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Juillet 2019
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Conseil Municipal
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Démocrates et Progressistes à Mme la Maire de Paris relative à la densification.

Débat/ Conseil municipal/ Juillet 2019


 

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous poursuivons avec la question posée par le groupe DP.

Monsieur Mao PENINOU, vous avez la parole.

M. Mao PENINOU. - Merci, Madame la Maire.

Chers collègues, 700.000? 700.000 hommes et femmes, c?est un quart de la population parisienne il y a 50 ans ; c?est la réduction du nombre de Parisiennes et de Parisiens sur les 50 dernières années.

Paris, notre ville, a perdu un quart de sa population en 50 ans. Les raisons, nous les connaissons : augmentation de la taille des appartements, diminution du taux d?occupation de ces mêmes appartements. C?est une tendance lourde. Elle a été stoppée au début des années 2000 par la mise en chantier de grandes Z.A.C. venues remplacer les grandes zones de service urbain ou les zones industrielles dans le 12e, le 13e, le 15e, le 17e ou le Nord-Est parisien. Aujourd?hui, cette baisse de la population a repris.

700.000 Parisiennes et Parisiens de moins, et ce, alors que la population française augmente, alors que la population d?Ile-de-France augmente, alors que la crise du logement est toujours plus forte dans notre pays. Pourtant, semaine après semaine, mois après mois, nous voyons augmenter, se multiplier les demandes de dédensification de la Capitale, au point qu?un esprit taquin - que je ne suis évidemment pas - pourrait se demander combien il faudra encore supprimer de Parisiennes et de Parisiens pour que certains se sentent bien dans notre ville.

Flambée des loyers, départs vers la banlieue, étalement urbain, artificialisation des sols, boom des transports, voilà quelles sont les conséquences aujourd?hui de la réduction de la population dans une ville comme Paris.

Alors oui, bien sûr, je sais que c?est un débat aujourd?hui difficile, que l?on a du mal à supporter parfois ses voisins ou imaginer en avoir plus. Oui, évidemment, il faut verdir Paris et introduire beaucoup plus de nature, mais faut-il le faire sur ce que sont des services, la voirie ou des espaces publics ? Ou faut-il le faire en supprimant ou en ne construisant pas des logements pour les Parisiennes et les Parisiens ?

Ce débat, nous l?avons depuis longtemps mais il semblait que la majorité avait une position, votre Exécutif. Or, au dernier Conseil de Paris, après avoir abandonné en rase campagne le projet de Ménilmontant, nous avons une vraie question - elle traverse tous les groupes politiques - mais c?est vous, Madame la Maire, qui êtes aujourd?hui aux manettes et c?est à vous et à votre exécutif que je pose la question : quelle est votre position et quelle est votre politique ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Monsieur PENINOU.

Je donne la parole à Jean-Louis MISSIKA, pour vous répondre.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - D?abord, je voudrais féliciter Mao PENINOU pour la qualité de sa question et lui dire qu?il est très courageux aujourd?hui de défendre le principe de dédensification. Je ne peux que lui dire bravo. Je remarque tout de même que sa question est d?une qualité intellectuelle largement supérieure à la question précédente et je m?interroge sur les difficultés qu?il y aura à faire une alliance entre ces différentes sensibilités politiques mais n?anticipons pas ! Je trouve que la question?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Laissez répondre M. MISSIKA.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Attendez, j?ai le droit d?exprimer une opinion, je suis désolé !

Mao PENINOU?

S?il vous plaît !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Ne jouez tout de même pas les étonnés, les surpris !

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Mao PENINOU pose une question de densité et remonte 50 ans en arrière. Il a raison parce que les questions de démographie sont des questions de longue durée. J?aimerais simplement lui rappeler que, au début du XXe siècle, on comptait 3 millions d?habitants à Paris?

Même quand je donne un fait comme celui-là, on m?interrompt ! On est chez les dingues ! Je suis désolé !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Au Conseil de Paris.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Pouvez-vous me laisser un peu ?

