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Juin 2019
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2019 LRI 1 - Plan de sauvetage des églises parisiennes. Voeu déposé par le groupe UDI-MODEM relatif à la restauration du patrimoine cultuel. Voeu déposé par M. Yves POZZO di BORGO relatif à la mise en valeur du patrimoine cultuel. Voeu déposé par le groupe PPCI relatif à la promotion des professions d'art et du patrimoine. Voeu déposé par l'Exécutif.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Nous en avons terminé avec les questions d?actualité et nous passons à la proposition de délibération LRI 1 relative au plan de sauvetage des églises parisiennes.

Nous étudions cette proposition de délibération et je donne la parole tout d?abord à M. Jean-Baptiste de FROMENT pour le groupe les Républicains et Indépendants.

M. Jean-Baptiste de FROMENT.- Merci, Madame la Maire.

Je voulais commencer par un propos introductif un peu consensuel. Mais malheureusement, une fois de plus, les méthodes de l?Exécutif m?obligent à une sorte de rappel aux bons usages dans notre Assemblée. Nous avons reçu, à 14 heures 45 pour 16 heures, un bilan du Plan Eglises de cette administration, et à 15 heures 10, une proposition de v?u bis de l?Exécutif en réponse à notre proposition de délibération. Ce ne sont pas des façons de travailler, de respecter non seulement l?opposition mais de montrer que l?on prend au sérieux des sujets qui sont sérieux. Je le dis, alors que Mme HIDALGO n?écoute pas un mot de ce que je suis en train de raconter et c?est pourtant assez grave?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Si, je suis tout ouïe, Monsieur de FROMENT.

M. Jean-Baptiste de FROMENT.- Je ne sais pas si vous pourriez répéter ce que je viens de dire.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Allez-y, je suis tout ouïe?

M. Jean-Baptiste de FROMENT.- Je disais, Madame la Maire, que nous avons reçu?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Attendez juste un instant.

Je demande à toutes celles et ceux qui sont là, je ne sais pas très bien à quoi faire? Voilà, vous reprenez vos places et on ferme la porte. C?est normal qu?il y ait un peu d?agitation après la fin des questions d?actualité. Monsieur de FROMENT, vous avez la parole et je vous écoute.

M. Jean-Baptiste de FROMENT.- Madame la Maire, j?espère que ce sera décompté de mon temps de parole.

Je protestais vivement contre le fait que vous et vos services ayez communiqué un projet de v?u bis sur un sujet absolument fondamental à 15 heures 10, alors que nous parlons depuis des mois du patrimoine cultuel de la Ville de Paris et que nous avons déposé notre propre projet de délibération le 28 mai.

J?en viens maintenant au fond. Je ne reviens pas longuement sur le traumatisme qu?a constitué l?incendie de la cathédrale Notre-Dame. Je me rappelle, Madame la Maire, et c?est plus consensuel, que j?étais dans votre bureau avec les autres responsables de groupe le lendemain de l?incendie et que nous étions tous sonnés. Nous avons réalisé à quel point ce monument n?était pas simplement des pierres, une flèche, mais une part de notre fierté, de ce qui nous tient ensemble, nous les Parisiens, nous les Français, et tous ceux qui aiment le patrimoine et qui aiment Notre-Dame à travers le monde.

Cet événement nous a fait prendre conscience, de façon plus générale, de l?importance du patrimoine parisien et de notre patrimoine cultuel, au-delà des convictions religieuses que nous pouvons avoir ou pas. Ce sont dans chaque arrondissement des édifices remarquables, à plus d?un titre, qui incarnent également plus modestement, mais c?est très fort localement, l?histoire de Paris, une part de la vie sociale de nos quartiers, et qui contribuent à la fierté que nous avons d?habiter cette ville.

Nous savons, en vertu de la loi de 1905, que la Ville de Paris est propriétaire de 85 églises, 9 temples protestants et 2 synagogues. Nous savons aussi, en vertu de l?article 13 de cette même loi, que la Ville est responsable de tout dommage causé par un défaut d?entretien des édifices concernés. Or, un premier constat très préoccupant s?impose : nous avons 64 édifices, dont 7 temples protestants et 1 synagogue, qui sont en danger et qui nécessitent des travaux importants. Plus alarmant encore, l?Observatoire du patrimoine religieux a recensé tous les édifices menacés et 11 églises, d?après celui-ci, sont en situation, je cite, "de grand danger".

Je pourrais rappeler également le SOS lancé récemment par le curé de la Madeleine, les dégradations intérieures irréversibles de l?église Saint-Merri, l?état extrêmement préoccupant de l?église Notre-Dame-de-Lorette - c?est l?élu du 9e arrondissement qui parle ici - qui a été rénovée de façon superficielle et où tout est à refaire maintenant. Ce sont aussi les peintures murales dégradées de Saint-Eustache, sans compter les échafaudages en attente à Saint-Pierre de Montrouge. C?est à nouveau, avec la maire du 9e, l?élu de cet arrondissement qui parle des échafaudages à la Trinité qui sont toujours en attente de transformation en travaux. Il faut aussi évoquer l?état des 40.000 ?uvres d?art et des 130 orgues inscrits ou classés au titre des monuments historiques qui requièrent des rénovations d?envergure.

En avril 2015, a été présenté un Plan pour le patrimoine cultuel qui n?a pas permis d?assurer l?entretien et la restauration complète de ces églises, temples et synagogues, ainsi que leur mise en accessibilité. Ce plan affichait un budget déjà insuffisant de 80 millions d?euros pour la mandature. Je ne rentre pas dans les détails, mais selon notre calcul, à l?issue de cette mandature, ce sont seulement 40 millions d?euros qui auront été véritablement consacrés à la restauration - je ne parle pas de l?entretien mais de la restauration et rénovation de ces édifices.

Il est donc temps d?agir sérieusement. C?est la raison pour laquelle nous vous proposons ce plan de sauvetage des églises parisiennes, qui est articulé autour de 8 points que j?énumère très rapidement :

- Inscrire dès le budget supplémentaire 2019 la dépense de 20 millions d?euros non exécutés sur la période 2015-2017.

- Compte tenu de l?ampleur des dons des mécènes et des particuliers pour soutenir la restauration de Notre-Dame, nous proposons que l?on réaffecte les 50 millions d?euros, que vous avez promis, Madame la Maire, pour le fonds d?urgence, au plan de sauvetage des églises parisiennes.

- Instaurer un programme pluriannuel d?investissements pour le patrimoine cultuel de Paris doté d?un financement annuel de 33 millions d?euros.

- Autoriser le fonds pour Paris à recueillir les dons directs destinés à chaque édifice cultuel parisien menacé.

