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Juin 2019
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Conseil Municipal
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III - Question d’actualité posée par le groupe Socialiste et Apparentés à M. le Préfet de police relative aux effectifs et aux missions de la police nationale à Paris.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Nous passons à la question n° 3 posée par le groupe Socialiste et Apparentés.

M. Rémi FÉRAUD a la parole.

M. Rémi FÉRAUD.- Madame la Maire, Monsieur le Préfet, chers collègues, nous avons déjà eu l?occasion d?exprimer ici au Conseil de Paris, à plusieurs reprises ces dernières années, nos inquiétudes relatives aux effectifs de la police nationale à Paris. En effet, la baisse du nombre de forces de l?ordre, il y a une dizaine d?années au plan national, s?est mécaniquement ressentie au plan parisien et métropolitain. Même si les chiffres divergent parfois, vos prédécesseurs qui se sont succédé, Monsieur le Préfet, ont tous reconnu cette baisse.

Dans cette situation tendue en termes d?effectifs, les manifestations de Gilets jaunes, qui durent maintenant depuis plus de trente semaines, mobilisent désormais un grand nombre de policiers le week-end pour des tâches de maintien de l?ordre. Je veux donc, tout en saluant leur implication dans cette tâche très difficile, alerter sur le manque inquiétant d?effectifs policiers dans nos commissariats d?arrondissement, en particulier le week-end.

Tous les maires d?arrondissement constatent et déplorent cette situation, car la hausse des actes de délinquance s?est durement ressentie ces derniers mois, qu?il s?agisse des vols à la tire ou des cambriolages. Cependant, nous ne pouvons pas la quantifier avec précision. Depuis cet automne, semble-t-il, les maires d?arrondissement ne reçoivent plus les statistiques de la délinquance à Paris et dans leur arrondissement, comme c?était le cas depuis quelques années. C?est pourtant un outil utile, dont ils doivent à nouveau pouvoir disposer. De nombreux v?ux en ce sens ont été déposés par mon groupe et les maires d?arrondissement qui en font partie.

Nous le voyons dans certains quartiers de Paris, la violence et la délinquance se sont accrues, notamment dans le Nord-Est parisien. La présence policière sur le terrain est aujourd?hui nettement insuffisante par rapport aux besoins. Des situations insupportables perdurent et se développent, qu?il s?agisse de trafics et de consommation de drogue à ciel ouvert ou de vente massive à la sauvette. La mobilisation de la brigade de répression des stupéfiants est d?ailleurs sans doute nécessaire pour renforcer des commissariats qui sont déjà très sollicités au quotidien.

C?est sans compter, dans les quartiers du nord-est de Paris, l?arrivée de réfugiés et leur concentration dans les 18e et 19e arrondissements qui rendent la situation encore plus difficile à gérer. Sur ce point, vous le savez, la Ville de Paris prend bien plus que sa part pour venir en aide aux personnes réfugiées, alors même que l?hébergement d?urgence ne relève pas de sa compétence. Nous attendons là aussi que l?Etat assume pleinement ses compétences, à Paris comme dans toutes les villes de France concernées.

Mais pour revenir aux questions de sécurité, dans tous les quartiers de Paris, nous avons besoin aujourd?hui du concours plein et entier de l?Etat pour lutter contre la délinquance, d?autant que la Ville de Paris, elle, monte en puissance dans la lutte contre les incivilités et en matière de tranquillité publique.

C?est la raison pour laquelle j?ai souhaité, Monsieur le Préfet, au nom de mon groupe vous interroger sur la situation précise des effectifs de police à Paris, sur les moyens accordés aux commissariats d?arrondissement et sur les objectifs que vous vous fixez pour faire diminuer la délinquance. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci beaucoup. Je donne la parole à M. le Préfet, puis à Mme Colombe BROSSEL. Monsieur le Préfet de police.

M. LE PRÉFET DE POLICE.- Merci, Madame la Maire.

Merci, Monsieur le Conseiller, de votre question parce que je pense qu?elle manifeste avant tout l?intérêt que vous portez aux résultats de la délinquance, et finalement à la compétence en la matière de l?Etat. Cela ne me gêne absolument pas que nous discutions des résultats de chacun, quelle que soit sa compétence, en matière de politique publique. Vous me trouverez tout à fait disposé sur tout sujet à le faire et bien naturellement au premier rang desquels les miennes, celles sur la délinquance.

