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Juillet 2019
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2019 DAJ 14 - DAC - Convention conservation-restauration et droits d'auteur de l’œuvre "Bouquet Of Tulips" entre la Ville de Paris et Jeff KOONS.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2019


 

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant les projets de délibération DAC 762 et DAJ 14 - DAC et les amendements techniques nos 45 et 45 bis.

Pour le projet de délibération DAC 762, il s'agit de l'acceptation du versement du fonds pour Paris relatif au mécénat obtenu pour financer les frais de production et d'installation de l'?uvre "Bouquet of Tulips" de Jeff KOONS, et pour le projet de délibération DAJ 14 - DAC, il s'agit d'une convention conservation-restauration et droits d'auteur de l'?uvre "Bouquet of Tulips" entre la Ville de Paris et Jeff KOONS.

La parole, pour commencer, est à Brigitte KUSTER, pour 5 minutes maximum.

Mme Brigitte KUSTER. - Merci, Madame la Maire.

Rappelons-nous, à la suite des attentats du 13 novembre 2015, qui ont fait 131 morts, l'ancienne ambassadrice des Etats-Unis en France, Jane HARTLEY, en mémoire des victimes, a décidé à l'époque d'offrir à la France une ?uvre symbolique.

Ce sera le "Bouquet de tulipes" de Jeff KOONS, une statue de 33 tonnes et de 10 mètres de haut. Un cadeau ô combien inestimable si l?on considère la cote exceptionnelle de l'artiste américain.

Mais cadeau avez-vous dit, en êtes-vous sûrs ? Car l'opération n'a pas toutes les caractéristiques d'un cadeau, autrement dit un acte de générosité parfaitement gratuit, un don altruiste qui ne doit rien coûter à celui qui en est le destinataire.

En réalité, ce cadeau est financé par le mécénat à hauteur de 2,9 millions d'euros, ce qui assurera la fabrication, l'installation et le transport de l'?uvre, excusez du peu. Et de fait, grâce à la réduction fiscale de 66 %, il en coûtera 1,9 million d'euros aux contribuables français.

Ce cadeau, par ailleurs, fait fi des règles en matière d'aménagement de l'espace public, avec sa forme monumentale et son emplacement unique, un tel objet aurait dû faire l'objet d'un appel à projets préalable, ou a minima d'une consultation populaire.

J'ajoute qu'à y regarder de près, il est permis de s'interroger : qui de la Ville de Paris ou de Jeff KOONS est le plus gâté ?

L'artiste américain, dont il ne s'agit pas ici de porter un jugement sur l'ensemble de son ?uvre, va profiter d'une exposition grandiose dans un des sites les plus touristiques de la capitale et les plus connus au monde.

Ses tulipes, dont on pourrait d?ailleurs discuter la dimension esthétique, s'inscriront à jamais dans le paysage parisien. Reconnaissons qu'il s'agit, y compris pour un artiste de cette renommée, d'une consécration absolue.

C'est d'ailleurs ce qui rend l'examen de la convention entre la Ville et l'artiste pour le moins surprenant.

Il était d'ailleurs prévu initialement, jusqu?à encore la discussion la semaine dernière, que Jeff KOONS et ses ayants droit soient intéressés au terme d'une période de 25 ans à l'exploitation commerciale d?une ?uvre offerte à la Ville de Paris.

Après notre étonnement en Commission, nous découvrons aujourd'hui un amendement de l'Exécutif que vous avez d'ailleurs vous-même amendé.

Et je voudrais ici saluer le talent de l'adjoint au Maire, cher Christophe GIRARD, pour votre qualité d'écoute en cet instant.

Nous avons discuté préalablement à ce projet de délibération, et je pense donc que nous étions dans le vrai au vu de ces deux amendements et sous-amendements. Ainsi, Monsieur le Maire, cher Christophe, au terme de trois années de polémique sur l'emplacement, le financement, l'exploitation de l'?uvre, l'Exécutif nous propose une solution où la Ville de Paris sera, pour 15 ans, responsable de l'entretien, et aura la possibilité de revoir, à l'issue de cette période, la convention que l'on nous demande d'approuver aujourd'hui. Vous nous confirmerez, cher Christophe GIRARD, si j'ai bien compris, cette situation à l'heure qu'il est, après amendements et sous-amendements. Je vais former ici le v?u devant ce Conseil, car ce n'est pas un petit projet de délibération que nous étudions aujourd'hui, que ce cadeau qui, vous l'aurez bien compris n'en est pas un, fasse que par la suite il s'avère être un vrai cadeau pour les Parisiens. Un endroit où l?on aimera se promener, une ?uvre que l'on aura envie d'admirer et que vous soyez fiers d'y avoir contribué. Nous formons ce v?u, mais nous ne sommes pas sûrs du résultat. Je vous remercie.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci.

Je donne la parole à Mme Raphaëlle PRIMET, pour 5 minutes également.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Madame la Maire, mes chers collègues, quand Jeff KOONS a proposé son "Bouquet de tulipes" en hommage aux victimes des attentats de Paris en 2015, nous l'avons accepté avec réticence.

Tout en étant respectueux de celui qui nous offrait cette ?uvre d?art, nous avons compris que les exigences de l?artiste seraient compliquées.

Car oui, dans ce monde où l'art est devenu un marché, il nous faut maintenant traiter avec des artistes qui pèsent des millions de dollars et gèrent leur carrière en surveillant leur cote, comme d'autres les chiffres du CAC40.

