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Juin 2019
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Conseil Municipal
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2019 DAC 220 - Subvention (1.350.000 euros) et avenant à convention avec l'association "ICI" (18e).

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2019


 

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente.- Nous passons au projet de délibération DAC 220, qui est la subvention de 1,35 million d?euros et l?avenant à la convention avec l?association "ICI". La parole est à M. Pascal JULIEN.

M. Pascal JULIEN.- Merci.

Je voudrais, comme je le fais souvent, poser deux questions à propos de l?"ICI".

Qu?advient-il de la parcelle Polonceau sur laquelle devait être construite la fin de l?équipement initial de l?"ICI", notamment une salle de prière pour remplacer celle qui avait été détruite et dont profitaient les musulmans subsahariens ? Qu?en est-il de l?avenir de cet équipement qui, aujourd?hui, est une friche, fort bien animée d?ailleurs, végétale ?

Deuxième question : que sait-on, où en est-on du projet de la rue Léon qui va se substituer à ce qui était initialement prévu ? Merci.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente.- Merci, Monsieur JULIEN. La parole est maintenant à Mme MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL.- Monsieur le Maire, chers collègues, depuis la création de l?"ICI", nous avons soutenu la naissance de cet équipement culturel d?envergure, ambitieux et novateur, unique en France et même en Europe, inédit, au c?ur de la Goutte-d?Or, dans le 18e arrondissement, à un moment particulièrement crucial où le vivre ensemble connaît de nombreuses attaques. Ce lieu, dès sa création, a affiché une double mission : faire connaître les cultures plurielles nées d?un islam de la modernité aux musulmans eux-mêmes, notamment aux plus jeunes, dans un souci de transmission, afin de les préserver d?une vision rigoriste et archaïque de la dernière religion du livre, mais aussi s?adresser à tous les non-musulmans pour déconstruire les préjugés nés d?un contexte international difficile qui fait naître parfois, à l?égard de l?islam, suspicion et défiance.

Chacun se rappelle qu?il y a trois ans, l?institut a connu une grave crise institutionnelle avec des démissions en cascade. C?est vrai qu?avec la nouvelle équipe, à sa tête, Bariza KHIARI, ancienne sénatrice de Paris, et sa directrice, Stéphanie CHAZALON, cette crise a été largement dépassée. Plus encore, un travail important a été réalisé. J?en veux pour preuve la couverture médiatique importante de toutes les manifestations. Je ne peux pas toutes les citer, mais il y a eu toutes ces expositions sur l?Indonésie, le Liban, la Syrie, qui reflètent les enjeux contemporains nationaux et internationaux.

Je peux dire, chers collègues, qu?après moult défis, l?"ICI" a réussi à trouver son équilibre, son identité, mais tout cela doit bien évidemment être consolidé. Pour siéger, comme Pascal JULIEN, au sein de cet établissement, le projet d?établissement qui a été élaboré au terme d?un important travail de consultation exemplaire avec les riverains, le personnel, le voisinage et les associations, l?environnement institutionnel, a été approuvé à l?unanimité par les administrateurs.

Je voudrais revenir à ce qu?a dit mon collègue sur la rue Léon puisqu?en effet, à la date du 21 février, lors du dernier C.A., la présidente a mis à l?ordre du jour le point sur l?évolution du dossier sur le site Léon, qui, comme vous le savez, a été le site de préfiguration de l?"ICI", et compte tenu de sa vétusté, doit être reconstruit. C?est vrai qu?il y a eu un énorme travail et un soutien de la Mairie et de l?architecte de la R.I.V.P. Des besoins, exprimés notamment par ce programme, concernent le patio et d?autres contraintes propres à l?"ICI".

Monsieur l?adjoint, la Maire a énoncé plusieurs options qui étaient en cours d?analyse, avec un prochain arbitrage, mais tout cela est resté relativement vague. Pouvez-vous nous dire, a priori, quels seraient les arbitrages à faire pour le choix définitif ? Je tiens à dire que le conseil d?administration dans son ensemble a émis le souhait d?un bâtiment entièrement dédié à l?"ICI".