- Mettre en place un plan municipal des filières des métiers d?art spécialisés dans la restauration des édifices cultuels pour pallier l?appel d?air que va constituer le chantier de Notre-Dame, afin que tous les autres chantiers ne soient pas dégarnis.

- Affecter les ressources humaines nécessaires par redéploiement de personnels pour étoffer la Direction du patrimoine.

- Procéder à un état des lieux complet des travaux et de l?entretien des édifices.

- Installer un groupe de travail et de suivi de l?avancement du plan de sauvetage des églises parisiennes.

J?en ai fini. Alors que la mandature s?achève, qu?un chantier colossal est entrepris sur l?île de la Cité pour restaurer dans les meilleures conditions la cathédrale Notre-Dame, l?occasion nous est donnée par cette proposition de délibération de prendre un engagement à la hauteur de la richesse de notre patrimoine cultuel : sauver ces 75 petites Notre-Dame qui font notre fierté à tous. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci beaucoup à vous, Monsieur de FROMENT. Je donne la parole à Mme Fadila MÉHAL pour le groupe DP.

Mme Fadila MÉHAL.- Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, comme tous les élus qui aiment Paris et son patrimoine, nous avons tous été évidemment très choqués et meurtris par l?incendie qui a frappé Notre-Dame de Paris en avril dernier. Mais au-delà de Paris, de la France, c?est le monde qui fut frappé par les flammes ravageant un de nos plus beaux et plus précieux patrimoines. Beaucoup sont restés abasourdis devant cette effroyable vision et sont restés sidérés dans les rues jusque tard dans la nuit ou devant leur poste de télévision à attendre que les flammes diminuent.

Ce dramatique accident doit nous interpeller sur l?état de vétusté de notre patrimoine évidemment architectural mais aussi cultuel - je pense aux 75 églises -, celui que l?on découvre en se promenant dans le Paris si fragile, mais si précieux.

Aujourd?hui, le groupe LRI soumet au Conseil de Paris un plan de sauvetage des églises parisiennes et cela nous permet d?avoir ce débat sur leur situation, que tout le monde s?accorde à reconnaître comme très inquiétante. Notre groupe a d?ailleurs présenté un v?u, non pas sur le patrimoine cultuel mais sur le patrimoine local, à ce Conseil hier : je pense à la fontaine des Innocents, dont le budget avait été voté mais dont les travaux n?avaient pas commencé. J?ai été très heureuse d?apprendre par Karen TAÏEB que ce sera chose faite à partir de septembre.

Pour revenir à la proposition de nos collègues Républicains sur les églises, nous avons tous en mémoire que ce plan du patrimoine cultuel a été présenté en avril 2015 par la Ville, avec l?annonce de 80 millions d?euros consacrés, dont 60 millions pour des opérations lourdes de rénovation et 20 millions pour l?entretien. C?est vrai que l?état des lieux manquait et que ce plan de restauration du patrimoine cultuel devait en effet atteindre plus qu?un chemin de croisière. Nous soutenons tous les v?ux qui vont dans ce sens, car c?est bien à partir de ces données précises que nous pourrons agir avec plus d?efficacité.

Pour autant, l?article 3 de la proposition nous pose beaucoup problème. En effet, alors que selon Franck RIESTER, le Ministre de la Culture, nous ne savons pas encore combien coûteront précisément les travaux de Notre-Dame de Paris, il nous semble impossible, comme cela a été demandé dans cette proposition de délibération, d?imputer la contribution de 50 millions d?euros de la Ville destinés à la cathédrale au plan de sauvetage proposé par le groupe.

D?ailleurs, cela s?ajoute aussi au fait que les promesses de dons, et le Ministre l?a dit de façon très explicite, comme beaucoup de promesses ne sont pas toujours réalisées et elles peuvent avoir un montant très incertain.

Si nous partageons tout à fait l?inquiétude et toutes les propositions et diagnostics qui sont faits, l?article 3 de votre proposition, qui impose de mettre finalement ces 50 millions dans le plan de sauvetage, nous pose tellement question que nous préférons nous abstenir par rapport à cette proposition de délibération. (M. Ian BROSSAT, adjoint, remplace Mme la Maire de Paris au fauteuil de la présidence).

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci.

M. Yves CONTASSOT.

M. Yves CONTASSOT.- Merci, Monsieur le Maire.

Cette proposition de délibération nous interpelle sur la forme et sur le fond. Ainsi, nous nous étonnons que le groupe LRI propose une niche avec un engagement financier de pas moins de 20 millions d?euros, alors qu?une telle dépense aurait dû être précédée d?une discussion lors des séances budgétaires. Par ailleurs, nous notons qu?il s?agit, à peu de chose près, de la même demande formulée lors de la dernière séance du Conseil régional.

Sur le fond, la tragédie de la cathédrale de Notre-Dame a ravivé l?importance qu?occupe le patrimoine, et particulièrement l?importance du patrimoine parisien cher à notre ville, aux Parisiennes et aux Parisiens, et à notre histoire.

Malgré l?émotion collective partagée et légitime, cela ne doit pas nous écarter des politiques publiques déjà entamées. En effet, contrairement à ce que ce texte semble vouloir indiquer, le Plan de rénovation du patrimoine cultuel engagé par la Ville de Paris depuis 2015 est réel compte tenu de nos ressources. Un premier bilan du plan, qui engage plus de 130 millions d?euros, permet de constater des avancées concrètes : sur 23 opérations de grande envergure, 7 ont déjà été achevées. L?exemple du programme complet de restauration de l?église de Saint-Germain-des-Prés récemment abouti le montre parfaitement.

La Municipalité s?emploie à sauvegarder, restaurer, valoriser ce patrimoine précieux. Pour rappel, ce sont plus de 300 millions d?euros de travaux que la Ville de Paris aura engagés sur cette mandature pour le patrimoine cultuel et culturel parisien. Quoi que vous puissiez en dire, cela représente un investissement inédit et qui rompt avec l?absence totale de politique en ce domaine avant 2001.

Au-delà de la question de rénovation des églises s?impose la discussion suivante. Comment et pourquoi voulez-vous prioriser seulement les églises dans la répartition du budget consacré à notre patrimoine ? Qu?en est-il des écoles, des crèches, des universités, dont l?urgence de rénovation n?est plus à prouver. Qu?en est-il de l?impératif de la transition écologique absente de vos propositions ? Pourquoi proposer un plan de rénovation s?adressant seulement aux églises et pas à tous les lieux de culte qui le nécessitent ?