Je ne peux pas vous dire ce qu?il s?est passé ici, il y a dix ans, mais sans doute mieux que moi vous le savez. Vous évoquez ce qu?il s?est passé aussi l?année dernière. Je suis d?accord avec vous, j?ai trouvé une situation dans laquelle on ne vous donnait plus les chiffres de la délinquance. Cela me paraît totalement injustifié et j?ai bien évidemment décidé de rétablir cette pratique qui consistait à vous les envoyer, arrondissement par arrondissement, tous les trois mois.

A vrai dire, j?ai même fait un peu plus que cela puisque j?ai demandé au service de statistiques du Ministère de l?Intérieur - vous savez que désormais les résultats de la délinquance ne sont plus publiés par les services de police ou de gendarmerie mais par ce service de statistiques qui dépend de l?INSEE - de voir s?il pouvait tout simplement les publier lui-même, ce qui serait infiniment plus simple, de manière à ce que vous en ayez connaissance, comme les résultats globaux, par arrondissement. Cela me paraîtrait tout à fait?.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Et au niveau parisien, Monsieur, car la commune, c?est Paris.

M. LE PRÉFET DE POLICE.- Oui, il ne m?avait pas échappé que la commune était Paris et je vous dis par arrondissement. C?est-à-dire de les publier par arrondissement puisque la question porte, je crois, sur les arrondissements. Et c?est bien évidemment par commune puisqu?à vrai dire c?est déjà le cas. Je pense qu?il faudrait une certaine automaticité des publications et que ce serait tout à fait nécessaire. En attendant, je prends l?engagement de rétablir ce qui survenait avant le mois d?octobre.

Sur la situation des effectifs eux-mêmes, c?est vrai que c?est une préoccupation que l?on retrouve de façon constante dans les services de police, mais qui est moins liée à des questions de niveaux d?effectifs qu?à des questions d?organisation. C?est vrai que les services de police ont traversé, ces derniers mois, voire ces dernières années, des bouleversements assez significatifs dans leur mode d?organisation, au premier rang desquels vous citiez l?ordre public.

Mais l?ordre public n?est pas une constante parisienne, si j?ose m?exprimer ainsi, depuis les Gilets jaunes. Je dirai que c?est malheureusement quelque chose qui a profondément changé depuis 2015, depuis ce que l?on a appelé les manifestations El Khomri, où nous nous sommes trouvés confrontés à une nouvelle pratique de la contestation et de la manifestation - on en a vu des résultats au 1er mai de l?année dernière.

Cela a profondément ébranlé les services de police, car il a fallu revoir des doctrines et des modus operandi. A vrai dire, c?est une des raisons de ma présence parmi vous. Nous avons revu ces modus operandi et ces doctrines, et nous avons pu aboutir en ordre public à un 1er mai dernier qui a été une véritable réussite. C?était une réussite en ce sens que le mot d?ordre de certains manifestants était - vous vous en souvenez parfaitement - de faire de Paris la capitale de l?émeute. La capitale de l?émeute ! On voit bien ce que les mots signifient. C?est assez terrible. Pour moi, cela m?amène à un gouffre de perplexité que l?on puisse avoir des revendications de cette nature, pour certains des manifestants.

Vous l?avez noté, Paris n?a pas été le 1er mai dernier la capitale de l?émeute et le défilé syndical a réussi, non sans mal, à arriver à son terme. Je crois que ce sont des choses assez essentielles qui manifestent en matière d?ordre public une véritable réussite démocratique et une véritable réussite opérationnelle. J?en ai d?ailleurs félicité les fonctionnaires de police et de gendarmerie qui s?étaient pleinement investis en la matière.

Cependant il est vrai que ce sujet d?ordre public pèse trop lourdement sur les effectifs. C?est pour cela que j?ai décidé d?alléger les prélèvements qui sont faits dans certains commissariats, chaque samedi, pour concourir à l?ordre public. Comme l?a annoncé le Premier Ministre et comme l?a confirmé le Ministre de l?Intérieur, nous avons complètement revu la chaîne de commandement, mais il n?en reste pas moins que des fonctionnaires, qui chez nous sont à la DSPAP - sous cet acronyme se cachent les fonctionnaires de sécurité publique -, sont rattachés à l?ordre public. J?ai donc décidé de revoir complètement cela dans certains arrondissements, de manière à ce qu?ils soient moins fréquemment sollicités, voire pas du tout dans un certain nombre de cas.