Le lieu d'installation, à deux pas du Petit Palais, semble faire consensus et est plus adapté que le trottoir devant le musée d?art moderne de la Ville de Paris. Mais le coût de l'installation de l'?uvre reste important : 3 millions d'euros à la charge du fonds pour Paris.

Nous aurions souhaité que l'artiste contribue à ce chantier dont il tirera une publicité certaine et qui fera encore monter sa cote.

Nous le disions dans un précédent Conseil, les entreprises qui ont financé la construction et l'installation ont à leur tête des patrons qui sont aussi des mécènes, elles vont donc gagner deux fois : leur acte de mécénat va en fait coûter à la collectivité, puisqu'il s'agit d'utiliser la niche fiscale de la loi Aillagon, c'est donc un cadeau que nous paierons toutes et tous comme disait Mme KUSTER à l'instant.

La seconde, c'est aussi un investissement et une source de revenus pour elles, puisque l'?uvre de KOONS à Paris aura un impact.

La boucle est bouclée. Alors, c'est avec ses avocats que la Ville a dû discuter âprement, pied à pied, pour que ceux-ci comprennent qu'offrir un cadeau ne donne pas tous les droits à celui qui l'offre.

Ceux qui reçoivent doivent pouvoir avoir leur mot à dire. Il semble que tout récemment, l?artiste ait accepté les conditions que la Ville lui demandait sur le versement des revenus commerciaux nets, liés à l'exploitation de son ?uvre en faveur des associations de victimes, du moins c'est ainsi que nous avons compris l'amendement de l'Exécutif.

Nous espérons que les 20 % de la recette commerciale liée à la vente des produits dérivés suffiront à l'entretien du "Bouquet de tulipes" par la Ville, mais nous nous abstiendrons sur ce projet de délibération, car si d'un côté on nous confie une ?uvre de l'un des artistes actuellement les plus cotés dans le monde, dans le même temps, nous ne pouvons soutenir une action dont on sent bien qu?elle est dans la lignée des opérations médiatiques dont l'artiste est coutumier, et qu'au-delà de sa volonté de marquer sa solidarité avec les victimes, il y a un intérêt à ce que ses ?uvres occupent l'espace public parisien.

Rappelons son aigreur à ne pas avoir d??uvre dans notre musée d'art moderne.

Il fut un temps où les artistes attendaient toute une vie pour être reconnus et pouvoir vivre de leurs créations, l'histoire dans le domaine de l'art s'est accélérée, il y a un tel flot d'argent qui se déverse sur quelques artistes et nous ne devons pas être dupes.

Pour certains, l'art n?est qu?un placement. Pour nous, il ne devrait pas être outil de spéculations ni une niche fiscale.

Je m?effacerai devant le grand poète allemand Goëthe, qui disait déjà il y a près de deux siècles : "il y a deux sortes de faux artistes, les dilettantes et les spéculateurs. Les premiers font de l'art pour leur plaisir ; les seconds par intérêt". Heureusement que nombre des artistes avec lesquels nous travaillons ont aussi à c?ur de partager avec le plus grand nombre leurs créations. Je vous remercie.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci.

La parole est maintenant à M. Philippe DUCLOUX.

M. Philippe DUCLOUX. - Brièvement, Madame la Maire, mes chers collègues, j'ai voulu intervenir sur ce projet de délibération, d'abord pour exprimer ma satisfaction, celle de mon groupe, puisque cela a été rappelé par les deux intervenants précédemment, une solution a été trouvée.

Une solution positive, constructive, concernant l'implantation de l'?uvre, ce qui n'était pas toujours le cas depuis quelque temps et donc, c?est vrai que cette ?uvre "Bouquet of Tulips" à Paris est quand même, je pense, quelque chose que nous devons saluer.

Je dis cela parce que je suis élu du 11e arrondissement, nous avons vécu comme vous le savez avec d'autres arrondissements les attentats de 2015, que ce soient les attentats de Charlie et les attentats du 13 novembre 2015.

J'ai eu l'occasion de rencontrer l'ambassadrice Jane HARTLEY à plusieurs reprises et le fait qu'il y ait cette volonté au départ de faire ce cadeau, ce geste avec cette ?uvre de Jeff KOONS dépassait même le simple cadre de la culture tel qu'il est évoqué dans ces deux projets de délibération.

Alors, c'est vrai qu'il y a eu des polémiques, largement relayées par la presse.

Je me réjouis quand même du dénouement heureux et de voir que ce soir, j'espère, nous allons arriver toutes et tous au consensus souhaité pour qu?évidemment ces deux projets de délibération soient votés et pour que cette implantation se fasse dans un lieu, et je remercie vraiment Christophe GIRARD d'avoir travaillé en amont pour que ce soir nous puissions collectivement faire en sorte que ces deux projets de délibération soient votés.

Je voulais dire également que ce don de Jeff KOONS, même s'il a été contesté par certains d'entre vous, spécialement créé pour la Ville de Paris, je le répète, permettra de renforcer symboliquement, au-delà de la culture, les liens entre les peuples français et américains.

Je le répète, nous avons vécu cette période difficile, qui a traumatisé Paris et au-delà de Paris même le monde, parce que cela a été véritablement une période difficile, et aujourd'hui le fait que nous puissions, à travers ce projet de délibération DAC 762 et le projet de délibération DAJ 14, faire en sorte qu'un lieu puisse être trouvé pour cette ?uvre...

Et cela a été rappelé, le fonds de dotation de la Ville a réussi à collecter les fonds privés nécessaires pour permettre la réalisation matérielle de l'?uvre, son transport, et son installation prévue en octobre 2019.