Nous sommes toutes et tous sensibles au patrimoine historique, symbole de notre belle ville. Cependant nous ne sommes pas naïfs et nous voyons bien à quel point cette proposition de délibération est avant tout politicienne et opportuniste, bien loin d?un souci réel de protection de l?ensemble du patrimoine architectural et paysagé parisien.

Nous voterons donc contre cette proposition de délibération, tout en espérant qu?il y aura prochainement un débat approfondi sur le patrimoine parisien, qu?il soit communal ou d?Etat, car dans ce domaine il y a beaucoup à faire. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci, Monsieur CONTASSOT.

La parole est à présent à Béatrice LECOUTURIER, et je crois qu?il faut que M. POZZO di BORGO présente aussi son v?u dans le cadre des trois minutes qui vous sont imparties à tous les deux. Madame Béatrice LECOUTURIER, c?est à vous.

Mme Béatrice LECOUTURIER.- Je viens de découvrir et cela va être un peu compliqué !

Monsieur le Maire, mes chers collègues, l?incendie dramatique de Notre-Dame du 15 avril dernier nous a rappelé combien notre patrimoine avait d?importance et combien les Parisiens, les Français et le monde entier y étaient attachés. Ce drame a également indirectement mis en lumière la fragilité de notre magnifique patrimoine de nos églises à Paris. Oui, nous sommes tout à fait heureux que le groupe LRI ait déposé ce v?u de sauvegarde des églises parisiennes.

Notre groupe a toujours défendu la restauration de notre patrimoine cultuel qui, il est vrai, est en état d?urgence. Jean-Baptiste de FROMENT le rappelait. Le v?u rappelle ce constat inquiétant : sur 96 édifices religieux, 11 sont en situation de grand danger et 64 nécessitent des travaux importants, selon l?Observatoire du patrimoine religieux.

Mais cet état d?urgence n?est pas arrivé par hasard et reconnaissons que l?entretien de nos églises à Paris n?a jamais été un enjeu ni politique ni une préoccupation de la Ville, toutes majorités municipales confondues. Même si nous saluons le Plan églises de 80 millions d?euros sous votre mandature, que notre Assemblée a voté en 2015, il reste largement en dessous des besoins réels. Oui, notre groupe se positionne favorablement sur un état des lieux du Plan de restauration des églises. Nous approuvons également la nécessité de trouver de nouvelles sources de financement pour sauver nos églises.

Pour autant, nous ne pouvons accepter ni approuver l?idée que la Ville de Paris transfère les 50 millions d?euros promis à la reconstruction de Notre-Dame à l?entretien quotidien de nos églises, et cela pour deux raisons.

La première raison est que nous devons nous réjouir que la cathédrale Notre-Dame ait réuni autant de fonds venus de la France entière et du monde entier. Ce serait une erreur de vouloir mettre sur le même plan le caractère exceptionnel et dramatique de l?incendie de Notre-Dame avec un manque de gestion criant du patrimoine religieux à Paris.

La deuxième raison est qu?un don reste un don. Les Parisiens ne comprendraient pas que la Ville de Paris ne participe pas à la reconstruction de Notre-Dame.

C?est pourquoi notre groupe s?abstiendra sur ce v?u. Encore une fois, si nous approuvons ce plan de sauver nos églises, nous ne pouvons pas accepter que Paris soit absent dans le financement de la reconstruction de Notre-Dame.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci. M. POZZO di BORGO.

M. Yves POZZO di BORGO.- Je vais lire les conclusions de mon v?u et ce sera beaucoup plus court. Rapidement, je souhaitais :

- Que l?on fasse un état des lieux de l?exécution du Plan de restauration du patrimoine cultuel. Je crois qu?on l?a eu avec ce petit texte mais il faudrait aller un peu plus loin.

- Qu?un état des lieux complet de la situation des églises parisiennes soit réalisé.

- Et surtout, dès le prochain budget même si c?est un budget qui ne sera pas définitif mais temporaire, que l?on puisse déjà réévaluer ce que l?on attribue aux églises pour que l?on ait un redéploiement des crédits qui nous permette de regarder ce dossier. C?est très court et c?est ce v?u que je voulais faire.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci beaucoup. M. le Président FÉRAUD.

M. Rémi FÉRAUD.- Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, après le tragique incendie du 15 avril dernier, nous avons évidemment été tous très émus. Mais alors même que la cathédrale Notre-Dame de Paris est une des seules églises parisiennes qui n?appartient pas à la Ville de Paris mais à l?Etat, je comprendrais que le groupe LRI ait souhaité se saisir de cet événement pour proposer de nous interroger sur la sécurité du patrimoine parisien, mais je comprends beaucoup moins bien le contenu de ses attendus et de ses propositions.

D?abord, à lire la proposition de délibération, on a l?impression que la Ville de Paris n?a rien fait ces dernières années pour son patrimoine. C?est évidemment une posture d?opposition, mais elle est particulièrement fausse et peu crédible lorsqu?on se souvient de l?inaction des majorités de droite qui nous ont précédées jusqu?en 2001 sur ce domaine du patrimoine. D?ailleurs, les dégradations que vous déplorez, que nous déplorons tous sur le patrimoine de la ville et notamment sur son patrimoine cultuel, ce sont souvent des désordres anciens, voire très anciens, qui n?ont pas été réparés suffisamment tôt lorsqu?ils sont apparus, et sur lesquels la Municipalité travaille actuellement pour rattraper un retard considérable.

Ensuite, vous soumettez dans votre proposition de délibération de supprimer la somme engagée, promise par la Ville de Paris pour la restauration de Notre-Dame, afin de l?affecter à d?autres chantiers purement municipaux. Je crois qu?il serait complètement incompréhensible que Paris ne participe pas financièrement à la restauration d?un monument parisien emblématique comme Notre-Dame, qui certes n?appartient pas au patrimoine municipal mais qui participe grandement à l?âme et à l?image de notre ville et ce, alors même que beaucoup d?autres collectivités en France ont proposé des fonds pour la restauration de Notre-Dame. Je pense même que si la Maire de Paris n?avait pas annoncé cette participation, vous nous l?auriez immédiatement reproché et peut-être proposé un projet de délibération en ce sens.

Enfin, vous souhaitez ajouter dans cette proposition de délibération plusieurs dizaines de millions d?euros annuels supplémentaires dans un P.I.M. patrimonial. Bien sûr, on peut toujours décider d?augmenter les budgets. Nous aimerions tous, je pense Karen TAÏEB la première, pouvoir restaurer davantage d?églises chaque année. Nul doute que cette somme trouverait son utilité, même s?il faut aussi pouvoir trouver les personnes et les entreprises qui travaillent sur des chantiers qui sont souvent très spécialisés.