Pour autant, cela ne règle pas fondamentalement les sujets d?emploi. Il faut que nous nous réappropriions complètement le terrain et que nous soyons plus présents dans un certain nombre d?endroits. Nous devons donc revoir complètement nos pratiques sur un certain nombre de choses, notamment pour les événements qui se déroulent, de manière à moins mobiliser à ces moments de forces en ordre public et à les mobiliser davantage dans le cadre de missions de sécurisation. C?est ce que j?ai mis en place dans le 18e arrondissement en organisant d?ores et déjà des services de sécurisation qui, je l?espère, réussiront à porter leurs fruits.

Mais il est vrai que les services de la sécurité publique - je vais reprendre cet acronyme qui est plus simple - ont tout de même été éprouvés par des modifications assez structurantes. Il y a eu celle de 2017 avec le transfert des A.S.V.P., dont je ne juge pas de la pertinence ni de l?opportunité, mais les fonctionnaires m?en parlent lorsque je circule dans les commissariats. Ils faisaient toute une série de tâches pour les commissariats, dont je reconnais qu?elles n?étaient pas forcément fondées en matière de nature d?intervention qu?ils auraient dû faire, mais c?étaient toutes ces petites tâches de proximité, de circulation et d?accompagnement.

Cela a abouti à un paradoxe assez désagréable qui est qu?une grande partie de la médiation et du contact avec les habitants passait aussi par ces agents, et les commissariats, qui n?avaient pas la pratique de ce contact, ont dû s?y remettre. Il y a aussi le fait que 1.500 agents qui disparaissent d?un seul coup, ce n?est pas une petite chose. Ils ont donc dû faire cette adaptation et c?est bien normal. Assez courageusement, je crois qu?ils ont fait face à ces nécessités.

Pour autant, on voit que la situation a assez profondément changé. Je suis frappé en arrivant ici par certains éléments d?appropriation de l?espace public qui sont faits par des tiers. J?ai été assez surpris de voir, dans certains quartiers de Paris, des drapeaux communautaires. J?ai été assez surpris de voir des appropriations à des fins privatives commerciales d?un certain nombre de trottoirs. Je crois qu?il faut complètement revoir cela. C?est à cela que serviront notre plus grande présence en matière de sécurisation et le nouveau modèle que je souhaite véritablement investir.

Cependant les choses ne suffiront pas comme cela et il faut également qu?ensemble, avec vous, Ville de Paris, nous réalisions un travail dans les Q.R.R. Je pense, par exemple, au Q.R.R. des 10e et 18e arrondissements qui va se mettre en place et sur lequel il est nécessaire, sur vos compétences de prévention de la délinquance et avec nos compétences de poursuite et de prévention de la délinquance, que nous agissions communément. L?action commune est nécessaire et elle devra s?articuler au plus près.

Il sera donc particulièrement important pour la police municipale, dont vous avez annoncé la création, Madame la Maire, que nous trouvions l?articulation nécessaire pour concourir ensemble, chacun à son niveau et dans ses compétences, comme je le disais au début de cette intervention, dès lors qu?elle sera mise en place dans l?efficacité en la matière. Ce sera par le biais, j?imagine, d?une convention, comme on en a déjà parlé avec Mme la Maire, et celle-ci sera particulièrement nécessaire.

Voilà ce que je peux vous dire sur les modifications que je commence d?entreprendre et sur les évolutions. Je suis bien persuadé que la situation en matière de délinquance, dont vous verrez d?ailleurs dans les statistiques ce qu?elle est, doit appeler de notre part une véritable préoccupation. Pour nous, police nationale, ce qui est absolument essentiel, c?est la lutte contre le terrorisme et la lutte contre la délinquance. Il serait effectivement temps qu?il y ait moins de difficultés d?ordre public et que nous puissions revenir aux fondamentaux de notre métier. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur le Préfet de police.

Je vais donner la parole à Colombe BROSSEL, mais permettez-moi d?abord d?insister sur l?urgence : on n?est plus au stade des constats et des discussions permettant peut-être un jour de voir comment mieux intervenir. Il y a une réelle urgence.

