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Juin 2019
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Conseil Municipal
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Débat/ Conseil municipal/ Juin 2019


 

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Nous mettons aux voix? Pardon, je réponds sans doute à une demande forte des élus encore présents. Nous mettons aux voix rien du tout pour l?instant, puisque nous traitons maintenant des dossiers de la délégation de Pauline VÉRON.

Nous examinons le projet de délibération DDCT 48 relatif à l'attribution d'une subvention au titre de la participation citoyenne à l?association "Les Halles civiques".

Je donne la parole à Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, ce projet de délibération porte sur l?attribution d?une subvention à l?association "Les Halles civiques" qui occupe les locaux de la "Maison de l?air" dans le 20e arrondissement. Cette association regroupe des entrepreneurs, des militants et des chercheurs issus de différents secteurs tels que la "high-tech", le design, les politiques publiques ou l?éducation populaire. Ces différents acteurs sont censés ?uvrer en faveur du progrès démocratique, notamment auprès des publics locaux, mais, dans la réalité, restent bien loin des préoccupations des acteurs de l?arrondissement.

Lors de l?appel à idées lancé par la Ville en 2015 à propos de l?occupation de ces locaux, les habitantes et les habitants du quartier avaient déjà exprimé leur souhait d?être associés au processus de décision. Ils craignaient, en effet, de voir émerger dans le parc de Belleville un projet à seule vocation économique et commerciale.

La halle civique est censée être un lieu dynamique qui encourage la participation des citoyens aux décisions publiques et le développement de nouvelles formes d?actions collaboratives : ateliers, espaces de rencontre, de "coworking", etc. L?association propose également la location de certains espaces. Visiblement, les habitants et les associations qui ont souhaité le faire ont été découragés par les prix prohibitifs proposés. Ce point est d?ailleurs régulièrement abordé par les habitants du quartier qui s?opposent totalement à la privatisation de l?espace public, mais souhaitent, au contraire, la création d?une maison du peuple pour toutes et tous, la "Maison de l?air" étant un lieu qui appartient à la Ville et a pour vocation l?utilité publique.

Nous avions déjà déposé un v?u au conseil du 20e arrondissement de mai 2017 qui demandait qu?une concertation locale soit programmée avec des habitants, le conseil de quartier et le collectif "Maison de l?air" - qui s?est créé pour l?occasion - afin qu?ils soient associés au projet et à la décision. Deux ans plus tard, le projet ne correspond pas aux attentes des citoyens locaux. Aucune concertation n?a eu lieu, alors que l?on nous explique que la "Maison de l?air" devient un lieu dédié au développement des pratiques démocratiques, innovantes et participatives. Le paradoxe est un peu gros.

Le collectif "Maison de l?air" s?inquiète aussi, à raison, que nous autorisions une nouvelle convention annuelle avec "Les Halles civiques" au risque de pérenniser son occupation des lieux. Nous nous faisons leur porte-voix en redemandant un diagnostic global technique et urbain du site, et que l?association soit enfin reçue à l?Hôtel de Ville, comme elle le demande depuis de nombreux mois. C?est pourquoi, en tenant compte de ces nombreuses alertes que la mairie a reçues, nous réaffirmons notre opposition à l?occupation de ces locaux par l?association "Les Halles civiques".

Nous voterons contre ce projet de délibération. Je vous remercie.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Raphaëlle PRIMET.

Je donne la parole à M. Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Merci, Monsieur le Maire.

Le groupe Ecologiste est assez surpris de ce projet de délibération parce qu?il n?a pas été évoqué en Conseil d?arrondissement. Nous l?avons découvert au niveau du Conseil de Paris. Cela a suscité beaucoup d?interrogations sur le sens de ce projet de délibération et pourquoi il n?était pas passé par le Conseil d?arrondissement. Notamment, parce que la question qui se pose, au-delà de la question des "Halles civiques", est celle du devenir de la "Maison de l?air". Comme cela a été dit par Raphaëlle PRIMET, un v?u a été voté le 27 septembre 2018, de façon à avoir une réflexion sur le devenir de la "Maison de l?air" avec un processus participatif. Pour le moment, on reste lettre morte par rapport à cela.

