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Juin 2005
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Conseil Municipal
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2005, SG 48 - Autorisation à M. le Maire de Paris de signer une convention relative à l’attribution d’une subvention à l’association “Mouvement contre le Racisme et l’Amitié entre les Peuples” (10e). - Montant : 30.000 euros.

Débat/ Conseil municipal/ Juin 2005


 

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Nous passons à l?examen du projet de délibération SG 48. Il s?agit d?accorder une subvention à l?association ?Mouvement contre le racisme et l?amitié entre les peuples?, 30.000 euros.

Il y a deux inscrits, Mme DUBARRY et M. BOHBOT. C?est Mme HIDALGO qui répondra.

Madame DUBARRY, vous avez la parole.

Mme Véronique DUBARRY. - Je vous remercie, Monsieur le Maire.

Nous ne pouvons que nous féliciter de la présentation de ce projet de délibération qui nous permet de débattre aujourd?hui de la question des Roms en Ile-de-France.

En effet, ce projet de délibération nous propose d?attribuer une subvention au ?M.R.A.P.? qui souhaite organiser en novembre prochain un colloque assorti ou suivi d?une exposition sur les gens du voyage.

Je reviendrai plus particulièrement sur la population Rom car il me semble que quelques précisions s?imposent. Les Roms roumains ne sont ni des gens du voyage ni des nomades. Ce sont des sédentaires qui ont fui les discriminations et l?exclusion dont ils sont victimes dans leur pays.

Il n?est pas inutile de rappeler que les Roms ont été sédentarisés de force et réduits à quelque chose qui ressemble à de l?esclavage durant de nombreux siècles dans les principautés roumaines. Malgré une loi récente contre les discriminations, les Roms sont, aujourd?hui, traités par la population roumaine majoritaire comme méprisables, ils sont encore parfois interdits d?accès dans certains lieux publics, ce qui n?est pas sans rappeler certaines lois de ségrégation heureusement abolies depuis. Les lois en question les relèguent à des activités de survie et leur interdisent toute promotion sociale.

Dans une Roumanie qui se remet de fait difficilement du régime Ceausescu, en proie à des difficultés économiques importantes, les Roms sont touchés par l?exclusion puisque près de 80 % d?entre eux sont au chômage. Sans ressource, sans assurance maladie, parfois expulsés et chassés de leur village, force est de constater, qu?ils ne peuvent, en Roumanie, assurer dignement leur subsistance. C?est dans ce contexte que les premiers migrants Roms sont arrivés en France dès 1989. Ils seraient, c?est un conditionnel qui prévaut, près de 4.000 en Ile-de-France actuellement. Ils ne bénéficient d?aucun hébergement et s?installent donc, à défaut de mieux, par leurs propres moyens, dans ce qui devient des campements. C?est dans ces conditions et ici, ou dès leur voyage, que commencent à intervenir les réseaux qui les exploitent.

Ainsi commence la confusion qui les fait étiquetés nomades ou gens de voyage alors que de fait ils n?ont jamais vu une caravane en Roumanie. Les Roms vivent ainsi dans des bidonvilles, dans des conditions sanitaires déplorables, ne pouvant accéder aux droits élémentaires, tel que l?obtention de la C.M.U. ou de l?A.M.E. faute de domiciliation.

Sans statut ils ne peuvent donc ni travailler, ni se former, ni percevoir d?indemnités, alors même qu?ils vivent parfois depuis plusieurs années, en France. Ils sont donc contraints de trouver des ressources pour subvenir à leurs besoins. Certains travaillent au noir, d?autres vivent de la mendicité ou font des petits commerces entre la France et la Roumanie et parfois, bien évidemment, n?ont d?autres choix que de rejoindre des réseaux délinquants.

Il n?est pas dans mon propos de nier l?existence de ce type de réseaux, mais s?ils défraient la chronique, ils ne sont souvent que le sommet visible d?une exclusion et d?une précarité bien réelle et bien installée.

 

Il est bien aisé de couvrir d?opprobre toute une communauté, plutôt que de se poser des questions essentielles et de tenter de trouver des solutions appropriées.

Les expulsions incessantes, les interventions répétées des forces de l?ordre, les reconduites à la frontière ont, depuis quinze ans, fait la preuve de leur totale inefficacité. Les Roms partent, reviennent et reviendront car malgré tout, l?espérance d?améliorer leurs conditions de vie reste ici en France.

Il est donc urgent de poser publiquement la question du devenir de ces Roms de France, de mettre, enfin, un accueil en place conforme à la dignité humaine et que ceux qui les souhaitent puissent accéder à un logement décent et accéder aux droits fondamentaux, dont notre pays est si fier.

Il est urgent que la Commission des gens du voyage qui s?est déjà réunie à plusieurs reprises, se réunisse à nouveau et que des réflexions qui ont été l?aboutissement du travail de cette commission soient suivies de propositions concrètes à l?échelle régionale.

Je vous remercie.

 

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Madame DUBARRY.

Monsieur BOHBOT, vous avez la parole.

