architectes et les urbanistes. Certains tronçons cachent encore des bidonvilles, d?autres des "no man?s land" investis par des délaissés, des oubliés qui ne cessent de dériver vers la marginalité, au risque de s?étendre sur le reste de la ville.

C?est pourquoi cette M.I.E. est à la fois bienvenue et ses conclusions, très attendues. Enfin, c?était vrai dès 2014 et toujours en 2015, 2016, 2017 et 2018. Car le périphérique est l?infrastructure la plus polluante de l?Ile-de-France. Il est emprunté chaque jour par plus d?un million de véhicules, à l?origine de 37 % des émissions de dioxyde d?azote, de 35 % des émissions de particules fines liées au trafic routier, et ce, depuis des décennies. Alors pourquoi attendre 2019 et les frémissements de la campagne municipale pour vous intéresser au futur du périphérique ? Je n?ose croire à du cynisme préélectoral. Pourtant, cette M.I.E. est la seule et unique à avoir eu les honneurs de la Maire, d?une remise de rapport en main propre devant la presse. C?est vrai que les sujets précédents de M.I.E. étaient mineurs pour le quotidien des Parisiens. La propreté, les rythmes scolaires, le travail dominical, pour ne citer qu?eux, n?ont que peu d?importance. C?est bien connu.

De cette M.I.E., nous attendions donc beaucoup, énormément. Les 300 pages du rapport sont indéniablement intéressantes. Saluons le travail des fonctionnaires. Ce rapport est une mine précieuse d?informations, mais seulement d?informations. Et pourtant, c?est bien sûr sur ce sujet que l?on aurait aimé que le "E" de M.I.E., celui de l?évaluation, soit réel, et en premier lieu, l?évaluation de vos actions, Madame la Maire. Il aurait été judicieux que la M.I.E. évalue l?action de la Ville pour réduire les nuisances en termes de bruit et de pollution, parce que je ne vois pas comment nous pouvons arriver à des préconisations concrètes, notamment pour les 100.000 Parisiens vivant aux abords immédiats du périphérique.

Nous pensons, au groupe "100% Paris", que le périphérique nous interroge sur notre relation à l?autre. Et l?autre, c?est le banlieusard. Les déplacements Paris/Paris représentent seulement 5 % des trajets, contre 50 % pour le banlieue Paris et le Paris banlieue, et 45 % pour le banlieue banlieue. C?est dire l?impérieuse nécessité d?une concertation à l?échelle francilienne pour un tel projet de restructuration. Et non, là encore, nous faisons de notre côté des travaux, nous envoyons quand même quelques questionnaires aux maires de banlieue pour la forme, pour dire que nous les avons consultés. Mais pourquoi ne pas avoir attendu la fin des travaux du Forum métropolitain dans quelques jours, puisque, de toute façon, on n?avait pratiquement rien entrepris depuis 2014 ?

Un pilotage concerté des transformations avec l?ensemble des collectivités, en particulier la Métropole et la Région, et des acteurs économiques, doit être le postulat de base de notre travail. Cela ne doit pas être un discours, mais se traduire par des actes, de la méthode, parce que - avouons-nous la vérité - la parole des élus parisiens n?a que peu de valeur désormais. Les élus franciliens qui ont de la bouteille se méfient de nous, Parisiens, et tentent de se prémunir de vos décisions autoritaires, des décisions "peau de banane" par-ci par-là. Regardez ce qu?il se passe sur la loi d?orientation des mobilités. Des députés franciliens ont déposé des amendements demandant une reprise en main de la politique des mobilités au niveau d?"Ile-de-France Mobilités".

Ayons donc de la méthode dans la gestion de ce dossier périphérique, car les décisions unilatérales dans le domaine des mobilités sont largement contre-productives. Si elles ne sont pas portées largement et accompagnées par l?ensemble des acteurs concernés, cela ne fonctionne pas. Le périphérique est un acte de desserte de la Métropole. C?est un fait. Il est donc inenvisageable pour notre groupe de recommencer l?échec de concertation de la fermeture des voies sur berges. Il est inenvisageable que Paris toise encore ses voisins.