Et permettez-moi de rétablir un point concernant les A.S.V.P., parce que vous l?avez repris souvent et je le fais ici devant mes collègues. Vous dites que vous avez trouvé une situation où les A.S.V.P. n?étaient plus finalement disponibles pour la police nationale et la Préfecture de police. Il se trouve que cette décision de rapatrier les A.S.V.P. dans le giron de la Ville de Paris, nous l?avons prise avec vos prédécesseurs. C?était d?ailleurs votre anté-prédécesseur, Michel CADOT, suite à un constat très simple que nous avions élaboré ensemble : ces 1.800 agents affectés à la Préfecture de police étaient en fait pour beaucoup d?entre eux affectés dans des services de bureaux ; ils apportaient beaucoup de services sans doute à un certain nombre de hauts fonctionnaires de la Préfecture mais ils n?étaient pas sur le terrain.

Ils n?étaient tellement pas sur le terrain que les chiffres étaient très parlants, voyez-vous ? Les chiffres, c?était quoi ? Sur le travail qui était celui de ces fonctionnaires de police, qui aurait dû être normalement de sanctionner le stationnement gênant ou illicite à Paris, en fait 9 % seulement du stationnement gênant était verbalisé. Je me souviens, avec Michel CADOT qui était alors Préfet de police, des réunions où il me disait : j?ai honte, Madame la Maire, parce que je ne peux pas vous présenter un bilan de l?argent que vous mettez sur le budget pour financer les A.S.V.P. parce que ces agents finalement ne sont pas exactement occupés à cette tâche.

Et avec vos prédécesseurs mais aussi avec le Ministre de l?Intérieur et le Président de la République de l?époque et le Premier Ministre, la décision a été prise d?aller vers un système qui soit beaucoup plus efficace et qui permette effectivement aux Parisiens de bénéficier d?une police de proximité, ce qu?ils n?avaient plus. C?est pour cela que nous sommes venus vers cette solution.

Donc, permettez-moi de vous dire que l?on peut reprendre ce sujet. Je pense que la convention, que nous sommes en train de travailler avec vous-même et vos services sur la relation et les compétences respectives de la police municipale et de la Préfecture de police, est en effet extrêmement importante, mais il faut repartir de la réalité d?une histoire qui ne peut pas être aujourd?hui présentée comme finalement un problème qu?aurait généré ce départ des A.S.V.P. En tous les cas, ce n?est pas un problème pour les Parisiens puisqu?ils retrouvent ces effectifs à leur service. Colombe BROSSEL.

Mme Colombe BROSSEL, adjointe.- Merci beaucoup.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet, cher Rémi FÉRAUD, quelques éléments de réaction à ce début d?échanges.

D?abord, il faut comprendre le trouble que vous jetez dans cette Assemblée, Monsieur le Préfet. Quand au nom de l?institution que vous représentez, vous nous dites que pendant des années, nous avons donc été sollicités pour voter un budget insincère et que votre institution en était consciente. C?est extrêmement désarmant pour les élus que nous sommes et qui seront appelés, une fois de plus cet hiver, à voter un budget spécial de la Préfecture de police. C?est extrêmement désarmant d?entendre dire cela au nom de l?institution que vous représentez, mais nous aurons l?occasion de continuer cet échange et ces propos n?engagent que moi.

Je reviens sur la question posée par Rémi FÉRAUD, le président du groupe Socialiste. En effet, il n?y a plus de transmission, ni auprès des maires d?arrondissement, ni auprès de la Maire de Paris, des chiffres de la délinquance. Nous sommes obligés de procéder nous-mêmes à un travail d?enquête pour en retrouver quelques-uns, et ce ne sont pas que des chiffres.

Je vais me permettre de reprendre un certain nombre d?entre eux sur une comparaison entre 2018 et 2019 : atteinte volontaire + 13,5 % ; atteinte aux biens + 15 % ; vol à la tire + 37,6 % ; vol par effraction + 7,4 % ; vol simple contre des particuliers ou des locaux + 9 % ; recel + 8,5 % ; augmentation des cambriolages dans dix-neuf des vingt arrondissements parisiens. Ceci ne sont pas que des chiffres, ce sont des réalités de vie quotidienne de l?ensemble des Parisiennes et des Parisiens. Il est normal qu'ils nous interrogent sur leur qualité de vie qui aujourd?hui, en terme de sécurité, n?est plus assurée.