Il y avait donc 3 millions d?habitants à Paris au début du XXe siècle et il n?y avait pas de salle de bains dans les appartements à Paris. Quand on s?est mis à faire des salles de bains, la densité de la population a diminué?

S?il vous plaît !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Un instant, si vous voulez sortir, vous sortez ! Ne perturbez pas la séance !

Merci de ne pas écouter la réponse ; elle va se poursuivre.

Oui !

Allez, Jean-Louis MISSIKA, poursuivez cette histoire urbaine architecturale de Paris !

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Au moins, il y a un peu d?ambiance dans cet hémicycle.

Non, pas en pleine réponse !

Vous demanderez une interruption de séance après.

Non, pas pendant ma réponse !

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Non, vous n?interrompez pas la réponse. C?est moi qui fais la police de séance : un orateur est en train de parler, on l?écoute !

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Madame la Maire, je constate que j?ai 1 minute 42 de temps de parole et que je n?ai toujours pas commencé ma réponse?

M?autorisez-vous à déborder un peu ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Allez-y, répondez.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - Je voudrais parler d?une personnalité exceptionnelle : Jane Jacobs, urbaniste, philosophe, militante pour les droits de l?homme américaine. Son ?uvre a profondément marqué l?histoire de l?urbanisme. Elle s?est opposée au modèle moderniste, notamment au zonage de Le Corbusier, mais elle s?est également opposée à un concept très en vogue quand elle écrivait dans les années 1960, à savoir la cité-jardin. Ce qu?ont en commun ces modèles, celui de Le Corbusier ou celui de la cité-jardin, ce sont l?absence de densité et le zonage.

Jane Jacobs dit qu?il y a deux facteurs clés pour faire fonctionner une ville, pour que l?on s?y sente bien, en sécurité, pour que l?on rencontre des personnes différentes : la densité et la diversité d?usage. C?est précisément ce qui fait la qualité urbaine de Paris, sa "marchabilité", sa beauté. La densité est le premier atout de notre ville, j?insiste sur ce point parce qu?il est essentiel. Notre devoir, en tant qu?élus locaux, est donc qu?aucun quartier parisien?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Attendez, je veux bien que vous vous offusquiez d?une réponse mais, si vous perturbez la séance en n?écoutant pas cette réponse, il y a tout de même quelque chose qui ne tourne pas rond. Vous pouvez parler à l?extérieur. Vous aurez, après les questions d?actualité, l?occasion de vous exprimer. Nous sommes maintenant dans les questions d?actualité et nous écoutons la réponse de l?Exécutif.

M. Jean-Louis MISSIKA, adjoint. - La densité, c?est ce qui fait la qualité urbaine de Paris, sa "marchabilité", sa beauté. C?est le premier atout de notre ville. Je crois que notre devoir, en tant qu?élus locaux, est qu?aucun Parisien ou quartier ne soit exclu de ce modèle de ville. Certaines zones construites ultérieurement au modèle haussmannien ne bénéficient malheureusement pas de la densité et de la diversité commerciale des pieds d?immeuble qui font que l?on se sent en sécurité et que l?on profite de la proximité. Il est donc de notre responsabilité de rendre ces zones plus mixtes et de leur amener de l?intensité urbaine.

Notre deuxième responsabilité est de bâtir des nouveaux quartiers là où il n?y a pas d?intensité urbaine alors qu?il devrait y en avoir. Je pense, bien sûr, aux derniers délaissés aux portes de Paris qui marquent autant de frontières au sein de Paris et entre Paris et les villes voisines. Si nous construisons, à Bercy-Charenton ou Gare des Mines, des quartiers sans densité ou sans intensité, nous échouerons car ces quartiers ne connaîtront pas ce qui fait le c?ur même des organismes parisiens.

