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Juillet 2019
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Conseil Municipal
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2019 DU 80 - Projet "Paris Nord 2024" de modernisation et extension de la gare du Nord (10e). - Avis sur l'étude d'impact et la demande de permis dans le cadre de la consultation préalable des collectivités.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2019


 

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DU 80 relatif au projet "Paris Nord 2024".

La parole est à Mme Alexandra CORDEBARD.

Mme Alexandra CORDEBARD, maire du 10e arrondissement. - Merci, Madame la Maire.

Tant de choses à dire sur ce projet. Il s?agit aujourd?hui, vous l?avez compris, de discuter et de délibérer sur l?étude d?impact de ce projet de la gare du Nord qui est arrivé fort insatisfaisant devant nous. Nous travaillons en négociation ardue, notamment avec Jean-Louis MISSIKA, que je remercie de son soutien très fidèle et de sa pugnacité sur le sujet, qui nous a permis, en négociation et en discussion avec la SEMOP constituée par "Gares & Connexions" et CEETRUS, de voir arriver un certain nombre d?avancées. C?est un projet très compliqué qui vient de voir un événement particulier intervenir dans son déroulement puisqu?à ce stade, la C.D.A.C. vient de voter contre le projet commercial de la gare, que nous dénoncions notamment pour son ampleur depuis de nombreux mois. Nous avions, à de multiples reprises, demandé à la SEMOP, et d?ailleurs obtenu pas assez mais un peu, qu?elle recalibre son projet commercial à l?intérieur de la gare du Nord.

Il y a eu plusieurs avancées significatives dans ces négociations, que je veux pointer et dont je veux dire l?intérêt pour le 10e arrondissement, puisque c?est mon sujet. Le P.U.P., qui a été signé le 9 mai dernier pour un montant de 8 millions d?euros verra une participation, sur les 8 millions d?euros, de 6,5 millions d?euros de la SEMOP, qui contribuera donc à réaménager le quartier qui en a bien besoin. Les discussions se poursuivent pour proposer, autour de la gare du Nord, une évolution de l?espace public qui soit naturellement apaisé et dont tous les flux relatifs aux interconnexions et à l?intermodalité soient retravaillés, pour que cet espace, si contraint autour de la gare du Nord, ne soit plus, comme c?est le cas aujourd?hui, un espace totalement chaotique, envahi par les voitures et par les deux-roues motorisés, et où les piétons et les circulations douces ne trouvent aucun espace et aucune respiration. L?étude d?impact environnemental est une obligation, et heureusement, pour un projet de cette taille. Elle sera suivie, vous le savez, d?une enquête publique d?ici la fin de l?année, qui viendra compléter le début de la concertation ayant commencé au printemps. Les enjeux, pour nous, sont de conserver un bâtiment qui puisse être intégrable dans cette zone si fortement urbanisée, d?intégrer des fonctions d?intermodalité, intermodalité qu?il faut d'ailleurs voir en se projetant dans l?avenir, parce que les besoins d?intermodalité dans 10 ans, dans 20 ans ne seront pas exactement les mêmes qu?aujourd?hui. Nous avons également, y compris à ce stade de l?étude d?impact, des exigences en termes de respect des ambitions environnementales, qui ont évolué grâce aux négociations ardues que nous avons menées avec la SEMOP, mais qui, pour autant, ne sont pas complètement satisfaisantes. De nouveau, comme maire du 10e arrondissement, les négociations, et les discussions même, car c?en est plutôt à cet état. En termes d?organisation du chantier, je vous rappelle que c?est un chantier qui va durer plus de 4 ans, en tout cas au moins 4 ans. Evidemment, son développement a une importance très forte. Les conditions de ce chantier sont actuellement en négociation et tout à fait insuffisamment développées par la SEMOP. A ce stade, pour ma part, je préconise que nous votions ce document, avec toutes les réserves et en continuant à mettre une pression très forte sur cet opérateur qui a appris à nous écouter et à tenir compte de nos remarques pour obtenir pour Paris le meilleur projet possible.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à M. Jérôme GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Oui, il y a des avancées, mais il y a encore beaucoup d?avancées à faire. C?est pourquoi nous appelons à voter contre : pour que les avancées continuent à se faire. Nous avons parlé de la gare d?Austerlitz. Maintenant, nous parlons de la gare du Nord. Nous voulons transformer une gare. Encore faut-il que ces transformations ne se fassent pas au détriment des finances territoriales et des Parisiennes et des Parisiens. L?Etat veut profiter des Jeux olympiques et de l?argent de CEETRUS, l?immobilière d?Auchan, pour concurrencer Londres. Pourquoi pas, mais c?est d?une autre époque. Je pense que M. MISSIKA, qui a beaucoup évolué, sera d?accord sur le fait que c?est un projet d?une autre époque, comme on le disait tout à l?heure sur le 18e arrondissement. Là aussi, c?est un projet d?une autre époque. Il faudrait passer à autre chose.