J?ai envie de vous dire trois choses à ce sujet, en vous remerciant évidemment pour l?engagement que vous avez pris pour que nous recevions de nouveau les statistiques en matière de délinquance et en matière d?effectif.

Le maintien de l?ordre est une préoccupation légitime du Ministère de l?Intérieur. Il vous a, permettez-moi cette familiarité de langage, mandaté pour cela. C'est bien normal et légitime. J?étais, comme un certain nombre d?entre nous, très attentive aux propos du Ministre de l?Intérieur lorsque vous avez été installé dans vos fonctions de Préfet de police. Cependant, cela ne peut pas faire disparaître la priorité - qui doit être celle du Ministre de l?Intérieur, du Ministère de l?Intérieur et de la Préfecture de police - de la lutte contre la délinquance. Ce n?est pas l?un ou l?autre, c?est l?un et l?autre, parce que l?ensemble de ces missions doivent être assurées pour la sécurité des Parisiennes et des Parisiens?

Merci pour ces applaudissements nourris !

Ce n?est pas l?un ou l?autre mais les deux. Parce que les Parisiens ont le droit, autant que les autres Français, à ce que leur sécurité soit assurée par ceux qui sont mandatés par l?Etat pour exécuter ces missions régaliennes. Aujourd?hui, très clairement, ce n?est plus le cas.

Alors, nous l'avons dit inlassablement, Monsieur le Préfet, et nous le redirons car nous en sommes convaincus : oui, il y a besoin de plus de policiers sur le terrain à Paris ; oui, il y a besoin de plus de policiers dans nos commissariats à Paris. Et vous ne ferez pas croire aux Parisiennes et aux Parisiens, ni à leurs élus, qu?il n?y a pas besoin de plus de policiers dans nos commissariats. Car il y en a besoin pour assurer leur sécurité au quotidien.

(Applaudissements).

Pascal, merci !

Et il est temps que le Ministère de l?Intérieur intègre et prenne la mesure des événements qui se déroulent à Paris et qui impactent la vie quotidienne des Parisiens. Non, Monsieur le Préfet, on ne peut pas se contenter d?une explication de fait sur une surmobilisation des effectifs des commissariats de proximité pendant les manifestations de "Gilets jaunes", qui les amènent à déserter le terrain parisien pour la trentième semaine. Non, ce n?est pas possible !

Comme il n?est pas possible non plus que la sécurité du Tribunal de grande instance mobilise 700 policiers parisiens. Sept cents policiers parisiens ! En comparaison, le commissariat du 18e dispose d'un effectif de 450 policiers. Vous vous rendez compte ? Il y a l'équivalent d'un commissariat et demi qui, à Paris, est occupé à sécuriser le T.G.I. Nous avons toujours protesté contre ce transfert et aujourd?hui une partie des policiers, qui sortent de promotion et arrivent à Paris, ne sont pas sur le terrain pour assurer la sécurité des Parisiennes et des Parisiens.

Ce n?est pas possible et c?est une vraie responsabilité de la part de l?Etat, de la part du Ministre de l?Intérieur, que de savoir quelles sont les priorités. Les priorités, ce n?est pas l?un ou l?autre. Les priorités, c?est tout. Parce que les Parisiens ont le droit, je le disais, comme tous les Français, à ce que leur sécurité soit assurée. Ce sont des missions régaliennes de l?Etat et cela ne peut pas en être autrement.

Vous parliez, Monsieur le Préfet - je n?avais pas du tout prévu d?en parler mais je rebondis sur vos propos - du quartier de la Chapelle. Je me permets d?insister, la question aujourd?hui n?est plus celle du constat, ni celle de l?élaboration de schémas théoriques, la question est aujourd?hui celle de l?urgence. Suite aux nombreuses alertes qui ont été lancées par les Parisiens et par nous-mêmes, dans notre rôle d?élus locaux, sur le quartier de la Chapelle, le Gouvernement l?avait inscrit dans le dispositif de la police de sécurité du quotidien, fin 2017, en promettant l?arrivée d?une vingtaine d?effectifs supplémentaires. Un an et demi après, et non trois mois, la "Police de sécurité du quotidien" est devenue le dispositif "Quartiers de reconquêtes républicaines" - normalement tout le monde est perdu à ce stade - mais pour le reste, les renforts ont été décalés à janvier 2019, puis à septembre 2019, et le quartier de la Chapelle est toujours avec ses difficultés. Les Parisiennes et les Parisiens n?ont plus le temps d?attendre. Nous avons maintenant besoin que les choses bougent vite et bougent maintenant. Ce n?est plus possible, ce n?est plus acceptable.

