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Avril 1999
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40 - 1999, CABRI 8 - Subvention à l'association " Archipel prestations " (11e). - Montant : 400.000 F

Débat/ Conseil municipal/ Avril 1999


M. Pierre GABORIAU, adjoint, président. - Je passe au projet de délibération CABRI 8 accordant une subvention à l'association " Archipel rrestations ", dans le 11e, pour un montant de 400.000 F.
La parole est à M. BLET en l'absence de Mme BILLARD.
M. Jean-François BLET, au lieu et place de Mme Martine BILLARD. - Monsieur le Maire, 1999 est l'année du Maroc en France.
Il faut rappeler qu'une première tentative de réaliser un tel projet pour 1991 avait avorté. Le contexte où elle avait été menée était celui de la mobilisation en France pour dénoncer les violations des Droits de l'Homme au Maroc : le maintien en détention de centaines de prisonniers d'opinion, la pratique généralisée de la torture, la révélation des conditions abominables vécues par les embastillés de Tazmanart, le sort des disparus, furent autant d'événements mis en avant pour dissuader les autorités françaises de ne pas s'engager dans une opération qui aurait eu pour effet de masquer ces réalités, de passer sous silence l'indigne et l'inacceptable.
Dès lors, les autorités marocaines n'avaient eu d'autre choix que de retirer leur projet. Et voilà que, 7 ans après, elles le remettent en selle, dans un contexte qu'elles doivent juger plus favorable cette fois-ci. C'est que, depuis 1991, elles ont mis en place les éléments d'une nouvelle stratégie politique (libération d'un grand nombre de prisonniers, libération de la vie politique, gouvernement dit d'alternance, aveux concernant le décès d'une partie des disparus). En outre, elles disposent d'un atout majeur qui avait fait défaut auparavant : l'adhésion des autorités et de nombreuses institutions françaises qui ont engagé d'énormes moyens humains et matériels dans la réalisation de ce projet.
Le pouvoir marocain veut donc mettre à profit cette manifestation pour renforcer la nouvelle image qu'il veut donner de lui-même : celle d'un pouvoir qui a réglé le contentieux en matière des Droits de l'Homme et qui s'est engagé résolument dans la voie de la pratique démocratique.
Une interrogation s'impose. En organisant cette manifestation, le pouvoir s'est-il converti subitement à la culture vivante marocaine alors qu'il l'a combattue et marginalisée pendant plus de 30 ans ?
Si l'on parvenait à faire un état des lieux marocains depuis l'indépendance, on se rendrait compte que le domaine de la culture est un des plus sinistrés. La démission de l'Etat est patente. Des pans entiers de la création culturelle sont à l'abandon et ne doivent quelques belles réalisations qu'au courage et à l'abnégation d'une poignée de créateurs.
Une telle désaffection à l'égard de la culture vivante n'est pas fortuite. Pendant longtemps, la pensée critique et la création culturelle au Maroc ont constitué un pôle de résistance au pouvoir, qui les a payées en retour par le mépris et une rancune tenace.
La culture makhzen officielle est passéiste. Elle puise ses références dans les valeurs féodales et traditionalistes. La création culturelle vivante, elle, s'est très tôt engagée dans la voie de la modernité et a mis en avant sa fonction critique et son esprit d'indépendance. Le conflit entre les deux pôles était donc inévitable. Il s'est traduit, là encore, par plusieurs vagues de répression qui ont fait taire les meilleures tribunes littéraires et de réflexion que le pays ait connues.
Les esprits libres, rebelles, sont condamnés à la marginalité et se trouvent à Paris dans les tenailles de l'exil, qu'il soit intérieur ou extérieur.
Les Verts considèrent que cette manifestation officielle se fera au détriment de l'autre Maroc, celui de la culture insoumise, du combat conséquent pour les Droits de l'Homme et la démocratie, des initiatives autonomes de la société civile.
Notre souci est de faire en sorte que la voix de cet autre Maroc ne soit pas étouffée dans un pays qui se définit comme la patrie des Droits de l'Homme et de la liberté de la culture. Mais, plus largement, nous nous inscrivons dans un combat contre l'impunité des responsables de la torture, des " disparitions " et assassinats politiques au Maroc et pour le respect de la mémoire de toutes les victimes de la répression que le pays a connue depuis 40 ans.
M. Pierre GABORIAU, adjoint, président, au lieu et place de M. Michel ROUSSIN, adjoint, au nom de la 7e Commission. - En l'absence de Michel ROUSSIN, je vous dirai que, sans prendre le détail des dossiers, c'est une exposition pluridisciplinaire de la création contemporaine. Nous le passons en Conseil aujourd'hui parce que cela a lieu à partir du 27 mai. Le budget total est de 1.850.000 F, c'est une convention de 400.000 F.
Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération CABRI 8.
Qui est pour ?
Contre ?
Abstentions ?
Le projet de délibération est adopté. (1999, CABRI 8).