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2019 DAC 80 - Convention d’occupation du domaine public relative à l’installation et à l’exploitation d’un espace d’affichage sur l’échafaudage de restauration du Théâtre de la Ville (4e).

Débat/ Conseil municipal/ Septembre 2019


 

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Nous examinons maintenant le projet de délibération DAC 80 concernant une convention d?occupation du domaine public relatif à l?installation et à l?exploitation d?un espace d?affichage sur l?échafaudage de restauration du théâtre de la Ville.

Je donne la parole à Mme Raphaëlle PRIMET.

Mme Raphaëlle PRIMET. - Mes chers collègues, le sujet des bâches publicitaires est toujours complexe. La publicité à Paris, comme ailleurs, tente progressivement de se déployer sur des panneaux numériques, augmentant ainsi son pouvoir d?incitation à la surconsommation ainsi que son empreinte énergétique et écologique. Nous souhaitons donc que la Ville interdise le développement des supports publicitaires numériques, dans le but de réduire notamment la pollution lumineuse. Nous aurons l?occasion d?en reparler au cours de la prochaine mandature, quand nous réviserons le R.L.P.

Vous le savez, notre groupe est attaché à l?encadrement de la publicité. C?est pourquoi, sur la question des bâches, nous demandons la mise en place d?une charte afin de prévenir et éviter les dérives. Cette démarche n?a pas abouti. Nous le regrettons. J?espère que nous allons pouvoir retravailler sur cette question et trouver une solution acceptable.

Ce qui nous pose un problème, c?est l?utilisation de l?espace public, des monuments historiques, sans avoir de contrôle sur les contenus des messages publicitaires diffusés. Il s?agit d?un sujet de société. Comment sortir de cette dépendance à la publicité ? La publicité encourage les Parisiennes et les Parisiens, les Franciliens, les touristes, à consommer à outrance, alors que les enjeux environnementaux et le contexte de précarité dans lequel se trouvent beaucoup de ces personnes nécessite au contraire de s?interroger sur notre mode de consommation et notre mode de vie.

Nous soulignons régulièrement l?importance de lutter contre toute privatisation ou appropriation privée de l?espace public. Nous sommes persuadés qu?il faut taxer les grandes entreprises plutôt que de leur demander des financements par le biais de partenariats publicitaires. Nous savons que, quand on le veut, on peut mettre en place des cadres plus restrictifs que la loi. Même si les financements supplémentaires représentent une part de recettes non négligeables pour la Ville, nous pensons que c?est par l?impôt que nous réussirons à faire évoluer les choses, en taxant les multinationales pour injecter l?argent dans la culture ou pour la rénovation de bâtiments. Nous souhaitons investir pour l?intérêt général sans être obligés d?équilibrer nos actions de rénovation via des publicités orchestrées par les grandes entreprises.

Dans nos propositions pour la prochaine mandature, nous souhaitons continuer à lutter contre les publicités sexistes et discriminatoires sur le mobilier urbain parisien. Dans ce projet de délibération, on apprend que c?est ATEM qui signera la convention d?occupation du domaine public. Sur l?année 2017, elle réalise un chiffre de plus de 14 millions d?euros. La question que nous nous posons est celle de la nature du message que les Parisiens verront sur cet échafaudage.

Dans l?attente d?une réponse, nous nous abstiendrons sur ce projet de délibération. Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

La parole est à Mme SIMONNET.

Mme Danielle SIMONNET. - Ma position, vous la connaissez. Je suis contre cet envahissement de la publicité dans l?espace public. En l?occurrence, il s?agit d?une convention d?occupation du domaine public relative à l?installation et à l?exploitation d?un espace d?affichage sur l?échafaudage de restauration du théâtre de la Ville. En d?autres termes, la Ville profite du fait qu?elle fait des travaux et a de grands échafaudages, pour apposer des immenses publicités qui vont lui permettre de collecter des recettes pour contribuer au financement de ces travaux. La Ville va volontairement participer à aggraver l?envahissement publicitaire, alors que l?esprit de son engagement en faveur du "Plan Climat" devrait l?amener à réduire l?envahissement publicitaire dans la ville. Je pense qu?il faudrait au contraire assumer une ville sans publicité.