Paris se meurt de la rentabilité foncière exorbitante. Notre ville se transforme en véritable machine à cash, au détriment de la valeur cardinale de défense des communs qui devrait animer toute autorité publique. Alors a-t-on un intérêt à transformer la gare du Nord en un centre commercial pour voyageurs en transit ? Telle est la question. En cela, l?avis négatif de la Commission départementale d?aménagement commercial du 27 juin dernier nous dit bien qu?il faut changer de projet, et donc, voter contre de façon que CEETRUS nous fasse un autre projet. C?est pourquoi il faut voter contre.

Vu le rapport que cette commission a rendu, nous ne comprenons même pas que ce projet de délibération soit présent à ce Conseil. Après, on sait que ce n?est qu?un avis consultatif, malheureusement, donc nous pouvons passer outre cet avis. On va donner quelques chiffres parce qu?ils parlent d?eux-mêmes sur ce projet d?un autre temps. Ce projet augmente la surface de vente de 3.569 mètres carrés à 19.000 mètres carrés, avec 159 boutiques et kiosques au lieu de 40 aujourd?hui, 8 moyennes surfaces au lieu d?une aujourd?hui. Cette augmentation de 457 % est un facteur 4, alors que le facteur 4, c?est plutôt pour baisser les gaz à effet de serre. En l'occurrence, c?est pour augmenter la surface commerciale. C?est certain que le découplage n?est pas pour demain. Les futures enseignes ne sont pas encore déterminées, mais dans les annexes du dossier, on trouve un "book" de partenaires répertoriant bon nombre d?enseignes souhaitant occuper une coque commerciale au sein de la gare. On peut citer "Aubade", "Citadium", etc. Il y en a beaucoup, et sans doute d?autres qui voudraient bien y venir. Envolés les beaux discours sur le consommer autrement, le soutien des filières locales de l?économie sociale, solidaire et circulaire. C?est pour le papier. Quand on passe aux faits réels, on fait autre chose.

Au niveau du P.L.U., la gare du Nord est située dans un secteur de renforcement du végétal - là, il y a un petit problème - dans un périmètre de localisation d?équipements, d?ouvrages, d?espaces verts publics ou d?installations d?intérêt général à réaliser, ainsi que dans un secteur d?aménagement piétonnier. Nous avons du mal à comprendre en quoi ce projet respecte le P.L.U. Mais bon, c?est que la connexion est CEETRUS. Par ailleurs, alors que nous allons continuer à parler, avec le projet de délibération DU 92, tout à l?heure, des îlots de chaleur, nous ne comprenons pas comment ce projet compte lutter contre les îlots de chaleur et répondre aux enjeux parisiens en termes de transition énergétique, dont on a parlé lundi dernier.