Alors, l'objectif de ces deux projets de délibération évidemment est de permettre à la Ville de Paris d'exploiter largement cette création de Jeff KOONS, de l'entretenir convenablement pour une période de 15 ans, cela a été rappelé par Brigitte KUSTER. C'est pourquoi cette convention de conservation, restauration et de droits d?auteur afférente à cette ?uvre a été préparée entre Jeff KOONS, sa société, et la Ville de Paris en présence de l'agent français de l'artiste.

C'est donc, à mon avis, l'objet vraiment essentiel de cette convention de conservation, restauration et droits d'auteur conclue à titre gratuit, mais qui est soumise à notre vote ce soir. Cette convention contient notamment une concession de droits patrimoniaux d'auteur en faveur de la Ville de Paris, pour lui permettre de communiquer à titre institutionnel sur cette ?uvre.

Et cela a été rappelé, à la demande de notre collectivité, de la Ville de Paris, Jeff KOONS a accepté que 20 % de ses recettes commerciales nettes tirées de l'exploitation de l'?uvre soient affectées au financement de l'entretien qui incombe à la Ville en qualité de propriété de la Ville.

Vous l'aurez compris, mon groupe sera évidemment favorable à ces deux projets de délibération, parce que c'est quelque chose d'essentiel pour nous, et je voulais une nouvelle fois remercier la Maire de Paris, Christophe GIRARD, et toutes celles et tous ceux qui font que nous aurons ce "Bouquet de tulipes" dans un bel endroit parisien, en mémoire des victimes des attentats de 2015. Je vous remercie.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci, cher collègue.

Je donne maintenant la parole à Mme Fadila MÉHAL, pour 5 minutes maximum.

Mme Fadila MÉHAL. - Madame la Maire, chers collègues, l'art peut être objet de débats, notamment esthétiques, mais rien ne justifie le vandalisme.

J'ai donc une pensée très émue pour l'artiste Joana Vasconcelos, dont l'?uvre a été visée par des tirs de peinture Porte de Clignancourt, parce qu?elle était dans l'espace public.

Notre groupe lui apporte tout son soutien, et j'ajoute que ce soutien doit être partagé sans doute sur les bancs de cette Assemblée parce qu?aujourd'hui, on peut et évidemment on l'a fait, discuter sur la forme, discuter sur l'emplacement, discuter sur le coût de cette ?uvre, et je ne voudrais pas que cet acte de vandalisme donne à croire et donne raison à tous ceux qui pensent que l'art n'a pas sa place dans les quartiers populaires, donc je demande à Christophe GIRARD de veiller peut-être que la réparation se fasse au plus vite, en attendant que la dégradation ne s'amplifie pas.

C'est une question qui est posée aussi en termes d'entretien de toutes ces ?uvres dans l'espace public.

Pour revenir au projet de délibération, je pense qu'il ne faut pas confondre, il y a deux projets de délibération. Un dont le but est de permettre le versement du fonds de Paris au mécénat obtenu pour financer, donc notre groupe évidemment souscrit à ce premier projet de délibération.

Pour le reste, nous pensons en effet que le débat sur l'?uvre en tant que telle, artistique de Jeff KOONS, est dépassé, puisqu'il a été dorénavant accepté et c'est vrai que le don et l'installation de cette ?uvre ont fait couler beaucoup d'encre, nombre de polémiques se sont cristallisées autour de la démarche de l'artiste, du financement de l'?uvre et de l'emplacement.

Et c'est vrai, je ne veux pas le rappeler, mais l'?uvre a été d'abord située dans le palais de Tokyo, dans le 11e arrondissement, le 19e, porte de la Villette.

Je voudrais quand même saluer la diligence de l'adjoint au maire à la Culture, qui a permis de résoudre rapidement cette question, qui était quand même extrêmement importante.

Pour rappel, ce "cadeau" offert par l'artiste américain à la Maire de Paris en novembre 2016 avait pour but de rendre hommage aux victimes du 13 novembre notamment.

Il semblerait que ce ne soit plus en direction des victimes, mais un don à la France en tant que telle, ce qui permettait de clarifier un peu la position.

Autant le dire, il était quand même impossible de le refuser en raison de questions diplomatiques importantes.

Mais comme beaucoup l'ont souligné, notamment Mme KUSTER, ce cadeau ne semble pas tout à fait un cadeau si nous sommes attentifs à la convention qu'elle a bien déclinée et donc, c'est vrai que le fait que 80 % des revenus commerciaux nets liés à l?exploitation de l'?uvre par l'auteur seront alloués aux associations victimes des attentats en 2015, et que dans un deuxième temps, à savoir à l'issue de cette période, à partir de 25 ans, les revenus commerciaux liés à l'exploitation de l'?uvre seront versés à la société Jeff KOONS, cela pose question.

Je ne vais pas anticiper, mais en l'état, M. le Maire lira tout à l'heure l'amendement ou le précisera, si cette convention est écrite de cette façon, notre groupe s'abstiendra par rapport au deuxième projet de délibération. Si les termes restent les mêmes, en effet, je pense que ce serait une décision de raison et tout à fait sage.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci.

Je donne maintenant la parole à Mme Danielle SIMONNET, pour 5 minutes.

Mme Danielle SIMONNET. - Je me retrouve beaucoup plus dans les propos de Mme KUSTER, parce que j'estime que c'est une arnaque, un cadeau empoisonné, une escroquerie monumentale.