Quand on prend la mesure de l?urgence climatique, dans les 10 années qui viennent, il faut tout changer radicalement. Cela veut dire qu?il faut aussi changer notre rapport à cette société de consommation, qui, à travers son matraquage publicitaire, pousse à toujours plus de consommation, cherche à générer de nouveaux besoins, de nouveaux désirs, et donc, de nouvelles frustrations, pour être toujours dans une fuite en avant dans le dogme de la croissance. Il faut sortir du dogme de la croissance. La Ville doit jouer son rôle dans le ralentissement et la sortie de la logique consumériste. Cela passe aussi par le refus. C?est un débat, pour moi, extrêmement simple : le refus de ces panneaux d?affichage sur les échafaudages. Après, vous pouvez dire ce que vous voulez, vouloir des publicités qui soient respectueuses de l?égalité femmes/hommes, de tout un tas de choses. Mais le principe même de la publicité, c?est de trouver n?importe quel argument pour vendre. Par exemple, quand vous penserez avoir réussi à préserver cet affichage d?échafaudage de la domination patriarcale, vous retomberez dans un autre rapport de domination. Je suis convaincue que c?est insoluble. Vous dites également qu?il faut prendre en compte des aspects de développement durable. Je sais bien que dans le choix des matériaux, dans le choix du recyclage ou pas des bâches, il y a des possibilités de prendre cela en compte. Mais tout de même, quelle hypocrisie ! Le rapport le plus écologique possible, c?est justement un échafaudage sans publicité.

Je voterai donc contre ce projet de délibération. Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

La parole est à M. Jacques BOUTAULT.

M. Jacques BOUTAULT, maire du 2e arrondissement. - Monsieur le Maire, je n?ai pas grand-chose à ajouter ni à enlever à ce que viennent d?exprimer Raphaëlle PRIMET et Danielle SIMONNET. Je ne vais donc pas être trop long.

Les Ecologistes ne voteront pas ce projet de délibération qui autorise la Ville de Paris à contribuer à la pollution publicitaire par dérogation de son règlement local de publicité, puisque c?est le Code du patrimoine qui permet, sur les monuments classés, d?afficher ces publicités, dont, précise le projet de délibération, les recettes seront entièrement dédiées à la restauration de l?édifice. C?était inutile de le préciser puisque c?est la loi.

Les Ecologistes pensent que la publicité est une agression contre les citoyens, particulièrement quand cette publicité se trouve dans l?espace public, puisque nous ne pouvons pas y échapper. Le droit d?échapper à des messages commerciaux qui contribuent à formater notre comportement, à l?obsolescence marketing des biens, même s?il y a des limites inscrites dans le projet de délibération, souvent sexistes, voire dénigrants pour certaines personnes, ne sont pas admissibles. C?est la raison pour laquelle nous sommes inquiets. La Ville semble de plus en plus "accro", dépendante, de cette manne publicitaire pour l?entretien de son patrimoine. Je trouve cela inquiétant.

Par ailleurs, le règlement local de publicité nous prépare la possibilité pour les particuliers de pouvoir eux-mêmes afficher des publicités sur leurs échafaudages quand ils restaurent leurs bâtiments. On nous habitue à ce type de bâche publicitaire. Je trouve que c?est très dangereux, non seulement pour l?esthétique de la ville, mais aussi pour notre liberté de ne pas recevoir ces messages publicitaires et je suis inquiet pour notre ville dont les bâtiments en ravalement vont devenir des panneaux de "pub".