Si la plupart des préconisations de ce rapport vont dans le bon sens, elles ne s?appuient pas sur des études actualisées qui pourraient mettre en avant leur efficacité pour lutter contre la congestion ou la pollution. Et c?est une bonne chose, finalement, qu?"Ile-de-France Mobilités" ait pris la décision de mener des études sur l?ensemble des préconisations pour que les suppositions et les projections deviennent des vérités ou des fantasmes. Nous croyons que le rôle des élus parisiens est aussi de penser au-delà du périphérique et de participer activement à la mise en place de dispositifs à l?échelle régionale. Je pense à la réalisation de parkings relais gratuits de grosse capacité à proximité des gares, à des axes routiers et autoroutiers, pour inciter les Franciliens à laisser leur véhicule en dehors de Paris. Je pense à la contractualisation d?une politique de fret, d?un plan logistique pour Rungis et à l?optimisation du ferré et du fluvial. La politique des mobilités est un tout, une articulation fine. Arrêtons systématiquement de réfléchir segment par segment. Le futur du périphérique se place dans un futur plus large, où le Grand Paris Express circule, où les voitures sont connectées, le covoiturage une habitude, le télétravail une réalité, et la logistique une affaire de circuit court. C?est pourquoi nous nous abstiendrons sur ce rapport. Merci et bon appétit.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci beaucoup.

Je vous propose que nous écoutions encore trois intervenants avant l?interruption : Mme Maud GATEL, qui ne pourra intervenir que 3 minutes 30 maximums, Mme Danielle SIMONNET, pour ses 2 minutes habituelles, et M. Jérôme COUMET. La parole est à Mme Maud GATEL.

Mme Maud GATEL.- Merci, Monsieur le Maire.

Comme cela a été le cas précédemment, je voudrais vraiment saluer le travail réalisé par la M.I.E., dont les membres ont cherché à se saisir du sujet du périphérique dans toute sa complexité et ont organisé leurs propositions selon une double temporalité, entre l?urgence d?agir aujourd?hui contre les pollutions et la nécessité d?accompagner la transformation radicale de l?axe structurant que constitue le périphérique, annoncé dès le "Plan Climat" mais documenté grâce aux travaux de la M.I.E.

Axe structurant pour la mobilité des personnes et des flux de marchandises, le périphérique parisien est un symbole à plusieurs titres qui ne peut perdurer dans sa forme actuelle. Symbole des pollutions atmosphérique, sonore et visuelle. Pour mémoire, 400.000 riverains sont surexposés aux pollutions atmosphérique et sonore émises par le périphérique. Symbole de la congestion, qui n?a cessé d?augmenter ces dernières années. Symbole d?une fracture territoriale entre Paris et sa banlieue, à la fois physique et mentale. Enfin, symbole d?une capitale enserrée dans un anneau de bitume qui freine son expansion.

Eric AZIÈRE a beaucoup insisté sur le devoir de concertation. Je crois, en effet, impératif d?en faire la marque d?une méthode nouvelle, à rebours des prises de décision unilatérales et brutales auxquelles la majorité nous a trop souvent habitués. Ce n?est pas anecdotique : la méthode est l?une des conditions de réussite des projets, et de celui-ci naturellement. La transformation du boulevard périphérique doit être l?anti voie sur berge en termes de méthode : anticiper, avec des offres alternatives en matière de transport, et concerter. L?urgence d?agir ne doit pas se faire au détriment des Franciliens, notamment de ceux habitant à proximité d?autres axes routiers structurants. Dès lors, donnons-nous les moyens de réussir la transformation du périphérique.

La dynamique de dialogue et de concertation qui a présidé aux travaux de la M.I.E., tant avec les élus parisiens de sensibilités différentes qu?avec les élus des communes riveraines, doit être désormais poursuivie, approfondie et élargie à sa gouvernance même. Cela a été passé sous silence : c?est un prérequis des conclusions de cette M.I.E. Faire évoluer le mode de gouvernance du périphérique à travers une structure de coopération de pilotage et, le cas échéant, de financement, pour permettre un dialogue régulé entre les partenaires publics et les communes concernées. Car c?est bien l?ensemble des acteurs concernés, Parisiens, Franciliens, utilisateurs du périphérique, bien sûr, mais aussi Etat, collectivités territoriales, associations, entreprises, corps intermédiaires, qui ont leur mot à dire sur l?évolution du périphérique et sur les mesures d?accompagnement. Car le périphérique parisien est au c?ur d?un écosystème. Sa transformation ne peut être réussie qu?en tenant compte de ses conséquences sur l?ensemble des politiques concernées. Tout comme il ne peut pas y avoir de politique de mobilité à la découpe, il ne peut pas y avoir de transformation du périphérique sans prise en compte de l?ensemble de cet écosystème.