Mais le principe d?une niche, utilisée pour créer des dépenses supplémentaires, n?est pas conforme à l?esprit de ce dispositif que nous avons établi entre les groupes ; dans ce cas, c?est "open bar" avec plusieurs dizaines de millions d?euros ! Ce n?est pas non plus conforme aux interventions du groupe LRI et d?autres groupes de l?opposition sur le budget de la Ville de Paris, où soi-disant nous dépensons toujours trop.

Nous ne voterons donc pas cette proposition de délibération.

Je veux aussi saluer le v?u très précis et très sérieux déposé par l?Exécutif qui rappelle l?action de la Ville pour rattraper le retard accumulé, qui rappelle l?engagement de 2014 sur le Plan églises de 80 millions d?euros et sa mise en ?uvre dans ce mandat, qui rappelle le programme en cours de restauration qui est d?envergure. Je fais confiance à l?excellent travail de l?Exécutif et de Karen TAÏEB pour le poursuivre jusqu?en 2020, et je l?espère au-delà.

Notre groupe ne votera donc pas votre proposition de délibération, mais votera bien sûr en faveur du v?u de l?Exécutif.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci. Mme Sandrine MÉES.

Mme Sandrine MÉES.- Merci.

Vous le savez, le groupe Ecologiste de Paris est exigeant en ce qui concerne le patrimoine que nous considérons comme essentiel à un environnement de qualité. Nous l?avons montré maintes fois, des serres d?Auteuil à la halle Pajol, et j?en passe. Mais nous nous étonnons que l?on persiste à parler d?un Plan églises, alors qu?il s?agit en réalité de tous les édifices religieux bâtis avant 1905 et non uniquement des églises ; c?est bien ce qui est indiqué dans le titre de la niche.

Qui n?est pas favorable à l?idée d?accélérer le processus de restauration de ces édifices ? D?autant que les bâches publicitaires, installées à cette fin par les autorités religieuses et qui restent en place de façon interminable, polluent notre imaginaire et notre environnement.

Cependant, les édifices religieux ne constituent pas le seul patrimoine dont la Ville soit chargée et parler de sauvetage nous semble excessif. Nous parlerons plus rationnellement de restauration et d?entretien.

En 2015, des experts passionnés ont été chargés d?établir des priorités. Cette programmation a permis de hiérarchiser les travaux et de mettre en ?uvre un plan efficace et rigoureux qui est mené avec talent par des ouvriers et ouvrières, des artisans, des techniciennes et des restauratrices. Sur ce plan, nous voudrions saluer le travail de la conservation des ?uvres d?art religieuses et civiles qui est exemplaire. Nous demandions donc en 2015 de renforcer le financement de ce plan mais dans des limites raisonnables.

Entretenir notre patrimoine, c?est aussi veiller à empêcher sa dégradation. Cela m?amène à rappeler que la pollution atmosphérique, essentiellement due aux véhicules motorisés, participe de la dégradation des façades et donc des décors sculptés ; les spécialistes du patrimoine en témoignent régulièrement. Ce sont des conséquences moins graves que celles qui touchent notre santé, mais qui sont à prendre en compte dans une approche globale de l?écologie urbaine. De même, l?artificialisation des sols est source de nombreuses dégradations, par exemple des remontées capillaires qui endommagent les murs de l?église Saint-Sulpice. Enfin, rappelons que les édifices religieux, par la qualité de leur construction, apportent à chacun un abri salutaire - c?est le cas de le dire - lors des canicules.

Nous souhaitons donc que ce patrimoine continue d?être entretenu avec soin et que peu à peu ce bien commun, préservé grâce aux impôts de toutes les Parisiennes et de tous les Parisiens, trouve des usages de plus en plus ouverts sur la cité.

Cependant, la proposition de délibération qui est présentée par les groupes ne peut donner lieu à aucun financement. Cette somme proposée de 135 millions d?euros qui, de plus, ne nous semble ni argumentée, ni détaillée, ni étayée par une approche scientifique des conservateurs et conservatrices du patrimoine et des architectes, nous semble lancée à la légère.

Nous attendons donc le débat sur le budget supplémentaire en juillet pour participer pleinement à cette réflexion sur notre patrimoine et pour participer pleinement à la réflexion sur les sommes que nous pensons justes à allouer à la préservation de notre patrimoine.

C?est pourquoi nous voterons contre la niche proposée par le groupe LRI et nous nous abstiendrons sur le v?u de l?Exécutif puisqu?une somme a été annoncée sans que les groupes politiques de la majorité y aient été associés. Nous voulons donc rediscuter de ces sujets. Merci beaucoup.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci. M. le Président BONNET-OULALDJ.

M. Nicolas BONNET-OULALDJ.- Merci, Monsieur le Maire.

On a bien compris par cette proposition de délibération que le groupe LRI cherche à surfer sur l?engouement national pour la sauvegarde de Notre-Dame, et en même temps à attaquer le Plan églises de la Municipalité. Cette proposition de délibération sous-entend que la Ville délaisse ce patrimoine et qu?elle devrait y consacrer une somme plus importante : 20 millions d?euros sont proposés.

Je ne reprendrai pas ici les arguments développés dans le v?u de l?Exécutif, qui nous convient et qui rappelle le nombre de travaux déjà mis en chantier, selon un plan que nous avons décidé en début de mandature. 80 millions d?euros, ce n?est pas rien, notamment quand on va évoquer tout à l?heure la question des écoles de la Ville de Paris et quand on voit que beaucoup de ces travaux sont obligés parfois de passer dans le budget participatif.

Je vous rappelle que nous avons pris cette décision, alors qu?une nouvelle fois l?Etat a changé les règles du jeu des relations entre lui et notre collectivité. Après les dépenses sociales non compensées dues à M. RAFFARIN et à 1 milliard d?euros qui manquent dans nos caisses, après la saignée de 1 milliard d?euros imposée par M. HOLLANDE, après la contractualisation voulue par le Président MACRON qui bride la dépense publique, la Ville a maintenu son effort en faveur de l?investissement, en particulier dans l?entretien du patrimoine culturel et cultuel. C?est sans compter l?augmentation des fonds de péréquation dont la Ville est le premier contributeur de ces fonds.

Si le terrible incendie qui a ravagé Notre-Dame nous a tous meurtris et a eu un effet positif, c?est bien le seul : il a mis à nu l?indigence du budget de l?Etat sur les questions de patrimoine. En 2019, un peu plus de 400 millions sont consacrés à ce sujet, si j?additionne les crédits pour l?entretien et la restauration des monuments historiques et la restauration des monuments historiques grands projets, alors qu?en deux jours, 1 milliard d?euros a été levé principalement chez des donateurs privés pour sauver la cathédrale.