Pour toutes ces raisons, j?invite mes collègues du groupe Communiste - Front de Gauche à ne pas seulement s?abstenir, compte tenu de ce qu?a dit Raphaëlle PRIMET, mais à faire comme les Ecologistes, à aller jusqu?au bout de leur logique et à voter contre ce projet de délibération. Je vous remercie.

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

Pour vous répondre, la parole est à Mme Karen TAÏEB.

Mme Karen TAÏEB, adjointe. - Merci à tous les orateurs sur cette question très importante.

Ce projet de délibération vient préciser l?une des opérations relatives au chantier de rénovation du théâtre de la Ville que nous avons pris l?engagement de remettre aux normes et de rénover entièrement, pour permettre un meilleur accès au public et faire un théâtre adapté aux exigences artistiques, techniques et de confort du XXIe siècle. Cela s?inscrit dans notre stratégie de mise en valeur du patrimoine, que nous portons avec Christophe GIRARD. L?entretien et la rénovation du patrimoine font partie des grandes réussites de ce mandat. Je veux bien sûr parler du "Plan Eglises", puisque cela me concerne, mais aussi du tout nouveau musée de la Libération de Paris - musée du Général Leclerc - musée Jean-Moulin, et bientôt le musée Carnavalet. Les Parisiens peuvent également admirer, depuis mi-septembre, la splendide restauration du Châtelet. Concernant le chantier de rénovation du théâtre de la Ville, il était prévu en plusieurs phases. Il a été proposé à la Maire de Paris de les regrouper, ce qu?elle a accepté. Les recettes issues des publicités sur les façades couvriront le coût de la phase non budgétée initialement, c?est-à-dire la restauration des façades. La mise en place de cette bâche permettra donc de rénover entièrement le théâtre et de finaliser ce chantier de rénovation en un seul tenant. Je vous rappelle que nous avons pris l?engagement auprès des Parisiens de diversifier les sources de financements de la Ville, dans un contexte où la péréquation nous contraint à adopter de nouvelles stratégies si nous ne voulons pas diminuer notre niveau de service public.

Ce projet de délibération permet de choisir un prestataire pour exploiter l?espace publicitaire sur les échafaudages du théâtre de la Ville pendant 13 mois, de décembre 2019 à décembre 2020. Le candidat retenu est ATEM, qui a déposé une offre économiquement supérieure aux autres et respecte surtout les critères écologiques demandés. Une rencontre avec les restaurateurs directement concernés par le chantier s?est tenue en septembre, à la mairie du 4e arrondissement, en présence des cabinets d?Olivia POLSKI, du maire du 4e arrondissement, de Christophe GIRARD et des services de la Ville. Cette rencontre s?est très bien passée. On peut rappeler que ces recettes importantes pour la Ville de Paris, entre 3 millions et 5 millions d?euros, permettront la rénovation des façades du bâtiment. Aucune publicité opposée à la réglementation en vigueur ne sera proposée. La Ville de Paris, en lien avec la mairie d?arrondissement, donnera un avis conforme à toutes les publicités proposées.

Enfin, le prestataire retenu s?est engagé par écrit à ce que les visuels proposés soient de haute qualité esthétique et ne contiennent pas d?objets contraires aux valeurs portées par la Ville de Paris. Vous en avez cité quelques-unes, mais je vais vous rappeler les restrictions demandées : l?armement, la pétrochimie, les voitures non-électriques, les jeux en ligne, les sites de rencontres, les offices de tourisme de pays ne respectant pas les droits de l?homme, le tabac et l?alcool.

J?espère avoir répondu à vos inquiétudes, même si je sais ne pas pouvoir vous faire changer d?avis sur cette question liée aux bâches publicitaires !

M. Nicolas NORDMAN, adjoint, président. - Merci.

Je mets aux voix, à main levée, le projet de délibération DAC 80.

Qui est pour ?

Contre ?

Abstentions ?

Le projet de délibération est adopté. (2019, DAC 80).