Quand je dis "sans densité", il faut savoir que les plans urbains que nous avons prévus sont déjà beaucoup moins denses que l?haussmannien, puisque la densité de Bercy-Charenton sera équivalente à celle de Suresnes. Vouloir quelque chose d?encore moins dense, c?est condamner un quartier à ne pas avoir de commerces de proximité, à ne pas être un lieu de passage, ni de destination.

Parler de densité n?a d?ailleurs de sens qu?à l?échelle du Grand Paris. Or, à cette échelle, promouvoir des quartiers denses est le premier geste écologique puisqu?il permet de lutter contre l?étalement urbain, un fléau en matière d?artificialisation des sols et d?urbanisme asservi à l?automobile.

Ce que nous portons est donc un nouvel équilibre. Apporter de la densité aux quartiers délaissés, rééquilibrer les quartiers déjà très denses en les végétalisant, en les débitumant, en apportant des forêts urbaines - oui, j?assume ce terme de "forêt urbaine" qui se définit justement par rapport à la densité de végétalisation. La forêt urbaine d?Otemachi à Tokyo, reconnue en tant que telle, s?étend sur 3.600 mètres carrés. Leur implantation à Paris transformera notre paysage.

L?urbanisme est un problème de dosage, de recherche d?un équilibre et d?un équilibre fin. Le nouvel équilibre à Paris se définit en quatre éléments : amener de la densité dans les délaissés urbains ; créer une densité végétale au sein de la densité bâtie, ce qui veut dire rééquilibrer le végétal par rapport au minéral au c?ur de Paris ; débitumer et débétonner partout où c?est possible ; et apporter toujours plus de mixité sociale et de mixité fonctionnelle. Il n?y aura pas de meilleur hommage à Jane Jacobs si nous appliquons ce programme. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Jean-Louis MISSIKA, pour cette excellente réponse.

Monsieur PENINOU, merci beaucoup. VIII - Question d'actualité posée par le groupe "Génération.s" à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la pollution au plomb suite à l'incendie de la cathédrale Notre-Dame, le 15 avril 2019. XI - Question d'actualité posée par Mme SIMONNET à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative aux risques sanitaires de pollution au plomb suite à l'incendie de Notre-Dame.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Nous avons deux questions d'actualité que nous pouvons regrouper parce qu?elles renvoient toutes les deux à la question du plomb à Notre-Dame.

Ecoutez, le bruit de fond, cela va !

Nous continuons?

Vous n?êtes pas seul au monde, Monsieur DUBUS, heureusement d?ailleurs ! Nous avons ici des travaux avec beaucoup d?autres sujets. Si vous pouviez avoir la courtoisie d?écouter vos collègues, ce serait formidable.

Deux questions d'actualité, la n° 8 et la n° 11, concernent notamment la question du plomb et Notre-Dame.

Je donne d?abord la parole à Mme Léa FILOCHE pour sa question, puis à Mme SIMONNET.

Mme SOUYRIS vous répondra.

Mme Léa FILOCHE. - Madame la Maire, Monsieur le Préfet, mes chers collègues, alors que nos députés et sénateurs n?arrivent pas à se mettre d?accord sur le projet de loi encadrant la restauration de la cathédrale Notre-Dame - projet de loi rédigé, lui, extrêmement rapidement, voire à la va-vite -, nous sommes très inquiets par les informations révélées par le journal "Mediapart" au sujet des quantités massives de plomb libérées lors de l?incendie du 15 avril dernier ayant entraîné de fortes pollutions dans tout le quartier.

Au moins 300 tonnes de plomb ont fondu à l?occasion de ce drame. Le plomb fondu se retrouve aujourd?hui dans des poussières et dans les sols des environs de la cathédrale, mais pas seulement : les vents l?ont emporté vers l?ouest de Paris et les pluies ont causé une probable pollution de la Seine?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Fermez cette porte ! Voilà? Merci.

Mme Léa FILOCHE. - Des taux de plomb de 400 à 700 fois supérieurs à la limite autorisée ont été détectés à l?intérieur et aux alentours de la cathédrale. Ces chiffres, Monsieur le Préfet, n?ont été communiqués que trop tardivement.