Ce qui me semble évident, c?est que M. Jeff KOONS est avant tout un excellent homme d'affaires. Rappelons quand même l'histoire. Pour soi-disant rendre hommage aux victimes des attentats, il "offre" le projet sur papier d'une ?uvre soi-disant unique à Paris. Unique.

Eh bien non ! Cela n'est pas unique. Elle est très ressemblante à une autre du même nom "Bouquet of Tulips", qui est installée au musée Guggenheim de Bilbao. Qu?en pensent les familles des victimes ? Leur a-t-on demandé leur avis ? Non.

Il l'offre, oui, mettons les guillemets. Il "offre" le dessin à la Ville de Paris et va se faire payer pour 3 millions d?euros de dons, la réalisation d'un "Bouquet of Tulips bis" qui va être assuré et réalisé en totalité par son atelier en Allemagne, lequel a déjà réalisé le premier "Bouquet of Tulips".

La générosité de l'homme d'affaires est allée jusqu'à choisir et tenter d'imposer l'emplacement de sa sculpture entre le Palais de Tokyo et le musée d'art moderne voulait-il. Oui, parce que c'étaient des lieux emblématiques de la création contemporaine, ça lui permettait de mettre sa marque et de continuer à faire monter sa cote. C'était l'emplacement rêvé du meilleur placement de produit "pub".

Il a bien négocié finalement, parce qu?en mettant la barre aussi haut, au final il a réussi à se faire offrir un emplacement proche de lieux d'exposition prestigieux, à deux pas, d'où se déroule tous les ans la Foire internationale de l'art contemporain.

Oui, Jeff KOONS est un très bon homme d'affaires. Travaillant à statuer sa légitimité et à faire monter sa cote dans le marché de l'art.

Il aura fallu une convention sur les droits patrimoniaux d?auteurs pour que le "tradeur" devenu artiste se souvienne, peut-être l'a-t-on aidé, des victimes des attentats et accepte un versement aux associations des familles. On reste sans voix par tant de générosité spontanée.

Ce n'est valable pour les droits d'auteur que pour les 20 premières années, parce qu?après tout lui reviendra.

Que dire de la Ville de Paris dans cette affaire ? Pourquoi accepter ce cadeau qui n'en est pas un, qui je trouve est insultant pour les familles des victimes ?

Pourquoi accepter de cautionner de fait de faire payer une grande partie de la très chère sculpture aux contribuables par le biais de la loi fiscale de 66 % dont bénéficie le fan-club de M. KOONS, qui a tout intérêt à ce que la cote de l'artiste grimpe ?

3 millions de dons vont permettre de réaliser et d'installer cette sculpture. Comme on ne connaît pas le rapport français/étranger parmi les donateurs, c'est entre 1 et 2 millions d?euros qu'il va en coûter à l'Etat, aux contribuables.

J'avais demandé dans d'autres séances que l'on sache qui sont ces donateurs. Est-ce qu?une partie de ces donateurs sont des entreprises qui vont participer à la construction, la réalisation et l'installation de l'?uvre ? On ne nous le dit même pas, pas de transparence.

Peut-être que M. l'adjoint à la Culture va nous le dire. C'est important de le savoir. Quel va être le bénéfice net pour l'atelier de Jeff KOONS quand il va le réaliser ? Je suis fille d'artiste, de sculpteur, je suis choquée par toute cette affaire, excusez-moi. Je trouve cela déplorable que la Ville de Paris se fasse ainsi berner. L'art et la politique artistique de la Mairie de Paris n'ont pas à se soumettre aux caprices des riches collectionneurs de Jeff KOONS. La Ville de Paris devient propriétaire d'une ?uvre qui va entrer dans l'histoire, mais celle des arnaques du marché de l?art. Toute cette affaire est loin d'illustrer Paris, capitale de la culture, mais bien plus la culture du capital.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Madame SIMONNET, je vous remercie.

M. GIRARD vous répondra tout à l'heure.

En attendant, je donne la parole à Mme LECOUTURIER, pour 5 minutes maximum.

Mme Béatrice LECOUTURIER. - Merci, Madame la Maire.

Madame, pauvre Jeff KOONS s'il entendait cela, ses oreilles doivent siffler en ce moment.

Madame la Maire, mes chers collègues, le "Bouquet de tulipes" de Jeff KOONS a enfin trouvé son jardin, puisque cette ?uvre monumentale de 10 mètres de haut et 33 tonnes, geste d'amitié entre le peuple américain et le peuple français après les attentats de 2015, trônera dans les jardins des Champs-Elysées derrière le Petit Palais.

La proximité des Champs-Elysées et son côté prestigieux et touristique sont un en effet un choix intéressant pour y installer la sculpture de cet artiste américain de renommée internationale et la Ville doit être fière de recevoir une ?uvre de Jeff KOONS.

Nous mettons cependant un bémol à cette installation dans un endroit déjà saturé d'?uvres artistiques comme nous le disons régulièrement dans cette Assemblée, alors que la Mairie de Paris affiche sa volonté de partager la culture dans les lieux populaires de Paris.

L'ancienne Ministre de la Culture, Françoise NYSSEN, s'était dite favorable à l'installation de cette ?uvre dans un lieu populaire, visible, et partagé par tout le monde.

Force est de constater qu'aucun de ces trois critères n'est respecté, puisque le lieu est prestigieux mais pas vraiment populaire ; les jardins ne sont pas plus visibles, car souvent cachés par de nombreux camions qui stationnent pour les multiples événements dans cette zone ; et ces tulipes seront plus admirées par les touristes que par les Parisiens, mais le temps n'est plus à la polémique. En revanche, se pose la question de l'entretien de ce cadeau magnifique, mais un peu imposant. C'est une ?uvre de 10 mètres de haut qui demande de l'entretien.