M. Jack-Yves BOHBOT. - Merci, Monsieur le Maire.

 

Mon intervention n?aura pas la même tonalité que celle de l?oratrice précédente. Je suis, bien sur, favorable aux principes qui consistent à rappeler et à dénoncer toutes attitudes racistes, notamment celles contre les gens du voyage. J?étais à Auschwitz, il y a quelques semaines, avec des membres de notre Assemblée et je n?oublie pas que des dizaines de milliers de tziganes y ont été massacrés par les nazis et leurs alliés.

Mais mon propos concerne le ?M.R.A.P.?. On peut légitimement s?interroger sur le chemin parcouru par cette association depuis sa création en 1949 par des militants, souvent communistes, et souvent juifs. Les prises de position des dirigeants de cette association et surtout de son secrétaire général, les dérapages verbaux, les indulgences à l?égard de certains errements antisémites, les ambiguïtés rhétoriques, la critique systématique de l?Etat d?Israël dont le ?M.R.A.P.? a fait un de ces thèmes privilégiés d?action et le soutien affiché à l?égard de thèses islamistes ne laisse pas d?inquiéter les authentiques militants antiraciste, y compris, au sein même de cette association.

S?agissant de la loi sur la laïcité, on se demande si c?est bien le rôle d?une association antiraciste que d?encourager de jeunes Françaises à s?opposer à la loi de la République et de soutenir le combat des islamistes. Même interrogation quand M. AOUNIT demande en janvier dernier la pénalisation du blasphème. Et je ne m?attarderai pas sur les remarques désobligeantes de M. AOUNIT, à l?égard du président du Conseil régional d?Ile-de-France. Tous ces comportements, ces dits et ces non-dits, nous interpellent sur les véritables objectifs de cette association qui semble plus préoccupée par le combat intégriste que par la lutte contre le racisme.

Le ?M.R.A.P.? ne vit que de l?argent public, celui de l?Etat et des collectivités territoriales. Il est de notre responsabilité de financeur, de demander des comptes à une association qui a dévié de sa fonction initiale. C?est la raison pour laquelle je ne voterai pas cette subvention au ?M.R.A.P.?.

(Applaudissements sur les bancs des groupes U.M.P. et Union pour la démocratie française).

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Monsieur BOHBOT.

Mme HIDALGO va répondre aux deux orateurs.

Mme Anne HIDALGO, première adjointe, au nom de la 1ère Commission. - Je commencerai par une réponse à l?intervention de M. BOHBOT.

Il est clair que face à des propos, des messages contraires aux lois de la République, il est de la responsabilité de tout responsable politique de le dire, de le dénoncer et d?en faire part à son auteur.

Lorsque les problèmes se sont posés il y a maintenant près d?un an, chacun d?entre nous a été amené à dire clairement, non pas au ?M.R.A.P.? en tant que tel, mais à tel ou tel responsable qui avait tenu des propos qui nous paraissaient contraire à l?éthique républicaine que cela n?était pas acceptable quelle que soit l?autonomie, l?indépendance, bien évidemment, d?un mouvement associatif par rapport au mouvement politique.

Je voudrais vraiment vous rassurer sur ce point, chaque fois qu?il y aura des propos ou des dérapages qui contiendront une dimension mettant en cause nos principes républicains et portant atteinte à telle ou telle personne ou catégorie de personnes, ou groupes de personnes, nous en ferons la remarque comme nous l?avons toujours fait.

Là, il s?agit d?une subvention qui ne vise pas à financer le fonctionnement de l?ensemble du ?M.R.A.P.?, mais qui vise bel et bien à financer une opération, extrêmement utile comme l?a justement fait remarquer Véronique DUBARRY, sur la connaissance des Roms, la connaissance des tziganes, des gitans, des manouches. Ce colloque que le ?M.R.A.P.? organisera en novembre 2005 est un colloque qui vient véritablement à point nommé, pour faire connaître la culture, les problématiques, les discriminations, dont sont victimes les gens du voyage et nous avons besoin de ce type d?événements qui sera d?ailleurs accompagné d?une exposition présentée à la mairie du 2e arrondissement.

Je voudrais d?ailleurs remercier Jacques BOUTAULT de l?offre qu?il a faite de sa mairie pour cette exposition. Ensuite il y aura une présentation dans les établissements scolaires parisiens de cette exposition et des messages antiracistes que véhicule cette exposition.

Voilà, Monsieur, je voulais en tout état de cause vous rassurer si besoin était sur ce point et dire que pour nous, le financement de cette manifestation à hauteur de 30.000 euros par la Ville de Paris s?inscrit pleinement dans ce travail que nous faisons avec les associations qui luttent pour les droits humains à Paris et dans le monde, et s?inscrit pleinement dans cette philosophie.

Aussi, je vous demanderai de bien vouloir soutenir ce projet de délibération par votre vote.

Merci.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste et radical de gauche, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et ?Les Verts?).

M. Christian SAUTTER, adjoint, président. - Merci, Madame la Première Adjointe.

 

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération SG 48.

Qui est pour ?

Qui est contre ?

Qui s?abstient ?

Le projet de délibération est adopté. (2005, SG 48).