Chercheuse à l?I.N.S.E.R.M. et spécialiste de la santé publique, Mme Annie THÉBAUD-MONY a déclaré : "Cette pollution est abyssale. Il y aura des victimes".

Selon les informations, le taux de concentration de ce métal lourd toxique a pu être relevé par plusieurs laboratoires, notamment d?ailleurs celui de la Préfecture de police de Paris. Comme le signale l?Institut national de recherche et de sécurité, l?I.N.R.S., une exposition régulière au plomb peut entraîner des conséquences graves pour la santé. Cette substance peut conduire à des encéphalopathies ou des neuropathies allant jusqu?au décès. Un cas de contamination au plomb a déjà été identifié. "Cette pollution invisible ne touche pas que les enfants, ni les femmes enceintes", affirme la chercheuse, sans parler des cancers qui vont probablement se déclencher dans 30 ans.

Bien que les autorités connaissent les risques, il a fallu attendre deux semaines après l?incendie, soit le 27 avril, pour que la Préfecture de police et l?Agence régionale de santé invitent les habitants du quartier à nettoyer leurs habitations avec des lingettes humides et à consulter leur médecin si nécessaire. Nous considérons que les mesures de précaution ont été beaucoup trop tardives et nous ne comprenons pas qu?aucune mesure légale n?ait été prise pour protéger les riverains, les commerçants et les salariés. Il leur a seulement été conseillé de lancer des opérations de nettoyage et de décontamination à l?eau. Nous nous inquiétons du renvoi vers des actions individuelles alors que cela relève de la sécurité sanitaire et même du principe de précaution.

A ce stade, trois associations - celle des familles de victimes de saturnisme, "Robin des Bois" et l?Association "Henri-Pezerat"- envisagent de saisir la justice afin d?obtenir les résultats des prélèvements. Il paraît tout de même incroyable de devoir en passer par là en 2019 ! Monsieur le Préfet, plusieurs questions se posent aujourd?hui. Nous demandons, comme les associations, une cartographie précise des retombées de plomb, ainsi qu?un dispositif de dépistage accessible, clair et transparent en fonction de cette cartographie. Nous souhaitons aussi savoir quel dispositif de prévention de contrôle et de protection des riverains, des salariés et des commerçants va être mis en place sur le périmètre. Nous souhaitons également savoir quel dispositif de contrôle et de décontamination va être mis en ?uvre pour récupérer les déchets de poussière. Les Parisiennes et les Parisiens, les salariés et les commerçants ont droit à une information précise et claire sur la présence du plomb et sur une éventuelle intoxication d?eux-mêmes ou de leurs enfants, et sur les conseils pour éviter que l?intoxication ne s?aggrave. C?est une urgence. Je vous remercie.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Madame FILOCHE.

Madame SIMONNET, vous avez la parole.

Mme Danielle SIMONNET. - Je tiens à préciser que cette question s?adresse autant au Préfet de police de Paris qu?à la Maire de Paris car nous faisons face, dans cette affaire, à un terrible scandale, j?oserais dire un silence de plomb dont la Préfecture de police, le Ministère de la Culture, l?A.R.S. et la Ville de Paris sont co-responsables.

Ce silence et cette inaction sont quelque part comparables à des silences post-Tchernobyl ou post-Fukushima : les situations étaient extrêmement graves et les informations n?ont pas été transmises sur l?ensemble des principes de précaution à mettre en ?uvre.

Après l?incendie, 400 tonnes de plomb contenues dans la toiture et la flèche de la cathédrale sont parties en fumée, polluant l?édifice et ses environs. L?enquête du journal "Mediapart" affirme que des prélèvements effectués début mai, à l?intérieur et aux alentours de Notre-Dame, ont mis en évidence des taux de plomb 400 et 700 fois supérieurs au seuil autorisé.