De fait, de nombreuses alertes ont été pointées, parmi lesquelles l?augmentation des déplacements que cette nouvelle organisation et l?ensemble des activités à la gare du Nord généreront, avec 176 livraisons par jour. Vous voyez que l?on parle des nouveaux déplacements, pas des voyageurs qui sont déjà là, mais des camions qui devront alimenter tous ces nouveaux magasins. L?augmentation massive des déchets produits. Bien sûr, s?il y a plus de commerces, il y a plus de déchets. Aujourd?hui, la gare du Nord produit déjà 2.000 tonnes de déchets journaliers et la S.N.C.F. estime que le projet induira à court terme 2.500 tonnes de déchets en plus. On va donc doubler. C?est cela l?économie autrement.

S?agissant de l?espace végétal, les 42 mètres carrés en pleine terre actuellement sont supprimés et remplacés par des terrasses plantées. C?est le truc à la mode. On met la végétation sur les toits. Faut-il encore rappeler que rien ne peut remplacer la pleine terre ? Ce qui est cocasse ou triste, au choix, c?est que cette parcelle est classée en P.L.U. comme zone de renforcement du végétal. Oui, mais pas de pleine terre. Et quid de la nécessaire dédensification de Paris ? On sait que l?on est en désaccord avec M. MISSIKA, donc on va peut-être passer à autre chose. Mais je vais tout de même donner quelques chiffres. On va passer de 75.000 mètres carrés à 136.000 mètres carrés de surfaces plancher - là, c?est sûr que l?on va densifier - ce qui implique une extension de 9.429 mètres carrés de l?emprise au sol du bâtiment sur la parcelle associée à l?activité ferroviaire, faisant passer la surface de l?emprise bâtie de 55.438 mètres carrés à 64.860 mètres carrés, ce qui est une densification considérable dans un endroit déjà très dense.

Force est de constater que les gares s?inscrivent dans un processus de marchandisation contre lequel nous nous portons en faux. Ce projet est révélateur d?une manière de fabriquer la ville sans le quartier et en fonction d?une opportunité foncière. Que la S.N.C.F. veuille se servir d?une infrastructure qu?elle n?a pas construite pour renflouer ses caisses, c?est une chose. Nous ne sommes en rien obligés de souscrire à cette velléité. Pire, ce projet n?est pas isolé, mais se répète dans les autres gares parisiennes. Il y a la gare d?Austerlitz, dont on a parlé tout à l'heure, avec 20.000 mètres carrés de surfaces commerciales supplémentaires. On verra avec la gare Montparnasse, qui prévoit une extension des surfaces commerciales afin d'accueillir une centaine de boutiques. Avec toutes ces surfaces, il va falloir trouver beaucoup d?acheteurs.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Il faut conclure, Monsieur GLEIZES.

M. Jérôme GLEIZES. - Je finis. C?est ma conclusion. Ce projet est dispendieux en tout point de vue, et en cela, totalement anachronique, car il s?inscrit dans une société de consommation du passé, où les citoyennes et les citoyens sont vus comme des consommateurs et les ressources comme une source intarissable. Nous nous opposons à ce projet et voterons donc contre sa création. Merci de votre attention.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à M. Didier LE RESTE.

M. Didier LE RESTE. - Merci, Madame la Maire.

Comme je l'ai déjà indiqué au Conseil du 10e arrondissement, même avec plus de verdure, de végétalisation, disposant d?une diversité de plantations, favorable au développement de la biodiversité, ce qui n?est pas négligeable dans ce secteur, ce projet "Paris-Nord 2024" demeure bien un projet tourné vers le "business", visant des lieux de profit. Rappelons que les services et les espaces commerciaux vont être multipliés par cinq, ce que d?aucuns qualifient d?hyper-commercialisation de la gare, traduisant une certaine privatisation des emprises de cette gare. De ce point de vue, je ne vois toujours rien de significatif en matière de développement des activités de service public ferroviaire, comme des points d?accueil, d?information, de vente de titres de transport, à part l?agrandissement de l?espace transmanche. On sait par expérience que si la situation l?impose, au regard de l?augmentation prévue du nombre d?usagers, de 700.000 aujourd?hui à 800.000 demain et 900.000 voyageurs après-demain par jour qui fréquenteront la gare du Nord, "Gares & Connexions" veut récupérer des surfaces pour y implanter des services ferroviaires nul doute que CEETRUS défendra mordicus ses mètres carrés, voire tentera d?étendre encore plus son emprise.