C'est donc l'objet de ce projet de délibération, qui fixe les conditions de financement de ce dernier. Nous avons compris par ce projet de délibération que la Ville de Paris assurait l'entretien de l'?uvre de Jeff KOONS pendant 15 ans, durée de la convention et que cela n'aurait aucun effet sur les finances de la Ville de Paris. En effet, la convention prévoit de verser 20 % des recettes commerciales tirées de cette ?uvre à la Ville de Paris pour en financer l'entretien. En théorie, cela ne coûtera rien aux Parisiens.

Or, des questions malgré tout demeurent et se posent quant à ce montage financier. En effet, aucune estimation financière n'est annoncée. Cher Christophe GIRARD, j'aimerais que vous nous annonciez, si vous le connaissez, le montant annuel des coûts que représentera l'entretien pour cette ?uvre. De plus, en dehors des coûts d'entretien, se posent les questions du coût de sécurisation du site de l'?uvre. Pouvez-vous également nous apporter des réponses quant à ce financement, qui n'apparaît nulle part dans la convention ?

A quelle hauteur sont estimées les recettes commerciales et que se passerait-il si les coûts d'entretien étaient supérieurs aux 20 % des recettes commerciales prévus ?

Enfin, si gouverner c?est prévoir, ce n'est pas après moi le déluge. Vous nous aviez spécifié, cher Christophe GIRARD, en 2e Commission, que les femmes et les hommes qui administreraient cette ville dans 15 ans, au terme de cette convention, choisiraient la suite qu'il souhaiterait donner à cette convention. Cet argument semble un peu court dans une vision de la Ville que nous devons avoir à long terme. Les tulipes de KOONS seront toujours là dans 15 ans, et auront besoin d'être entretenues. Les Parisiens doivent savoir aujourd'hui si la gratuité des coûts d'entretien sera bien pérennisée demain, car un cadeau doit rester un vrai cadeau et non pas un cadeau empoisonné.

Nous voterons malgré tout ce projet de délibération. Je vous remercie.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci, Madame la Présidente.

Je donne maintenant la parole à M. Jacques BOUTAULT, pour 5 minutes.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Les écologistes ont eu l'occasion de s'exprimer lors d'un précédent Conseil de Paris sur ce cadeau que la Ville de Paris s'apprêtait à faire à l'artiste Jeff KOONS.

En effet, compte tenu des exigences initiales de celui-ci en termes d'entretien, de peinture "anti-tag" et surtout de protection de l'?uvre, ce bouquet de tulipes coloré apparaît bien comme un cadeau que la Ville s'apprêtait à faire à l'artiste et non l'inverse.

Nous maintenons nos réserves sur la localisation de cette ?uvre d'art, ayant exprimé le souhait d'une plus grande concertation avec les élus du Conseil de Paris, les familles des victimes, les habitants, et également souhaité une localisation dans l'Est de la capitale puisque ce bouquet de fleurs monumental a pour objet de rendre hommage aux victimes des attentats de 2015 survenus dans l'Est de Paris.

Pour rappel, les familles des victimes des attentats ont souhaité qu'un autre projet mémoriel voie le jour. Néanmoins, les écologistes se satisferaient d'une modification de la convention, et notamment que l?artiste renonce aux droits liés à l?exploitation commerciale de l??uvre, sans limite dans le temps, puisque la Ville de Paris s'engage par la convention pour une durée de 15 ans seulement.

Que la Ville de Paris ait pu convaincre l'artiste d'accepter que 80 % des recettes liées à la commercialisation des produits dérivés soient allouées aux associations d'aide aux victimes, tandis que 20 % seraient attribués à la Ville de Paris pour sa participation à l'entretien du monument, si c'est le cas, nous en sommes satisfaits.

Pour rappel, Jeff KOONS a récemment établi un nouveau record pour un artiste contemporain vivant, puisque le 15 mai dernier, lors de la vente aux enchères organisées par la maison "Christie's" à New York, l'une de ses ?uvres, une sculpture intitulée "Rabbit", a été attribuée pour la somme de plus de 80 millions d?euros.

Il était tout à fait anormal, pour ne pas dire immoral, que cette ?uvre des tulipes, monumentale, à l'esthétique contestable et contestée, voie les recettes qu'elle génère destinées au privé tandis que les charges d'entretien revenaient à la collectivité territoriale.

Les amendements des écologistes ayant été intégrés à la convention par l'Exécutif, et nous tenons à remercier Christophe GIRARD d'avoir su convaincre Jeff KOONS et les ayants droit, nous ne nous opposerons pas au vote de ce projet de délibération. Nous vous remercions.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci.

Pour terminer les interventions, la parole est à Mme Léa FILOCHE, pour 5 minutes.

Mme Léa FILOCHE. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, Jeff KOONS est considéré comme un grand artiste, c'est vrai, sa renommée est internationale c'est certain, et peu lui contestent cette qualité.

Mais il est aussi de notoriété publique que Jeff KOONS est un bon homme d'affaires et que la convention qui nous est proposée, effectivement, confirme cette assertion.

Il nous est proposé de faire payer la production, l'installation et la maintenance de son cadeau par l'intermédiaire de cette convention. Certes, la Ville ne paiera pas grand-chose par rapport au coût total, puisqu'elle ne financera que des mesures d'accompagnement telles que le terrassement ou le barriérage éventuel.