Dans un premier temps, l?A.R.S. a tenté de démentir ces informations tout en concédant finalement que l?incendie a provoqué une pollution au plomb dans les alentours de la cathédrale, ce qui constitue un "événement sanitaire inédit" pour reprendre ses termes. Elle a affirmé que les relevés indiquaient des taux inférieurs au seuil réglementaire. L?A.R.S. concède cependant que le laboratoire central de la Préfecture de police a réalisé plusieurs dizaines de prélèvements de poussière dans l?espace public parisien. Ces prélèvements montrent ponctuellement des valeurs élevées. Or, le journal "Mediapart" nous apprend que les informations sur les taux de pollution auraient été sciemment cachées aux citoyennes et aux citoyens - une décision qui aurait été prise dans une réunion où la Mairie de Paris était présente.

Or, on sait que les conséquences pour la santé peuvent être dramatiques. Annie THÉBAUD-MONY, chercheuse à l?I.N.S.E.R.M., explique qu?il faut absolument un suivi médical ; qu?une exposition régulière au plomb peut entraîner des conséquences graves pour la santé : le saturnisme ; que l?intoxication par inhalation ou ingestion peut, selon la gravité, entraîner des troubles digestifs, des lésions du système nerveux ou encore des problèmes de stérilité pouvant aller, comme l?a dit ma collègue précédemment, jusqu?au décès.

Quelles sont précisément les valeurs des relevés de plomb à l?intérieur et autour de Notre-Dame et dans l?espace public parisien ? Les résultats des prélèvements seront-ils rendus intégralement publics et accessibles à toutes et à tous, et pas seulement par une procédure de saisie de la C.A.D.A. ? Une étude indépendante publique et transparente, accessible à tous, est-elle prévue pour garantir l?information indispensable des citoyens et mettre en place des mesures adéquates ? Quelles mesures sont mises en place pour assurer la protection des ouvriers, de l?ensemble de celles et ceux qui travaillent sur le chantier ? L?inspection du travail a-t-elle été saisie pour assurer la mise en place des mesures adéquates aux risques pour tous ceux qui travaillent aux alentours, y compris dans la Préfecture et dans les commerces ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Il faut conclure, Madame SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Quelles mesures sont envisagées pour préserver la population des risques sanitaires graves suite à des prélèvements portant des valeurs élevées ?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci.

Monsieur le Préfet de police, vous avez la parole, puis Mme SOUYRIS.

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Madame la Maire.

Dans cette affaire, l?incendie est intervenu le 15 avril. Dès le 17 avril, j?ai fait faire des prélèvements : une campagne de mesure de la qualité de l?air et des prélèvements au sol. Il faut bien comprendre cette différence pour aborder sereinement le sujet de la santé publique.

Aucun prélèvement, en matière de qualité de l?air, ne démontre des traces de plomb, et pour cause : le métal est suffisamment lourd pour retomber au niveau de ses particules. Le sujet est un sujet de contamination de sol. Je rappelle que ce que vous décrivez, Madame la Conseillère, quant au risque du plomb, est en cas d?ingestion dudit plomb. C?est un cas de figure qui peut assez peu vraisemblablement se produire dans l?espace public, mais plutôt dans le cas où des personnes, marchant dans l?espace public contaminé, ramènent le plomb chez eux. S?ils en mettent sur la moquette, cela pose un problème sanitaire pour leurs enfants en bas âge, mais à cette condition seulement. Je ne peux pas laisser dire que les personnes se promenant dans l?espace public et n?étant pas dans cette situation sont susceptibles d?être en risque car marcher sur du plomb ne présente strictement aucun risque.

C?est bien pour cela que, dès le lendemain de cet incendie, j?ai établi un périmètre de sécurité. J?observe qu?il a été jugé sévère, mais il me paraissait absolument nécessaire, dès le soir de l?incendie, de procéder de cette façon. J?ai reçu de nombreuses demandes pour lever le périmètre de sécurité assez rapidement. Aujourd?hui, j?ai à peu près tout levé en fonction des résultats que me donnaient les différentes enquêtes, à l?exception du parvis.