CEETRUS, filiale d?Auchan appelée "Immochan", au moment de l?appel d?offres, détiendra bien 66 % du capital de la SEMOP, ce qui lui conférera un rôle déterminant dans ce projet. Quand je parlais de "business" et de lieu de profit, les termes ne sont pas trop forts. Ainsi, nous avons été alertés par la presse, il y a quelque temps, qui s?est fait l?écho que la salle de sports prévue dans le projet "Gare du Nord 2024" sera gérée par "Ken Sport", dont l?antenne du 16e arrondissement facture 290 euros la journée de découverte. Depuis, la SEMOP et STATIONORD tentent de nous rassurer en nous indiquant qu?il n?en sera rien dans le 10e arrondissement. Même si le projet initial a pu évoluer grâce à la concertation impulsée par la Ville - il faut le rappeler - et donc, aux propositions qui ont pu y être intégrées, il y a beaucoup de zones d?ombre ou plus exactement des questions restées sans réponses concrètes, voire de nouveaux problèmes qui surgissent et suscitent l?inquiétude et le mécontentement des riverains. Il me faut, à mon tour, rappeler la décision intervenue fin juin de la Commission départementale d?aménagement commercial - la C.D.A.C. - qui a émis un avis défavorable sur l?extension de 16.321 mètres carrés de l?ensemble commercial situé au sein de la gare du Nord. C?est un élément de plus à prendre en compte.

L?implantation d?un bureau de poste, que nous avons demandée, et soutenue par nombre de riverains, est soumise à des démarches de la SEMOP auprès de la direction de la Poste, sans autre précision. Connaissant la tendance imprimée par la direction de la Poste, à savoir fermer des bureaux plutôt que d?en ouvrir, nous ne sommes pas convaincus, tant s?en faut. Idem pour la faisabilité d?une meilleure liaison de la gare du Nord au boulevard de la Chapelle renvoyée à des études, là aussi présentées de façon assez vague. Sur l?impact des travaux, notamment des nuisances occasionnées aux riverains, pour l?heure, l?approvisionnement du chantier est uniquement prévu par camions, avec, au bas mot, 28 poids lourds par jour. Rappelons tout de même que les travaux de la gare du Nord vont se dérouler de façon concomitante avec ceux du nouvel hôpital Lariboisière. Ces rotations de camions vont s?ajouter à la circulation des véhicules de livraison qui vont sérieusement augmenter du côté du boulevard de la Chapelle comme de celui de la rue de Maubeuge.

Quand j?indiquais que de nouveaux problèmes surgissaient, je voulais parler de l?augmentation de 13 % de la circulation des bus. On passe de 846 circulations de bus par jour à 950 de la gare de l?Est à la gare du Nord par le Faubourg Saint-Denis, et 650 circulations dans l?autre sens. Cette situation est due, dans le cadre du projet "Gare du Nord 2024", à la suppression de la rampe longeant la gare du Nord qu?empruntaient les bus partant de la gare routière R.A.T.P. pour sortir rue de Dunkerque et se diriger notamment vers le boulevard de Denain, et corrélativement à la mise en double sens du Faubourg Saint-Denis. C?est là un véritable problème qui suscite un grand mécontentement des riverains, comme ils l?ont exprimé dans une réunion publique tenue dernièrement à la mairie du 10e arrondissement. D?autre part, de façon plus spécifique, je sais qu?au niveau de la S.N.C.F., des questions surgissent sur l?exécution des travaux de nuit, notamment l?installation de passerelles, et sur les conditions de restitution des installations pour assurer le service des trains de voyageurs conformément au plan de transports.