Je termine en disant une chose que nous répétons régulièrement dans toutes les instances : je veux vraiment remercier du fond du c?ur et chaleureusement les policiers parisiens et les commissaires parisiens. Ils ne sont malheureusement pas assez nombreux mais quand ils sont là, ils font - parfois bien seuls et sans le soutien des services spécialisés dont ce devrait être aussi le travail - un travail considérable qui ressemble au tonneau des Danaïdes. Qu?ils soient vraiment remerciés en notre nom pour leur engagement, leur mobilisation et leur grand sens du service public.

Mais ce service public ne peut pas reposer uniquement sur l?engagement des individus. Il doit reposer sur la volonté politique, sur la volonté de l?Etat et sur le fait qu?il n?y a aucune raison que les Parisiennes et les Parisiens aujourd?hui soient plus maltraités que les Français ne le sont ailleurs. L'attention à la sécurité du quotidien notamment, à la lutte contre la délinquance, ne doit pas être délaissée au profit d?autres objectifs, sous prétexte qu?ils auraient été fixés par le Ministre de l?Intérieur, le Ministère de l?Intérieur et le Gouvernement. Les Parisiennes et les Parisiens ont le droit à l?égalité des droits, eux aussi. C?est ce pourquoi nous continuerons à nous battre les uns et les autres.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci beaucoup, Madame BROSSEL. Monsieur le Préfet, vous souhaitiez reprendre la parole.

M. LE PRÉFET DE POLICE.- Je ne souhaite pas répondre mais vous apporter des éléments complémentaires.

Je souscris à la presque totalité de ce qu?a dit Mme BROSSEL. A la presque totalité, mais je crois, et je vous ai dit les choses directement, qu?avant d?agir il faut, certes, vouloir mais il faut surtout comprendre.

Ce que je vous ai relaté sur les effets de la loi de février 2017 n?est pas un souci de contestation, puisque c?est la loi et qu?elle s?impose à nous tous, mais c?est tout simplement le ressenti des fonctionnaires de terrain. Je vous ai dit la difficulté que m?exposaient les policiers - dont encore une fois je vous fais part - d?avoir perdu, du fait de cette intermédiation, les contacts qu?ils avaient. Je pense que c?est un constat assez objectif et qui ne me paraît pas être critique du processus lui-même. C?est ce qu?ils me disent et je n?ai aucune raison de ne pas les croire, puisque je les encourage justement à être au plus près du terrain et sur ce contact.

Maintenant sur le reste, penser que l?on peut avoir dans la ville capitale un Tribunal de grande instance qui ne soit pas sécurisé, à partir du moment où il héberge le parquet national antiterroriste qui va connaître une nouvelle dimension, serait faire preuve d?une naïveté qui ne peut pas être dans mes responsabilités. Bien évidemment c?est un endroit sécurisé, bien évidemment c?est un des points sensibles et essentiels de la Capitale, et bien évidemment nous devons l?assumer comme tel. Mais je n?ai pas compris que cela se faisait au détriment du reste et c?est pourquoi j?ai ce petit désaccord avec votre exposé.

Je souscris, par contre, parfaitement à ce que vous avez dit sur l?effectivité de ce que nous devons faire. Nous devons effectivement revoir un certain nombre de nos missions. Je vous ai expliqué que nous étions trop sur des tâches de sécurisation qui n?avaient pas, à mon avis, de pertinence et que nous devions nous investir effectivement dans de la sécurisation de terrain. C?est d?ailleurs ce que j?ai commencé à faire et j?espère que les résultats vous seront très bientôt perceptibles. Nous avons une autre approche désormais sur le quartier de La Chapelle, dont j?espère, pour vous et pour moi, pouvoir partager prochainement les résultats. Mais je reconnais qu?il n?y a pas d?instantanéité dans ce que nous faisons, ce sont des systèmes à inertie.

Véritablement, retenez de mes propos mon souci d?un travail collectif, chacun dans ses compétences. Moi, je fais confiance aux fonctionnaires. Dans les fonctionnaires qui sont sur le terrain, vous avez salué les commissaires, ils ont effectivement une mission à remplir et je crois qu?ils la remplissent bien et je ne pense pas qu?il soit utile de leur expliquer comment ils doivent faire.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci, Monsieur le Préfet.