Vous avez tout à fait raison, Madame la Conseillère : l?intérieur de la cathédrale et le parvis sont toujours dans des situations de pollution significative. A l?intérieur de la cathédrale, cela relève bien évidemment du contrôle de l?Inspection du travail. L?ensemble des travaux diligentés par la D.R.A.C. se font avec les précautions pour les travailleurs soumis à des dispositifs de cette nature. Le parvis est toujours interdit puisque je ne peux pas lever l?interdiction, nonobstant les demandes pressantes que je reçois, tout simplement pour cette raison. Il faudra s?assurer que les taux constatés de plomb sont redescendus dans une moyenne adéquate?

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Pardon, Monsieur le Préfet.

Voulez-vous bien fermer cette porte ? Merci !

M. LE PRÉFET DE POLICE. - Je vous en prie.

? afin que le parvis puisse être rouvert le plus rapidement possible.

Vous posez une autre question, celle des autres contrôles faits à l?intérieur des habitations. Je rappelle que l?A.R.S. a non seulement ouvert des consultations de plombémie à l?Hôtel-Dieu pour les riverains mais a également identifié une dizaine de logements dans lesquelles ont été réalisées des enquêtes environnementales. Celles-ci n?ont pas mis à jour de concentration problématique. En tout état de cause, j?ai conseillé, avec le directeur général de l?A.R.S., que les personnes qui ont des jeunes enfants prennent des précautions de nettoyage, dont nous avons expliqué la nature des modalités de nettoyage devant être suivies. Nous nous les sommes appliqués à nous-mêmes, à la Préfecture de police, puisqu?il ne vous a pas échappé que le jour du sinistre, de façon assez inhabituelle, le vent allait dans la direction de l?ouest. Par conséquent, la Préfecture de police, notamment tous les bureaux en façade, a été soumise aux retombées. Nous avons procédé donc aux travaux nécessaires. Pour votre bonne information, j?ai d?ailleurs proposé à l?ensemble des fonctionnaires de la P.P. le souhaitant de pouvoir suivre cette consultation de plombémie, s?ils en jugeaient le besoin nécessaire.

Il m?a semblé être assez transparent dans les communiqués publiés, mais vous soulevez une question dont j?ai compris, à la lecture de "Mediapart", qu?elle était assez mal interprétée : la cartographie de référence. Par souci de bien faire, nous avons fait réaliser dans d?autres endroits de Paris des analyses de concentrations de plomb. La difficulté que nous rencontrons et qu?il ne faut pas sous-estimer, c?est qu?il n?existe pas de valeur de référence puisque c?est une première. A ma connaissance, dans l?espace public, le problème ne s?était jamais posé. Il y a effectivement un certain nombre d?endroits dont les concentrations de plomb ne sont pas au standard, mais d?où viennent-elles ? De Notre-Dame ? D?incendies précédents ou de je ne sais quel autre phénomène qui expliqueraient ces taux de plomb sur les espaces publics, c?est-à-dire sur les trottoirs ou sur les voies de circulation, supérieurs à ce qu?il faudrait ?

Je partage votre conclusion : je ne vois que des avantages à publier cette cartographie de référence et je le conseillerai comme tel au directeur général de l?A.R.S., qui a la compétence en la matière, pour que nous puissions le faire au plus vite afin que tout un chacun ait accès à ces résultats.

Je voudrais vraiment rassurer l?ensemble de nos concitoyens, des habitants de Paris et de ceux qui y viennent également : cette affaire de plomb est extrêmement désagréable mais il n?y a aucun danger pour la vie des uns et des autres, sauf vraiment à? peut-être pas lécher les trottoirs, mais se mettre dans des situations qui ne sont pas celles d?un comportement usuel. Voilà ce que je peux vous dire, Mesdames et Messieurs.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci, Monsieur le Préfet.