Pour terminer, je pense qu?il est nécessaire d?en savoir un peu plus sur la composition des comités de suivi qui sont censés être organisés avec les riverains pour limiter les nuisances, comme le stipule le projet de délibération sur lequel nous nous exprimons actuellement. Nous demeurons opposés sur le fond au contenu de ce projet, notamment sur le volet "business" de la privatisation des espaces. Même si nous sommes d?accord sur la nécessité d?engager des travaux de réaménagement de la gare du Nord et de ses abords, nous considérons que ce projet n?y répond que partiellement, n?intègre pas des questions lourdes ou des difficultés d?y répondre correctement.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Il faut conclure, Monsieur LE RESTE.

M. Didier LE RESTE. - Dans la mesure où le projet de délibération qui nous est soumis porte, entre autres, sur l?avis du Conseil sur la demande du permis de construire, et prenant en compte la récente décision défavorable de la C.D.A.C. en cohérence avec notre position de fond exprimée depuis le départ, nous voterons contre ce projet de délibération.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à M. Yves CONTASSOT.

M. Yves CONTASSOT. - Merci, Madame la Maire.

Nous avons déjà eu l?occasion de nous exprimer sur le projet d?extension de la gare du Nord porté par la SEMOP, "Paris Nord 2024", fruit d?un mariage entre la S.N.C.F. et "Auchan", via sa filiale CEETRUS. Il nous est aujourd?hui demandé de donner un avis favorable à l?étude d?impact environnemental et à la demande de permis de construire. Comment pourrions-nous considérer que ce projet n?aura aucun impact sur son environnement ? Ce projet, en effet, est contraire à tout bon sens et à tous les principes que nous exprimons sans cesse dans cet hémicycle. Certes, on nous parle d?un nouveau parking à vélos, mais ce n?est pas - vous l?avez compris - ce qui nous chagrine. C?est une très bonne chose, une évidence même, au sein d?un pôle de mobilité que représente une gare. Nous sommes d?accord pour garder le parking à vélos dans ce projet, ainsi que l?éco-station bus et l?espace logistique urbain. Vous voyez, ce n?est pas tout ou rien.

Malheureusement, ces quelques améliorations, ainsi que les saupoudrages programmatiques culturels ou solidaires, ne peuvent nous faire oublier le reste et l?essentiel du projet. Sous justification d?améliorer les conditions de circulation à l?intérieur et aux abords de la gare, le projet prévoit en effet de créer comme par magie 60.000 mètres carrés de surfaces de plancher. Il ne s?agit pas moins de cinq niveaux au-dessus du terminal des départs dédiés - je cite - "à des espaces commerciaux de "coworking", une salle de sport, des espaces de restauration, d?animation culturelle, et des terrasses végétalisées ouvertes au public". Nous sommes sauvés.

Nous regarderons en détail la répartition de la totalité du projet final de 136.000 mètres carrés. 42.133 mètres carrés de commerces, 32.914 mètres carrés de bureaux, 4.035 mètres carrés de résidences hôtelières, 57.444 mètres carrés d?espaces complémentaires, dont 1.135 de services, d?exploitation, 2.897 de services voyageurs et 22.692 mètres carrés d?espaces de circulation, soit, je résume pour notre Assemblée, 31 % de la surface totale de la gare dédiée aux commerces, 24 % aux bureaux, 3 % à l?hôtellerie. Au final, seulement 42 % de la surface dédiée aux services complémentaires nécessaires au fonctionnement des lieux, au service aux voyageurs, à la circulation des personnes. Les espaces de circulation des personnes, précisément leur optimisation, étaient pourtant l?une des principales justifications du projet, mais ne représenteront à la fin que 16 % de la surface finale. Bref, tout le monde est plus ou moins allègrement servi dans ce gâteau sorti de cinq étages qui viendront couronner la gare du Nord. Celle-ci ne sera officiellement plus majoritairement une gare, mais avant tout un centre commercial et d?activité, ou un pôle d?attractivité métropolitain, comme on dit dans la novlangue et comme l?indique le projet de délibération.