De fait, l?interprétation de ce projet de délibération est qu?il est pour la continuité de ce groupe d?associations dans le lieu et pour une période indéfinie, puisque nous n?avons pas d?avancée par rapport à cela. Nous aimerions être rassurés à cet égard.

L?autre élément, c?est par rapport à l?occupation actuelle de la "Maison de l?air". Contrairement à ce qui est évoqué dans ce projet de délibération, il y a très peu de liens entre les associations présentes dans le lieu et les associations du quartier, ce qui pose un problème sur le type de démocratie participative, si l?on ne travaille pas déjà avec les acteurs locaux. Parmi les acteurs locaux, il y a notamment le centre socioculturel Archipélia, qui a payé très cher la location d?une salle pour ses cours de FLE. Pourquoi va-t-on faire payer très cher un centre social, sachant que "Les Halles civiques" ne paient pas les fluides et perçoivent des recettes qui sont les locations ? Je donne le prix des locations : 230 euros la journée, 150 euros la demi-journée.

En plus, il faut une adhésion de 100 euros. Tout cela génère beaucoup de chiffre d?affaires pour "Les Halles civiques". Nous aimerions bien avoir un bilan, un compte de résultat des "Halles civiques", savoir comment est géré cet argent, à quoi il sert et pourquoi il n?y aurait pas des tarifs dégressifs ou en fonction des acteurs. Tout le monde n?a pas les moyens de payer aussi cher l?accès à ce lieu. Tout cela suscite beaucoup d?interrogations de la part des habitants qui se réunissent régulièrement sur ce lieu pour savoir ce que l?on va faire sur ce lieu.

Nous aimerions être rassurés sur le devenir du lieu et savoir quelles sont les actions des "Halles civiques" vis-à-vis des associations de quartier. En fonction de votre réponse, nous voterons ou pas ce projet de délibération.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci beaucoup, Jérôme GLEIZES.

La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Cause toujours, tu m?intéresses ! Ce projet de délibération est franchement une véritable provocation. On dirait même un "fake" tellement c?est énorme. Vous lisez cela, vous ne savez pas où cela a lieu. Vous dites : "Super, la Ville de Paris soutient les projets associatifs qui proposent de co-construire de nouveaux projets municipaux avec les habitants". C?est excellent. Je suis à fond pour. La halle civique est un lieu dynamique qui encourage la participation des citoyens aux décisions publiques et le développement de nouvelles formes d?organisation collaborative. Qui peut voter contre cela ? On est tous pour que les citoyens co-élaborent les politiques publiques avec les élus et les administrations. Je ne comprends pas mes collègues qui se sont énervés précédemment. Parce qu?il y a une histoire. Quelle est-elle ?

Avant, il y avait la "Maison de l?air", un équipement public dans le quartier au sein duquel il se passait des choses. Il y avait des activités d?éducation populaire, avec une teneur écologique, une ouverture sur les problématiques de loisir, scientifiques. C?était ouvert à toutes et tous. C?était un lieu public qui appartenait aux habitantes et aux habitants du quartier, situé en haut du jardin de Belleville. Le lieu a fermé. On s?est posé des questions : que va-t-il se passer dans ce lieu ?

Puis, on a découvert que la Ville projetait de transformer cet équipement public, et pourquoi pas, d?envisager un restaurant ou un café à la place, finalement, d?en faire un lieu de recettes financières pour la Ville, comme d?autres équipements dans certains de nos bois et grands parcs sont transformés en restaurant, avec des droits de concession. En l?occurrence, forcément, les habitants n?étaient pas d?accord, et donc, se sont mobilisés. Ils ont dit : "Cet équipement public est un service public. Or, le service public est la propriété de celles et ceux qui n?en ont pas. Donc, c?est à nous et on veut co-définir ce que cela va devenir". Ainsi, un collectif s?est créé. Il y a eu une résistance, une mobilisation, avec des réunions publiques, avec les gens qui venaient et donnaient leurs idées, avec des rassemblements réguliers devant la "Maison de l?air". Plein d?idées ont été proposées.