Madame SOUYRIS, vous avez la parole.

Mme Anne SOUYRIS, adjointe. - Merci, Madame la Maire.

Je suis très heureuse qu?il y ait ces deux questions car il n?y a actuellement pas de pollution au plomb permettant de confirmer une contamination avérée de personnes, hormis un cas. Il se trouve qu?il y avait chez ce petit garçon, positif au plomb, une contamination fréquente au plomb qui n?avait rien à voir avec le drame arrivé à Notre-Dame.

Néanmoins, il y a un principe de précautions à avoir ; il est absolument essentiel. A Paris, nous n?avons pas du tout faibli, depuis le départ de cette question et dès que cela s?est posé. Les réunions qui ont eu lieu, dont certaines ont été mentionnées dans "Mediapart", entre la Préfecture de police, l?A.R.S. et les services de la Ville de Paris, sont absolument essentielles à maintenir - elles continuent - et ont amené à prendre un certain nombre de décisions.

Ces décisions pour la Ville de Paris ont été importantes puisque nous avons, avec nos services, participé à des enquêtes de détection de plomb dans les appartements concernés et préconisés par l?A.R.S. Nous avons également, dans les écoles attenantes et se trouvant à moins de 500 mètres de Notre-Dame, fait des enquêtes sur la question de la plombémie, y compris dans les écoles et les crèches privées afin d?avoir la certitude que les choses se passaient bien. Par ailleurs, dans le 4e arrondissement, une réunion d?information avec les habitants et un certain nombre de préconisations auprès des citoyens et des commerçants ont été faites assez rapidement.

Néanmoins, il reste évidemment des problématiques. Comme cela a été dit, la question est de savoir à quel moment la quantité de plomb devient dangereuse pour la santé. C?est quelque chose qui n?est pas encore sûr ; nous avons encore un manque de connaissance sur cette question. Il est vrai que la question de Notre-Dame est une première ; elle n?a pas eu d?équivalent nous permettant d?avoir des données comparables. Nous n?avons pas non plus des données de plombémie précédant l?accident.

Actuellement, nous avons, à mon sens, plusieurs devoirs. Le premier est un devoir de transparence. Le dernier Conseil de Paris avait demandé une cartographie, des informations en temps et en heure ; c?est absolument essentiel pour que chacun - la collectivité, bien sûr, l?Etat, mais aussi chaque citoyen - puisse pouvoir agir en fonction des connaissances que nous lui donnons.

Le deuxième devoir est de pouvoir mettre à la disposition de chacun les moyens de pouvoir faire une détection, des diagnostics. Comme cela a été indiqué, cela a été fait à l?Hôtel-Dieu. J?ai demandé à l?A.R.S. que cela soit élargi non pas seulement aux femmes enceintes et aux enfants qui habitaient sur l?île de la Cité, mais à l?ensemble des personnes qui habitent ou qui travaillent aux alentours de Notre-Dame. C?était déjà très important. Notre réseau de P.M.I. a également effectué et continue d?effectuer des plombémies et de donner des conseils aux familles. Nous devons le continuer.

Il reste également la dimension de la dépollution. Il y a évidemment la question du parvis, mais aussi celle de la rue de la Cité, qui a été réouverte au public alors que, selon mes renseignements, les taux de contamination des sols étaient à peu près les mêmes que sur le parvis. J?ai eu comme assurance d?Aurélien ROUSSEAU, le directeur de l?A.R.S., que de nouveaux prélèvements seraient effectués pour vérifier s?il y avait un danger équivalent, auquel cas il demanderait que la rue soit fermée comme le parvis. Ces questions de dépollution sont évidemment essentielles : il va falloir dépolluer le parvis. Pour l?instant, ce n?est manifestement pas le cas. Une demande a été faite auprès de la D.R.A.C. pour qu?il y ait une nouvelle dépollution parce que celle qui a eu lieu n?était pas du tout suffisante. Il faudra soit recouvrir, soit faire une dépollution de fond. Ce sera certainement quelque chose de cet ordre pour la rue de la Cité.