La logique économique et financière, derrière ce projet, est claire. Comment, dans ces conditions, croire que le projet "Gare du Nord 2024" n?aura pas d?impact sur le quartier et son environnement ? Une telle densification de bureaux et d?activités, avec les flux supplémentaires qu?elle va générer à proximité, comme cela a été dit de l?hôpital Lariboisière, va impacter fortement la vie des riverains ainsi que le climat et l?augmentation de la fréquentation de l?activité, donc des consommations d?énergie, couvertes à 70 % seulement par des énergies renouvelables. Sans compter la phase de chantier, qui, en réalité, mériterait que l?on en parle longuement puisqu?elle va non seulement imposer dans ce secteur déjà dense des nuisances qui nous sont tant reprochées ces temps-ci pour les projets d?intérêt général - je cite le projet de délibération : "compte tenu de l?ampleur du chantier, les nuisances risquent d?être importantes" - mais également être source de pollution atmosphérique et climatique, via le transport et l?utilisation des matériaux de construction. Le transport par fret des matériaux n?est même pas garanti - pourtant, on parle d?une gare - pas plus que l?utilisation des matériaux bas carbone.

J?ai déjà évoqué, dans mon intervention sur la gare d?Austerlitz, notre vision de la densification des quartiers parisiens. Il s?agit bien encore ici de bétonisation, ne vous en déplaise. En aucun cas, une telle construction massive et concentrée de commerces et de bureaux n?agit dans l?intérêt des Parisiennes et des Parisiens. Les riverains de la gare du Nord ne respireront pas mieux. Leur qualité de vie se trouvera dégradée par ce nouveau temple dédié au consumérisme. Il s?agit bien uniquement des intérêts financiers des branches immobilières de la S.N.C.F, et surtout d?"Auchan", que nous servons par ce projet de délibération en nous inscrivant une fois encore dans les logiques de spéculation immobilière et commerciale qui sous-tendent ce type de projet. Alors que tant de gares et de lignes ferment ces derniers temps partout en France, nous réitérons notre opposition et que la S.N.C.F. devrait se concentrer sur ses missions de service public que sont les mobilités ferroviaires, le fret et le transport de voyageurs. C?est bien là l?utilité première d?une gare que d?accueillir des voyageurs et de leur offrir des services. Paris ne manque ni de commerces, ni de bureaux.

Nous, nous voterons donc, bien sûr, contre ce projet de délibération.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci. La parole est à Mme Danielle SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Bienvenue à Paris. Bienvenue à Paris si vous prenez l?avion. Le groupe A.D.P., peut-être privatisé demain, sera transformé en centre commercial. Si vous venez à Paris par le R.E.R., grâce aux mandatures DELANOË-HIDALGO, vous rentrez par le grand centre commercial des Halles. Si vous venez à Paris par la gare du Nord, bientôt vous rentrerez aussi par le futur grand centre commercial de la gare du Nord. Donc, soit vous passez par "Vinci", soit par "Unibail", soit par CEETRUS-Auchan. Voilà, finalement, l?étroitesse de la vision de la Ville : on laisse la ville se transformer en un centre commercial géant, on laisse la financiarisation faire main basse sur la ville, au lieu d?avoir une pensée, une réflexion sur les usages de la ville et une co-construction de ses usages avec les habitants. Y a-t-il eu, dans cet arrondissement, des habitants qui ont fait des réunions et des manifestations pour dire : "on veut beaucoup plus de commerces et de centres commerciaux", "on souhaite que la gare du Nord soit transformée en centre commercial" ? Je n?ai absolument pas d?écho sur ce point, mais peut-être que les élus du 10e arrondissement me diront que j?ai tort et qu?en fait, oui, réunion après réunion, les gens ont revendiqué des commerces et même de luxe. Parce que dans le quartier de la gare du Nord, on veut des commerces de luxe. Pourtant, c?est ce que l?on va avoir. On va avoir beaucoup de commerces, mais en plus, pas de n?importe quelle nature.