Cette politique culturelle française glisse imperceptiblement vers une privatisation de l?action publique par un recours massif au sponsoring ou au mécénat. Pensons que l?Etat consacre plus d?argent à la déduction fiscale sur l?entretien du patrimoine qu?il en dépense sur ses fonds propres.

Pour résumer cette situation, ce sont les fondations privées qui donnent le la et le Gouvernement ne fait qu?accompagner ce mouvement. Cette situation est malsaine : elle dégage l?Etat de ses responsabilités et affaiblit le rôle et la place de l?impôt. Sans compter le rôle confié à M. BERN, qui a inventé un loto du patrimoine, dont il n?a même pas pu obtenir la totalité de son bénéfice pour les bâtiments en péril, devant en céder une partie au budget général.

Mon cher collègue, cher Jean-Baptiste, je vous propose une idée, c?est de s?inspirer du modèle économique que l?on essaie de nous vendre sur le patrimoine sportif. Vous savez, on a proposé le "naming" pour Bercy. On propose, ici même dans cet hémicycle, le "naming" sur le stade Jean Bouin. Eh bien, je propose sur le patrimoine cultuel que l?on propose le "naming" et que l?on rebaptise les églises Saint-Louis Vuitton ou Saint-François Pinault ! Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci.

Si je suis l?ordre prévu, c?est M. Buon Huong TAN mais je ne le vois pas. C?est donc Mme Sylvie CEYRAC.

Mme Sylvie CEYRAC.- Merci, Monsieur le Maire.

Depuis la loi de séparation des Eglises et de l?Etat de 1905, l?entretien et la valorisation des édifices religieux sont une compétence municipale. On l?a déjà dit, la Mairie de Paris est responsable de 96 édifices cultuels, soit 85 églises, 9 temples protestants et 2 synagogues qui contiennent environ 40.000 ?uvres d?art.

Une église, un temple, s?il est d?abord un bâtiment cultuel ouvert gratuitement au public, il est aussi un lieu de recueillement, un lieu de tranquillité et éventuellement de fraîcheur l?été. Il est aussi un lieu culturel, de nombreux concerts et expositions ayant lieu dans des églises. Il est aussi un lieu repère dans un quartier. Il est un lieu de solidarité par les nombreuses actions apportées en soutien aux plus fragiles par des repas, des distributions alimentaires ou même de l?hébergement dans le cadre de "Hiver solidaire".

Ma collègue Catherine DUMAS est d?ailleurs intervenue au Sénat sur le projet de loi, dit loi Notre-Dame, pour que la restauration de la cathédrale Notre-Dame conserve sa fonction d?accueil humanitaire et caritatif historiquement proposé à l?Hôtel-Dieu.

Or, votre bilan de restauration et les moyens qui y sont alloués ne sont pas à la mesure des besoins. Je citerai Saint-Philippe-du-Roule recouverte d?un toit provisoire depuis six ans, la Madeleine où des milliers de touristes admirent ses filets et ses échafaudages depuis 1998, mais aussi Saint-Germain-l?Auxerrois, la basilique Saint-Clotilde, Saint-Pierre-du-Gros-Caillou qui ont besoin de lourdes réparations et dont la restauration n?est pas prévue dans votre Plan églises. Beaucoup d?autres églises de nos quartiers plus modestes nécessitent aussi des travaux d?entretien, mais comme il n?y a pas d?anticipation, cela aboutit à de lourdes réparations et donc à des réparations onéreuses. J?ajoute aussi l?indispensable entretien des orgues et des travaux de mise en accessibilité qui sont bien souvent laissés de côté.

Mon collègue Jean-Baptiste de FROMENT a démontré de façon éclatante que les moyens financiers, 80 millions d?euros, que vous aviez promis au début de votre mandat, ne sont pas tous engagés d?ici 2020. De toute façon, ils ne sont pas à la mesure des besoins et ce, malgré l?apport de l?Etat de 11 millions d?euros ou des recettes des bâches publicitaires posées pour plus de 5 millions d?euros.

D?ailleurs, ma collègue Edith GALLOIS avait présenté un v?u déjà, il y a deux ans, pour que la Ville de Paris puisse apporter un soutien de communication aux structures associatives et aux fondations chargées de recueillir des fonds.

La cathédrale de Paris, le c?ur de Paris a brûlé le 15 avril dernier, et les Parisiens et le monde entier ont été bouleversés. Ce fut pour beaucoup l?occasion de réaliser l?attachement qu?ils avaient à ce patrimoine religieux et l?urgence de s?en soucier.

Dès 2013, Pierre-Yves BOURNAZEL, alerté sur l?état du patrimoine cultuel de Paris, déclarait : "Ce patrimoine religieux est l?âme de Paris, et nous avons la responsabilité de l?entretenir et de le transmettre aux générations futures".

Des lieux de mémoire de notre ville sont abandonnés ou négligés. La Mairie de Paris ne se comporte pas en propriétaire responsable, en bon propriétaire. Les moyens humains et financiers sont totalement insuffisants. Le compte n?y est pas et mon groupe "100% Paris" votera cette proposition de délibération.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci, Madame CEYRAC. Mme Laurence GOLDGRAB.

Mme Laurence GOLDGRAB.- Merci, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, la tragédie qui s?est abattue en avril dernier sur la cathédrale Notre-Dame de Paris nous a tous bouleversés, surtout lorsqu?on était aux premières loges et que l?on a vu cet incendie spectaculaire. Plus qu?un lieu de culte pour les Français, Notre-Dame, c?est le roman de Victor Hugo contant Paris et sa cour des miracles au sortir du Moyen Âge.

Hugo y fait également un plaidoyer pour l?entretien de nos édifices, à une époque où il était de bon ton de subventionner les cultes. Fort heureusement, en affirmant le principe de séparation des Églises et de l?Etat, la loi de 1905 est venue interdire le financement par l?Etat de celles-ci.

Si pour des édifices classés, une exception demeure, il en est tout autre pour les lieux de culte plus sommaires, si j?ose dire, et c?est une difficulté que vous venez poser par votre proposition de délibération.

Vous demandez davantage de moyens, et je peux l?entendre, mais est-ce à la collectivité d?assumer ce coût, alors qu?elle prévoit déjà depuis 2015 un Plan de 80 millions pour le patrimoine cultuel ? Je ne le crois pas. Mon groupe comprend vos préoccupations, mais en ce qui me concerne je reste attachée à la loi de 1905.