Enfin, il reste la question des terres, celles du jardin derrière Notre-Dame et du mémorial, encore derrière. Il faudra réfléchir à comment changer cette terre. Tout cela est une entreprise encore en cours.

Je peux vous dire une chose, au nom de l?Exécutif : nous sommes très vigilants. Nous tiendrons les engagements de transparence et d?interpellation pour que tout se passe pour le mieux. Vendredi prochain, prochaine date de notre réunion avec la Préfecture de police, l?A.R.S. et les différents services, nous continuerons de dire à quel point nous serons vigilants et nous exigerons que la cartographie soit vraiment publiée la semaine prochaine comme cela a été promis.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame SOUYRIS. Merci pour ces réponses complètes. Plus vite nous aurons dépollué le parvis, mieux nous nous porterons. Il y a toujours un risque de déplacement de ces pollutions mais qui n?ont évidemment rien à voir avec des pollutions d?accident nucléaire. Ce sont des pollutions bien connues de l?inspection du travail, avec des risques liés non pas à l?inhalation, mais au toucher et à l?ingurgitation directe de poussières de plomb, provoquant le saturnisme. Je pense qu?il faut aussi être dans la vérité scientifique. On peut toujours faire peur aux populations mais notre devoir est d?informer, ce que nous faisons et continuerons à faire, et aussi de ramener toujours à la réalité scientifique de ces contaminations.

Madame FILOCHE ?

Mme Léa FILOCHE. - Merci.

Je vous rejoins, Madame la Maire : il faut partir des vrais chiffres et de la réalité. C?est pour cela que nous demandons de la transparence dans cette période. Dans la période à venir, beaucoup interviendront dans et autour la cathédrale ; cela doit pouvoir se faire en toute sécurité pour les habitants, les commerçants, les salariés. La question du principe de précaution n?est pas simplement là pour agiter un drapeau : nous avons tous en tête plusieurs scandales qui n?ont été révélés qu?une fois que quelqu?un ait dit ce qu'il en était, je pense à l?amiante. Faisons vraiment attention et ne prenons aucun risque sur la question. Le meilleur moyen pour cela est d?être entièrement transparent.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - Merci beaucoup, Madame FILOCHE.

Madame SIMONNET ?

Mme Danielle SIMONNET. - Oui, il faut de la transparence et de l?information publique sur l?ensemble des données. Par exemple, sur le pont et la fontaine Saint-Michel, des prélèvements montraient des seuils entre 20 et 400 fois supérieurs au seuil réglementaire. Il faut absolument que nous ayons ces éléments.

Je suis ravie d?entendre Mme l?adjointe parler de la décontamination du parvis de la cathédrale. Il me semble que la Mairie de Paris - du moins, c?est ce que relate "Mediapart" - avait proposé de décontaminer le parvis de la cathédrale avec un chantier de deux semaines, estimé à 450.000 euros. Il fallait d?ailleurs, pour cette phase de décontamination, que les ouvriers portent des scaphandres ; le Ministère de la Culture et la Préfecture auraient arbitré de ne pas le faire. Est-ce une vraie ou une fausse information ? Il faut absolument une bonne information, une transparence et le principe de précaution. Ce qui est écrit, dans cet article de "Mediapart", c?est que la santé de celles et ceux qui travaillent sur le chantier n?est absolument pas protégée. Ce qui est écrit est extrêmement inquiétant.

Mme LA MAIRE DE PARIS. - L?Inspection du travail y veille, pour m?être rendue sur le chantier moi-même et avoir vu les mesures de précaution prises.

IX - Question d'actualité posée par le groupe "100% Paris" à Mme la Maire de Paris et à M. le Préfet de police relative à la mobilisation de Paris et de la Préfecture de police contre les féminicides.