En Conseil d?arrondissement, on a même eu un début d?explication de la part de la maire du 20e arrondissement qui disait : "Finalement, ce serait pas mal d?avoir un restaurant". L?explication qui nous a été donnée était que l?évolution de la fréquentation sociale du quartier pouvait contribuer à lutter contre les problèmes d?incivilité et d?insécurité. En clair, c?était : vous gentrifiez en privatisant un équipement public, et par sa gentrification, vous allez résoudre les problèmes de sécurité. Vous imaginez bien à quel point je suis en total désaccord avec cet argument. Cela a d?autant plus motivé la détermination des habitants à se mobiliser et à s?y opposer. On a réussi à gagner une première étape.

Ce ne serait pas un restaurant. Et puis, on a eu un appel à projets pendant l?été, qui nous est tombé plaqué par l?Hôtel de Ville : "Les Halles civiques". Ils ne sont pas arrivés par un processus de co-élaboration d?éducation populaire avec les habitants. Ils ont été plaqués contre la volonté citoyenne du quartier. Ensuite, ils n?ont mené aucune activité d?ouverture sur le quartier. Au contraire, comme cela nous a été dit, alors qu?ils ont accès gratuitement à l?exploitation des locaux, ils font payer et sous-louer les salles. Quand il y a des rassemblements une fois par mois, ils ne sont pas spécialement en train de chercher à co-élaborer. "Lieu dynamique qui encourage la participation des citoyens aux décisions publiques" : non, pas du tout. Les citoyennes et les citoyens souhaitent, dans le respect du principe du droit à la Ville à ses usages, définir ce que doit devenir ce lieu. Oui, ils parlent d?une maison du peuple, et pas d?une maison des "start-up". Oui, ils parlent d?un lieu de gratuité, d?entraide, d?éducation populaire, d?éveil des consciences aux enjeux écologiques, surtout d?un lieu où les citoyens peuvent décider de ce qui s?y fait. Y fait-on une cuisine, un lieu de rencontre, d?exposition, de débat ? En tous les cas, que l?on puisse décider. Décidons nous-mêmes que les citoyens et les citoyennes puissent décider du devenir de ce lieu.

Avec ce projet de délibération, vous proposez de donner 30.000 euros. Pour vous, cela ne semble peut-être pas énorme, mais c?est une somme. Le collectif et les associations qui se bougent n?ont pas 30.000 euros. Pourtant, ils font bien plus d?activités et d?initiatives dans le quartier que cette halle civique plaquée.

Evidemment, je voterai contre ce projet de délibération. Si votre souhait, à travers cette subvention, est de pérenniser les "Halles civiques" dans la "Maison de l?air", la mobilisation continuera. Je sais très bien qu?à la fin, ce sont les citoyens qui gagneront.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci, Danielle SIMONNET.

Pauline VÉRON, ma surprise est totale avec ce débat passionné sur une subvention de 30.000 euros, à la fin de la quatrième journée de séance du Conseil de Paris.

Mme Pauline VÉRON, adjointe. - Monsieur le Maire, mes chers collègues, ce lieu, vous avez été plusieurs à le rappeler, est un lieu innovant dans lequel la Ville a voulu expérimenter une halle civique dans laquelle il y a un collectif d?associations, et absolument pas des "start-up". Je rappelle que ce sont des associations qui sont dans ce lieu. Certaines peuvent relever de ce que l?on appelle la "civiquethèque", c?est-à-dire des jeunes qui trouvent des outils numériques pour favoriser la participation citoyenne, pour dynamiser la démocratie, exactement dans le sens de ce que nous portons collectivement depuis 2014.

Ce sont des associations qui n?ont ni revenu, ni modèle économique. C?est pourquoi la Ville de Paris a mis à leur disposition temporairement la "Maison de l?air". Ils ne paient pas de loyers parce qu?ils n?en avaient pas la capacité. Nous prenons en charge les fluides. Nous leur avons demandé de commencer à développer ce qui pourrait être, en fonction d?un cahier des charges, une halle civique - un "civic hall" pour le dire en anglais, parce que cela existe dans d?autres villes, notamment à Madrid et Barcelone - en attendant de leur trouver un lieu pérenne.