C?est un projet d?ensemble qu?il faut porter. Supprimer le périphérique nécessite de revoir l?ensemble des politiques de déplacement des personnes. Compte tenu du degré de saturation des transports en commun, cela ne peut qu?aller de pair avec la rénovation du réseau de transport et la création de nouvelles offres, notamment avec le Grand Paris Express. Les nouvelles offres de transport permises par les progrès techniques et les capacités du numérique, doivent être soutenues. En matière de transport de marchandises, cela pose évidemment la question de la logistique urbaine. Cela pose également la question de l?aménagement du territoire, tout comme l?organisation même du travail.

Il y a une dernière chose que j?aurais souhaité évoquer, mais je n?aurai pas le temps. C?étaient les résultats du Forum métropolitain du Grand Paris. Finalement, ils sont relativement alignés avec les conclusions de cette M.I.E. Cette méthode de concertation est véritablement la clef de la réussite. C?est la nécessité pour laquelle il faut la poursuivre. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Maud GATEL. Mme Danielle SIMONNET a la parole.

Mme Danielle SIMONNET.- Merci.

La pollution de l?air tue deux fois plus que ce que l?on pensait : 6.000 morts prématurés par an à cause de la pollution et des particules fines dans notre agglomération. Urgence, nous avons moins de 10 ans pour tout changer : réduire la vitesse, supprimer une voie, la végétaliser, réserver une voie aux transports en commun. Bien. Mais est-ce suffisant ? Certainement pas.

Qu?est-ce que le périphérique ? C?est d?abord l?héritage des fortifications de Paris, des octrois d?avant la constituante révolutionnaire. Le périphérique devra disparaître, mais pas pour contribuer à une annexion des territoires limitrophes. N?ayons pas une vision de la ville hégémonique. Supprimer le périphérique doit être un objectif, mais ce n?est pas l?aboutissement d?un réaménagement du territoire, de changements radicaux. La circulation automobile ne disparaîtra pas par magie, ni annexion par gentrification, ni fracture par relégation, ni report de la pollution. Il faut réduire le trafic et sortir de l?illusion du mythe consumériste de la voiture individuelle. Comment ? Pas avec la voiture autonome et les taxis volants, mais avec trois pistes.

Premièrement, par un aménagement du territoire visant à réduire les déplacements subis, donc par la rupture des politiques d?attractivité du territoire qui concentrent tous les moyens dans le c?ur de la Métropole et relèguent les populations toujours plus loin. Il faut enfin assumer ce que veut dire l?objectif d?une Métropole polycentrique.

Deuxièmement, vous parlez de covoiturage pour réduire par deux le nombre de voitures. Assumez d?abord le débat sur les V.T.C. Combien roulent à vide ? D?ailleurs, combien sont-ils ? Pourquoi la loi LOM va-t-elle protéger cette concurrence déloyale aux taxis que constitue l?ubérisation ? Roissy-en-France et Le Mesnil-Amelot ont interdit par arrêté le stationnement des V.T.C et l?arrêt. A quand Paris ?

Troisièmement, permettre réellement l?alternative à la voiture dans les déplacements, donc bien plus de transports en commun : trains, métro, trams, bus. Ce n?est pas par la privatisation engagée que l?on va y contribuer. Il faut un vrai plan de pistes cyclables, avec des pistes cyclables en continuité. Mes chers collègues écologistes, le bilan de votre adjoint, ex-candidat tête de liste de 2014, est calamiteux en la matière. C?est un vrai problème. Voilà de quoi penser avec l?ensemble des communes limitrophes un aménagement du territoire radicalement différent.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Danielle SIMONNET.

M. Jérôme COUMET, dernier intervenant avant l?interruption.

M. Jérôme COUMET, maire du 13e arrondissement.- Merci.

Monsieur le Maire, chers collègues, permettez-moi de commencer en racontant une anecdote qui a été pour moi riche en signification. En tant qu?élu, on est parfois frappé par des rencontres qui vous marquent et qui, parfois, vous prennent aux tripes.