Et pourtant, voilà ce qui va se passer. Tout simplement, parce que l?on est dans une logique de machine à cash. Cinq étages de machine à cash pour du commerce, pour des bureaux, pour des hôtels. Finalement, on fait croire que l?on va faire toute une série de travaux pour améliorer ce qui serait nécessaire : la circulation, la fluidité, le quartier, repenser l?inscription de la gare dans son territoire urbain, la façon dont on traverse la ville, réfléchir sur les équipements dont on aurait besoin. Au final, ce n?est pas de cela dont il est question dans le projet de délibération.

Néanmoins, je voudrais tout de même féliciter ceux qui ont rédigé ce projet de délibération, parce que vous vous êtes donné du mal. Quand je lis un paragraphe comme celui-ci : "Des terrasses arborées et un belvédère constitueront des espaces plantés ouverts au public. La palette végétale y sera exclusivement originale en application du "Plan Biodiversité", afin de concilier paysage et biodiversité. Les strates végétales seront diversifiées et une densité arborée variable permettra d?alterner des zones de lumière, d?ombre et de fraîcheur. Les épaisseurs de substrat varieront de 20 centimètres pour les substrats de toiture non accessibles, à 1 mètre pour les espaces plantés d?arbres". On pourrait continuer ainsi pendant longtemps parce qu?il y en a de bonnes tartines. Honnêtement, on se moque de nous. C?est joliment écrit, cela fait rêver, il y a vraiment des bons petits paragraphes. Mais on sait qu?en vérité, là n?est pas la réalité du projet de la gare du Nord. Le projet de la gare du Nord, c?est : comment permettre à CEETRUS de se faire un pognon de dingue ? Voilà la vérité. Les habitants ne s?y sont pas trompés et ne sont pas d?accord avec cela. Pour reprendre tout à zéro, il faudrait commencer par le commencement. Que veulent les habitants ? Quels sont leurs besoins ? Co-élaborer cela d?abord. Ensuite, que l?on nous fasse vraiment des études détaillées d?agenda, des courriels, des besoins, des requalifications de l?espace public, et ne pas prendre le problème à l?inverse qui est d?abord : combien d?argent cela peut générer pour les intérêts privés ?

Vous l?aurez compris, je voterai contre ce projet de délibération. C?est une bonne chose que la C.D.A.C. ait voté contre le projet commercial. Continuons le rapport de force. Que les habitantes et les habitants continuent leur détermination à s?opposer à cette financiarisation de nos communs.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci. Pour vous répondre, la parole est à M. Jean-Louis MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Merci à tous les intervenants.

C?est un dossier difficile, peut-être le plus difficile que j?ai eu à traiter de toute la mandature, tout simplement parce que la Ville de Paris, dans cette affaire, n?a pas la main. Il faut tout de même le rappeler. Nous devons choisir entre différentes postures. La première chose à rappeler, c?est que l?état actuel de la gare du Nord n?est pas satisfaisant, que ce soit en matière de sécurité, de propreté, de confort des voyageurs et d?accessibilité. Tout un quartier souffre des nuisances générées par cette gare et nous ne pouvons pas nous satisfaire du statu quo. Je pense qu?il y a un consensus sur la nécessité d?un projet.

Ce projet est ce qu?il est, c'est-à-dire qu?il est porté et financé par la S.N.C.F. Il relève d?un permis délivré par l?Etat. La question est donc posée : c?est le positionnement du Conseil de Paris. On peut choisir, et je la comprends très bien, la position de principe qui a été défendue par un certain nombre d?orateurs. Soit nous nous opposons à ce projet et nous brisons le dialogue, mais il faut avoir à l?esprit que nous n?avons pas la possibilité de l?empêcher et de l?amender, parce qu?il relève d?une décision de la S.N.C.F. et d?un permis Etat. Soit nous essayons de l?améliorer, de négocier avec la S.N.C.F., d?obtenir des avancées pour la Ville et pour les riverains. Moi, j?opte pour cette seconde solution et j?invite cette Assemblée à le faire. Il est très clair, dans mon esprit, que ce projet doit évoluer. Sa densité, sa programmation commerciale, les flux générés et leur typologie, la gestion de l?intermodalité, la gestion du chantier ne sont pas, à ce jour, satisfaisants et nous manquons de garanties.