Je pense qu?il ne s?agit pas des fonctionnaires en l?occurrence, si ce n?est de leur nombre. Si, de cette question d?actualité posée par le président du groupe Socialiste et apparentés, pouvait venir un changement réel, notable, immédiat, notamment porte de la Chapelle et porte d?Aubervilliers, où je me déplace toutes les semaines et où j?ai pu voir à 9 heures du matin, avec Eric LEJOINDRE, François DAGNAUD, Colombe BROSSEL et Dominique VERSINI, des personnes dans un square en face d?une crèche, d?une école et sur le stade des Fillettes en situation d?addiction très forte et de menace pour les personnes alentour, sans que nous ne voyions un seul effectif de police à ces endroits-là. C?est cela qu?il faut changer. On n?est pas du tout là pour dire ce qu?ils doivent faire, mais la demande des Parisiens, notamment dans ces quartiers qui sont aujourd?hui soumis à une violence et à une difficulté majeure, c?est de voir des policiers : c?est de voir des policiers !

J?espère qu'avec un travail en commun - et bien sûr je m?inscris dans ce travail en commun -, nous allons pouvoir trouver des modalités qui nous permettent de revoir des policiers là où ils doivent être : à la Goutte-d?Or, sur les ventes à la sauvette, dans les lieux de trafic de drogue et de "crack", c?est-à-dire dans tous ces endroits où aujourd?hui ils font défaut et où les Parisiens nous demandent ce qu?il se passe parce qu?ils ne comprennent pas d?être dans cet état d?abandon.

Monsieur le Président ? Vous souhaitez reprendre la parole.

M. Rémi FÉRAUD.- Merci, Madame la Maire.

Très brièvement, j?ai entendu les réponses de la Municipalité et du Préfet de police à cette question importante.

J?ai entendu la réponse de M. le Préfet de police sur la communication des statistiques à adresser aux élus parisiens, ce qui est évidemment la base d?un travail collectif qui avait été interrompu en effet à l?automne dernier.

J?entends aussi les questionnements sur l?évolution des A.S.P., mais c?est la situation antérieure qui n?était pas normale et d?ailleurs nous le disions souvent dans ce Conseil.

J?ai par ailleurs été maire du 10e arrondissement une dizaine d?années et je sais toute l?importance des sigles. J?ai vu le passage de Z.S.P., B.S.T., aujourd?hui Z.S.Q. et Q.R.R., tous ces dispositifs spécifiques sont nécessaires et utiles, mais ils ne peuvent se substituer à une diminution des effectifs dans les commissariats concernés et venir simplement les compenser.

Nous serons donc attentifs à l?évolution des effectifs et à l?évolution des résultats. Il y a l?ordre public, bien sûr, mais nous avons besoin de sécurité publique dans tous les quartiers, et les Parisiens doivent être protégés dans tous les quartiers. Même si nous sommes très attachés aux institutions de la République, nous voulons la sécurité pour toute notre ville et chaque jour. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Monsieur BOURNAZEL, en tant que président, vous avez la parole de droit mais vous allez la reprendre après, donc?

M. Pierre-Yves BOURNAZEL.- Mais le règlement me le permet, Madame la Maire.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Pas sur les questions d?actualité mais c?est juste par faiblesse. Allez-y.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL.- Tout va très bien se passer. Gardez votre sérénité et votre calme, tout va très bien se passer.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Oui, allez-y.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL.- Je sais qu?il y a une élection municipale dans neuf mois, mais je voudrais simplement rappeler que l?article 28 prévoit que la réponse de l?Exécutif doit être de 3 minutes et non de 7 minutes?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Absolument. M. le Préfet est soumis à cette même règle, d?ailleurs.

M. Pierre-Yves BOURNAZEL.- Et que le jeu des questions d?actualité ne doit pas être le jeu de la campagne municipale. Je pense que les habitants du quartier de la Chapelle ont attendu depuis de nombreuses années des réponses que vous n?avez jamais su leur donner.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Très bien. Merci.

IV - Question d?actualité posée par le groupe Ecologiste de Paris à Mme la Maire de Paris relative à un usage écologique et social des friches urbaines.