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Juillet 2019
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Conseil Municipal
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.-H.P.) pour la restructuration de service des urgences de Lariboisière (10e).

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2019


 

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Nous examinons à présent le projet de délibération DASES 194. Il s?agit d?une subvention de 400.000 euros et d?une convention avec l?Assistance publique - Hôpitaux de Paris (A.P.-H.P.) pour la restructuration du service des urgences de Lariboisière. Je donne la parole, dans un premier temps, à M. Hervé BÉGUÉ, pour cinq minutes.

M. Hervé BÉGUÉ. - Merci.

Monsieur le Maire, chers collègues, nous saluons ce projet de délibération qui accorde une subvention d?investissement de 400.000 euros pour la restructuration des urgences à Lariboisière. Mais, une fois de plus, nous nous substituons à l?Etat. L?Etat doit assumer ses responsabilités. L?annonce d?une hausse de 700 millions d?euros ne représente que 0,08 % du budget global hospitalier. Ce n?est pas assez au vu de l?urgence de la situation. Depuis de longues semaines, les services d?urgence sont en grève. Nous saluons, d?ailleurs, les salariés en lutte qui défendent leurs intérêts et ceux des patients. Exaspérés, les personnels des urgences se sont mobilisés partout en France pour maintenir la pression sur le Gouvernement après des premières annonces qui débloquent des fonds qui ne représentent que quelques gouttes d?eau dans un océan de mal-être. Cette mobilisation est de plus en plus importante. Elle est rejointe par un plus grand nombre de syndicats et s?étend à d?autres services.

C?est dans ce contexte que le service d?accueil des urgences de l?hôpital Lariboisière prend en charge environ 71.000 patients par an, ce qui en fait le deuxième site d?urgence d?Ile-de-France. Service qui a eu à déplorer un décès d?une patiente, le 18 décembre dernier, suite à plusieurs heures d?attente. Nous en avons tous été choqués. Suite à cet événement déplorable, l?A.P.-H.P. avait fait établir un rapport dont les conclusions faisaient une série de recommandations portant principalement sur la nécessité d?augmenter la surface disponible pour les urgences, mais également d?augmenter le nombre de personnel pour faire évoluer le ratio soignant/patient qui était inférieur à la moyenne parisienne, le ratio parisien étant déjà inférieur aux recommandations professionnelles.

Le Conseil du 10e arrondissement a voté un v?u demandant que l?A.P.-H.P. communique aux élus du 10e arrondissement les mesures prévues pour mettre en ?uvre les recommandations indiquant notamment combien de praticiens seront recrutés et dans quel délai pour atteindre au plus vite le niveau de la moyenne parisienne et s?aligner à terme sur les recommandations professionnelles.

La stratégie foncière qui sera mise en place pour augmenter la surface du S.A.U. de Lariboisière sans réduire l?offre de soins dans les autres secteurs de l?hôpital : où en sommes-nous aujourd?hui ? Qu?a fait l?A.P.-H.P. pour mettre en ?uvre les recommandations concernant les personnels ? Où en est le ratio soignant/patient à l?hôpital Lariboisière ? Si des réponses ne peuvent pas être apportées aujourd?hui, ce que je peux comprendre, il serait bon que l?A.P.-H.P. transmette les éléments aux élus que nous sommes.

Par ce projet de délibération, que bien évidemment notre groupe votera, la Ville de Paris assume plus que sa part pour l?amélioration de la qualité des soins pour les patients et les conditions de travail des agents. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci, Hervé BÉGUÉ. La parole est à Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Monsieur BÉGUÉ, il est vrai que la Ville, dans ce domaine, assume ses responsabilités. Nous avons tous assisté, et d?ailleurs soutenu, le mouvement des urgentistes à Paris, à Lariboisière en particulier, observateurs en proximité que nous sommes, élus du 10e arrondissement, de leur difficulté à exercer leur métier. Ce qu?il faut peut-être dire de plus sur ce projet de délibération, c?est qu'il s?inscrit certainement dans une stratégie de santé de la Ville, qu?il est très important que nous portions tous ensemble, qui consiste non seulement à aider l?hôpital et à soutenir le projet fondateur de service public de la santé, en soutenant également une stratégie de médecine de ville, notamment sous la forme de maisons de santé, d?aide à l?installation de praticiens, qui permette que nous inversions la tendance de désertification médicale à laquelle nous assistons, y compris à Paris.

