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Juin 2019
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Conseil Municipal
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Débat/ Conseil municipal/ Juin 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Je donne à présent la parole pour le groupe PPCI à Mme PAWLIK.

Mme Déborah PAWLIK.- Merci, Madame la Maire.

Madame la Maire, Monsieur le Préfet de police, chers collègues, des palissades, des grues, des pelleteuses, voilà pour la déco ! De la poussière, le bruit des marteaux-piqueurs, des embouteillages à foison, voilà cette fois pour l?ambiance ! En quelques mois, notre ville est passée du Paris carte postale à un chantier à ciel ouvert. A tel point qu?Amélie Poulain ne retrouvera pas la butte Montmartre. Pauvre Amélie, car pour son réalisateur, Jean-Pierre JEUNET, il est devenu très difficile de tourner à Paris, à cause des chantiers bien sûr.

Il faut dire que plus de 4.000 chantiers sont en cours dans notre ville. Par ici, on refait un trottoir, par là, on reprend une canalisation, et plus loin encore on réaménage une place. Des travaux, dont on ne conteste pas forcément la nécessité - même si parfois d?un chantier pharaonique sort plutôt un ajustement cosmétique - mais dont on condamne évidemment totalement les conditions de réalisation.

Car le chantier de Paris, c?est la vie de ses habitants aujourd?hui qu?il pourrit ! Bruits, trottoirs impraticables, embouteillages à gogo, les Parisiens n?en peuvent plus. Pour ne prendre que cet exemple, aujourd?hui quasiment une ligne de bus sur deux est déviée, à un moment ou un autre, de son parcours. Pas étonnant alors que les Parisiens se ruent sur les trottinettes, lorsqu?on ne peut plus circuler dans Paris aussi à cause des travaux.

Quand les Parisiens vous font part de leur exaspération, Madame la Maire, vous plaidez non coupable. Non coupable car ce ne serait pas votre faute, bien sûr, mais celle de la R.A.T.P. ou de G.R.D.F., bref de tous ceux, en dehors de vous bien sûr, qui interviennent aussi sur l?espace public parisien. Mais lorsque vous vous défaussez, vous occultez deux réalités pourtant bien criantes.

Premièrement, si une grande partie des travaux actuellement engagés n?est pas lancée par la Ville, les chantiers imputables à la Mairie sont les plus lourds et les plus pénalisants pour les Parisiens et ce, de loin. Le réaménagement en urgence des places, la création précipitée de pistes cyclables pour atteindre l?objectif jusqu?alors délaissé de votre mandat, ce sont autant de chantiers dont le calendrier n?a, bien sûr, pas du tout été maîtrisé par votre majorité. Les Parisiennes et les Parisiens ne sont pas dupes, Madame la Maire, ils savent que vous vous êtes lancée dans une course effrénée contre la montre à l?inauguration. Sauf que pour abreuver votre soif électorale, vous n?avez que faire du stress causé à notre ville et à ses habitants en faisant de Paris un gruyère géant.

Deuxièmement, si certains des chantiers sont imputables à d?autres opérateurs, il est vrai, vous ne pouvez pas totalement vous dégager de votre responsabilité. Il est, en effet, du rôle de la Municipalité de coordonner le planning des chantiers engagés dans notre ville. Car le problème n?est pas un chantier isolé mais bien l?accumulation du désordre et l?absence de gestion concertée. Notre groupe PPCI, par la voix de Jérôme DUBUS, avait déjà souligné ces défaillances, il y a quelques mois, et proposé la création d?une mission de la maintenance urbaine.

Il est donc temps aujourd?hui, Madame la Maire, de vous justifier sur le chaos ambiant et de prendre les mesures utiles pour qu?un tel désordre ne perdure pas. Pourquoi donc aujourd?hui une telle anarchie ? Comment comptez-vous libérer Paris de ces chantiers ?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Il va falloir conclure.

Mme Déborah PAWLIK.- Quelles mesures comptez-vous prendre pour assurer une meilleure coordination et répartition des interventions techniques dans la Capitale ? Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci. Je propose que M. LAURET pose également sa question et M. NAJDOVSKI répondra aux deux.

M. Thomas LAURET.- Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, c?est effectivement une question complémentaire.

Sur la multiplicité des chantiers parisiens, vous nous avez indiqué qu?ils n?étaient pas du seul fait de la Mairie, vous nous avez communiqué le chiffre de 7 % seulement de chantiers qui dépendraient de la Ville et nous savons bien qu?il faut compter avec les nombreux concessionnaires. Cependant, la gestion de l?espace public et de la voirie est bien du ressort de la Ville et l?exaspération des Parisiennes et des Parisiens est grande.