Enfin, pour terminer, je forme le v?u que l?"ICI" soit résolument ouvert à l?ensemble des Parisiens, mais aussi à l?échelle métropolitaine. D'ailleurs, ce sera une garantie de sa viabilité. Je crois que nous devons l?accompagner pour le rendre toujours plus innovant, plus attractif à l?échelle de la Métropole. Comme vous l?avez deviné, notre groupe apporte un soutien ferme, mais aussi avec beaucoup de vigilance. Nous voterons donc la subvention présentée, parce que nous sommes engagés pour une culture ouverte, diverse, accueillante, loin du repli sur soi. Pour ma part, étant administratrice, je ne prendrai pas part au vote.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente.- Merci, Madame MÉHAL. Madame SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET.- Mes chers collègues, sans surprise, comme chaque année, je voterai contre ce projet de délibération.

Non, Madame MÉHAL, je pense qu?il est faux de dire que l?on a créé l?Institut des cultures d?islam pour déconstruire les représentations dans le cadre d?un contexte international difficile. C?est complètement faux. On a construit l?Institut des cultures d?islam pour contourner la loi de 1905 et, par le biais de la confusion entre cultuel et culturel, permettre la création d?une salle de prière. C?était cela, la première motivation. Par ailleurs, je continue à avoir un désaccord sur la partie culturelle. J?estime que nous avons besoin d?un lieu transculturel qui soit ouvert sur le quartier et qu?en aucun cas, les cultures transculturelles ne sont réductibles à une religion.

Pour reprendre votre expression sur le contexte international difficile, il faut justement déconstruire. Pourquoi confessionnaliser l?organisation politique du monde ? Pourquoi réduire la Syrie à une religion ? Je dis ce pays-là, je pourrais en prendre un autre. Et pourquoi réduire les artistes, celles et ceux qui créent, à une appartenance religieuse ? Vous avez des ?uvres et des créations qui peuvent être inspirées et liées à une orientation spirituelle. Mais réduire des créations issues de zones géographiques à une appartenance supposée religieuse, je pense que c?est une erreur. Je reste profondément laïque et universaliste. Et donc, je ne fais pas d?assignation à résidence religieuse, quel que soit l?endroit du monde et quels que soient les quartiers de Paris. Je pense que, justement, la culture est là pour émanciper. L?émancipation, c?est justement par l?organisation de la rencontre et des rencontres multiples, sans assignation à résidence communautaire quelle qu?elle soit.

Une fois que l?on a dit cela, à l?"ICI", il se passe des choses passionnantes. Il y a une programmation très intéressante, loin d?être réductible à une religion. Parmi les artistes qui exposent, ils n?ont pas forcément un rapport avec l?islam. En revanche, il y a une autre difficulté dans ce lieu. Ce lieu a, lui aussi, du mal à trouver sa connexion avec le quartier. Il a du mal à avoir suffisamment de projets d?échange. Je ne dis pas qu?il n?y en a pas. Je rêve que l?"ICI" se transforme en centre transculturel avec des actions d?éducation populaire et d?appropriation sociale de la culture. Je sais, c?est redondant par rapport à ce que j?ai dit sur le "Centquatre", mais, pour moi, ce sont des réflexions similaires. Je vous remercie.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente.- Merci.

Monsieur HONORÉ, pas de prise de parole ? D?accord. Très bien. Merci. Monsieur GIRARD, pour vous répondre.

M. Christophe GIRARD, adjoint.- Je vais commencer à l?envers.

Je partirai du fait divers absolument ignoble qu?a subi ce week-end Latifa Ibn ZIATEN, qui, vous le savez, a une association tout à fait remarquable qui lutte contre l?obscurantisme et pour le dialogue, et que j?avais accueillie lorsque j?étais maire du 4e arrondissement pour lui donner des locaux pour son association dans la mairie du 4e.

Ce qui se passe dans notre pays, quotidiennement, de temps en temps, de manière tout à fait regrettable, montre bien qu?un lieu comme l?Institut des cultures d?islam joue un rôle essentiel dans le dialogue, dans l?écoute, dans le temps nécessaire pour se respecter sur des sujets aussi sensibles où l?on a tendance à tout mélanger : religion, culture, non-religion, laïcité.

Je remercie Pascal JULIEN et Fadila MÉHAL pour leurs interventions, qui montrent l?attachement que vous portez, comme nous, à cet établissement emblématique et singulier de Paris.