Il faut que nous aidions les urgences dans leur fonctionnement quotidien. Il faut que nous aidions l?ensemble des professionnels de santé qui contribuent à ce service public de la santé, à offrir à chacun, et notamment aux plus précaires? C?est le cas à Lariboisière. Un pourcentage supérieur à 70 % des patients qui se présentent à Lariboisière correspond à des personnes précaires. Aujourd'hui, il faut que nous puissions avoir cette vision de la stratégie de santé qui nous permette, au plus fin des territoires, d?articuler médecine de ville et médecine hospitalière.

C?est évidemment très volontiers que nous voterons ce projet de délibération, mais en pointant aussi le fait que l?hôpital, s?il joue un rôle déterminant dans la prise en charge des patients, ne peut pas tout, que nous ne devons pas les laisser seul face à l?ampleur des besoins de santé et que nous devons nous engager fermement dans cette installation - on y reviendra dans un instant pour un autre projet de délibération - de centres de santé, de regroupement de praticiens qui peuvent rendre la médecine accessible à tous et soulager les urgences - j?assume ce que je dis - de la partie qui ne leur revient pas et peut être traitée dans de meilleures conditions par des praticiens de secteur 1 installés sur le territoire.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci. La parole est à présent à Mme Léa FILOCHE.

Mme Léa FILOCHE. - Merci, Monsieur le Maire.

Chers collègues, nous alertons depuis des mois sur les difficultés auxquelles sont confrontés nos hôpitaux et plus particulièrement les services d?urgence. Les services publics en général souffrent d?un manque de moyens. Le personnel des hôpitaux tente par tous les moyens d?en alerter l?opinion et les pouvoirs publics. Les mouvements de grève se comptent par centaines. Les revendications sont légitimes et nécessaires pour dénoncer les conditions de travail insupportables, le manque de moyens financiers et humains, la fermeture de lits alors qu?il faudrait en ouvrir davantage.

Malgré les différentes mobilisations et l?intensification des actions, les grévistes du collectif "Inter-Urgences", que je salue ici, estiment ne pas être entendus par le Ministère, et la crise s?enlise. Nous connaissons toutes et tous, j?imagine, les urgences de Lariboisière. On a tous été probablement amenés à devoir s?y rendre pour des raisons diverses, qui, j?espère, se sont généralement bien terminées. Mais on sait tous les conditions dans lesquelles sont accueillis les patients et les patientes aux urgences de Lariboisière. Cela a été dit, c?est le deuxième site d?urgence d?Ile-de-France. C?est aussi un site qui accueille énormément de patients en situation de grande précarité et qui assume des missions bien plus larges que celles pour lesquelles il existe.

Le 18 décembre 2018, une patiente est d?ailleurs décédée dans la salle d?attente du service d?accueil et de traitement des urgences, avant même d?avoir pu voir un médecin. Cette tragédie nous révèle une fois de plus que l?urgence de moyens humains, d?investissements et de rénovations n?est plus un débat. La Ville de Paris s?engage depuis plusieurs années auprès de l?A.P.-H.P. pour soutenir les services d?urgence et l?amélioration de l?accueil de chacun. Il est en effet primordial de contribuer à la réduction du temps d?attente aux urgences et aux opérations de travaux visant à améliorer l?accueil pour la prise en charge des patientes et des patients.

Par l?adoption de ce projet de délibération, la Ville s?engage à participer au financement de la restructuration des urgences du site Lariboisière, situé dans le 10e arrondissement. Ce plan de rénovation s?inscrit plus largement dans un plan d?action global établi par une mission d?enquête diligentée par le directeur de l?A.P.-H.P. et le directeur de l?Agence nationale de santé. Globalement, la mise en ?uvre de ces mesures a pour objectif d?améliorer et de sécuriser l?attente, de permettre une prise en charge plus rapide des patients, d?optimiser l?ergonomie des locaux et des conditions de travail. En tant que collectivité, il est important que nous puissions avoir notre avis à donner, éventuellement que nous puissions contribuer financièrement à améliorer le service public de l?accueil des urgences. Mais nous ne pouvons pas nous substituer à l?Etat. Nous rappelons que l?investissement dans les hôpitaux est nécessaire à Paris, mais aussi à l?échelle nationale, que le manque de moyens pour les services publics se traduit par une baisse de la qualité du service pour les citoyens et les citoyennes sur tout le territoire, alors que l?accès aux soins est un droit qui relève de l?égalité sur tout le territoire.