Outre les embouteillages - vous me direz qu?ils y sont habitués, que ce n?est pas nouveau et que cela date de bien avant 2014 -, on a aussi une diminution de la vitesse d?exploitation de la circulation des bus qui pose plus de problèmes, pour ceux qui utilisent les transports en commun. Il est aujourd?hui aussi parfois difficile de se déplacer sur les trottoirs - ce n?est pas seulement à cause des trottinettes - puisqu?il faut marcher sur la voie ou enjamber ; quand on est en situation de personne âgée ou de handicap, il faut trouver des solutions ou renoncer à ses déplacements. Outre l?exaspération, ce désordre favorise de nombreux accrochages, voire quelques accidents.

Il s?agit bien sûr d?un mal pour un bien. Nous savons que les travaux sont souvent nécessaires et l?on pourrait même positiver en disant que les marchés publics et le bâtiment fonctionnent à grande vitesse à Paris, cependant le problème reste majeur. Si l?on sait qu?il est préférable que ces travaux soient achevés quelques mois avant les prochaines élections - c?est une tradition et nous comprenons que vous y souscriviez -, on ne peut tout de même pas accepter qu?une telle désorganisation dans la planification des travaux pénalise l?ensemble des Parisiens, des Franciliens et des touristes.

Il ne s?agit pas de remettre en cause encore une fois le bien-fondé de ces travaux, mais d?interroger votre Exécutif et la Ville sur les modalités de planification des chantiers. Aussi nous avons trois questions.

Première question : par rapport aux chiffres que vous avez donnés et qui visent à minimiser la responsabilité de la Ville, quel est le pourcentage de chantiers, en termes d?occupation de l?espace public, qui dépendent de la Ville ?

Deuxième question : comment fonctionne la coordination de tous ces chantiers et était-il possible de faire mieux dans l?organisation générale ?

Troisième question : que préconisez-vous pour les semaines et les mois à venir, de façon à améliorer cette situation, sinon terminer le plus vite possible tous les chantiers ? Je vous remercie de votre attention.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci à vous, Monsieur LAURET, pour la tonalité aussi de votre question. Je donne la parole à Christophe NAJDOVSKI pour répondre aux deux orateurs.

M. Christophe NAJDOVSKI, adjoint.- Merci, Madame la Maire.

"Notre maison brûle et nous regardons ailleurs !" disait le président CHIRAC en 2002 au Sommet de la Terre. Nous pourrions transposer cette phrase célèbre en disant : oui, la planète brûle et certains regardent les chantiers, au lieu d?en saisir le sens. Car de quoi parle-t-on ? On dénombre aujourd?hui 4 614 chantiers sur la voie publique contre 6 079 en février dernier : 93 % de ces emprises sont des chantiers privés, des travaux réalisés par des concessionnaires de gaz, d?eau, d?électricité, de téléphonie, ou encore des projets pilotés par la R.A.T.P. et la S.N.C.F. ; 6 % des emprises, qui totalisent 293 chantiers, sont des chantiers portés par la Ville de Paris, contre 454 en février dernier. Donc leur nombre diminue au fur et à mesure de la livraison des projets de mandature et de nombreux aménagements seront livrés à l?été.

Pourquoi ces chantiers ?

L?espace public parisien est des plus sollicités, ce qui doit se comprendre en lien avec la densité de notre ville et aussi une densité élevée de nos sous-sols très riches en réseaux de toutes sortes. Il est donc nécessaire d?entretenir les réseaux des concessionnaires pour assurer un niveau élevé de sécurité et de qualité.

Ensuite, Paris adapte son espace public pour réduire la pollution de l?air issue majoritairement du trafic routier. D?ailleurs, la qualité de l?air s?améliore à Paris, d?année en année, même s?il y a encore beaucoup à faire. Ainsi, pour ce qui est des projets portés par la Ville de Paris, après la concertation est venu le temps des travaux. Les engagements pris pour développer les modes de transport non polluants à travers le Plan Vélo, la stratégie Paris piéton ou les aménagements en faveur des transports collectifs, pour ne citer qu?eux, sont en cours de concrétisation.

Enfin, les travaux traduisent un effort accru porté par la Ville à l?entretien de son patrimoine de voirie. Les conditions météorologiques difficiles de l?an dernier ont conduit à mettre en place une action volontariste pour traiter les nids-de-poule et les chaussées les plus abîmées. Plus de 11 millions et demi d?euros sont dévolus au budget 2019 à l?entretien de notre patrimoine, notamment aux projets localisés.