Cependant, la lecture détaillée de la convention soulève quelques questions et quelques remarques. D'abord, le sentiment général qui se dégage est que Jeff KOONS a décidé assez souverainement d'installer une de ses ?uvres dans l'espace public parisien, et il y met lui-même ses propres conditions.

Ensuite, le lieu est choisi par Jeff KOONS, et si ses tulipes devaient être déplacées, il faudrait trouver un lieu aussi prestigieux d'une part, et qui recueille son accord d'autre part. Imagine-t-on un même schéma pour l'ensemble des ?uvres qui pourraient être sur l'espace public à Paris, et pour toutes les installations culturelles ? Je ne crois pas.

Nous aurions souhaité plutôt que ce ne soit pas nécessairement le caractère prestigieux qui détermine l?implantation de l'?uvre. Peut-être qu'un lieu d'implantation pérenne, prenant une dimension sociale, aurait pu être aussi intéressant. Par exemple, à Bilbao, la mairie a fait appel à Frank GEHRY pour le musée Guggenheim et l?a implanté dans un quartier difficile pour le revaloriser et le rénover, et d'ailleurs le résultat est plutôt spectaculaire.

Pourquoi toujours penser à ces quartiers un peu de l'Ouest parisien et sans se poser la question, dans ce domaine comme dans d'autres d'ailleurs, de pouvoir faire un rééquilibrage est-ouest, cela pourrait se réfléchir ?

Jeff KOONS a accepté que 20 % des recettes commerciales liées à son ?uvre soient versées à la Ville pour la maintenance préventive et curative. C'est très bien. Cela a été dit, c'est important que la Ville ait réussi à aller dans ce sens. Mais rien n'est écrit sur la capacité de la Ville à connaître le montant des recettes commerciales. Il lui faudra se contenter de recevoir les versements de 20 % sur une base que l'on ne connaîtra pas, ce qui pose d'autres questions.

Par ailleurs, les conditions d'utilisation de l?image de l'?uvre sont également particulièrement draconiennes, puisque seul Jeff KOONS aura la liberté de faire ce qu'il veut avec les photos des Tulipes, tandis que la Ville ne pourra communiquer qu'à titre institutionnel.

Certes, les recettes commerciales au-delà des 20 % destinés à la maintenance seront versées aux associations des victimes des attentats, puisque c'est l'objet même de l'opération de Jeff KOONS et c'est évidemment une bonne chose à noter.

Pour toutes ces raisons, nous ne nous opposerons pas non plus à ce projet de délibération et nous nous abstiendrons. Je vous remercie.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci, Madame FILOCHE.

Pour répondre donc à toutes vos questions, pour rassurer un certain nombre d'entre vous également, je donne la parole à Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - Merci beaucoup.

Je vous demande toute votre attention, parce que vos questions sont nombreuses. Elles sont légitimes, démocratiques, et finalement ce débat me rassure, car si les Parisiens et leurs élus n'étaient plus parisiens, en effet, nous serions sans doute une grande ville américaine et cela n'est pas le cas.

Je tiens d'abord à dire que sur ce sujet, je vais commencer à l'envers, il y a entre la Maire de Paris, Anne HIDALGO, et le Président de la République, Emmanuel MACRON, un accord total sans jeu de mots. Il y a accord total entre eux sur cette installation.

C'est le premier point, puisque le sujet, comme vous le savez, venait directement de la représentation du Président OBAMA, qui n'est pas tout à fait n'importe quel Président des Etats-Unis, comparé à la situation actuelle, par la voie de son ambassadrice Jane HARTLEY à l'époque, femmes de culture très engagée.

Je voudrais juste vous dire qu?il est aussi légitime de ne pas aimer "Le kiosque des amoureux" de Jean-Michel OTHONIEL, place Colette, de ne pas aimer "Les architectes" de Xavier VEILHAN, place Michelet face au centre Pompidou, de ne pas aimer le centre Pompidou, de ne pas aimer les colonnes de Buren, de ne pas aimer la Tour Eiffel, le Sacré-C?ur, ou le baron Haussmann. C'est la liberté de chacune et de chacun. Le temps fera son ?uvre.

Que l'on aime ou non Jeff KOONS, c'est en effet un cadeau, quoi que vous en pensiez, et je vais vous expliquer pourquoi. S'il y a amendement à l'amendement de mon amendement, c'est parce que figurez-vous qu?en effet, nous étions en discussion avec les avocats, je remercie les services juridiques de la Ville de Paris.

Les avocats américains vous les connaissez, ils défendent l'intérêt de leur client, mais au-delà même du client lui-même, parce que dans la conversation avec Jeff KOONS, il était tout à fait d'accord pour n'avoir rien à recevoir et tout à donner. Simplement, ses avocats défendaient une position qui est celle des avocats dont le compteur tourne quand ils ont un client de cette importance. Je viens par la fin.

Si les relations avec Jeff KOONS sont simples et efficaces, les relations avec celles et ceux qui le représentent sont plus complexes par définition de leur métier et de leurs intérêts. Surtout que nous n'avons pas le même droit comme vous le savez, en France et aux Etats-Unis, puisque le droit américain c?est de la jurisprudence. Chaque cas est particulier à étudier.

L'amendement de l'amendement à mon amendement que je propose revient à inscrire dans la convention que tant que l'?uvre sera installée à Paris, et cela, c?est 15 ans et seule la Ville peut le dénoncer, Jeff KOONS renonce à tous revenus commerciaux liés à l'exploitation de l'?uvre. Je le précise, parce que c'est très important, cet amendement à l'amendement ne supprime absolument pas, mais le confirme, le reversement de 80 % des recettes aux associations, et il supprime ce qu'avaient souhaité les avocats de Jeff KOONS : la notion d'une limitation à 25 ans de cet accord. Nous avons obtenu gain de cause.