Il est urgent de répondre aux revendications qui ont été exprimées ces derniers mois par le personnel hospitalier, par les infirmières, les infirmiers, les médecins, les collectifs, les patients. Il est urgent aussi que la Ville de Paris puisse, et cela vient d?être dit par Alexandra CORDEBARD, réfléchir à plus long terme sur sa stratégie de santé pour permettre de soulager l?accueil aux urgences.

Pour ces raisons, nous soutenons assurément ce projet de délibération qui permettra de signer une convention pluriannuelle avec l?A.P.-H.P. et d?attribuer une subvention d?investissement de 400.000 euros au titre de cette opération de restructuration du service d?accueil d?urgence de l?hôpital Lariboisière. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci. Pour conclure les interventions, la parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - On a eu beaucoup d?interventions, dans cette Assemblée, sur les questions de santé, mais il faut reconnaître que concernant l?hôpital public, cela a toujours été à coups de v?ux. Cela n?a jamais été un vrai débat organisé sur la santé à Paris et l?articulation entre hôpitaux et centres de santé. Il n?y a jamais eu un débat en tant que tel organisé. Il faut le reconnaître. Pourtant, ce n?est pas faute de l?avoir demandé. Parce que la Ville de Paris a une responsabilité énorme. De fait, la Ville de Paris, par l?intermédiaire de la Maire de Paris ou de vous-même, son adjointe, vous présidez l?Assistance publique - Hôpitaux de Paris. Vous ne pouvez donc pas faire comme si vous n?avez pas une responsabilité importante.

Quelle est la nature de la crise historique des urgences qui amène et conduit à cette grève historique ? Parce que le personnel n?en peut plus du sous-effectif, des fermetures de lits, d?être acculé à une situation où ces femmes et ces hommes qui se sont engagés ne peuvent pas exercer correctement leur métier. On les met dans des situations de conflit et de souffrance au travail terribles, avec des conditions catastrophiques en termes de santé publique. Il a été rappelé ici qu?une femme est morte dans la salle d?attente des urgences de Lariboisière. Pas plus tard qu?aujourd?hui, les médias ont relaté qu?il y a à peine un mois, dans un autre hôpital, une femme a accouché seule, tellement la situation de sous-effectif conduit à une désorganisation totale.

Dans quel contexte particulier sommes-nous ? Dans une aggravation des politiques d?austérité et de réduction drastique de l?hôpital public, mais aussi dans un leurre terrible de réorganisation de l?hôpital public en faveur de gros mastodontes. C?est la logique de l?hyper-concentration dans de gros hôpitaux. Alors qu?en fait, c?est une logique d?hôpitaux de proximité, associés à une médecine de ville et à des centres de santé, qu?il faut reconstituer, c?est-à-dire la logique inverse de celle qu?imposent le Gouvernement et la direction de l?A.P.-H.P.

Comment est-ce que l?on résout les crises aux urgences ? Oui, en développant des centres de santé et une médecine de ville secteur 1, et pas simplement des maisons de santé - vous savez mon attachement très fort aux centres de santé plus qu?aux maisons de santé - mais aussi en préservant l?hôpital public comme un hôpital de proximité, donc en s?opposant à la nouvelle A.P.-H.P. Ce que vous refusez pour l?instant de faire. Vous refusez de vous opposer à la nouvelle A.P.-H.P. Pire, vous participez au dépeçage de l?A.P.-H.P. Parce que le dépeçage de l?A.P.-H.P. vous donne la possibilité d?avoir accès à du foncier, quitte à mettre du logement social étudiant à l?Hôtel-Dieu - pourquoi pas ? - tout en acceptant une logique d?autofinancement qui est de mettre en place un restaurant gastronomique pour équilibrer financièrement la chose. Vous allez, je ne sais quand, mettre en place la modification du P.L.U. qui permettra, par la suite, à l?A.P.-H.P. de liquider l?Hôtel-Dieu, quand il faudrait au contraire se dire : "Tiens, la question du soulagement des urgences pourrait peut-être être, comme disent les professionnels de l?Hôtel-Dieu, de redéployer les urgences de l?Hôtel-Dieu". On est toujours sur cette même logique et ce débat n?a lieu ni avec les Parisiennes et les Parisiens, ni avec les personnels de santé, ni avec l?Etat, parce que vous cautionnez cette politique du Gouvernement au lieu d?assumer de vous y opposer.