Ce n?est pas pour autant que nous devons rester les bras croisés. Alors je ne vais pas proposer le "naming" - merci d?introduire un peu d?humour dans ce Conseil, cela fait du bien aussi - mais je ne suis pas contre le mécénat et ma conviction est plutôt de recourir au mécénat. Lorsqu?on voit le succès de la cagnotte pour Notre-Dame ou encore l?engouement pour le Loto du patrimoine, je me dis que nous tenons une piste sérieuse de financement de nos édifices menacés. Je ne parle évidemment pas de ceux pour lesquels la sécurité serait un problème, car nous nous devons d?assurer la sécurité, mais pour le reste le mécénat paraît une bonne idée.

Vous l?avez souligné, nous disposons dans votre niche d?un fonds de dotations pour le financement des lieux de culte. Eh bien, servons-nous en. Mais je m?oppose à tout don direct, comme vous le proposez. Je pense que lorsqu?on est attaché au patrimoine, on veut le sauvegarder dans son ensemble. C?est aux agents de la DAC qu?il revient de déterminer les édifices à sauvegarder et non aux donateurs.

Pour conclure, mon groupe est évidemment d?accord avec le but de votre proposition de délibération, mais je ne suis pas convaincue par les solutions que vous proposez. Je voterai donc contre cette proposition.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci, Laurence GOLDGRAB. Mme Marie-Laure HAREL.

Mme Marie-Laure HAREL.- Je vous remercie, Monsieur le Maire.

Le groupe les Républicains nous propose aujourd?hui un plan de sauvetage des églises car il estime qu?il existe à Paris 75 petites Notre-Dame à sauver. Il cite le chiffre de 75 établissements en s?appuyant sur l?inventaire dressé par l?Observatoire du Patrimoine Religieux qui parle de 11 églises en grand danger et de 64 en danger. Les Républicains ont raison : il faut agir avant qu?une autre catastrophe ne se produise.

Il faut rappeler que, depuis la loi sur la laïcité du 9 décembre 1905, la Ville de Paris est propriétaire et, par conséquent responsable, de l?entretien de 85 églises, 9 temples et 2 synagogues.

Pendant le deuxième mandat de M. DELANOË, le budget consacré à ces édifices a malheureusement été fortement réduit, puisque c?était d?un tiers sur la période 2008-2014. Et ce n?est malheureusement pas le Plan pour le patrimoine cultuel, que nous avons voté ici en avril 2015, soit 80 millions d?euros sur cinq ans, qui permettra de faire de grands progrès.

Ce n?est pas non plus d?ailleurs la rallonge de 42 millions d?euros supplémentaires annoncés dans la presse ce matin qui changera la donne. Les églises parisiennes ont, je le pense, besoin d?un véritable plan d?action et pas d?un simple colmatage. D?ailleurs, on est en droit de se demander pourquoi 42 millions. D?où viennen-ils ? C?est quelque part l?aveu de l?insuffisance des 80 millions d?euros que l?on avait prévus sur cinq ans.

Alors, quand on parle de 80 millions d?euros sur cinq ans - et ajoutons les 42 millions d?euros annoncés ce matin - il faut pour relativiser et garder en tête deux chiffres.

Le premier est que la Ville de Paris sait parfois être très généreuse pour des causes qui ne sont pas toujours extrêmement prioritaires. La Ville de Paris, on le sait tous, verse à peu près 270 millions d?euros par an aux associations, dont certaines perçoivent des sommes absolument énormes sans poursuivre des missions d?intérêt général très évidentes. J?ai déjà évoqué plusieurs fois ici des cas qui peuvent prêter aux interrogations, comme l?association "Dédale", à laquelle nous versons 200.000 euros par an et qui transforme des places de parking en lieu de méditation et de respiration, parce que c?est bien sûr très approprié d?aller respirer entre les pots d?échappement ! Bref.

Gardons en tête, en termes de chiffre aussi, que l?Observatoire du Patrimoine Religieux estime que ce n?est pas 80 millions d?euros sur cinq ans qu?il faudrait débloquer, mais 500 millions d?euros sur dix ans pour restaurer durablement les édifices dont Paris a la charge. C?est donc trois fois plus que ce que la Ville de Paris prévoit.

J?ajoute que je suis un peu choquée quand je vois au budget participatif qu?on retrouve régulièrement parmi les projets lauréats des rénovations d?église. Par exemple, dans le budget participatif 2018, il y a un projet financé à hauteur de 1,5 million d?euros qui prévoit la rénovation de l?église Notre-Dame de la Gare dans le 13e. Les Parisiens ne devraient pas avoir à passer par le budget participatif pour que leur patrimoine historique soit entretenu.

Le concept du budget participatif est de donner l?occasion aux Parisiens, comme c?est écrit d?ailleurs sur le site Internet de la Ville de Paris, de voir financées leurs idées de projets.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Il faut conclure, Madame HAREL.

Mme Marie-Laure HAREL.- C?est donc plutôt l?occasion d?innover et de créer. Cela ne doit pas consister à se substituer aux missions primaires de la Ville. Et il me reste deux minutes.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Non, il ne vous reste rien du tout puisque c?était trois minutes.

Mme Marie-Laure HAREL.- Alors, je termine en disant juste que le plan proposé par les Républicains est certes intéressant, sauf qu?il propose de retirer les 50 millions d?euros promis par la Mairie à Notre-Dame, au motif que Notre-Dame appartient à l?Etat et qu?il faudrait reflécher ces sommes sur la Ville.

C?est impossible, d?un point de vue moral d?abord parce que Paris a une parole. Quand Paris s?engage, Paris doit faire. Nous avons promis ces 50 millions d?euros et nous ne devons pas nous désengager, comme Lyon et un certain nombre d?autres communes l?ont fait.

Je voudrais dire aussi sur le plan financier que, bien que 1 milliard d?euros avait potentiellement été récolté il y a quelques mois, il n?y a aujourd?hui que 71 millions d?euros effectivement récoltés sur les comptes des associations qui ?uvrent à la reconstruction de Notre-Dame.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci, Madame HAREL.

Mme Marie-Laure HAREL.- Je dis donc que l?idée des Républicains pour ce plan de sauvetage des églises est tout à fait fondée et nous adhérons au principe, mais malheureusement, à cause de cette volonté de retirer les 50 millions d?euros prévus pour Notre-Dame, nous serons contraints de nous abstenir. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci. La parole est à présent à Mme SIMONNET pour une minute.

Mme Danielle SIMONNET.- Une minute, ce sera rapide.

