Précisez votre recherche (les choix sont cumulatifs) :
> PAR ANNÉE  
Avril 1999
> PAR TYPE DE CONSEIL (MUNICIPAL / GÉNÉRAL)  
> Type de document (Débat / Délibération)  

15 - VI - Question d'actualité de M. Claude LAMBERT et des membres du groupe " Rassemblement pour Paris " à M. le Préfet de police relative à la gravité des événements qui se sont déroulés depuis jeudi soir dans le 18e arrondissement, et à l'insécurité dont sont victimes les riverains de cet arrondissement

Débat/ Conseil municipal/ Avril 1999


M. Michel ROUSSIN, adjoint, président. - Nous passons à la question d'actualité de M. LAMBERT à M. le Préfet de police au nom du groupe " Rassemblement pour Paris " concernant l'insécurité dans le 18e arrondissement.
M. Claude LAMBERT. - Merci, Monsieur le Maire.
Mes chers collègues, depuis jeudi soir, le secteur du square Léon dans le 18e, à quelques mètres de l'église Saint-Bernard, vit des soirées mouvementées. Le suicide regrettable d'un jeune Africain de 19 ans avec son arme, un 357 Magnum, a provoqué des actes de vandalisme inadmissibles. D'autres secteurs aussi ont été touchés comme la porte de la Chapelle ou le poste de police des Abbesses.
Voitures brûlées, renversées, saccagées, des cocktails Molotov et des pavés jetés sur les forces de police, éclairage public neutralisé rajoutant ainsi à l'insécurité : telle est la situation dans ce quartier de la Goutte-d'Or.
Je précise aussi que des incidents se multiplient autour de ce fameux square Léon depuis de nombreux mois : la drogue, les vols, la provocation sont les plaies de ce secteur qui risque de basculer dans une zone de non droit comme cela se passe dans certaines banlieues difficiles. Les riverains doivent être protégés, comme leurs biens d'ailleurs, grâce à des effectifs de police renforcés.
(M. le Maire de Paris reprend place au fauteuil de la présidence).
Je souhaite que M. le Préfet fasse le point sur la situation qui menace d'empirer si des mesures de dissuasion et de répression ne sont pas prises rapidement. Par exemple inclure Paris dans les 26 départements prioritaires, face à l'insécurité, comme aurait dû le faire le Ministre de l'Intérieur dont les actes ne sont pas à la hauteur de ses propos médiatiques.
(Applaudissements sur les bancs du groupe " Rassemblement pour Paris ").
M. LE MAIRE DE PARIS. - Merci, cher collègue.
Je donne la parole au Préfet de police.
M. LE PRÉFET DE POLICE. - Merci, Monsieur le Maire.
Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, le 9 avril dernier, à 1 heure du matin, un équipage de police se rendait sur appel au square Léon dans le 18e. Les policiers constataient la présence d'un groupe de 4 jeunes gens dont l'un en état de grande excitation tenait un revolver qu'il pointait alternativement sur lui-même et sur les policiers.
Après avoir parlementé pendant une dizaine de minutes, les policiers décidaient d'intervenir en raison du caractère extrêmement dangereux de la situation.
Toutefois, dans l'échauffourée, l'individu porteur de l'arme a réussi à se tirer une balle dans le thorax, balle qui a traversé son corps et a blessé grièvement l'un des jeunes qui l'accompagnait.
La Police judiciaire, puis l'Inspection générale des services, ont été saisis de l'enquête par le Procureur de la République de Paris.
Les éléments de l'enquête et les résultats de l'autopsie ont formellement établi qu'aucun des fonctionnaires de police n'avait fait usage de son arme et que le coup de feu mortel a bien été tiré sur lui-même par l'individu qui, malheureusement, est mort.
Un témoin confirmait les intentions suicidaires de l'auteur du coup de feu, expliquant qu'en larmes il lui avait remis deux lettres la veille, le 8 avril 1999 vers 22 heures, lettres dans lesquelles il manifestait son intention de mettre fin à ses jours. Ainsi, il apparaît que les fonctionnaires de police qui ont réalisé cette intervention délicate ont agi avec sang-froid et courage au péril de leur propre vie.
Cependant, il était prévisible que, saisissant ce prétexte, des jeunes délinquants habitant dans le secteur allaient se livrer à diverses provocations contre les forces de l'ordre et à des exactions contre les biens. Ainsi dans la soirée du 7 au 10 avril, environ une centaine de jeunes gens particulièrement agressifs se sont effectivement retrouvés aux abords du square Léon vers 21 heures 30, un engin incendiaire a été lancé sur un car de police et 5 véhicules ont été incendiés. L'action rapide des forces de l'ordre a permis d'obtenir la dispersion de ce groupe très virulent. J'ai intensifié les moyens mis en place pour les jours suivants, notamment lors des soirées des 10 et 11 avril.
Les interpellations et les observations qui ont été effectuées ont bien montré que ces individus appartiennent aux bandes de délinquants du 18e arrondissement, plus particulièrement des quartiers de la Goutte-d'Or et de la Chapelle.
Parmi eux, nombreux sont connus pour être impliqués dans des actes de violence et dans le trafic de drogue. Leur comportement très déterminé vise manifestement à tenter d'intimider la police et à obtenir son éloignement de ce secteur afin qu'ils puissent se livrer plus facilement à leurs méfaits habituels (trafic de drogue, racket, violence).
La tactique employée relève de la préméditation avec un objectif permanent de harcèlement de la police.
En conclusion, je voudrais insister sur trois points.
En premier lieu, je lance un appel au calme, à la sagesse et à l'ordre, conditions nécessaires pour le retour à la paix publique. Je sais pouvoir compter sur l'engagement des élus et des associations pour agir dans ce sens. J'exprime ma confiance aux fonctionnaires de police, qui ont agi avec sang-froid et professionnalisme.
J'en appelle ensuite aux jeunes eux-mêmes à qui je demande de ne pas céder à l'irrationnel et de ne pas adopter un comportement passionnel. La violence les conduit dans une impasse et leur fait tourner le dos à leur avenir.
Enfin, il est clair que nous avons affaire à des tentatives de déstabilisation organisées par de petits groupes de voyous, vendeurs de drogue et racketteurs, que nous perturbons dans leurs turpitudes.
Monsieur le Maire, Mesdames, Messieurs les Conseillers de Paris, nous ne nous laisserons pas faire et nous nous opposerons sans faiblesse à leurs coupables activités.
Les forces de l'ordre n'abandonneront pas le terrain. Je suis décidé à maintenir le dispositif aussi longtemps qu'il le faudra pour faire échec à ces actes totalement injustifiables. Je le dis très tranquillement, très clairement et très fermement.
(Applaudissements sur les bancs de l'Assemblée).
M. LE MAIRE DE PARIS. - Nous suspendons la séance de Conseil municipal.