Je voterai ce projet de délibération, il faut mettre des moyens, mais pas d?hypocrisie. Je trouve qu?il y a une hypocrisie du discours de la Ville vis-à-vis de la santé et qui n?est absolument pas à la hauteur de la situation gravissime. La réorganisation d?A.P.-H.P. est une catastrophe en termes de santé publique et une catastrophe également au détriment des conditions de travail des personnels de l?hôpital public.

Je vous remercie.

Comme j?ai encore 40 secondes, cette logique de casse du service public. Sur un tout autre sujet, vous savez qu?en ce moment même, vous avez les professeurs du lycée Cassin qui sont rue de Lobau et doivent être, je l?espère, reçus par l?adjoint Patrick BLOCHE. La défense de nos services publics doit aussi passer par la défense de nos lycées professionnels. Se joue en ce moment, pour la rentrée, la fermeture du lycée professionnel René-Cassin, parce que vous n?avez pas été en capacité d?anticiper les travaux dans les écoles primaires. Je répète ici, publiquement, qu?il ne faut pas que la Ville de Paris abandonne les lycéens professionnels du 16e arrondissement, parce qu?elle n?a pas été en mesure d?anticiper les problèmes de travaux dans l?école primaire et que tout doit être garanti pour que la rentrée scolaire des élèves de l?école primaire soit garantie, ainsi que celle des élèves du lycée professionnel.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Vous avez vraiment dépassé vos minutes.

Mme Danielle SIMONNET. - Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Je vais vous demander d?arrêter. Pour répondre à l?ensemble des orateurs, la parole est à Mme SOUYRIS.

Mme Anne SOUYRIS, adjointe. - Merci, Monsieur le Maire.

Je reviens au sujet, pas celui de l?école, mais, celui, effectivement, du service public. En l?occurrence, le service public hospitalier, en sachant que, pour les urgences, nous avons fait plusieurs choses, pas seulement ces 400.000 euros, qui, pour nous, néanmoins, sont très importants. Vous avez tous rappelé le décès de cette personne qui a eu lieu il y a quelques mois aux urgences de Lariboisière. Cela ne doit plus arriver. Dès que cela est arrivé, nous avons mis en place plusieurs choses, notamment le fait de participer à la rénovation des urgences. Cela était nécessaire pour permettre une amélioration, une sécurisation de l?attente, l?amélioration des circuits et la création de "box", une prise en charge plus rapide des patients, et pour optimiser l?ergonomie des locaux et des conditions de travail. C?était absolument essentiel. Nous le faisons. Cela s?appelle l?urgence.

Nous avons également mis en place plusieurs autres dimensions de cette action. Evidemment, nous ne pouvons pas nous substituer à l?Etat, nous n?avons pas en charge la politique publique des hôpitaux. En revanche, il y a des choses que nous pouvons faire. Nous avons mis en place un conseil local de santé dans le 10e arrondissement qui se veut pilote sur la question du désengorgement des urgences de Lariboisière et de Saint-Louis, avec l?A.R.S., les services de la Ville et tous les acteurs de la Ville. Pourquoi faisons-nous cela ? Parce que nous espérons, en mettant en place un certain nombre de processus défaire les n?uds et résoudre durablement et de manière pérenne cette question.

Cela n?empêche pas - et je finirai mon intervention sur ce point - que la question des urgences et de l?hôpital est importante et ne se résoudra qu?avec une action de l?Etat qui permettra, en particulier, une autre stratégie et une autre tarification que la tarification à l?acte à l??uvre actuellement et extrêmement destructrice. Je vous remercie.

M. Ian BROSSAT, adjoint, président. - Merci.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DASES 194.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DASES 194).