Il y a une bonne quinzaine d?années, je visitais une tour qui portait le nom fort poétique de "T2", comme "tour T2", car il y avait deux petites tours, rue Franc-Nohain, dans le 13e arrondissement. Ses habitants, dont certains vivaient encore sur place, avaient vécu la construction du boulevard périphérique. Ce serpent s?était glissé le long de leur immeuble, apportant sa circulation quasiment jamais interrompue 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Je me souviens de ce couple qui m?avait fait visiter son appartement côté périphérique. En ouvrant la fenêtre, le vacarme n?était pas supportable pour des personnes qui n?y étaient pas habituées. Ce qui m?avait le plus touché, c?était quand ils m?avaient parlé de leurs rideaux de salon. Ils se sont excusés de leur état, car ils étaient gris, imprégnés des vapeurs huileuses provenant des pots d?échappement des véhicules. Ils m?ont dit qu?ils allaient bientôt les changer. Ils ont ajouté : "Vous comprenez, les rideaux, on ne peut pas les laver, c?est impossible. Alors, on en achète des pas chers, et quand ils sont sales, on ne les lave pas, on est obligé de les changer".

Pour moi, ce simple témoignage résume beaucoup de ce qui a évolué depuis 15 ans. Evidemment, pas besoin de chiffres pour comprendre que la pollution était là. Il suffisait d?en avoir conscience. Depuis cette date, cet immeuble a été démoli et les locataires, au moins ceux qui voulaient rester dans le quartier, ont été relogés dans un immeuble à proximité, plus à l?intérieur des terres, si je puis dire. Depuis cette date, bien des choses ont changé. Des immeubles d?activité ont été construits, avec également l?idée de protéger les habitants. Plus encore, le revêtement routier a été changé, avec un asphalte qui réduit les bruits de roulement. La vitesse réduite a considérablement changé la vie des riverains. Le niveau de pollution a baissé, mais chacun conçoit que cela est très insuffisant.

En fait, c?est surtout notre approche qui a changé. C?est sans doute cela, la véritable évolution. Au lieu de penser que la ville doit s?adapter à cette infrastructure, une révolution culturelle s?est opérée. Chacun a maintenant conscience que c?est le périphérique qui doit s?adapter à la ville. Quand je dis "ville", je pense autant à Paris qu?à nos voisins.

Ce sera ma première conclusion à la suite de tout ce travail collectif. Nous avons changé. Nos débats ont changé de nature. Qui aurait pu penser, il y a quelques années, qu?un collectif rassemblant toutes les sensibilités de notre Conseil de Paris pourrait s?accorder sur des mesures concernant l?évolution du périphérique, aussi emblématique est-il ?

Ayant un peu d?ancienneté dans ce Conseil, je me souviens des débats homériques sur l?installation du tramway sur les maréchaux - qui, lui-même, doublait le périphérique ; les maréchaux lui ressemblaient, d?ailleurs - que nous avions entendus à l?époque où le tramway n?était encore qu?un projet. Les accusations étaient nombreuses : vouloir empêcher les banlieusards de circuler, les nuisances sonores supposées du tramway beaucoup plus importantes que celles des voitures sur les pavés. Les détracteurs disaient aussi que les véhicules de secours et les ambulances n?allaient plus pouvoir circuler. Bertrand DELANOË était accusé de mettre en péril la vie des riverains. Je m?en souviens évidemment très bien. Aujourd?hui, pas un habitant ne voudrait revenir en arrière.

Aujourd?hui aussi, et c?est vraiment nouveau, notre Conseil semble s?accorder sur un objectif commun : transformer notre périphérique par étapes successives en boulevard urbain classique. C?est cela qu?il faut retenir, avec moins de pollution, avec la suppression de la rupture avec nos voisins. Cette M.I.E. a multiplié les auditions - 90 en tout, je crois - a pu travailler dans la sérénité. Je veux remercier, comme d?autres l?ont fait, Mme Laurence GOLDGRAB et M. Eric AZIÈRE, chacune et chacun de ses membres d?y avoir travaillé en bon esprit et en conscience. Je veux remercier aussi l?Apur qui, depuis des années, a préparé les esprits sur cette évolution.