Je suis fier et serein que nous ayons pu - avec Bertrand DELANOË, Daniel VAILLANT et quelques autres - avoir l?idée de cet espace culturel qui vient répondre aux besoins exprimés de mieux comprendre la diversité culturelle du monde et à Paris. Je suis fier également que ce projet ait pu être porté dans le 18e arrondissement qui connaît bien ce besoin que nous avons de mieux nous connaître et nous comprendre. J?en profite pour saluer le travail tout à fait remarquable mené par la directrice, Stéphanie CHAZALON, et par la présidente du conseil d?administration, Bariza KHIARI, que je remercie de m?avoir reçu dans son bureau à l?Elysée récemment, et qu?Anne HIDALGO avait proposé au conseil d?administration pour présider l?Institut des cultures d?islam à la suite du départ de Jamel OUBECHOU. L?Institut des cultures d?islam est un lieu culturel emblématique, repéré et particulièrement bien intégré, et actif dans son quartier de la Goutte-d?Or. En témoigne le succès remporté actuellement par la remarquable exposition "C?est Beyrouth", dont la presse s?est fait un large écho. Croyez-moi qu?au-delà des religions et de tout sujet qui pourrait mener à des crispations, tout un chacun a le loisir de venir voir cette exposition, quelle que soit sa croyance ou sa laïcité, ou son engagement dans la société. Je connais votre préoccupation pour l?avenir immobilier de cette institution, et nous la partageons. Nous avons annoncé au dernier conseil d?administration que la Ville allait lancer une étude pour analyser la faisabilité technique de plusieurs scénarios concernant l?évolution du site Léon - je vais y revenir en étant précis - afin d?en présenter les résultats au prochain conseil d?administration. C?est ce que nous avons fait. Les services se sont fortement mobilisés. Nous serons en mesure de tenir notre engagement pour le conseil d?administration du 27 juin prochain. En effet, avec mes collègues Ian BROSSAT et Emmanuel GRÉGOIRE - le maire du 18e arrondissement, que je tiens à remercier - il appartiendra aux membres du conseil d?administration de nous indiquer leur préférence. La mienne et celle d?Emmanuel GRÉGOIRE, avec le soutien de Jean-Louis MISSIKA, se portent vers la construction d?un établissement de 1.200 mètres carrés environ, qui aurait un coût que nous devons étudier aux alentours de 3-4 millions d?euros, mais verrait la sobriété que demande la Maire de Paris pour ce lieu de la rue Léon qui a le charme d?avoir été le lieu de préfiguration et garde un esprit de préfiguration dont il ne faut pas perdre l?esprit. Parce que les associations s?y réunissent, les enfants viennent y tenir des manifestations, il y a, là, une sorte de culture populaire, mais savante, qui s?y organise et il ne faut pas en perdre l?esprit. En tout cas, pas de logements sociaux supplémentaires, pas de résidence ou de bureaux, mais dans une densité urbaine plus raisonnable d?un rapport de 2,6, avec une végétalisation possible, une meilleure visibilité de l?établissement et simplicité des usages. C?est la direction que nous prenons avec la Maire de Paris et ses adjoints concernés pour avoir une réponse à la hauteur du projet qu?avait imaginé Bertrand DELANOË et Daniel VAILLANT, alors maire du 18e arrondissement, et les élus du 18e, pour que ce lieu ait une mission à caractère universel qui rayonne bien au-delà de son adresse. Pour la parcelle Polonceau, elle ne relève pas de ma compétence puisqu?il s?agit d?une friche. Je serais tenté de dire que l?écologiste Pascal JULIEN? Je ne le vois plus, ou il s?est transformé en Jérôme GLEIZES.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente.- Monsieur le Maire?

M. Christophe GIRARD, adjoint.- J?en viens à ma conclusion. De dire que vous pourrez vous réjouir qu?il y ait un espace avec des herbes folles qui poussent et un espace de végétalisation éventuellement envisagé. J?ajouterai que la Maire de Paris a veillé - c?est pour Danielle SIMONNET - à ce qu?en gardant le caractère uniquement culturel et en ne s?engageant pas dans un projet important d?un nouveau bâtiment sur un autre espace, elle a voulu respecter strictement la loi de 1905.

Mme Pénélope KOMITÈS, adjointe, présidente.- Merci, Monsieur GIRARD.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 220.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DAC 220).

2019 DAC 221 - Subvention (822.173 euros) et avenant avec la Fondation de la Cité internationale des Arts (4e, 18e).