Comme je l?ai déjà dit dans cet hémicycle, notre objectif est de loger cette halle civique dans un endroit plus central à Paris, que nous avons trouvé, mais nous devons vérifier quelques éléments avant que je puisse vous annoncer officiellement où sera située cette halle civique dans le centre de Paris. L?occupation de la "Maison de l?air" va cesser dans les mois qui viennent, comme je l?ai déjà dit, dès lors que l?on pourra faire ce déménagement.

En attendant, on a fait un avenant pour prolonger l?occupation temporaire de la halle civique dans la "Maison de l?air" parce que le déménagement ne pouvait avoir lieu que dans le courant de l?année 2019, certainement à la rentrée 2019. Comme nous voyons qu?il existe une difficulté pour ces associations à organiser le lieu et à l?animer, parce qu?elles sont toutes prises par leurs activités - il y a aussi des salariés des associations - à leur demande, j?ai débloqué une subvention de 30.000 euros pour qu?elles puissent salarier quelqu?un qui anime la halle civique et organise des événements où les habitants pourront être conviés.

L?objectif de la subvention que je soumets à votre vote est de permettre le recrutement d?une personne pour animer le lieu. On voit bien qu?il y a un déficit dans le projet parce qu?ils se sont rendu compte qu?il manquait un animateur dans cette halle civique pour organiser des choses en lien avec le conseil de quartier, les habitants et les associations du quartier. C?est justement pour répondre à cette difficulté que je propose cette subvention à la halle civique.

Quant au projet postérieur à la halle civique, une fois que celle-ci aura été rapatriée dans le centre de Paris, nous avons voté un v?u au Conseil de Paris en juin 2017. L?Exécutif s?est engagé - et je réitère ici son engagement - à ce que ce projet soit dans une démarche d?économie sociale et solidaire, pour laquelle une concertation sera engagée par la mairie du 20e arrondissement et la Mairie de Paris. Cette concertation, comme la halle civique par un avenant, a été prolongée dans les lieux de la "Maison de l?air". Elle n?avait pas besoin d?être tout de suite mise en ?uvre.

Maintenant que j?ai une date probable de déménagement de la halle civique dans le centre de Paris, nous allons pouvoir commencer à engager la concertation sur l?avenir de ce lieu. Nous avons voté au Conseil de Paris un certain nombre d?engagements sur la nature de ce projet, que je réitère ici. Nous allons, et je m?y engage, lancer la concertation sur l?avenir de ce lieu, avec Emmanuel GRÉGOIRE qui s?occupe des concessions, selon les principes que nous avons définis dans un v?u voté au Conseil de Paris.

Tels sont les éléments sur le fait que cela n?a pas été vu en Conseil du 20e arrondissement. Ce n?était pas un projet de délibération localisé puisque cette halle civique est plutôt un équipement parisien qu?un équipement d?arrondissement, pour répondre précisément à votre question, Jérôme GLEIZES. Je vous demande de voter cette subvention de fonctionnement qui vise justement à améliorer la façon dont cette halle civique fonctionne avec le quartier.

M. Patrick BLOCHE, adjoint, président. - Merci beaucoup, Pauline VÉRON, pour cette explication pédagogique. Peut-être y a-t-il eu des incompréhensions. J?espère que vous les avez levées et rassuré des collègues qui pouvaient être légitimement inquiets.

Le défi ne vous concernait pas, Danielle SIMONNET, je vous rassure.

Il n'y a plus d'explication de vote ?

De ce fait, je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DDCT 48.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DDCT 48).

Je veux bien compter : 7 pour, 3 contre. Je veux bien compter à 19 heures, sans problème !

Le projet de délibération DDCT 48 est adopté.

2019 DJS 124 - Mise en oeuvre du dispositif "Pass Jeunes" pour l'année 2019.