Je constate que les conclusions qui nous ont rassemblés ne constituent pas un PPCM, mais un PGCD, pour ceux qui ont quelques souvenirs des mathématiques. La commission a réussi à s?accorder non pas sur un plus petit dénominateur commun, mais à aller chercher des propositions ambitieuses, fortes et pour autant, réalistes. C?est une petite révolution qui en annonce une plus grande, celle des états d?esprit. Les résultats de cette M.I.E. réussissent à surmonter les clivages politiques, mais aussi géographiques. Nous n?en sommes plus à Paris contre sa banlieue. Voir des maires et des responsables de département voisins s?associer à la réunion de présentation des résultats, montrait très clairement un état d?esprit nouveau.

Je souhaite enfin, et je terminerai par-là, tirer une deuxième conclusion. Elle s?appuie sur une grande consultation que nous avons menée sur un futur quartier du 13e arrondissement, le quartier Bruneseau. Il s?agit de très grandes emprises situées en bord de Seine, de part et d?autre du périphérique, qui doivent faire le lien avec Ivry. Comme le périphérique doit franchir la Seine, il est en hauteur. Impossible de l?effacer du paysage. Il fallait avoir de l?imagination, il y a quelques années, pour avoir la vision d?un nouveau quartier à cet endroit. Il y avait un plat de nouilles à cet endroit, avec des bretelles de sortie du périphérique proéminentes, avec un lien avec Ivry quasiment impossible à relier sans une voiture, avec des espaces dégradés et repoussants.

Un concours façon "Réinventer" a été impulsé par la SEMAPA, en lien avec la Ville, représentée par Jean-Louis MISSIKA. Le projet lauréat est aujourd?hui public. Il a été exposé au Pavillon de l?Arsenal. Cette équipe a conçu chacun de ces immeubles avec des entrées qui pourront donner à terme sur le périphérique, comme un boulevard urbain, avec, effectivement, des entrées possibles et des trottoirs. Elle a conçu une vidéo de présentation à la livraison de ces immeubles et une autre pour montrer le fonctionnement de ce quartier quelques années plus tard. Je pense que c?est très révélateur. Cette équipe souhaite faire de ce quartier un lieu de destination, avec des équipements culturels et des commerces qui vont attirer des Parisiens et des Franciliens non loin du périphérique. Elle veut notamment créer une grande place métropolitaine, une place d?animation sous le périphérique. Qui aurait pu imaginer de tels projets il y a quelques années ? Et surtout, qui aurait pu croire qu?autant de grands acteurs économiques intègrent ce futur du périphérique en boulevard urbain, croient tous en cette perspective, pensent tous que cet objectif sera atteint ?

L?avenir, ce sera en effet des quartiers attractifs de part et d?autre du périphérique, alors que, jusqu?à maintenant, les nouveaux bâtiments lui tournaient le dos ou que nous avions pour seule alternative de supprimer des bâtiments trop exposés, comme la tour T2 dont je parlais au début de mon propos.

J?aimerais terminer par un clin d??il culturel. Rassurez-vous, j?en terminerai par-là. Si le périphérique est amené à devenir un boulevard urbain, il faudra lui donner de nouvelles qualités. Il en était question dans la présentation tout à l?heure. Chacun pense à la végétalisation, à l?architecture des nouveaux immeubles qui pourront s?y installer. On pense tous très fort à l?art dans la ville qui devra aussi en faire partie. Pour les nouvelles constructions dans le 13e arrondissement, nous avons sollicité les propriétaires, les constructeurs, sur la vision nocturne à donner à leurs bâtiments. Des ?uvres lumineuses se sont installées ou vont s?installer en bordure du périphérique. Une façon de "Réinventer Paris", ville lumière, de montrer que Paris continue à créer des ambiances urbaines novatrices, y compris en partant de la lumière et des jeux qui peuvent en découler.

Je retiens deux magnifiques propositions : celle de Laurent GRASSO, une animation d?une vingtaine de minutes installée sur la "Maison internationale de séjour". Ces deux ?uvres sont visibles du périphérique, bien sûr. Mieux encore, elles s?offrent à nos voisins comme une politesse, comme une invitation à travailler ensemble sur ces nouveaux liens et sur cette transformation qui nous permettra de mieux respirer, de se rencontrer, de profiter ensemble de nouveaux quartiers et de nouvelles opportunités.

Je vous remercie. Et bon appétit !

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président.- Merci, Jérôme COUMET, Monsieur le Maire du 13e arrondissement.

Je vous propose d?interrompre la séance, qui reprendra à 14 heures 45.

Merci. Suspension et reprise de la séance.