Concernant le déroulement de ces travaux, la Ville a engagé de nombreuses actions vis-à-vis des entreprises et maîtres d?ouvrage des travaux de voirie. Je pourrais citer le Protocole de bonne tenue des chantiers agrémenté de verbalisations lorsque les cheminements ne sont pas maintenus comme ils devraient l?être : c?était 409 verbalisations en 2017 et 1.082 verbalisations d?entreprises en 2018 par les services de la DPSP pour limiter la durée des chantiers, tout en garantissant qu?ils sont menés dans les règles de l?art.

La Ville de Paris assure aussi une coordination rigoureuse de l?ensemble des chantiers privés et de concessionnaires. C?est le cas dans le cadre de la mise en place d?un comité de suivi des travaux de la ligne 11 ou encore pour traiter une situation critique rue Lafayette suite à un affaissement.

Pour conclure, je citerai cette phrase formulée récemment : "Notre ennemi, c?est le statu quo." Qui a dit cela ? C?est Edouard PHILIPPE. Le Premier Ministre a affirmé dans son discours de politique générale que notre ennemi est le statu quo.

Contre l?immobilisme et au risque des critiques faciles, Paris bouge, Paris se transforme, Paris entretient et adapte l?espace public et les mobilités, pour répondre à l?urgence de protéger la santé des habitants, de réduire les émissions de gaz à effet de serre, sans remettre à plus tard les changements nécessaires et tout en s?efforçant de limiter la gêne occasionnée durant la période nécessaire des travaux.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci. Vous avez de très bonnes références. Je donne la parole pour les deux orateurs, Mme PAWLIK et M. LAURET.

Mme Déborah PAWLIK.- Merci, Madame la Maire. Je vois que, encore une fois dans cet hémicycle, nous avons un double traitement entre ceux qui soulèvent visiblement des propos qui vous dérangent et pour lesquels le temps de parole est extrêmement décompté, et les autres, votre majorité qui vient voler à votre secours, pour lesquels visiblement?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Non, c?est grâce à Pierre-Yves BOURNAZEL tout à l?heure qui nous a rappelés à l?ordre sur les temps de parole?

Mme Déborah PAWLIK.- Pour lesquels visiblement le chronomètre ne tourne pas?

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Je vous laisse la parole mais je finis. C?est grâce à Pierre-Yves BOURNAZEL qui tout à l?heure nous a rappelés au temps de parole. Donc je rappelle tout le monde au temps de parole.

Mme Déborah PAWLIK.- Merci, Madame la Maire, également pour le respect que vous portez aux élus de cette Assemblée puisque, à ce que je sache, nous ne vous coupons pas la parole pendant vos interventions.

Ceci étant dit, Monsieur NAJDOVSKI, les Parisiens ne regardent pas les chantiers, ils les subissent ! Il est quand même extrêmement étonnant que vous soyez obligé de convoquer quid Jacques CHIRAC, quid Edouard PHILIPPE, pour tenter de vous défausser encore une fois sur cette question.

La maison ne brûle pas, elle est déjà réduite en cendres et depuis longtemps, puisque dans certains quartiers, les trottoirs ont été faits deux ou trois fois sous le coup de cette mandature. Vous êtes donc bien mal placé, à mon sens, pour nous donner des leçons en la matière.

Comme d?habitude, pour vous, tout va bien à Paris, ce n?est pas votre faute mais celle des autres. Vous remettez au goût du jour le titre "L?enfer, c?est les autres". Malheureusement, c?est bien votre responsabilité, c?est à la majorité, à la Municipalité, à la Ville de Paris d?organiser les chantiers, de les coordonner. Donc aujourd?hui nous ne pouvons pas une nouvelle fois accepter que vous vous défaussiez.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Merci. M. LAURET.

M. Thomas LAURET.- Au-delà de la polémique qu?il peut y avoir derrière ce type de débat, je regrette une chose très simple : il n?y a pas l?once de la réflexion, d?une piste de solution dans la réponse qui nous a été apportée par Christophe NAJDOVSKI. Comme si l?organisation des travaux et la façon dont on planifie l?ensemble de ces travaux dans la ville n?étaient pas du tout un problème.

Vous le savez très bien, parce que je suis certain que vous en avez parlé entre vous : il faut faire le constat de la façon dont cela se passe ces mois-ci et essayer de trouver des améliorations avec les services de la Ville, avec la direction, mais il faut avancer et ne pas répondre en balayant d?un revers de la main ces questions. Merci.

Mme LA MAIRE DE PARIS.- Il faut toujours progresser, je suis d?accord avec vous. Une ville qui bouge, qui change nécessite aussi des changements d?organisation et une administration réactive qui s?adapte et qu?il faut aussi accompagner. Je vous rejoins sur ce point.