La Ville de Paris doit assumer l?entretien et la sauvegarde du patrimoine selon ses obligations. Concernant les églises, nous nous devons de rester dans le cadre de la loi de 1905 et rien que dans la loi 1905. C?est-à-dire que les édifices religieux bâtis avant 1905 relèvent de sa compétence. Notre-Dame de Paris ne relève pas de la compétence de la Ville de Paris mais de la compétence de l?Etat, et j?estime que ce n?est pas à la Ville de Paris de participer à la rénovation de Notre-Dame.

Oui, mes chers collègues, le mécénat est un véritable problème. Parce que vous croyez que le mécénat ne touche pas aux finances publiques, or, avec la loi Aillagon et la défiscalisation très forte qui s?ensuit, c?est de l?argent en moins dans les caisses de l?Etat et dans la maîtrise politique publique de ce que l?on finance. Et les panneaux publicitaires, comme mode de financement, posent aussi un énorme problème d?envahissement, de matraquage publicitaire.

Par contre, sachez que si on a ce problème de rénovation du patrimoine, c?est aussi parce qu?on a tout fait au rabais jusqu?après présent. Regardez ce que nous révèlent les enquêtes concernant Notre-Dame : il y avait des manquements sérieux et répétés aux règles de sécurité ; il y avait, selon de nombreux avis des professionnels du patrimoine, des baisses importantes des lignes budgétaires affectées à la sécurité et à l?entretien des édifices. Un chercheur du C.N.R.S. nous avait aussi alertés sur les risques en matière de sécurité et de vulnérabilité. Voilà le problème quand on fait les choses au rabais ! Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci, Madame SIMONNET et merci d?avoir quasiment tenu votre temps de parole. Pour vous répondre à vous toutes et à vous tous, je donne la parole à Karen TAÏEB.

Mme Karen TAÏEB, adjointe.- Merci, Monsieur le Maire, mes chers collègues.

En me confiant cette délégation en septembre dernier, la Maire de Paris m?a dit : c?est l?une des plus belles. Et je l?en remercie.

C?est en effet un cours d?histoire pratique de l?art par jour, du gothique flamboyant au néogothique, du style roman à l?inspiration byzantine. C?est l?émerveillement devant un Delacroix à Saint-Sulpice, un Guerchin à Saint-Thomas-d?Aquin, un Keith Haring à Saint-Eustache, où trône un orgue majestueux. Évidemment, je vous invite chaleureusement à aller redécouvrir les peintures à la cire de Flandrin et les décors peints de Denuel qui ont retrouvé, comme au premier jour, leurs véritables couleurs qui s?étaient noyées sous la noirceur due à la fumée de bougie.

C?est aussi la rencontre avec des restaurateurs et des restauratrices passionnés, des tailleurs de pierre, des charpentiers, des maîtres verriers, des ingénieurs, des experts, des historiens de l?art. Oui, ces métiers se transmettent de génération en génération et le savoir-faire est un patrimoine à part entière.

C?est aussi, et je veux les remercier, nos équipes de la direction des Affaires culturelles, de la sous-direction du Patrimoine et de l?histoire qui mènent à bien tous les projets de restauration et d?entretien de ce si beau patrimoine, dont nous sommes les heureux et fiers héritiers et que nous voulons transmettre aux générations futures. Vous l?avez rappelé, ce patrimoine est riche de 96 édifices, 85 églises, 9 temples, 2 synagogues, 126 orgues et 40.000 ?uvres d?art.

Non, ce n?est pas un tableau onirique que je dresse ici mais la vérité. Cela ne veut pas dire que nous ne savons pas ou que nous oublions les églises, les sculptures et les peintures qui figurent sur la liste des restaurations à prévoir. C?est d?ailleurs ce que je réponds sans cesse aux nombreuses interviews, qui se sont multipliées ces derniers temps : 80 millions d?euros, c?est un budget d?envergure mais nous ne pouvons tout restaurer en une seule mandature.

Je trouve d?ailleurs assez grossière la récupération politique, qui est faite par la droite, de l?action menée par l?actuelle Municipalité en faveur de son patrimoine cultuel, alors même qu?elle n?y a consacré que quelques millions lorsqu?elle était en responsabilité. Faut-il le rappeler ? 27 millions d?euros entre 1996 et 2000. Pas étonnant de trouver des églises en si mauvais état.

Oui, ce sont autant de décennies perdues et de retards pris. Il a fallu attendre d?abord 2001 et Bertrand DELANOË pour agir en faveur de notre patrimoine cultuel. De 2001 à 2014, ce sont ainsi 150 millions d?euros qui ont été investis. Cet effort a été prolongé et amplifié par la mise en place, en 2015, par la Maire de Paris d?un plan inédit d?investissements pour l?entretien, la restauration et la conservation de notre patrimoine cultuel.

Nous n?avons donc pas attendu ce Conseil de Paris pour agir et encore moins cette proposition de délibération qui vient tristement surfer sur ce terrible incendie qui a dévasté Notre-Dame. Un peu de décence ne ferait pas de mal.

Nul n?oubliera cette soirée du 15 avril où nous avons vu ces flammes d?une violence inouïe jaillir du toit de la cathédrale et de sa flèche depuis nos fenêtres de l?Hôtel de Ville. Nul ne peut oublier cette nuit sur le parvis, où nous attendions, tous fébriles, le verdict du général GALLET, et ces 500 pompiers mobilisés qui sont allés au péril de leur vie se battre contre le feu qui menaçait de faire tomber les tours, alors que la flèche n?avait pu résister.

Vous parlez de Notre-Dame et vous parlez des 50 millions d?euros. Quand je lis dans cette proposition de délibération la comparaison malvenue entre les 50 millions d?euros, que la Maire de Paris a souhaités pour contribuer à la restauration de Notre-Dame, et le plan que nous avons voté ici, en début de mandature, avec un budget de 80 millions d?euros, en lien avec le diocèse et les maires d?arrondissement, je me dis que ce n?est pas sérieux et même indécent, voire choquant.

Il est des circonstances exceptionnelles et nous devons savoir en prendre la mesure. Si Notre-Dame n?appartient pas à la Ville mais à l?Etat, le lien entre Paris et Notre-Dame est historique et même consubstantiel.

Les autres églises, que vous appelez des petites Notre-Dame, ne sont pas des petites Notre-Dame mais bien de grandes et superbes églises.

Quant aux rumeurs qui courent ici et là, parlant de sous-exécution du P.I.M. et que l?on ne serait pas à 80 millions d?euros dépensés à la fin de la mandature, j?ai le plaisir de vous annoncer qu?elles sont fausses. Eh oui, Madame CEYRAC, le compte y est. De 2015, année du vote du P.I.M. pour les édifices cultuels, à 2018, la Ville a dépensé 40 millions d?euros pour l?entretien, la restauration et la conservation. Et en 2020, nous atteindrons bien les 80 millions d?euros.