J'ajoute qu'en effet, la deuxième commission, présidée remarquablement par Béatrice LECOUTURIER, a permis aux femmes et aux hommes qui la composent d'exprimer leur avis. Il y a aussi un autre élu qui m'a été très précieux, c'est Jérôme GLEIZES, car lui qui siège au conseil d'administration de la Fondation pour Paris, il connaît tous ces sujets très bien, et la difficulté de lever des fonds privés.

C?est vrai, chère Brigitte KUSTER, lorsque vous intervîntes, les propos que vous tîntes me permirent en effet... C'est sérieux ! Ils m'ont donné de la force dans les conversations que nous avions déjà avec les avocats de Jeff KOONS. Et puis, des discussions que j'avais avec la Fondation pour Paris.

Rapidement, je vais peut-être dépasser un peu, mais j'avais raccourci précédemment. Je me dois à des réponses.

L'historique, je vous l'ai dit, c'est donc un cadeau décidé non pas par l'artiste, mais qui a été choisi par le président OBAMA et par Jane HARTLEY, pensant que c'était sans doute le cadeau le plus spectaculaire qu'ils puissent faire à la France.

Après, on a le droit de ne pas aimer. Ainsi, l'histoire de cette ?uvre, de ce don, se concrétisera par le versement par l'artiste de 80 % des recettes commerciales. C'est quoi les produits dérivés ? Vous le savez, ce sont éventuellement des t-shirts, un bouquet de tulipes en miniature, des objets... Ce n'est pas un objet érotique, Monsieur? Ça, on laissera la maison Rykiel l'inventer, éventuellement inspirée du "Bouquet de tulipes". C'est un projet pour plus tard.

80 % des recettes commerciales issues des produits dérivés vont bien aux associations de victimes des attentats "Live pour Paris" et "13onze15". Les associations de victimes ont remercié la Ville et l?artiste pour ce geste.

Les 20 % restants serviront à financer l'entretien de l'?uvre pour que, comme promis devant cette Assemblée et au-delà, la réception de ce don ne coûte rien aux Parisiens. En effet, il y a un coût d'entretien pour la Ville qui est celui normal de tous les parcs et jardins. Je salue ma collègue Pénélope KOMITÈS, qui a contribué également à faciliter l'installation et le choix de cet espace très abandonné, peu visité, et qui grâce à l'installation d'une ?uvre d'art permettra? C'est ce que m'a dit hier soir sur les Champs-Elysées, le président du Comité Champs-Elysées, Jean-Noël REINHARDT, que pour eux c'est une très bonne nouvelle parce que c'était un endroit mort, un angle mort.

Grâce à cette ?uvre, la vie va revenir dans cette partie de Paris, qui était plutôt un endroit où les cars de tourisme stationnaient, et n'était pas forcément un endroit très visité.

Je continue si vous voulez bien me donner toute votre attention. Les services de la Ville se sont fortement mobilisés : Secrétariat général, Direction des Affaires culturelles, DEVE, Direction des Affaires juridiques, afin de défendre l'installation de l'?uvre sur le site envisagé, dans les meilleures conditions. C'est une occasion pour moi de les remercier, et particulièrement Pénélope KOMITÈS et les membres du cabinet de la Maire, qui ont défendu le projet, parce qu?il fallait que la Commission des sites s'exprime, ce qui était une étape importante, qui a permis à l'Etat de valider l'implantation patrimoniale de l??uvre sur un site classé.

Nous avons bénéficié du soutien du comité des Champs-Elysées, très heureux de voir la ville continuer à investir dans ce quartier de Paris très populaire que sont les Champs-Elysées. L'installation de cette ?uvre s'inscrit plus largement dans le schéma directeur de rénovation des jardins des Champs-Elysées, qui en ont bien besoin, validé par la Maire de Paris et présenté par ma collègue Pénélope KOMITÈS.

Je tiens à remercier Jeanne d'HAUTESERRE, la maire du 8e, car elle a fait part de son enthousiasme et de son soutien. Mais également Brigitte KUSTER, qui à l'époque lorsqu'il y avait un projet d'installation au palais de Tokyo, a dans son périmètre de députée, l'Assemblée Nationale, un morceau du 16e. Brigitte KUSTER était très sensibilisée. Je l'écoutai. Elle m'écouta. Nous avons avancé dans le bon sens.

La réception de ce don, de ce geste diplomatique a été rendue possible grâce au fonds pour Paris dirigé, je veux le dire ici, avec talent et autorité par Mme Anne-Sylvie SCHNEIDER, épaulée par sa collaboratrice Anne-Céline DELVERT.

Ce fonds, la Maire de Paris l?a souhaité pour permettre à la Capitale de recevoir, de gérer et de redistribuer les biens et les versements de toute nature reçus par les philanthropes nationaux et internationaux qui aiment Paris et veulent que Paris demeure la capitale de l'audace et de l'art contemporain. Nous ne sommes pas une petite ville de zone, nous sommes la capitale de l'art et des artistes. Nous accueillons des artistes migrants, sans papiers, nous accueillons aussi des artistes dont la cote va jusqu'à 80 millions d?euros ! Ça, c'est la France et c?est Paris !

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - J'ai terminé, mais les oratrices et orateurs sont des collègues de très grande qualité, et je leur dois des explications.