Pour toutes ces raisons, il ne vous a pas échappé que les représentants de l?Exécutif municipal se sont abstenus lors de la C.D.A.C. - tout comme ceux de l?opposition, je dois le noter - qui a donc, de ce fait, donné un avis négatif à cause du vote des associations. Nous avons insisté auprès de la SEMOP pour qu?une concertation soit organisée avant le dépôt du permis. Nous souhaitons aujourd'hui que tous les éléments soulignés par les riverains - et ils ont été nombreux - et par les représentants des usagers de la S.N.C.F. soient négociés avec le porteur de projet. Nous avons déjà obtenu des avancées, même si elles se voient peu, en matière de dédensification, d?insertion de toilettes publiques, d?augmentation de la vélo-station, cher Yves CONTASSOT, en termes de nombre de vélos.

En ce qui concerne la prise en compte de l?intermodalité - je voudrais insister sur ce point - pour le moment, la situation ne fonctionne pas du tout. Cependant, je crois qu?il nous reste des marges de man?uvre. Nous avons déjà négocié deux éléments importants avec la SEMOP : un plan urbain partenarial qui contribuera de manière conséquente au réaménagement des espaces publics environnants. Ce réaménagement est nécessaire quand on pense à la rue de Dunkerque, au boulevard de Denain, aux différents carrefours à proximité immédiate de la gare.

Nous avons également signé un protocole d?engagement avec la SEMOP et la S.N.C.F. qui nous permet de négocier des éléments importants, tel qu?un local solidarité, des capacités supplémentaires pour les vélos - je l?ai dit - des engagements sur l?association de la Ville de Paris au choix des commerces sur la dimension "Fabriquer à Paris". Sur le sujet clé qu?est l?intermodalité, nous avons demandé à la S.N.C.F., en partenariat avec la R.A.T.P. et "Ile-de-France Mobilités", de lancer de nouvelles études sur le sujet de la pose/dépose des taxis et V.T.C., car nous sommes persuadés qu?il faudra trouver des solutions radicalement différentes pour sortir de l?encombrement actuel et que beaucoup de ces solutions résident dans le parking EFFIA. Nous voulons avoir un vrai parvis de gare piétonnisé, ce qui n?est pas le cas actuellement. Le dialogue avec "Gares & Connexions" continue. Je tiens à votre disposition un courrier de son directeur général qui va plus loin que le protocole, notamment en diminuant la surface commerciale de 1.000 mètres carrés - c?est un bon début - et en instaurant un comité de suivi sur la stratégie commerciale afin de débattre des enseignes choisies. L?avis du Conseil de Paris sur cette étude d?impact est purement consultatif. Il conditionne donc la possibilité d?une poursuite de dialogue. Je considère que ce dialogue est fondamental pour que le projet de la gare du Nord améliore l?environnement et que le Conseil veille à son caractère d?intérêt général. Seule la Ville de Paris pourra porter cela. Pour ces raisons, je vous invite à émettre un avis favorable et à poursuivre la négociation parce que je pense que c?est la seule solution. Merci.

Mme Célia BLAUEL, adjointe, présidente. - Merci.

Je mets donc aux voix, à main levée, le projet de délibération DU 80.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DU 80).

2019 DU 92 - P.L.U. de Paris. - Lancement de l'élaboration d?une orientation d?aménagement et de programmation pour le climat. Voeu déposé par le GEP relatif à l'utilisation de l'O.F.S. comme outil de la transition énergétique. Voeu déposé par le GEP relatif aux espaces libres et verts. Voeu déposé par le GEP relatif aux rénovations thermiques du patrimoine immobilier. Voeu déposé par Mme SIMONNET relatif à une révision générale du P.L.U.