Faut-il vous apprendre qu?il est normal que les sommes décaissées soient moins importantes en début de mandature, laquelle est principalement consacrée aux phases d?études souvent longues en raison de la complexité des interventions que nous menons et qui nécessitent de nombreux échanges avec les services scientifiques de l?Etat ? Il n?y a donc pas de retards "lourds", voire de reports sine die, comme vous le dites, mais le respect du patrimoine et des règles qui s?imposent à son entretien et à sa restauration. Nombre d?églises, temples ou synagogues sont classés monuments historiques.

Pour rester sur des considérants financiers, puisque c?est le c?ur de vos propos - cela vous a été rappelé, je le fais à mon tour. Je m?étonne d?ailleurs que votre groupe méconnaisse le fait que les niches n?aient pas à engendrer d?inscriptions budgétaires - la Ville de Paris travaille sur un volume d?opérations qui représente plus de 140 millions d?euros de travaux, dont 80 millions d?euros seront bien dépensés comme prévu entre 2015 et 2020.

42 millions d?euros figureront au budget supplémentaire au Conseil de Paris de juillet 2019. Il ne s?agit pas d?un nouveau budget mais bien d?un budget dans la continuité. C?est pour cela que peut-être, Madame MÉES, vous n?avez pas eu cette information.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Il faudrait conclure, Karen TAÏEB.

Mme Karen TAÏEB, adjointe.- Conclure, cela va être difficile. Je m?excuse, c?est un sujet qui fait débat. Je suis interviewée toutes les 5 secondes. Si vous voulez apprendre par la presse ce que j?ai à dire, c?est un peu dommage. J?aimerais vraiment pouvoir dire certaines choses.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- J?y suis contraint par le règlement !

Mme Karen TAÏEB, adjointe.- C?est très difficile, je ne sais pas comment couper car j?ai énormément de choses à vous dire.

Je vais peut-être vous parler du mécénat et remercier les généreux mécènes qui ont contribué à différents chantiers de restauration. Je pense évidemment à Saint-Augustin, Saint-Germain-des-Prés, Sainte-Croix des Arméniens que nous allons inaugurer bientôt avec la Maire et le Maire du 3e. Il y a trop de choses à dire et je ne sais pas comment couper tout cela.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- On était à six minutes.

Mme Karen TAÏEB, adjointe.- Je voudrais dire également que j?interviens très souvent pour être dans la pédagogie. Nous sommes intervenus dans le 4e arrondissement pour Saint-Louis-en-l?Île et nous irons dans le 13e pour Sainte-Anne de la Butte aux Cailles, dont j?ai entendu que vous employiez le terme "grand danger", même "péril" en la demeure. Sachez que nous sommes en responsabilité et qu?on ne laisse aucun de nos édifices en péril. Vous l?avez compris, je donnerai un avis défavorable à la proposition de délibération et je propose un v?u de l?Exécutif et une demande de retrait pour ces v?ux.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Très bien. Merci. M. Jean-Baptiste de FROMENT pour deux minutes.

M. Jean-Baptiste de FROMENT.- Merci, Monsieur le Maire.

J?entends ce qui a été dit par les uns et les autres sur les 50 millions d?euros et je suis prêt, si cela peut faire voter un peu plus de personnes en faveur de notre proposition de délibération, à retirer, à suspendre l?article qui concerne le transfert des 50 millions d?euros.

Je comprends, bien sûr, que la Ville de Paris ait tenu à manifester sa solidarité avec Notre-Dame et nous n?avons évidemment pas critiqué au départ l?annonce de la Maire de Paris. Je voudrais simplement rappeler à notre Assemblée que 50 millions d?euros, c?est beaucoup, c?est plus, selon notre analyse et notre estimation, que tout ce qui aura été effectivement dépensé pendant cette mandature pour la restauration des églises dans le cadre du plan. C?est la première chose. Ensuite, quand ces 50 millions d?euros seront dans le fonds de souscription Notre-Dame, on ne pourra absolument pas reflécher la somme, même si les fonds atteignent des sommes qui sont plus que nécessaires à la restauration complète de Notre-Dame.

C?est pourquoi, avec un peu de pragmatisme, il ne nous semblait pas complètement idiot de peut-être revoir la somme promise pour Notre-Dame de Paris pour se concentrer sur ce que nous avons vraiment à faire, nous, Ville de Paris, c?est-à-dire l?entretien des églises, des synagogues, des temples qui sont la propriété de la Ville.

Je comprends, à la lecture du v?u bis présenté à 15 heures 10, je le rappelle une nouvelle fois, qu?il est urgent pour la Ville de ne rien faire. Sous le coup de l?émotion, on a annoncé 50 millions d?euros pour passer dans les médias pour Notre-Dame. Maintenant c?est un retour à la normale et le v?u qui nous est proposé ne prend aucune espèce d?engagement chiffré. Tout le bilan fait état de travaux qui vont en réalité commencer après 2020 - j?en ai l?expérience par exemple avec l?église de la Trinité où on annonce le début des vrais travaux pour les calendes grecques - et tout cela ne va évidemment pas.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci, Monsieur de FROMENT.

M. Jean-Baptiste de FROMENT.- Nous voterons naturellement contre le v?u de l?Exécutif.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président.- Merci à vous.

Nous allons procéder maintenant au vote des v?ux déposés par les groupes UDI-MODEM, Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants, et M. POZZO di BORGO, ainsi que le v?u n° 11bis déposé par l?Exécutif et présenté à l?instant par Karen TAÏEB.

Le v?u n° 9 déposé par le groupe UDI-MODEM est-il retiré au profit du v?u de l?Exécutif ? Vous le maintenez.

Je mets donc aux voix, à main levée, le v?u n° 9 avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le v?u est rejeté.

Le v?u n° 10 déposé par M. POZZO di BORGO est-il retiré au profit du v?u de l?Exécutif ? Il est maintenu.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 10 Avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le v?u est rejeté.

Le v?u n° 11 déposé par le groupe Parisiens, Progressistes, Constructifs et Indépendants est-il retiré au profit du v?u de l?Exécutif ?

Qui répond pour le groupe PPCI ? Est-il maintenu ou retiré ? Il est retiré.

Je mets aux voix, à main levée, le v?u n° 11bis déposé par l?Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le v?u est adopté. (2019, V. 198).

Je mets à présent aux voix, à main levée, la proposition de délibération LRI 1 amendée, avec un avis défavorable de l'Exécutif.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

La proposition de délibération est rejetée. (2019, LRI 1). Merci à tous.