Pour la France, parmi les mécènes, vous avez Accor, 300.000 euros ; la financière Saint James, Michaël BENABOU, 300.000 euros ; le groupe L.V.M.H. ? Moët Hennessy - Louis Vuitton, 300.000 euros ; Natixis, qui est une banque, 300.000 euros ; Weber Investissements, 600.000 euros ; Free, 100. 000 euros : 1,9 million d?euros.

Pour les Etats-Unis, vous avez Michael BLOOMBERG, qui lutte si bien pour le climat, laissez-lui le bénéfice de soutenir aussi l?art contemporain le plus audacieux. Kenneth GRIFFIN, que vous ne connaissez pas, moi non plus? Je vous donne la liste, c'est très important. Tous ces gens donnent de l'argent à titre privé ou par leur société, et je crois qu?on peut les remercier. Quand les gens paient, on les remercie, comme pour Notre-Dame, cela me paraît poli.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci, Monsieur Christophe GIRARD, pour tout le mal que vous vous êtes donné pour pouvoir répondre et rassurer nos collègues.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 762.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DAC 762).

Je mets aux voix, à main levée, le projet d'amendement n° 45 bis déposé par l'Exécutif.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet d'amendement n° 45 bis est adopté.

Je mets maintenant aux voix, à main levée, le projet d'amendement n° 45 déposé par l'Exécutif, ainsi amendé.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet d'amendement n° 45 amendé est adopté.

Je mets enfin aux voix, à main levée, le projet de délibération DAJ 14 - DAC ainsi amendé.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération amendé est adopté. (2019, DAJ 14 - DAC). 2019 DEVE 77 - Dénomination "jardin Janis Joplin" attribuée à l?espace vert situé 1, rue Paganini (20e).

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DEVE 77 relatif à la dénomination "jardin Janis Joplin" attribuée à l'espace vert situé 1 rue Paganini, dans le 20e.

La parole est à Mme Fadila MÉHAL.

Mme Fadila MÉHAL. - Je vais attendre qu'il y ait un peu de silence, parce que c'est important. C'est un moment de pur bonheur de voir cette dénomination, cet hommage rendu à Janis Joplin, une artiste qui est malheureusement morte trop prématurément. C'est vrai qu'elle fut, si vous voulez bien, pour une génération que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, une figure assez emblématique. Elle est née le 19 janvier 1943 dans le Texas, et malheureusement s'est éteinte le 4 octobre 1970 à l'âge de 27 ans.

C'est vrai que Janis Joplin occupe une place à part dans le monde musical du rock et de la soul. On appelait cela à l'époque la soul psychédélique. Ses performances vocales, sa présence scénique incroyable ont fait de cette artiste reconnue, une artiste classée, je crois, par le "Rolling Stone", 46 dans le top 100 de tous les temps, de tous les artistes.

Son décès, tout le monde le sait peut-être, par overdose, fut aussi à l'image de sa musique, à la fois tumultueuse et tellement inspirante. Cette mort est intervenue, peut-être que ceux qui ont mon âge s?en souviennent, à un moment où en effet Brian Jones, Jimi Hendrix et James Morrison ont disparu. C'était ce que l'on a appelé le Club des 27, qui malheureusement est venu s'enrichir avec Amy Winehouse. Tout simplement pour dire notre admiration et puis cet élan qui n?est pas si manifeste.

Je vous invite à réécouter "Summertime", "La balade de Gershwin", où Janis Joplin à la perfection de son art et de sa voix éraillée, on pouvait dire à cette époque que c'était la reine blanche du blues. Vraiment un grand merci à ceux qui ont pensé à ce jardin.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci, chère collègue.

Je donne la parole, pour vous répondre, à M. Christophe GIRARD.

M. Christophe GIRARD, adjoint. - J'adore ! C'est ma jeunesse. C'est celle de tous les jeunes, mes enfants adorent Janis Joplin... C'est ce que je dis. Je suis plus âgé moi. J'ai précisé que mes enfants adoraient aussi.

Merci, chère Fadila MÉHAL, une fois de plus, cette dénomination "jardin Janis Joplin" attribuée à l'espace vert situé au 1 rue Paganini, j'espère que l'on pourra y faire pousser de la marijuana un jour... Le choix de cette dénomination résulte d?un travail de concertation entre la Ville de Paris et la mairie du 20e arrondissement. Je tiens à remercier particulièrement Catherine VIEU-CHARIER et Mme CALANDRA, la maire du 20e arrondissement.

Il nous est apparu essentiel de rendre hommage à cette artiste hors de pair, si émouvante, si moderne. Cet hommage prend tout son sens cette année cinquantenaire du festival de Woodstock, événement charnière et participant à la révolution des m?urs dès la fin des années 60. Notre jeunesse, notre liberté. Alors que la jeunesse réclamait son droit à la parole partout dans le monde, Janis Joplin était l?une de ses voix. Paris a à c?ur de rattraper le déséquilibre immense pris durant l'histoire ayant conduit à l'invisibilité des femmes ayant marqué l'histoire dans l'espace public. Nous nous attachons donc à mettre en lumière davantage de femmes à travers les dominations de lieux partout dans notre ville. Paris est une femme. La ville est du féminin, loin d'être anecdotique, ce rééquilibrage contribue à montrer aux jeunes Parisiennes que tous les métiers, les carrières et vies sont ouverts.

Mme Antoinette GUHL, adjointe, présidente. - Merci bien.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DEVE 77.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté à l'unanimité. (2019, DEVE 77).